Texte et photographies Pierre Pauquay
Le Tour des Flandres est unique au monde. À chaque mois d’avril, tout un peuple va magnifier la course : elle va porter tous les coureurs vers une reconnaissance méritée et, pour le gagnant, une gloire éternelle. Et si le gravel était la machine idéale pour parcourir cette terre de légende ? Outre les côtes en pavés, il existe des chemins moins connus, mais tout aussi remarquables, que le site Internet Visit Flanders a mis en valeur en proposant un tracé très intéressant. En route vers cette terre du vélo.

Nées au début du siècle dernier, les Classiques ont gravé les plus belles images de l’histoire du vélo. L’une d’elles a gardé sa légende et sa ferveur, le Tour des Flandres ou le Ronde qui se déroulera cette année le dimanche 6 avril 2025. Avant cette grande course qui verra les Tadej Pogacar, Mathieu van der Poel ou Wout van Aert en découdre, il nous tardait de découvrir en gravel les routes et les chemins de ce lieu mythique.
Le Ronde sur une terre de vélo
De Kluisbergen à Renaix, nous allons tâter du pavé sur ces routes chargées d’histoire où se battent, se frottent les plus grands coureurs. Entre chemin carrossable et route, la frontière est ténue sur ces pavés : le gravel serait peut-être le vélo idéal pour se frotter au Ronde. De suite à la sortie de la ville, pour gravir le premier berg, nous agrippons le guidon main basse et grimpons en force : le haut du corps est autant sollicité que les jambes. Le ton est donné : cette randonnée va épuiser les corps et les machines.
Face au Paterberg, l’horizontalité se meut en rampe verticale, lisse et brillante. Les roues tapent contre les blocs de granit. Transpirant sous la veste, nous sommes des machines à vapeur gravissant avec peine le berg. Peu après l’ascension du Kluisberg (ou mont de l’Enclus), nous évoluons dans une belle et grande forêt de hêtres.
Nous tournons autour de ces ascensions recouvertes de pavés, situées tout près l’une de l’autre. Le pays des Ardennes flamandes est petit, mais grand par son histoire. Les racines populaires du vélo sont nées autour de ces routes, de ces petites montagnes. Malgré plus d’un siècle passé, l’esprit demeure au Ronde. Venir sur les routes du Tour des Flandres, c’est humer ce parfum d’épopée qui se retrouve partout, au coin d’une rue, dans un café ou sur ces berg redoutables.
Le vent fait force de loi
Plus qu’ailleurs, le vent se manifeste et devient un adversaire de taille, soufflant de face et déchaînant sa force. En 1985, Eric Vanderaerden remporta la course sous un déluge de pluie et un froid de Sibérie : seuls 24 coureurs sur 173 rallièrent l’arrivée. Alors que les Flahutes (« Flamands » en langue picarde) faisaient face et tenaient le cap dans la pluie, les coureurs du Sud baissaient la tête et rendaient les armes, les corps épuisés. Beaucoup de ces coursiers flamands de l’époque quittèrent la paysannerie ou le fond des mines pour récolter un peu d’argent en tournant à vélo en rond dans des kermesses sur des chemins non encore revêtus d’asphalte.
Ils poussaient leur grand braquet et leur courage en roulant sous le vent glacé. Autant user le corps pour soi et espérer la gloire que de le casser pour un maître de forges… L’un d’eux, Paul Deman, fut le premier vainqueur du Tour des Flandres au bout d’une longue chevauchée de 324 km. De tels exploits ont vite connu un large écho. La presse et le cyclisme sont nés en même temps, au début du XXe siècle. Et ils lièrent leur destinée. L’un, l’Auto organisa en 1905 le Tour de France afin d’augmenter son lectorat, un autre, la Gazzetta dello Sport lança le Giro en 1909 tandis que Sportwereld créa le Tour des Flandres, en 1913.
Les héros de tout un pays
Les racines populaires du vélo sont nées autour de ces routes, de ces petites montagnes. En Belgique, la course cycliste est bien plus qu’un simple sport. Elle s’inscrit dans les gènes du pays. Cette culture cycliste est portée au rang de patrimoine national. En Flandres, les héros du cyclisme d’hier et d’aujourd’hui sont fêtés et commémorés en permanence. Ils sont l’enseigne d’un quartier, d’une ville. Après la Deuxième Guerre mondiale, les coureurs furent élevés au rang d’héros nationaux. Des statues furent érigées à leur effigie et des noms de rues leurs furent attribués. Et un musée leur est dédié. En 1998, le musée Koers voit le jour et il est à ce titre unique au monde. Le visiter, c’est ressentir toute une épopée.
Les coursiers flamands
La traversée du village de Berchem annonce le redoutable Kwaremont. Il n’y a bien sûr personne pour nous encourager. Il n’en sera pas de même le 6 avril. Dans ce pays catholique, le jour du Ronde, Dieu se nomme Tom Boonen, Johan Museuw, Stijn Devolder, Greg Van Avermaet ou cette année, Wout van Aert. Le coursier flamand roule comme un seigneur dans son royaume, la course, lui si modeste dans la vie. Nous nous rappelons des visages timides de Tom Boonen, de Rik Van Looy ou de Fred de Bruyne, victorieux à l’arrivée…
Entre le Vieux Kwaremont et le Paterberg, les noms des vainqueurs de la course sont gravés sur la route, et de magnifiques photos balisent notre échappée. Nous traversons sans bruit les villages des Ardennes flamandes.
Des côtes tordues
Aux alentours, les collines sont une incongruité dans le paysage du plat pays. Via des petites routes de campagne, nous avançons vers le Koppenberg, une côte improbable, une erreur de la géographie. Il quitta cependant la scène durant de nombreuses années et renaquit en 2002 quand on refit le revêtement. Cette ascension tordue, toute en pavés, flirte avec les 18 % de déclivité. En course, si l’un tombe, toute la progression du peloton est entravée dans un enchevêtrement de roues, de rayons et de cadres. Nous revoyons les images exposées au musée De Ronde où Jesper Skibby fut renversé lors de l’édition de 1987 par une voiture suiveuse et manqua d’avoir la jambe écrasée. Celui qui parvient à passer en premier et à s’en détacher aura un grand boulevard devant lui : à lui de tenir seul jusqu’à l’arrivée…
Des chemins oubliés
En gravel, nous retrouvons un peu cet esprit pionnier en prenant des chemins de traverse inconnus, comme ces pavés oubliés que seuls martèlent les chevaux de traits avec leurs gros sabots. Nous roulons dans le passé. L’anachronisme du Ronde tend à son immortalité. Que les coureurs des années 1930 aient roulé avec un cadre acier ou que les athlètes d’aujourd’hui filent sur leur carbone profilé, la course demeure et demeurera toujours ce haut lieu où se côtoient la passion de tout un peuple et l’affrontement de géants.
“Le cyclisme ici se vit, passionnément. Il faut aimer cette atmosphère où la bière coule à flots, où l’odeur du houblon se mêle à celle des frites.”
Nos gravel furent de merveilleuses machines à remonter le temps, à rouler sur cette terre du cyclisme. Malgré un siècle passé, l’esprit demeure au Ronde. Venir sur les routes du Tour des Flandres, c’est humer ce parfum d’épopée qui se retrouve partout, au coin d’une rue, dans un café ou sur ces berg redoutables.
Carnet pratique
Deux musées à découvrir…
Le musée de la légende
Le Musée De Ronde est situé près de la Grand’Place d’Audenarde. Y venir, c’est se plonger dans la Légende de la grande Classique. Il fourmille d’anecdotes et d’informations passionnantes. La scénographie est magnifique : il vous est même possible de suivre en réalité virtuelle l’exploit du premier vainqueur, Paul Deman. Les photos émouvantes en noir et blanc rappellent des difficultés du parcours d’alors, un vrai tracé de gravel…
Lien internet www.crvv.be
Koer museum
Ici bat le coeur de la course cycliste. En 1998, le musée est installé dans l’ancienne caserne des pompiers à Roulers (Roeselare). Toute une salle est dédiée à l’histoire de la petite reine. Les exemplaires exposés racontent ses 200 ans d’évolution. Les coureurs, leurs héritiers ont fait don au musée de leur machine chargées de gloire.
Le musée est également dédié à Jean-Pierre Monseré, champion du monde en 1970 à Leicester et grand espoir du cyclisme belge. Un an plus tard, l’ami de Roger De Vlaeminck fut percuté de face par un véhicule lors d’une kermesse et fut tué sur le coup, il avait 22 ans.
Le Koer museum est situé à 50 minutes en voiture d’Audenarde et il vaut vraiment le détour.
Lien internet : http://koersmuseum.be/fr
Parcours gravel
Nous vous convions à parcourir ces 86 km pour vous rendre compte de la difficulté du Tour des Flandres ! En gravel, on retrouvera également un peu cet esprit pionnier puisque l’on roule sur des chemins peu entretenus en pavés, comparables à ceux que rencontraient les coureurs des années 1930-1950. Et le dénivelé positif atteint 1570 m…
www.cyclinginflanders.cc/routes/gravel-classics-de-ronde
Terre de cyclisme oblige, toute la région est quadrillée de trois circuits de vélo de route remarquablement bien balisés. Et cela vous évitera d’avoir les yeux rivés sur votre GPS. Ils partent vers les lieux de la course. Le bleu comptabilise 78 km, le jaune, 103 km et le rouge 114 km. Départ depuis le musée du Ronde où vous pourrez également vous procurer la très belle carte de ces randonnées. Nous vous conseillons le parcours bleu qui passe sur la majorité des berg mythiques.
Infos générales
Pour préparer votre séjour, nous vous convions à compulser le site Visit Flanders. Vous y retrouverez également les descriptifs des plus beaux itinéraires cyclables de la Flandre ainsi que les traces GPX de plusieurs parcours, route.
L’Office de Tourisme des Flandres
Le Centrum Ronde Van Vlanderen (Tour des Flandres Centre)