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L’esprit gravel plane sur le running

L’esprit gravel gagne du terrain en atteignant le monde du running. Nouveau concept marketing ou réel besoin, les fabricants de chaussures de course à pied se sont donnés le mot : ils chaussent façon gravel les pieds des coureurs. Le succès du gravel dans le vélo se répand et les sportifs de plus en plus nombreux à pratiquer les deux disciplines ne seront pas dépaysés en sautant de la selle de leur vélo de gravel, pour chausser une paire de running gravel pour aller courir dans la nature.

Une polyvalence d’usage largement popularisée dans le vélo…

Dans le monde du running, entre la route et le trail, il existe un monde hybride qui englobe la course sur le bitume et sur les chemins. Le concept des chaussures de running gravel s’est inspiré de l’esprit du vélo : un terrain varié entre route et sentier. Ces chaussures sont conçues pour être polyvalentes, permettant ainsi aux coureurs, lors d’une même sortie, de changer de terrain. Elles intègrent des technologies spécifiques, pour offrir une meilleure adhérence et un confort accru sur différentes surfaces.

Gravel running
Dans le monde du running, entre la route et le trail, il existe un monde hybride qui englobe la course sur le bitume et sur les chemins.- Patrick VDB

Entre 2009 et 2015, j’ai fait de nombreux tests de chaussures de running pour un magazine spécialisé et pour le blog outdoor Track & News que j’avais cocréé. Bien que fan de minimalisme et adepte des chaussures légères ayant un faible drop (différentiel entre pointe et talon) j’ai couru également avec des chaussures de trail cramponnées. À cette époque, la marque Salomon, précurseur dans le monde du trail, avait imaginé un concept “door to trail“. En gros, sortant de chez soi en courant sur route, on pouvait s’aventurer sur les chemins pour se livrer à une course en nature hybride. Cette polyvalence d’usage ayant été largement popularisée dans le vélo sous le terme de gravel, il était normal que le monde du running s’en empare pour illustrer cet usage polyvalent.

Semelles et pneus, même combat

Craft et Vittoria se sont associés
sur la base de ce concept running gravel…

À vélo comme en course à pied, semelles et pneus doivent assurer la même difficile mission : réunir rendement, accroche et confort. Lorsque chaussures et vélo évoluent sur le même terrain, ces mêmes critères permettront aux sportifs de réaliser leurs objectifs. Par exemple, les Salomon DRX Defy Grvl sont dotées de technologies telles que le système Active Chassis et la mousse Energy Foam. La semelle des chaussures de gravel running est souvent hybride, avec une bande de roulement centrale et des crampons latéraux. Tiens, tiens… Ça ne vous rappelle pas les pneus de vélo de gravel ? Cette conception permet une meilleure traction sur les terrains mixtes. La respirabilité et le confort sont également mis en avant sur ces chaussures, surtout pour les longues distances.

esprit gravel running
Craft et Vittoria se sont associés sur la base de ce concept gravel… Un fabricant de pneus et un fabricant d’équipements outdoor s’unissent sur ce terrain de l’hybridation – photo Trailpro

Décidément, le gravel est inspirant et la porosité des pratiques outdoor met en évidence cette recherche de polyvalence des produits et accessoires que nous utilisons dans nos pratiques sportives croisées. La chaussure de running gravel n’est pas une chaussure mixte vélo/course à pied, elle est exclusive à la pratique running, même si avec des pédales plates, vous pouvez très bien faire du vélo avec.

Toutes les marques courent gravel

Je vous ai préparé une petite liste non exhaustive des produits running identifiés comme “gravel”. Ces chaussures présentent toutes des semelles généreuses et plutôt enveloppantes ainsi qu’un drop moyen relativement important de 8 mm.

gravel running
Salomon Aero Glide 3 GRVL

Ce modèle haut de gamme revendique un excellent niveau de confort et d’amorti. Il cible les runners (neuses) qui alternent asphalte et chemins de terre.

HOKA Challenger 8

Vous allez découvrir un nouveau design avec un drop et un ajustement améliorés à l’avant-pied et sur le cou-de-pied. L’adhérence a été augmentée avec des crampons remaniés.

gravel running
gravel running
Scott Pursuit

Découvrez le modèle Pursuit Gravel, la chaussure d’entraînement hybride pour les coureurs qui relèvent tous les défis. Sa semelle extérieure inspirée du gravel offre une adhérence imbattable sur les terrains goudronnés et sur le gravier. Ainsi, votre chaussure s’occupe du terrain tandis que vous vous concentrez sur votre course. 

Craft Xplor

Que vous couriez sur la route, sur le sentier ou sur toute autre surface intermédiaire, le modèle Xplor est le choix parfait pour une expérience de course hybride ultime. Conçu en collaboration avec le fabricant de pneus de vélo de renommée mondiale Vittoria.

  • 5 coloris au choix
  • Poids : 300 g
  • Drop : 6 mm
  • Prix : 150 € (actuellement à 105 € sur le site)
  • Infos sur le site
esprit gravel running
esprit gravel running
Saucony Ride TR2

Conçue pour vous permettra d’atteindre toutes vos destinations que ce soit sur route ou en trail.

Essai de la Scott Pursuit Gravel

Pour me faire une idée de ce qu’est une chaussure de gravel, j’ai décidé d’en choisir une paire pour me rendre sur les pistes où habituellement, je passe plutôt en vélo de gravel. J’ai choisi ces Scott parce que cette marque suisse s’exprime dans le monde de l’outdoor et qu’elle est notamment présente depuis plusieurs années sur le segment du vélo de gravel. C’est d’ailleurs sur un Addict Gravel que j’ai fait un de mes premiers essais gravel en 2016. Laurent et Dan ont également testé les évolutions de cette machine par la suite.

Présentation

La conception de cette Pursuit Gravel combine des éléments issus de la route à ceux qui viennent du trail à l’image du vélo de gravel, qui associe les caractéristiques issues de la route à celles du VTT. Une mousse Kinetic Nitrogen Foam assure un amorti léger et réactif et une semelle intermédiaire ER3 facilite le guidage pour stabiliser le pied lors des appuis. Cette chaussure a été réellement conçue comme une chaussure de gravel, elle n’est en rien une déclinaison d’un modèle trail ou route, même si elle en adopte certains marqueurs.

La semelle extérieure légèrement crantée reprend l’esprit trail avec un dessin destiné à l’accroche sur route comme sur terrain plus meuble. Un stabilisateur (élément en jaune sur les photos) est intégré à la semelle au niveau du médio-pied pour limiter la pronation. Je note le drop de 9 mm, qui va me changer de mes habitudes et le poids relativement léger de 285 g (homme), 255 g (femme). Globalement la chaussure est esthétiquement réussie.

Sur la route

Dans un premier temps, je suis surpris par l’effet “rocker” de cette chaussure. J’avais autrefois découvert cet effet bascule avec des chaussures Newton, mais depuis, j’étais plutôt adepte des modèles minimalistes avec des drops faibles 0 à 4 mm en courant sur l’avant pied. Je suis étonné par l’effet bascule apporté par cette Scott Pursuit. Je m’adapte assez vite à une attaque un peu plus talon qui me renvoie vers l’avant. La chaussure est stable et confortable. L’accroche sur le bitume mouillé est très bonne.

Hors route

Un chemin à droite entre les vignes et les Pursuit l’abordent sans problème. Le maintien sur des terrains moins stables est plus que correct. La cheville est solidement maintenue. Ça devient intéressant en dévers. Mes chemins sont plutôt pierreux, sans véritables bourbiers, même après le passage d’un orage. Le cramponnage de ces Pursuit est bien adapté à ce type de terrain typique des Bouches-du-Rhône.

Je vais poursuivre cet essai lors de mes footings, qui vont du coup m’entrainer peu plus souvent hors de la route.

Pour conclure

Le mot gravel s’impose pour qualifier une pratique qui évoque une polyvalence qui la rend apte au contact avec des surfaces différentes. Il va peut-être ainsi pouvoir entrer dans le dictionnaire de l’Académie française où il est curieusement absent. Ces chaussures gravel sont surtout destinées à l’entrainement, avec leur drop relativement élevé et le côté rassurant de leur semelle. Elles affichent toutes un certain confort qui n’est pas sans rappeler nos gros pneus tubeless de vélo. La plupart de ces chaussures intègrent une géométrie de type “rocker”, qualifiée également d’effet bascule. Cette conception s’est généralisée sur le marché du running, touchant les chaussures de compétition équipées de plaques en carbone et des modèles plus adaptés aux entraînements quotidiens. Voilà donc pour vous, sportifs adeptes de gravel, le moyen de courir ou rouler sur vos parcours habituels faits de sentiers et routes.

Patrick
Patrick
Patrick Van Den Bossche a créé les blogs Running Café, Track & News, puis Bike Café. Curieux invétéré, observateur des tendances, il adore mettre en lumière les personnalités et les anonymes du petit monde du vélo. Il a collaboré longuement à la revue Cyclist France et affectionne la simplicité des vélos anciens ou modernes. Depuis sa découverte du gravel en 2015, il s'adonne régulièrement à des sorties sur route et sur chemins autour de la Sainte-Victoire. Il adore la pratique minimaliste du single speed sur route sur son vélo en acier.

5 COMMENTAIRES

  1. Effectivement la dernière fois que j’ai été dans mon magasin habituel de running, je souhaitais remplacer mes chaussures de trail. On m’a proposé les Salomon GRVL, le nom m’a fait sourire, je me suis dit “encore un argument marketing qui surfe sur les tendances”… Et en fait de les avoir essayées, je les ai achetées et ce sont les chaussures que j’utilise le plus, hyper polyvalentes ! Elles passent partout, elles sont sur la route moins efficaces que des pures routes, et pas assez cramponnées pour aller dans la grosse boue, mais l’analogie avec le vélo est parfaite.

  2. Je ne cours pas, mais j’ai commencé le VTT en 1987 et déjà, il existait des pneus de VTT avec bande de roulement lisse et crampons sur les côtés.
    Je m’oppose au discours marketing que le gravel serait une nouvelle pratique et que le gravel permet d’innover.
    Le besoin de rouler sur asphalte et sur chemins a toujours existé (depuis l’invention de l’asphalte, car le vélo de route du début du 20ème siècle était déjà un vélo de gravel qui s’ignorait ; de même, avant l’apparition des suspensions, la pratique du VTT se faisait principalement sur des terrains considérés aujourd’hui comme du domaine du gravel ).
    Par là je ne veux pas nier le côté novateur des chaussures objet de l’article (et encore moins leur intérêt pour un certain type de pratique), mais souligner que le “rattachement” au gravel est bien un discours et une stratégie marketing.

  3. J’arrive un peu après la bataille mais je voudrais apporter un point de vu différent des commentaires axés sur la stratégie marketing. Je ne nie bien sûr pas le fait que le secteur de la chaussure a tout intérêt à ouvrir un nouveau marché pour vendre plus. On est bien d’accord. Cependant le « Gravel runing » répond à un réel besoin. J’habite en ville, je cours sur bitume et sur sentiers (forêts urbaines, parcs, bord de mer, sentiers sur falaises), mais aussi sur pavés, escaliers, trottoirs abimés, en pentes… le tout mouillé par la pluie normande. Donc dans ce genre de sortie que l’on appelait autrefois « urban trail » il était parfois difficile de choisir la bonne chaussure sur un marché qui proposait soit du lisse pour bitume, soit du cramponné pour chemins de montagne. L’arrivée de ces chaussures légèrement crantées permet vraiment de ne plus se poser de questions et avoir suffisamment d’accroche sur des petits sentiers roulants, mais aussi dans des escaliers, sur des pavés, tout en étant fluide sur asphalte lisse.
    Et du coup, on peut imaginer que le coureur no ice pourrait trouver son bonheur sur une paire polyvalente plutôt que d’acheter deux paires (une pour le bitume et une pour les sentiers). Et pour le coup ce serait un argument contre-marketing.

    Cordialement,
    Robin

    • On est d’accord Robin le besoin existe. Croyez un coureur de la première heure, qui a pendant plusieurs années testé des chaussures de running pour plusieurs médias. Le marketing n’est qu’un moyen commercial d’habiller un besoin pour segmenter et de cette façon augmenter un marché. On le constate tous les jours et pas que dans le monde du sport. Le raisonnement dans ce cas est basé sur la proximité de 2 univers : running et vélo. Le gravel depuis 10 ans est devenu le vélo dont on parle. Même si en volume il est loin d’atteindre les chiffres de la route et du VTT il commence à représenter un nombre de pratiquants représentatifs d’un marché. Ce nom “Gravel” appliqué à la chaussure de running adresse cette cible de pratiquants hybrides qui est lui même croissant. Comme je l’indique dans l’article le concept inventé par Salomon autrefois appelé “Door to Trail” partait de la même idée. Pour ma part je ne fais que constater la consécration du terme Gravel qui fait vendre des vélos et qui pourrait aussi faire vendre des chaussures de running. Le consommateur fera son choix… Pour ma part en activité à l’époque et compétiteur mon crédo était plutôt le travail sur ma proprioception. Je courrais en chaussures minimalistes faisant confiance aux qualité intrinsèques des tendons de notre voute plantaire. Pour l’accroche dans les cas extrêmes des crampons peuvent être utiles, à chacun de choisir et pourquoi pas une chaussure Gravel.

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