Les BRM (Brevet des Randonneurs Mondiaux) sont des épreuves d’endurance de 200, 300, 400, 600 et 1000 km à parcourir dans un temps imparti. Ils sont organisés dans près de 70 pays des 5 continents. Ces épreuves non compétitives et peu onéreuses constituent un excellent moyen de pratiquer en groupe le cyclisme longue distance. Ces BRM sont qualificatifs pour le Paris-Brest-Paris organisé par l’Audax Club Parisien. La saison 2026 est une phase de préparation qui annonce les préinscriptions, pour ceux qui veulent faire partie des 8000 participants attendus en 2027 pour la 21ᵉ édition de cette course mythique. (Désolé pour cette photo un peu floue prise sous une pluie battante sur la route des Crêtes entre le Col de Caguo Ven et le Col du Canadel)

En 2027, la France va accueillir les mondiaux UCI de cyclisme et cette même année nous vivrons le Paris-Brest-Paris (1230 km – 11 000 m de D+) organisé par l’Audax Club Parisien. Cette épreuve, qui se déroule tous les 4 ans, est fondatrice de l’ultra distance à vélo. La première édition s’est tenue en 1891, et depuis 1931 elle est une épreuve sportive non compétitive ouverte à tous. Elle attire des cyclistes du monde entier et pour pouvoir s’inscrire ils devront terminer des BRM qualificatifs : 200, 300, 400, 600. En 2026, certains candidats se préparent déjà pour pouvoir se préinscrire afin de choisir leur vague de départ. Je me suis lancé l’an dernier sur deux BRM 200 et cette année encore j’ai découvert à Hyères un beau parcours proposé par les bénévoles motivés du club VSCH (Vélo Sport Cyclo Hyérois). J’aime l’ambiance sincère de ces organisations, fondées sur les racines profondes du cyclotourisme à la française qui s’est largement exporté dans le monde entier.
Un BRM sur le terrain, c’est quoi ?
Un BRM c’est avant tout une randonnée, mais pas forcément une promenade. Les délais de réalisation sont atteignables, mais restent sportifs : 13 h 30 pour un BRM200, 20 h pour un BRM300, 27 h pour un BRM400, 40 h pour un BRM600 et 75 h pour un BRM1000. Ils sont organisés par des clubs affiliés à la FF Vélo et bénéficient localement d’un réseau de bénévoles dévoués à leur organisation.ƒseill
Portés par l’engouement général pour l’ultra distance, les BRM reprennent du poil de la bête. Inventés en 1921, ces brevets de randonneurs s’étaient un peu endormis. Le cyclotourisme vélo-sacoche était délaissé au profit du cyclosport et du VTT. De nouveaux organisateurs privés sont venus apporter au monde de l’ultra une certaine créativité. Cela a relancé la longue distance auprès de cyclistes plus jeunes. Ce nouvel engouement a réveillé les clubs organisateurs traditionnels. Aidés par les traces GPX que l’on peut suivre sur les compteurs GPS et le pointage photographique des passages, ils proposent des parcours finement tracés. Autrefois on suivait les panneaux routiers, désormais les organisateurs ont plus de liberté pour explorer un réseau routier plus intime et plus spectaculaire. Avec des coûts d’inscription très réduits, ce monde associatif propose dorénavant de belles organisations à un public demandeur de nouvelles découvertes.
Un petit peu d’Argens à Hyères
L’an dernier, attiré à nouveau par ces BRM que j’avais connus dans les années 70, je suis revenu aux sources de la longue distance en participant au BRM 200 sur la Riviera italienne et au BRM d’Aubagne… Tous les deux réalisés en single speed avec mon pignon unique en 44×19. Cette année avec mon ami Alain, fidèle à son pignon fixe, nous sommes allés à Hyères attirés par la promesse d’un parcours sublime sur les crêtes au-dessus de Bormes-les-Mimosas et d’une belle balade le long du fleuve Argens qui se jette dans la mer à Fréjus après avoir pris sa source à Seillons-Source-d’Argens.

Hélas la météo s’annonce catastrophique ce samedi 14 mars : trombes d’eau attendues, vent 65 km/h et baisse des températures. Nous décidons d’y aller quand même. Je regarde dans ma garde-robe cycliste ce que je peux choisir pour être le plus étanche possible. Je renonce au single speed qui, avec ses pneus de 28 mm, ses roues avec jantes carbone et ses freins patins, serait trop dangereux sur ces routes inondées. Avec Alain, nous scrutons en permanence la météo dès notre réveil à 5 h 30 à l’hôtel d’Hyères centre où nous avons passé la nuit.

Sur les 5 km entre l’hôtel et le lieu de départ, nous allons tester l’étanchéité relative de nos équipements. Nous sommes accueillis par les organisateurs et les bénévoles de ce BRM qui vont se mobiliser toute la journée pour nous soutenir. Pour eux la journée sera longue également. Le café au départ nous réchauffe car la température extérieure est fraîche. On fait connaissance avec les autres “fous” qui s’apprêtent comme nous à sauter dans le “grand bain” de ce BRM. On décide de partir en groupe avec les quelques courageux couverts comme nous de la tête aux pieds. Malgré l’eau qui rentre un peu partout, on discute avec les uns et les autres dans notre petit groupe jusqu’à la belle grimpette qui nous emmène sur la route des Crêtes au-dessus de Bormes-les-Mimosas. Dans la montée, je discute avec Rodolphe David un très bon cycliste qui possède un commerce vélo dans les Hautes-Alpes.



Sur la route un peu défoncée des Crêtes, c’est le déluge. Progressivement, dans le brouillard et sous les averses violentes et le vent, je perds le contact avec les petites lampes rouges devant moi. Je me retrouve seul dans un brouillard d’eau où on ne voit pas à 10 mètres. C’est avec mon GPS que j’appréhende les virages, dans les parties descendantes. Alain est revenu à ma rencontre, inquiet de ne pas me retrouver dans le groupe. On rejoint les autres qui font une pause au Col du Canadel. C’est dantesque !
Je me félicite d’avoir pris mon Wish One Sub équipé de pneus Hutchinson Blackbird tubeless en 30 mm et de freins à disque. Dans la belle descente vers la Môle, le ciel devient moins noir, mais il pleut toujours. On se regroupe avec Mireille, Élodie et Gérard qui sont venus ensemble de Toulon. Gérard, en cuissard court, est transi de froid. Il hésite à abandonner avant le Plan-de-la-Tour. Avec nos encouragements, il décide de poursuivre et un arrêt café au Plan va nous permettre de nous réchauffer et de faire tamponner nos carnets de route à ce premier contrôle de passage (km 72).

On a trouvé notre rythme avec Mireille, Élodie et Gérard. On va rouler tous les 5 à un bon rythme sans jamais nous décourager. Le parcours est sublime, bravo à ceux qui l’ont tracé. Dommage que cette météo nous a privés d’en découvrir tous les détails.



La route sèche un peu par endroits et nous avec. J’ai rangé depuis un moment les gants trempés et mes pieds sont humides malgré les couvre-chaussures. On aura quand même fait 100 km sous la pluie.

Les kilomètres commencent à peser dans les jambes mais le fait de ne plus avoir de pluie nous rend plus optimistes pour la suite. Le parcours est vraiment chouette.



Après avoir longé l’Issole vers Cabasse, nous rejoignons le Luc pour traverser ensuite la plaine des Maures.


Une crevaison d’Alain, qui dans un virage gravilloné a dû prendre un silex, nous arrête un moment. On dit à nos compagnons de Toulon de ne pas nous attendre, ils ont un train à prendre pour rentrer. Alain répare sous les rayons d’un soleil revenu sur le tard et nous repartons avec la dernière grimpette du Crapaud.

Restent 20 kilomètres qu’on savoure en rentrant vers Hyères par la petite route qui longe le Gapeau.


Les bénévoles sont là et les sandwichs à l’arrivée sont les bienvenus pour refaire le niveau des calories perdues. Merci à eux et bravo pour cette organisation. Je repars avec mon carnet de route validé : j’ai réalisé mon premier 200 km de l’année sur mon fidèle vélo de gravel Wish One Sub en acier équipé pour la circonstance de roues route.
Le Vélo Sport Cyclo Hyérois vous propose un calendrier de BRM pour toute la saison que vous pouvez trouver ici. Voilà les 4 propositions, pour le 600 km ce sera en juin 2026.

Pour conclure
Alternative aux belles organisations privées (Race Across France, Bikingman, Gravelman…) les BRM n’ont pas dit leur dernier mot. Sous l’impulsion de Stéphane Gibon de la FF Vélo qui anime la Commission Longues distances et Brevets sportifs, les instances fédérales bougent au niveau local, même si il reste encore du travail pour faire connaître ces organisations. L’Audax Club parisien se démène également pour dépoussiérer la “belle endormie”. Je vous avais fait entrer dans l’intiminité des diagonalistes, voilà un autre monde de l’ultra que j’apprécie. Nous avons la chance d’avoir en France un choix énorme pour les cyclistes qui aiment la longue distance. En espérant que ce sujet vous donnera envie de rejoindre ces cyclistes authentiques, héros modestes et discrets sur les réseaux sociaux, qui sont pourtant nombreux sur nos belles petites routes françaises.




