L’édito de Bike Café
Nous connaissons tous cette citation « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse… », même si son usage populaire nous a fait oublier qu’elle nous vient d’Alfred de Musset et non pas d’un négociant en spiritueux. Les bambocheurs, par exemple, en font largement usage, pour justifier leurs beuveries, mais le sens exact est bien moins alcoolisé qu’il n’y parait car le mot ivresse possède beaucoup d’autres acceptions. Cette citation signifie que, peu importe la personne, le lieu, l’activité… tant qu’on l’aime ou qu’on s’y dédie, c’est ça qui provoque cet état. (Photo de couverture : une fontaine à Saint-Hippolyte-le-Graveyron – Damien Rosso)
Cette histoire de flacon a réveillé chez moi une gêne que je refoule régulièrement à propos de ce qu’on appelle communément la gestion des contenus. Il faut remonter à l’époque pas si lointaine de l’invention du web en 1989 par Tim Berners-Lee, un physicien britannique, pour comprendre comment le contenu s’est échappé du flacon. À l’origine, le projet, baptisé « World Wide Web », a été conçu et développé pour que des scientifiques, travaillant dans les universités et les instituts du monde entier, puissent s’échanger des informations instantanément. Des outils formidables sont apparus pour gérer ces flux : ils s’appellent des CMS (Content Management System). Dans l’arrière-boutique de Bike Café nous utilisons un de ces systèmes de gestion de contenus pour alimenter et faire vivre notre magazine numérique. Cette fonction pilote la création, la gestion, la publication, voire la promotion de contenus : textes, images, vidéos et/ou audios, sur plusieurs canaux de diffusion digitaux.

Ce matin, sur mon vélo, je traduis cette gêne qui revient régulièrement à propos de l’imposture de devoir appeler contenu un article que je viens d’écrire. Je peine à nommer ainsi mon texte qui deviendrait un « produit » dès qu’il se déverse dans les flux des autoroutes de l’information. Heureusement, il reste les petites départementales et autres voies rurales où l’on trouve des fontaines d’où s’écoule paisiblement une eau fraîche. Cet édito, confidentiellement consulté, est la preuve que je n’écris pas pour une machine à produire. Nous avons la chance chez Bike Café d’avoir une publication raisonnée et des lecteurs qui nous laissent croire que les flacons de plaisirs cyclistes que nous remplissons pour eux provoquent l’ivresse que nous souhaitons partager. Nous attachons moins d’importance aux succès quantitatifs de nos publications. Nous ne sommes pas comptables des « like » furtifs, devenus le baromètre de tant d’acteurs du monde numérique. Nous observons simplement que vous lisez nos articles, que vous ouvrez et lisez notre newsletter, que vous écoutez nos podcasts… Peu importe les records, pourvu qu’on vous apporte l’ivresse. Nous aimons ce que nous faisons et nous nous y consacrons avec passion : c’est sans doute ça, et le printemps revenu, qui me fait pédaler avec ivresse ce matin.
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