AccueilÉvènementsGravel RaceLe gravel race : de la pratique alternative à la naissance d'un...

Le gravel race : de la pratique alternative à la naissance d’un circuit mondial

Le gravel race désigne la version compétitive du gravel, discipline née aux États-Unis sur des routes en terre et des pistes agricoles. Au départ, ces épreuves rassemblaient surtout des amateurs attirés par l’aventure et l’autonomie. Puis, le calendrier s’est structuré avec des courses devenues références. On pense notamment à la Dirty Kansa devenue la Unbound Gravel, à la Belgian Waffle Ride ou encore à The Traka. Parallèlement, l’UCI a lancé ses Gravel World Series et un championnat du monde est né. Le gravel race s’est installé en peu de temps dans le paysage international. Il est devenu le segment le plus désirable auprès des cyclistes, confirmé par le niveau des ventes. Cela le rend évidemment stratégique pour une industrie du cycle en souffrance. (photo de couverture Virginie Govignon).
C’est l’UCI qui a favorisé le développement du gravel race au niveau international. Nous étions présents à Millau en 2022 pour la première manche UCI Gravel World Series. En 4 ans, le calendrier UCI Gravel World Series est passé de 13 à 45 épreuves : impressionnant ! Ce succès est lié au règlement qui permet aux premiers 25% des athlètes de chaque catégorie d’âge d’être qualifiés pour les championnats du monde Gravel UCI. Ajouté au fait que les catégories sont nombreuses (tranches de quatre ans), les amateurs entraînés sont potentiellement éligibles à cette sélection et font plusieurs manches en Europe dans l’espoir de se qualifier.

UCI Gravel

Ce développement rapide attire désormais les marques de vélo. Elles voient dans le gravel race un terrain d’expression différent du cyclisme sur route. Elles y trouvent une croissance à deux chiffres ces dernières années, une forte diversité d’usages et une grande source d’inspiration et de créativité. On constate cette année la forte émergence des teams et la stratégie suivie par les marques qui s’oriente vers le vélo performance. Ce mouvement est soutenu par la création d’épreuves inspirantes pour une puissante communication digitale, dans les décors de paysages spectaculaires où évoluent ensemble les pros et les amateurs.

Les teams de marques dans le gravel race international

Le gravel, ce n’est pas qu’une surface, c’est un mode de vie. 

Peter Stetina

Les premières années du gravel ont reposé sur des athlètes indépendants, mais la professionnalisation progresse. Les grandes marques de vélo et d’équipements structurent aujourd’hui de véritables équipes. Des marques historiques du cyclisme investissent massivement et recrutent des athlètes capables de performer sur des formats longue distance. Leur objectif est clair : associer leurs modèles gravel à la victoire. Nous ne sommes plus dans un contexte opportuniste mais dans la volonté des marques de maîtriser leur propre story telling.

Gravel race
Peter Stetina : ancien coureur WorldTour, il a opéré une transition assumée vers le gravel dès 2020. Il fait partie des pionniers de la scène américaine moderne – photo DR

D’autres acteurs plus récents utilisent le gravel race comme levier d’image. Ils ciblent un public sensible à l’aventure et à la polyvalence.
Pour cela, ils combinent performance sportive et récit. En France, la marque Wish One a devancé dans ce domaine des marques qui se contentaient des marchés route et VTT. Dans cette approche composite du discours, on observe également l’arrivée d’équipes hybrides. Certaines réunissent route, VTT et gravel dans une même structure. Cette stratégie permet de mutualiser les budgets et de renforcer la visibilité. Le gravel race mondial reste jeune même si beaucoup de leaders viennent du WorldTour route ou VTT : Alejandro Valverde, Laurens ten Dam, Greg Van Avermaet, Romain Bardet, Katarzyna Niewiadoma, Pauline Ferrand-Prévot… Cependant, une génération 100 % gravel émerge progressivement.

Une stratégie d’image centrée sur la performance

Le gravel véhicule une image d’authenticité et de liberté et pourtant, les marques s’appuient désormais sur la performance pour structurer leur discours. Elles mettent en avant les podiums et les victoires et elles relaient ces résultats sur les réseaux sociaux et les médias spécialisés. Cet élément de différenciation sur un marché saturé est un moteur d’envie. Dans cette stratégie de la performance, on distingue plusieurs objectifs. D’abord, elle crédibilise les nouveaux modèles issus de la R&D. Ensuite, elle rassure les consommateurs sur la fiabilité du matériel. Enfin, elle positionne la marque comme innovante dans un segment nouveau et en croissance.

Gravel Race
La marque Q36.5 équipera et soutiendra les athlètes Alexis Skarda, Maddy Nutt, Cassia Boglio et Maaike Coljé lors des principales compétitions de gravel du calendrier international 2026,
Traka et Unbound.- photo Q36.5

Contrairement au cyclisme sur route, le gravel race valorise l’endurance et la gestion de l’effort. Il agit sur l’imaginaire d’une compétition pure, accompagne la féminisation et valorise l’ancrage local des courses qui dépassent souvent les 200 kilomètres sur des terrains difficiles. Par conséquent, les marques insistent sur le confort, la robustesse et la polyvalence de leurs produits. La performance ne se limite plus à l’aérodynamique et à la puissance des watts. On remarque l’association forte sur ces valeurs avec des marques d’équipements : textile pour Factor avec Rapha et Café du Cycliste avec Willier, les roues pour Canyon avec DT-Swiss…

Gravel race et trail running : une ressemblance

Le développement des teams gravel rappelle ce qui s’est produit dans le trail running au début des années 2000. À cette époque, les grandes marques de running ont investi les ultras et les courses en nature qui ont elles-mêmes explosé. Elles ont soutenu des athlètes emblématiques pour crédibiliser leurs gammes. Le trail running incarnait alors une pratique alternative à la route. La médiatisation des épreuves comme l’UTMB a transformé cet univers en marché structuré. Les teams ont joué un rôle central dans cette évolution. La jeunesse d’un nouveau héros de l’ultra en route et gravel longue distance comme Victor Bosoni nous rappelle l’histoire de Kilian Jornet.

Gravel Race
Victor Bosoni sur l’Atlas Mountain Race – photo Stephen Sheleski

Le gravel race suit actuellement une trajectoire comparable. Il conserve une image d’aventure, mais il s’intègre progressivement aux logiques de performance. Les marques utilisent les compétitions comme autant de vitrines technologiques et humaines.

Des teams comme laboratoires produits

Gravel Race
Canyon x DT Swiss dévoile son équipe All-Terrain Racing composée de 13 athlètes

Les teams gravel servent aussi de terrain d’essai. Les athlètes testent cadres, roues et transmissions dans des conditions extrêmes.
Les retours permettent d’affiner la conception : géométrie et composants. Cette approche nourrit ensuite la communication produit. Les argumentaires commerciaux vont décliner ensuite ce message auprès d’une clientèle friande de technologie. La marque peut expliquer que tel modèle a évolué grâce à l’expérience en course. Le consommateur peut alors associer le produit à un usage réel.

The Grip - Café du Cycliste
Le Team Grip avec Willier et Café du Cycliste

Dans le gravel race, la dimension aventure reste importante et les marques doivent équilibrer performance et authenticité. Un discours trop proche du cyclisme professionnel pourrait brouiller l’image initiale.

Le gravel race proche de nous

Le gravel race a peiné à s’implanter en France comme dans d’autres pays où le cyclisme sous ses formes traditionnelles était bien implanté. Le gravel race devait trouver sa place dans une activité sportive cycliste très riche sur route comme à VTT. Des initiatives sont venues de la part de marques comme Wish One et Look ou de clubs régionaux qui ont adopté rapidement cette nouvelle pratique en compétition. Des challenges sont nés, la FFC qui voyait au départ le gravel comme une pratique de randonnée s’est impliquée dans la forme race de la discipline.
L’UCI, avec ses Gravel World Series, a apporté un modèle qui fonctionne désormais le week-end dans bon nombre de nos régions pour le plaisir des jeunes sportifs en quête de nouveaux challenges. L’initiative de Wish One avec la Wish One Cup est intéressante pour permettre à de jeunes talents nationaux d’éclore rapidement pour accéder au haut niveau. La FFC a mis en place une Coupe de France Gravel avec 4 épreuves. Cette coupe est ouverte aux catégories U17, U19, Élite et Masters. Chaque manche permet l’attribution de points en vue de l’établissement d’un classement général final. Le challenge NOAQ propose 14 épreuves, dont les championnats de France qui auront lieu à Thouars durant les Graviers Roses, du 11 au 13 septembre 2026. Le GRAVEL’TOUR WISH ONE organisé par LVO propose également un challenge national réunissant 9 épreuves Ultimate et 3 épreuves Experience, dont Bike Café est partenaire. En 2027 le mondial UCI Gravel se déroulera en France et il sera intégré pour la première fois à toutes les épreuves cyclistes. Nous espérons y voir briller nos jeunes champions nationaux.

Conclusion : le gravel race, entre liberté et marketing de la performance

Le gravel race connaît une structuration rapide. Les compétitions se multiplient et attirent des équipes soutenues par les marques. Cette dynamique rappelle l’essor du trail running il y a vingt ans. Les marques de vélo utilisent l’image de la performance pour consolider leur positionnement. Elles cherchent à démontrer la fiabilité et la compétitivité de leurs modèles gravel. Cependant, le gravel reste différent du cyclisme traditionnel. Il valorise l’autonomie, l’aventure et l’expérience personnelle.
La stratégie marketing repose donc sur cet équilibre et les teams apportent crédibilité et visibilité. Ils restent plus humains et accessibles pour garder cette proximité avec la jeunesse de ce marché. Le gravel s’étant construit sur l’idée de liberté, il ne faudrait pas qu’un excès de marketing lui fasse perdre la spontanéité qui a fait son charme. L’enjeu pour les marques sera de préserver l’esprit ouvert du gravel pour ne pas reproduire le modèle très codifié du cyclisme sur route.

Patrick
Patrick
Patrick Van Den Bossche a créé les blogs Running Café, Track & News, puis Bike Café. Curieux invétéré, observateur des tendances, il adore mettre en lumière les personnalités et les anonymes du petit monde du vélo. Il a collaboré longuement à la revue Cyclist France et affectionne la simplicité des vélos anciens ou modernes. Depuis sa découverte du gravel en 2015, il s'adonne régulièrement à des sorties sur route et sur chemins autour de la Sainte-Victoire. Il adore la pratique minimaliste du single speed sur route sur son vélo en acier.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Renseignez votre commentaire
Renseignez votre nom

Articles similaires

Du même auteur

Ils soutiennent Bike Café