Voilà un nom curieux pour une randonnée cycliste : la « Hamster Classique ». On se demande ce qu’un petit rongeur peut bien faire sur une selle de vélo ? C’est Nicolas Schaeffer, l’organisateur de ce 400 km, qui a eu l’idée d’associer à cette aventure le Grand Hamster d’Alsace (un rongeur emblématique de la région) et les Classiques de printemps (des courses aux parcours souvent difficiles et atypiques). Ce projet, qui a germé dans l’esprit de Nicolas en 2015, a pris forme cette année grâce à l’aide d’Anaïs, sa compagne, et celle de son frère Guillaume. Ils étaient donc une trentaine de concurrents « hamsters » au départ le 12 mai, devant le parvis de la cathédrale de Strasbourg.

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La randonnée

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Départ 10 h le 12 mai devant la cathédrale de Strasbourg – photo Hamster Classique

La Hamster Classique consiste, à partir du point de départ, à relier 5 check points : 2 en Allemagne, 3 en France puis rejoindre l’arrivée. Pour atteindre ces différents points l’itinéraire est libre, entre 400 et 500 km, il sera parcouru le temps d’un week-end, en totale auto-suffisance. Il n’y pas de classement : juste le plaisir de rouler et de s’offrir quelques belles escalades des cols alsaciens. « La raison pour laquelle j’ai intégré une grosse dose de dénivelé n’est pas uniquement une question de sadisme envers les participants, c’est plutôt que je trouve qu’en cyclisme gravir un col, ou une montagne, est le plus beau moyen de se surpasser : on ne roule pas pour être meilleur que les autres mais on confronte son mental à la longueur du trajet et aux difficultés rencontrées en chemin », précise NicolasLes participants devront être autonomes pour se nourrir, dormir et faire face aux éventuels soucis mécaniques.

Le « hamster » Andréa nous raconte

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Andréa au départ devant la cathédrale … pas de poil aux pattes notre hamster – photo Annie

Le 12 mai à 9 h 30, un attroupement de cyclistes commence à s’agiter sur le parvis de la cathédrale de Strasbourg. Anaïs et Nicolas les organisateurs de l’Hamster Classique avaient donné rendez-vous aux 30 participants à cet endroit emblématique de l’Alsace pour cette première édition. Nicolas donne le départ en agitant un drapeau : c’est parti, les hamsters sont lâchés et courent dans les ruelles de Strasbourg.

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photo Alexis Amet 

Nous roulons groupés jusqu’à Kehl où malheureusement Écume (c’est le nom de mon vélo) est victime d’une crevaison malveillante car une poignée de punaises avait été lancée sur la piste cyclable ! … Je perds le groupe mais un cycliste barbu s’arrête et me dit : « Ça va Andréa ? », c’est Alexis Amet de Mo&Bius. Je répare ma crevaison avec une nouvelle chambre à air, remonte le tout, mais elle perd immédiatement de l’air, alors je décide de réparer avec une bonne vieille rustine. Et c’est reparti, nous roulons ensemble jusqu’au Mummelsee (CP1) ce qui nous permet de faire plus ample connaissance. Il m’apprend que de futurs projets cyclolistiques vont voir le jour sur Strasbourg, restez à l’affût ! …

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Il faut faire tamponner notre carte de route – photo Annie

Arrivés au sommet nous apercevons la voiture des organisateurs où il faut faire tamponner notre carte de route attestant que nous avons bien atteint le CP. Je salue Alexis puis entame une descente à vive allure pour atteindre la plaine d’Alsace et, pourquoi pas rattraper un groupe de hamsters. J’en aperçois deux juste au pied de la descente à Kappelrodeck, je me mets sur les prolongateurs pour les rattraper. Je fais la  connaissance de Tony Bidel et Mathieu Perrusset des Cycles Victoire. Nous faisons une pause repas à Offenburg avec une currywurst. Je roulerai avec eux jusqu’à Mahlberg.

Puis je poursuis en hamster solitaire jusqu’à Fribourg-en-Brisgau où je retrouve Alain Puisieux (rédacteur en chef du magazine 200). Je traverse le centre de cette ville en toute innocence, c’est alors que la patrouille m’arrête pour me rappeler que les hamsters se déplacent ici sur leur pattes et non sur un vélo. Dans l’ascension du Schauinsland CP2, je retrouve Guillaume (co-organisateur de la Japanese Odyssey), nous bavardons un peu de cette épreuve cycliste puis je continue à mon rythme. C’est aussi dans cette montée qu’Annie a pris le temps de prendre quelques photos de nous.

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Vers le CP2 avec Guillaume – photo Annie

J’arrive au sommet où Anaïs et Nicolas nous attendent pour apposer le second tampon sur notre carte de route. Ces deux ascensions allemandes ont éprouvé le corps des petites bêtes que nous sommes, le pelage de certains hamsters ne suffit plus à maintenir leur température corporelle à un niveau suffisant.

Je me couvre et me mets en mode nuit (manchettes, phare avant, lampes avant et arrière, gilet fluo). Écume file à toute allure 68,4 km/h vers Staufen im Breisgau. Nous atteignons la France avant la nuit, puis nous mettons le cap vers Cernay. L’atmosphère devient lourde et électrique, des éclairs illuminent le ciel du côté de Mulhouse, mais heureusement l’orage va se déplacer pour remonter vers le Nord.

Un petit stop à Cernay, chez mes amis Camille et Philippe, pour y manger un plat de pâtes et boire une bière. J’y retrouve également Annie ainsi que ma belle-sœur Marie et son compagnon Boris. Je repars dans la nuit pour affronter le Grand Ballon (CP3) de nuit, sous la pluie et l’orage. Je me demande si je suis le seul farfelu à avoir cette idée. À un moment je me retourne et aperçois un phare de vélo qui brise l’obscurité, c’est Rémi Mejean. Il me dit : « C’est mythique la montée qu’on est en train de faire … » : ce n’est pas faux !

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Photo Andréa

Nous nous retrouvons au sommet où il a décidé de bivouaquer avec deux autres hamsters. N’ayant pas emmené le nécessaire, je n’ai pas le choix il faut descendre et vite car mon pelage est mouillé, je sens la fatigue et le froid m’envahir. J’avais prévu de couper par un chemin de terre, mais au vu de mon état je choisis de descendre par le Markstein après avoir enfilé toutes les couches de vêtements que j’avais. Je prends une photo justifiant mon passage au CP3. Je dois rester vigilant dans cette descente car, entre la pluie et les grenouilles qui ont pris position sur le macadam, il faut piloter finement.

Arrivé à Guebwiller il fait un peu plus chaud qu’en haut, donc je décide de poursuivre jusqu’à Colmar pour faire une surprise à ma maman et voir les poules qu’elle vient d’adopter. Comme un hamster qui entre dans son garde-manger, je dévore littéralement tout ce qui me passe sous la patte : fraises avec tapenade et yaourt. C’est du grand n’importe quoi mais mon corps a besoin d’énergie ! J’en profite pour dormir une heure sur le canapé avant de réveiller ma maman, laver rapidement Écume car avant d’arriver à Colmar nous avions fait une bonne section de gravel à travers la forêt.

Je m’arrête dans une boulangerie pour prendre un croissant et je mets plein gaz sur l’Euroroute 5, pour atteindre Châtenois où je ferais un second stop pour manger à nouveau un croissant.
En hamster solitaire la progression dans la vallée de Villé n’est pas chose facile car le vent s’est levé et les kilomètres dans les pattes commencent à compter. Arrivé à Breitenbach l’ascension menant au Champ du feu (CP4) débute. Annie me dépasse en voiture pour prendre quelques photos de la fin du parcours et tenir au courant les amis qui me suivent sur les réseaux sociaux, cela me fait énormément plaisir. En plus de cela un ami m’avait dit « Je viendrai te voir au Champ du feu… », cela me booste pour envoyer un gros braquet jusqu’à ce CP4.
La montée se fait dans un épais brouillard. Au sommet il fait 6°C autant vous dire que ça caille ! J’aperçois Loïc et Annie au bord de la route, cela me fait chaud au cœur. J’enfile de nouveau toutes les couches que j’ai et demande à Annie si elle peut me donner une veste supplémentaire. Elle me regarde et me répond : « C’est sans assistance donc non tu n’auras pas de veste supplémentaire … » elle a raison !

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Descente du Champ du feu on lâche les watts. Photo Annie

Maintenant, le plus gros est fait je descends à vive allure vers Westhoffen, point de départ de la dernière ascension celle du Geissweg (CP5). Arrivé à ce CP je ne sais pas si un hamster est déjà passé par là.

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Photo Annie

Une fois celui-ci passé il reste à descendre vers Cosswiller où l’arrivée est placée à la brasserie La Mercière. Je savoure cette dernière descente, mes poils se hérissent en arrivant dans la cour de la brasserie à 12 h 55. Une très belle aventure de 442 km pour 8000 m de D+ prend fin après 26 h 55 à écumer les routes allemandes et alsaciennes.

Après 97200 coups de pédales, 12238 kj grillées et 8 litres d’eau ou mélanges énergétiques consommés, il est temps de refaire les niveaux de la bestiole en dégustant les excellentes bières biologiques La Mercière confectionnées à partir de houblons alsaciens. Je prends le temps d’échanger avec les organisateurs sur cette expérience et ne manque pas de venir saluer l’arrivée de chaque hamster.

L’Hamster Classique est une virée qui se mérite. À la fois le tracé libre avec des montées imposées pour rejoindre les CP, et la variété des hamsters rencontrés font de cette aventure un évènement unique pour préserver cette espèce de cyclistes longue distance.

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Photo Annie

Merci à Anaïs et Nicolas, à Annie, à ma maman et Waldy, à Camille et Philippe, à Loïc, à Marie et Boris, à tous ceux qui m’ont suivi de près ou de loin et à tous les messages que vous avez postés sur les réseaux sociaux.

Infos sur la page facebook de l’Hamster Classique

Andréa BRAGA

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Aix-en-Provence - Après la création de Running Café, la co-fondation de Track & News Patrick remonte sur le vélo en créant Bike Café. Il adore rouler sur route et sur les chemins du côté de la Sainte-Victoire. Il collabore en freelance à la revue Cyclist France. Affectionne les vieux vélos et la tendance "vintage". Depuis sa découverte du gravel bike en 2015, il s'adonne régulièrement à des sorties "off road" dans sa belle région de Provence.

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