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Monster Gravel : 1000 km sur le Origine Théorème GR Ultra

Chez Bike Café, nous avons toujours suivi de près les vélos Origine. Certainement parce que le fabricant français a été proactif sur le sujet gravel. Notamment avec le Graxx qui est devenu au fil de ses évolutions une valeur sûre du segment. Mais l’an passé, Origine surprend en dévoilant le Théorème GR Ultra. À mi-chemin entre VTT et gravel, ce Monster Gravel est-il pertinent ? Réponse après ce test dépassant les 1000 km. Photo de couverture – Jean-Alexis Duthoit.

Origine Théorème GR Ultra – photo Jean-Alexis Duthoit

Origine Théorème GR Ultra : présentation de ce Monster Gravel

Chez Origine, la série Théorème désigne la gamme VTT cross-country à cadre carbone. Sur ce point, pas de changement chez le fabricant : le kit cadre du Théorème GR est toujours fait de carbone. Ce kit cadre est disponible à partir de 1872 €, disponible en plusieurs coloris via le configurateur en ligne. De plus, depuis peu, Origine propose un service de visioconférence pour accompagner un potentiel acquéreur.

Origine
Kit cadre Théorème GR Ultra

Construit en fibre GTO, et selon le concept Dynamic Response, ce cadre reflète la recherche du rendement tout en conservant un certain confort. Le travail des fibres est pensé pour privilégier la nervosité. Ainsi, selon les ingénieurs de chez Origine, le cadre travaille comme un ressort afin d’avoir un retour extrêmement rapide après déformation. Il faut préciser que ce cadre est le même qui équipe le VTT semi-rigide Théorème GTO de cross-country. Seulement quatre inserts se répartissent sur ce cadre, permettant de fixer deux porte-bidons.

Une ligne très épurée – photo Laurent Biger

Le boîtier de pédalier est au format PressFit, ce qui n’est pas forcément un bon point pour la simplicité de son entretien. 

Boitier de pédalier PressFit – photo Jean-Alexis Duthoit

Par ailleurs, un blocage de direction équipe ce cadre. Ainsi, la direction dispose d’une amplitude de 72° de rotation. Ce système permet d’éviter tout contact entre le cintre et le cadre lors d’une chute ou d’un transport.

Théorème GR Ultra sur un contrefort du Mont Ventoux – photo Laurent Biger

Contrairement à la tendance actuelle – certes sur des cadres gravel – le tube oblique ne comporte aucun rangement intégré. Les haubans se rejoignent assez haut sur le tube de selle, comme la plupart des cadres typés XC.

Mont Ventoux
Théorème GR Ultra à l’approche du Mont Ventoux, visible en arrière plan – photo Laurent Biger

Un peu plus haut, le collier de serrage de selle est parfaitement intégré. Peu accessible, le serrage s’effectue dans l’angle formé par le top tube et le tube de selle.

Zone de jonction où se trouve également le système de serrage intégré – photo Laurent Biger

Plus à l’arrière, le cadre est compatible avec la norme UDH (brevet SRAM). Ce choix garantit une rigidité optimale, devenue essentielle pour les transmissions modernes, et une compatibilité avec les groupes SRAM de type T-Type / Full Mount (sans patte de dérailleur). En conséquence, l’axe traversant Boost de 148 × 12 mm est lui aussi standardisé, afin de pouvoir s’introduire dans l’interface UDH, qui impose un filetage M12 x 1.0. Pour en savoir plus sur l’UDH, je vous invite à lire mon article à ce sujet : UDH : trois lettres qui changent le marché.

 Montage T-Type grâce au standard UDH – photo Laurent Biger

Quant à la clearance (dégagement) qu’offre le Théorème, le fabricant évoque un maximum de 29″ x 2,4″. Par ailleurs, le cadre peut tolérer un pédalier mono équipé d’un plateau de 36 dents maximum. Une information qui peut être capitale au regard du programme possible pour ce Monster Gravel.

Même avec ces larges pneus en 29″ x 2,4″, le dégagement est confortable – photo Laurent Biger

Mais, revenons à l’avant du vélo, pour découvrir une douille de direction droite. Encore souvent conique il y a quelques temps, dorénavant ce format de douille de direction est devenu plus courant, conséquence de l’intégration totale des gaines. En effet, les concepteurs font désormais ce choix pour obtenir un volume intérieur plus conséquent, favorisant le routage interne des gaines. Les cadres de VTT n’y échappent pas, avec dans le cas présent une intégration parfaite.

La fourche

La douille de direction accueille une fourche intégralement en carbone. Elle est conçue autour d’un axe traversant au format Boost de 15 × 110 mm et d’un déport de 44 mm.

Une fourche en carbone et dénuée d’insert – photo Laurent Biger

Aucun insert n’équipe cette fourche. Comme le cadre, la fourche peut accueillir des pneus de 29″ x 2,4″, et se pare d’une sérigraphie assortie au cadre. On notera, par la présence d’un cache, la possibilité de procéder à un cheminement externe de la durite hydraulique.

Une fourche qui signe l’identité de ce Monster Gravel – photo Jean-Alexis Duthoit

Géométrie du Origine Théorème Ultra GR

La géométrie de ce Théorème GR Ultra mérite que l’on s’y attarde, puisque nous sommes en présence d’un cadre typique de VTT XC. Aussi, plusieurs constats se dressent à nous.

En premier lieu, la longueur des bases est dans la moyenne de la catégorie : 430 mm. Puis, on constate qu’Origine a choisi de conserver, même équipé de la fourche rigide, un angle de direction digne là aussi d’un VTT XC “moderne” (68,5 ° en taille M). D’ailleurs, celui-ci n’évolue pas selon la taille du cadre, ce qui prouve le sérieux de la conception. Quant au reach, il est conséquent, mais cohérent dans l’univers XC. Tout comme le boîtier de pédalier, qui est positionné assez haut pour le franchissement. Nous verrons plus bas les conséquences sur le pilotage.

Équipements de cet Origine Théorème Ultra GR

Tout d’abord, je vous rappelle que la gamme Théorème GR Ultra est vaste, et les modèles entièrement configurables. Cet exemplaire se base sur le Théorème GR Ultra M4, avec des équipements choisis sur le configurateur en ligne. Au final, voici la configuration retenue (sauf les pneus) :

Origine Théorème GR Ultra M4

Groupe SRAM Rival / Eagle AXS

Sur le plan de la transmission et du freinage, c’est SRAM qui équipe ce Théorème Ultra GR. Ce groupe électronique 12 vitesses SRAM AXS est le GX Eagle AXS, mais associé aux toutes dernières versions des leviers SRAM Rival AXS que je vous avais présentés dans ce test :

Ainsi, on retrouve une imposante cassette 12 vitesses de 10-52 dents, sur laquelle vient se déplacer le non moins imposant dérailleur SRAM GX Eagle AXS en montage T-Type, rendu possible par l’interface UDH.

Transmission SRAM GX Eagle AXS – photo Jean-Alexis Duthoit

Roues et pneus

Les roues sont les Polaris C25 Pro du catalogue Prymahl. Plus précisément, des moyeux usinés CNC équipent ces roues, dont la fixation des disques est au format Center Lock. Compatibles tubeless, les jantes sont en carbone, de 25 mm de hauteur et d’une largeur interne de 25 mm. Ces jantes sont en provenance de Taïwan, où elles sont fabriquées à la main. Côté rayons, Origine a fait le choix de l’inox sur cette série Pro.

Jante en carbone, percée pour 28 rayons – photo Laurent Biger

Ce set pèse autour de 1 462 g. Comme le reste du vélo, ces roues sont assemblées dans l’usine Origine de Rouvignies, près de Valenciennes (Nord).

Quant à la monte pneumatique, Hutchinson équipe ce Monster Gravel avec des Python Race en 29″ x 2,4″. Mais, pour l’adapter à la saison et à une épreuve VTT en ligne de mire, un Zleen Cheetah Pro a pris sa place à l’arrière, et un Zleen Leopard Pro à l’avant. Les deux en 29″ x 2,25″.

Périphériques

On retrouve sous les mains un cintre en aluminium Ritchey Beacon Comp d’une largeur de 440 mm. Un cintre doté d’un important flare, qui offre un excellent contrôle dans les descentes.

Cintre Ritchey Beacon Comp – photo Jean-Alexis Duthoit

Quant à la potence Ritchey Comp Trail, elle est en aluminium également, et d’une longueur de 45 mm pour un angle neutre.

Tout comme la tige de selle, ce cockpit affirme la personnalité de ce montage Monster Gravel – photo Laurent Biger

À l’opposé, se trouve une tige de selle en carbone Ritchey WCS Link Flexlogic dessinée pour apporter un léger flex. Là-dessus se dresse une selle Fizik TERRA AIDON X5 d’une largeur de 145 mm.
Pour finir cette présentation, le poids de cet exemplaire en taille M est de 9 kg. Cela en fait une belle surprise !

Le Monster Gravel Théorème Ultra GR à l’épreuve du terrain

En premier lieu, après avoir reporté mes réglages habituels, je constate une position de pilotage sportive. Il est vrai que le reach est important, mais cohérent. Et, je dois dire que j’ai tout de même abaissé le poste de pilotage. Ainsi, cette position m’apporte une position – encore plus – sportive, finalement à la manière des coureurs XC contemporains.

Selon les réglages, la position peut être sportive, à l’instar des VTT XC – photo Jean-Alexis Duthoit

Dans un second temps, mes premières sorties laissent apparaitre une filtration modérée du kit cadre. Le triangle arrière filtre globalement bien les irrégularités, bien aidé par les larges pneumatiques. Pour autant, ce n’est pas non plus un modèle de confort. Cette caractéristique se confirmera au fil de mes sorties sur le Mont Ventoux, puis dans le Var : ce cadre favorise le dynamisme (vous pouvez retrouver mes parcours ici).

Taillé pour l’Off-Road

Si sur la route ce Monster Gravel se voit freiné par une surface frontale pas des plus aérodynamiques, il prend aisément sa revanche dès que l’on quitte le bitume.

Sur ce type de terrain, le Monster Gravel prend tout son sens – Photo Jean-Alexis Duthoit

D’une stabilité impériale, grâce à un généreux empattement, ce vélo se veut extrêmement rassurant sur les pistes. Inscrit sur une épreuve VTT en duo mixte avec Cassandra – en l’occurrence le Vétathlon du Château Maravenne – je vais pouvoir pousser machine et pilote…

Un cadre dynamique qui incite à l’attaque – photo Jean-Alexis Duthoit

Là-dessus, la fourche rigide, avec un angle et un déport rassurants, participe à cette sensation de facilité sur les pistes rapides. Quand d’étroits single-tracks se dévoilent devant moi sur ce parcours, j’apprécie le cintre, bien moins large qu’un flat bar de VTT. Un avantage certain pour doubler !

Moins large, le Monster Gravel a ses avantages pour doubler – photo Jean-Alexis Duthoit

Pour autant, le centre de gravité est élevé, et me change des gravel “classiques”, notamment parce que le boîtier de pédalier est haut (pour un gravel, mais normal pour un VTT). Il en résulte une maniabilité différente, où il faut engager tout le corps pour inscrire ce Théorème dans les bonnes trajectoires. Aussi, dans cet exercice, j’ai rapidement regretté l’absence de tige de selle télescopique qui m’aurait apporté bien plus d’efficacité dans les passages sinueux en descente.

Même en “tout-rigide”, on peut descendre à une bonne allure – photo Jean-Alexis Duthoit


Lors des relances, le dynamisme du cadre est excellent. La zone – cruciale – du boîtier de pédalier est d’une rigueur exemplaire, et cela se constate sur les chronos et autres segments Strava que je connais bien. Sur ce point, le concept de Dynamic Response du fabricant semble tout à fait abouti.

Et la fourche rigide alors ?

Quant à la fourche rigide, il y a du bon et du moins bon. En effet, comparé à une bonne fourche télescopique, on gagne environ 1 kg sur la balance. C’est loin d’être négligeable, et c’est particulièrement appréciable quand le relief s’élève. Fort logiquement, en descente, le constat est inverse : une bonne fourche télescopique bien réglée reprend aisément le dessus.

La fourche rigide permet aussi de contenir le poids global du vélo – Photo Jean-Alexis Duthoit

Du côté de la rigidité, le bilan est complexe. En effet, la filtration de la fourche est réelle et appréciable. Mais, quand le rythme s’accélère franchement, comme ici en compétition, la rigidité frontale de cette fourche peut être mise en défaut lors de puissants freinages. Dans ces cas précis, la fourche peut être amenée à avoir du dribble au freinage (sensation de mouvements parasites d’avant en arrière). On peut retrouver aussi ce phénomène sur route, lors de freinages appuyés, par exemple en descente de col.

Une fourche rigide qui a ses atouts et ses faiblesses – photo Jean-Alexis Duthoit

Pour finir sur cette fourche, on peut légitimement se poser la question de l’absence d’insert pour des accessoires d’emport. Probablement que c’est un choix assumé par le fabricant : une capacité de chargement aurait nécessité une conception plus robuste de la fourche, et par conséquent, sûrement une rigidité à la hausse, au détriment probablement du confort. Pourtant, c’est à réfléchir car un surcroît de rigidité limiterait sûrement le dribble évoqué plus haut.

Les roues Prymahl Polalaris C25 Pro sur le terrain

Je me devais de consacrer quelques mots au sujet des roues qui équipent ce vélo. J’ai été comblé par la prestation que peuvent offrir ces roues en carbone. Elles sont d’un parfait équilibre entre dynamisme et confort, et pas désagréables non plus à regarder. Quant à la robustesse, je peux témoigner qu’elle est bien présente.

Les roues Prymahl Polalaris C25 Pro ont brillé sur tous les tableaux – photo Jean-Alexis Duthoit

Un Monster Gravel face aux VTT

Seuls en Monster Gravel au milieu de cette course où règnent en nombre les VTT, nous terminons à une surprenante deuxième place dans notre catégorie Duo Mixte (sur 10 équipes). Il faut dire que sur les passages les plus roulants, la position aero que peut offrir le cintre de type gravel m’a offert une pointe de vitesse inégalée face à la plupart des concurrents. Bien évidemment, sur un parcours plus engagé, le résultat aurait sûrement été à mon désavantage.

Au pied du podium, ce vélo étonne et intrigue public et participants – photo Jean-Alexis Duthoit

Pour conclure sur cet étonnant Monster Gravel Origine Théorème Ultra GR

Bien qu’ayant opté pour le drapage de fibre GTO, incarnant la polyvalence chez Origine, le fabricant a fait de ce Monster Gravel une machine qui se destine à un usage dynamique. Là où je l’attendais confortable, le Théorème Ultra GR m’a répondu qu’il préférait accélérer. Léger et performant, ce Théorème Ultra GR s’avère une belle machine pour s’amuser et s’aventurer au-delà des pistes stabilisées. À mon sens, il manque au catalogue une version dotée d’un cadre et d’une fourche équipés d’inserts. Ainsi, on pourrait imaginer une vocation bikepacking et même Ultra pour ce vélo. Quoi qu’il en soit, je trouve qu’Origine est courageux de développer et de commercialiser ce type de machine. Là où certains crieront à la seule motivation marketing, moi j’y vois un vrai sens de l’innovation et une prise de risque intéressante. Par ailleurs, les VTT équipés de Drop Bar ne sont plus si rares sur certaines grandes épreuves VTT, certes spécifiques. Si bien que l’organisateur américain Life Time a interdit les cintres de type gravel sur les courses Leadville Trail 100 MTB et Little Sugar races. Derrière cette décision radicale, on comprend que l’efficacité que peut apporter ce type de machine pose question…

Origine Théorème Ultra GR : une machine qui donne envie de tenter des choses – photo Jean-Alexis Duthoit

Caractéristiques Origine Théorème Ultra GR

Cet exemplaire se base sur le Théorème GR Ultra M4, avec des équipements choisis sur le configurateur en ligne. Le détail de la configuration finale est ici : Origine Théorème GR Ultra, pour un tarif de 4711 €.
Quant au kit cadre, il est disponible à partir de 1872 €.

Laurent Biger
Laurent Bigerhttps://www.strava.com/athletes/20845281
Laurent Biger est un ex-compétiteur VTT XCO et XCM et le fondateur de More Gravel. Il est adepte du vélotaf et un passionné des sujets techniques. Les matériaux, la géométrie et les pneumatiques sont ses domaines de prédilections. Pour mener à bien ses tests, Laurent n’hésite pas à s'aligner sur des Gravel Race, notamment les courses UCI. Même si le Mont Ventoux reste son attache natale, Laurent bouge beaucoup, permettant ainsi de tester vélos et équipements dans les conditions les plus variées.

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