Zola à bicyclette

Zola à bicyclette

J’ai failli louper la lecture de ce livre de Jean-Paul Vespini. Honte à moi qui habite à Aix-en-Provence où Émile Zola a usé autrefois ses fonds de culotte sur les bancs de l’école en compagnie de Paul Cézanne. Il fut un temps où la bicyclette était la coqueluche des bourgeois qui s’étaient entichés de ce nouveau mode de déplacement. Charles Terront, illustre héros de cette époque pionnière, était l’ambassadeur de ce mouvement en réunissant des foules sur la ligne d’arrivée de ses exploits. Zola achète deux bicyclettes de marque Rudge (la marque du vélo de Charles Terront) : une pour lui et l’autre pour sa maîtresse. Il dira : “Que voulez-vous, je suis un bon bourgeois et, comme autour de moi tous les bons bourgeois, je vais bicyclitter à mon tour.”

En suivant la mode, l’influence des champions cyclistes et déjà les principes portant sur l’hygiène de vie pour lutter contre ses acouphènes et le tremblement de ses mains, le choix de Zola est motivé par les mêmes critères que ceux de notre époque. Jean-Paul Vespini nous fait pénétrer dans cette période de notre histoire où les “esprits éclairés” s’emparent de la bicyclette, symbole de nouveauté. Plus tard, on le sait, cette catégorie sociale préférera la voiture pour progressivement revenir à ce qu’on appelle aujourd’hui le vélo. L’écriture de l’auteur est agréable et précise. Elle plairait à Zola qui documentait comme lui fortement ses écrits.

J’aime cette époque de la fin du 19ᵉ siècle où l’on innovait dans le creuset de la révolution industrielle qui précédait le capitalisme moderne. Je me souviens avoir eu une très bonne note de rédaction sur ce sujet au lycée, c’est loin tout ça. Mais, revenons à cet ouvrage et à Zola. Il apprend à rouler dans l’un des “manèges” parisiens où l’on s’exerçait à tenir en équilibre sur une bicyclette. La haute société s’y croise. Zola, qui observait avec finesse la société et ses couches besogneuses, imaginait déjà le futur rôle social du vélo pour les déplacements des ouvriers logés loin des manufactures. Zola se prend au jeu et se laisse gagner par l’addiction : “La bicyclette a pour moi l’attrait suprême : elle me rajeunit“, dira-t-il dans un échange de courriers avec le journaliste Henry Coutand.

Les premiers tours de roues des femmes en pantalon lancent alors cette amorce de libération de la femme. L’ouvrage de Jean-Paul Vespini évoque cette avancée, même s’il s’agit plutôt des “cocottes” de l’époque. Je vous laisse aller plus loin dans cet ouvrage que j’ai aimé et qui, sur la toile de fond de cette époque insouciante, nous explique l’appropriation sociale d’une invention qui nous passionne toujours.

Zola à bicyclette
Photo Patrick VDB

Informations

TitreZola à bicyclette
Auteur(s)Jean-Paul Vespini
EditeurArthaud
Site web éditeurhttps://www.arthaud.fr/zola-a-bicyclette/9782080462008
Nombre de pages288
ISBN9782080462008
Date de publication08/01/2025
Prix TTC19,90 €

Pitch de l’éditeur

Zola à bicyclette
Photo Patrick VDB

« J’aime la bicyclette pour cet oubli qu’elle donne. J’ai beau marcher, je pense. À bicyclette, je vis dans le vent, je ne pense plus et rien n’est d’un aussi délicieux repos. »

Zola sur un vélo ? Quelle folie ! Lorsqu’en 1893 Émile s’offre le dernier modèle Rudge, son achat ne passe pas inaperçu ni du grand public ni des journaux qui le caricaturent. La bicyclette va très rapidement s’installer dans sa vie. Ballotté entre son épouse, sa maîtresse et ses deux enfants illégitimes, en pédalant, le romancier dépasse ses tourments amoureux, ses doutes sur son style et ses échecs à l’Académie.
Avec lui, d’autres écrivains, artistes et aristocrates tombent sous le charme de cet engin qu’Octave Mirbeau appelle « mon poney d’acier ». En conquérant les élites, la bicyclette révolutionne la société, émancipe la femme, inspire les poètes et soigne les mélancoliques…

À propos de l’auteur

Journaliste, Jean-Paul Vespini est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages. Récompensé aussi bien pour son travail journalistique (prix Pierre-Chany) que pour ses essais (prix Louis-Nucéra et prix Antoine-Blondin pour Gino le juste), il est un grand spécialiste du cyclisme en France.”

Patrick
Patrick
Patrick Van Den Bossche a créé les blogs Running Café, Track & News, puis Bike Café. Curieux invétéré, observateur des tendances, il adore mettre en lumière les personnalités et les anonymes du petit monde du vélo. Il a collaboré longuement à la revue Cyclist France et affectionne la simplicité des vélos anciens ou modernes. Depuis sa découverte du gravel en 2015, il s'adonne régulièrement à des sorties sur route et sur chemins autour de la Sainte-Victoire. Il adore la pratique minimaliste du single speed sur route sur son vélo en acier.

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