L’édito de Bike Café
C’est à Nice qu’on peut lire, sur le bord de la route du quai des États-Unis, cette mise en garde qui s’adresse aux cyclistes : “N’oubliez pas que vous êtes à vélo.” Cette façon de voir les choses est de la même veine que la tristement célèbre affirmation du haut fonctionnaire Emmanuel Barbe lors du congrès de la Fédération Française des Usagers de la bicyclette (FUB) en 2017. Il déclarait que « le vélo est plus dangereux que les autres modes de transport ». Pourquoi ne voit-on pas des panneaux où serait inscrit « N’oubliez pas que vous êtes en voiture », sous-entendant que ce véhicule est dangereux pour les autres ? Pourquoi cette injonction de prudence cible les cyclistes ? C’est triste de constater qu’on leur demande de se protéger de dangers qui semblent inévitables. J’aimerais qu’on partage cette mesure de prudence entre tous les usagers des infrastructures publiques. Nous pourrions circuler sereinement, oubliant effectivement qu’on est cycliste, piéton, automobiliste, usager de la trottinette, conducteur d’engins et de camions, conducteur de bus… (photo Benjamin Bodot sur son trajet vélotaf du matin à Nice)




Il y a comme ça plein d’expressions faussement bienveillantes, adressées aux plus faibles qui doivent se méfier du danger. On pourrait aussi planter des pancartes dans la savane africaine : « N’oubliez pas que vous êtes une antilope… » Faire peur n’éloigne pas le danger, c’est souvent le contraire qui se produit. Le vrai sujet est de prendre des mesures pour faire diminuer le danger. La peur peut justement éloigner le vélo des axes routiers, alors que l’on sait que c’est le nombre de vélos présents dans la circulation qui apaisera le trafic. De ce point de vue, le livre du journaliste Olivier Razemon est édifiant : il parle du pouvoir de la pédale. Le vélo n’est pas là pour endosser le rôle du plus faible : il faut qu’il prenne sa juste place. La peur est un garde-fou utile, mais elle devient dangereuse quand elle se trompe d’objet. Nous sommes capables de raisonner, afin de corriger les erreurs de jugement en identifiant les causes.

Ce matin je n’oublie pas que je suis cycliste. Pas parce que ma condition de pédaleur me rendrait trop fragile dans la circulation routière, mais simplement car rouler me rend libre et heureux. Je n’oublie pas ce bonheur et cette possibilité d’aller sur nos routes ou chemins le nez au vent, dans cette ambiance de renouveau printanier ce matin. Cette force qui m’entraîne ainsi à prendre mon vélo compense largement la faiblesse qui serait de penser que je suis en danger. Je n’oublie pas que je suis à vélo et j’aime ça…
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Je précise que je suis cycliste et plutôt peureux sur la route, je préfère le gravel ou les pistes cyclables, et je me doute que l’idée du panneau est là pour lancer la chronique mais en l’occurrence ce panneau qui se situe au début de la piste cyclable de la “prom” a pour but surtout de rappeler aux cyclistes qu’ils ne sont pas seuls et qu’il y a d’autres usagers ( ici des piétons) car oui malheureusement les cyclistes ne sont pas tous irréprochables … Et même si je déteste la voiture ou plutôt ceux au volant tout n’est pas toujours de la faute des autres …
Sinon super blog continuez comme ça Merci
Bonjour Norb, merci pour ce commentaire, mais je permettrai de pondérer un petit peu, je connais très bien l’endroit pour le traverser quotidiennement depuis des années.
Il faut préciser déjà que le même panneau existe également à destination des piétons, “n’oubliez pas que vous êtes piéton”.
Le problème de collaboration sur cette partie de la prom’ vient de la suppression de la piste cyclable séparée qui était à gauche de la photo pour laisser la place aux voitures et ramener les vélos sur le, toujours très fréquenté, trottoir.
Toujours le même débat de la place du vélo dans nos villes et de sa prise en compte comme moyen de transport et pas seulement comme loisir.
Et je pense sincèrement que ce n’est pas, malheureusement, seulement la collaboration avec les piétons dont il est question car ces panneaux se retrouvent jusqu’au port et même au delà ou nous retrouvons le flot automobile.
Bien à vous !
Merci Norbert d’avoir lancé le débat qui porte la responsabilité des risques sur chaque utilisateur de l’espace public. La différence s’évalue sur les conséquences importantes qui se portent généralement sur le plus faible. Elles peuvent tout autant être très grave de la part d’un cycliste qui, roulant sur un trottoir, renverse un piéton. Mon billet matinal du lundi vise surtout ces discours qui ne débouchent jamais sur des actions concrètes. Ils sont couteux anxiogènes et sans effet. Il ne faut pas attendre le meurtre d’un cycliste parisien, pour botter en touche et mettre en place une commission. Dans ce cas elle a d’ailleurs été dirigée par une personne qui a déclaré que le vélo était une pratique dangereuse. Cette caricature de prise en compte des problèmes de société n’est pas réservée au vélo. Elle est de fait appliquée à chaque étage de la vie sociale avec cette manipulation de la peur. Pour le vélo soyons courageux au contraire il faut légitimement exercer notre droit à rouler en ville comme sur les routes … même si l’automobiliste râle de devoir ralentir pour nous doubler. J’ai trouvé que cette pancarte était révélatrice de ces mentalités qui font que l’on n’avance pas assez vite sur l’intégration du vélo dans les flux sur nos structures routières.
En dehors des considérations spécifiques à propos de l’endroit où a été pris la photo, prétexte à ce (très juste selon moi) billet, on peut noter régulièrement dans notre environnement ce type de communication qui ne visent jamais directement les principaux intéressés.
L’exemple typique c’est le fameux panneau “Chasse en cours – Soyons tous vigilants” complètement absurde.