Sans le savoir, l’histoire de cette sortie « Dans la roue de Raoul Taburin » commence le 28 septembre 2018, à Florac, dans les Cévennes. À la veille de « La Stevenson » (1), après avoir déposé à la Salle des Fêtes communale, les victuailles pour le ravito et la nuitée-étape du lendemain soir, j’embarque dans le van Chilkoot, au Cri du Papillon, une drôle de monture à la robe bleue Gitane…

Quelques mois plus tard, au début avril 2019, comme dans un film de Claude Sautet, « Les choses de la vie » (2) me conduisent à parcourir le programme cinéma de la semaine à venir (ce que je fais très rarement d’ordinaire) et j’y remarque la séance de projection en avant-première – en présence du Réalisateur – du film Raoul Taburin à La Cigale de Cavaillon. Nous sommes en pleine semaine d’avant la « Reine des Classiques » (3) et alors que « de battre mon cœur » sur les pavés de « L’Enfer du Nord » (3) a déjà commencé, le souvenir d’un certain « Ghislain Lambert » (4) et d’une interprétation magistrale de ce « petit cycliste » par – déjà – l’immense Benoît Poelvoorde me font visionner sans attendre la bande annonce de ce « Raoul Taburin ».

Je ne sais pas faire de vélo …

Raoul Taburin - Sempé
Raoul Taburin – Sempé

« Je ne sais pas faire de vélo ! ». Tel serait donc le terrible secret de ce Raoul Taburin, marchand de cycles et mécanicien hors-pair d’un petit village de Province. Avec cette bande annonce et quelques clics plus tard sur la toile, je découvre que le film est une adaptation d’une bande dessinée de Jean-Jacques Sempé (5). Un peu comme on apprend à faire du vélo, on en apprend donc tous les jours, à moins que ce ne soit chez moi une lacune de culture à l’égard de cet immense dessinateur humoriste à qui l’on doit notamment les illustrations du Petit Nicolas. J’apprends aussi, ou plutôt découvre, que cette adaptation cinématographique de Raoul Taburin par Pierre Godeau (Réalisateur) et Guillaume Laurent a été tourné à portée de quelques tours de manivelles de mon Luberon, en Drôme Provençale et plus précisément à Venterol (pour incarnation du village de Saint-Céron) au Nord de Nyons et à Mollans-sur-Ouvèze (pour les scènes de l’atelier des Cycles Raoul Taburin), à l’entrée de la vallée des Baronnies.

Dès lors, « La bicyclette bleue » (6) Gitane du Cri de Papillon se rappelle à moi, et revient « comme un boomerang » (7). Consécutivement à sa restauration complète chez Road Art à Marseille (8) par Thomas Degert, puis à son exposition au restaurant Le Jardin du Quai (L’Isle-sur-la-Sorgue) à la veille du 4ème Tour du Vaucluse Historique (9), le Gitane Sprint 1978 (re)dort accroché au mur d’une dépendance, désormais aux côtés de mes Victoire, Bianchi, Cannondale et autre BMC…

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
La bicyclette bleue se rappelle à moi – photo Luc Royer

L’idée, ou devrais-je dire plutôt la curiosité d’aller découvrir et ressentir, en amont de la projection, les sites de tournage de ce Raoul Taburin qui s’apprête à débouler dans les salles et sur les écrans, me fait sortir la carte d’une région que je connais certes bien mais au final, après Nyons, « c’est le Nord ! » et je dois reconnaitre que je n’y ai jamais posé les roues…

De la Cigale à Venterol … et retour

Comme toujours devant une carte dépliée, je m’emballe tout d’abord. Choix quasi exclusif de petites routes sauvages et sinueuses, de cols et de panoramas, de détours, de gorges et autres villages perchés, mais très vite je mesure que le compteur kilométrique et le cumul de dénivelé positif s’emballent à leur tour… D’ordinaire, mes itinéraires transposés sur Strava ont pour objectif d’être parcourus au guidon d’un vélo moderne, voire d’un vélo à pignon fixe, aux matériaux et composants contemporains, légers, vifs et précis. Pour ce vendredi 12 (avril), pour cet avant-ride d’avant-première, le vélo sera tout autre. Son cadre est en acier, composé de tubes Reynolds 531. Sa fourche cintrée – en acier elle aussi – semble si frêle. Son cintre Guid est étroit et d’un confort tout relatif avec ses cocottes et leviers de freins Weinmann et ce malgré un ruban de cuir noir flambant neuf. Son pédalier Sugino Super Maxy est équipé de deux – énormes – plateaux respectivement de 52 et de 42 dents alors que la roue-libre/cassette Maillard n’offre que six – tous petits – pignons, de 14 à 21 dents… L’avant-ride doit donc rester raisonnable d’autant qu’un vélo de quarante ans d’âge, vieilli en garage, ne s’emmène et ne se pilote pas comme un vélo contemporain…

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Dans la roue de Raoul Taburin – Le bonheur est dans la trace – photo Luc Royer

Je trace et retrace sur Strava, sur ces routes que je connais si bien au point d’en visualiser chaque courbe, chaque ondulation, chaque paysage. J’abandonne vite toutefois l’idée d’escalader à l’aller la côte – sadique – de Saumane (10) puis, plus au Nord, celle du Col de la Madeleine après Bédoin en retraçant tout droit, plus raisonnablement, par L’Isle-sur-la-Sorgue, Pernes-les-Fontaines, Carpentras et Le Barroux. Après Malaucène, au pied des 21 kilomètres de l’ascension Nord du Ventoux, je trace par la D13, Entrechaux et la D5 pour rejoindre Mollans-sur-Ouvèze et ainsi entrer dans la Drôme. Après viennent naturellement Faucon, Puyméras, Mirabel-aux-Baronnies, Nyons et enfin Venterol, le Saint-Céron du film, le village de Raoul Taburin. Je m’imagine déjà sur place, en terrasse du Café du Centre, pour un déjeuner mérité, le Gitane Sprint 1978 à robe bleue fièrement appuyé contre la fontaine… Quelle que soit la météo, à l’exception d’un rare vent du Sud, le retour devrait être plus facile, plus descendant, voire facilité par un « vent-arrière » en cas de Mistral. Valréas, ou l’Enclave des Papes, sa route touristique (du Tour du Vaucluse Historique 2018 (9)) pour rejoindre Saint-Maurice-sur-Eygues avant de traverser l’Ouvèze. Viendront ensuite Buisson, Roaix, Sablet, Gigondas et Vacqueyras dont les noms sonnent bon les Côtes-du-Rhône, et puis, dans la plaine, Sarrians, Monteux, Velleron et L’Isle avant de boucler la boucle devant La Cigale à Cavaillon. Verdict : 172 kilomètres et un dénivelé positif de 1641 mètres. Cela s’annonce comme une sérieuse solitaire puisque je n’ai pas réussi à enrôler d’autres cyclistes propriétaires de vélos des années 70-80. J’ai bien contacté Lino Lazzerini, ancien coureur et propriétaire d’une collection d’exception à Cavaillon (11) ainsi que Lionel Tartelin dit Ventouman (12) mais, ces derniers ne peuvent être du voyage dans les roues de Raoul Taburin. J’irai donc seul.

Le cliquetis mélodieux, unique, des vélos de mon enfance.

Inspiré, pour ne pas dire habité, par les quelques images de la bande annonce, je multiplie les photos « teaser » sur les réseaux sociaux en y associant divers accessoires d’une panoplie en partance. « Parce que l’on est des grands enfants, pour se sentir vivant, pour donner du sens à l’existence, on se raconte des histoires » (Pierre Gouyou-Beauchamps en voix-off dans le film de la Chilkoot Quest 2018). Maillot de laine Gitane, offert début avril par Lino à l’occasion d’une visite dans son « musée » personnel (qui mériterait tant des locaux et conditions de conservation à la hauteur de la précieuse collection). Paire de gants en tricot et cuir ainsi qu’une casquette Rapha. Une paire de chaussures Pantofola d’Oro L’Eroica, ramenée en octobre dernier par Thomas Degert de Gaiole in Chianti et de l’événement éponyme (L’Eroica) (13) et bien sûr, le Gitane Sprint 1978 aux freins réajustés par mes soins, à la selle ancienne remplacée pour l’occasion par une selle moderne Selle Italia afin d’assurer (au moins) un point de confort essentiel et aux roues Mavic MA contrôlées et retendues dans l’atelier du Culture Vélo de Cavaillon.

Afin de m’imprégner pleinement de l’histoire de Raoul Taburin, j’ai commandé le samedi précédent le livre originel de Sempé, dans une version livre-album, réédité (dans le cadre de la sortie du film) chez Denoël en mars 2019. Je réceptionne le mercredi précédent l’avant-ride, le précieux ouvrage à couverture et reliure bleue toilée à la Librairie de l’Étoile, au bout de ma rue. La lecture peut commencer et le dessin en double-page 48-49 me parle immédiatement tant il illustre le petit cycliste que je suis, doux rêveur et si souvent décroché à l’arrière des pelotons… Comme j’ai aimé Ghislain Lambert, je vais aimer ce Raoul Taburin.

Nous sommes mercredi 10 avril au soir, l’avant-ride est pour après-demain et j’entrevois par la fenêtre de ma chambre un ciel « bleu pétrole » (14). « L’orage a passé sur le village encore vide » (15). Quel temps fera-t-il vendredi ? Sur l’écran de mon iPhone, Météo France annonce une belle journée ensoleillée mais un Mistral de 20 à 50 km/h en rafales. L’aller, jusqu’à Venterol risque donc d’être à vent contraire…

Jeudi 11 avril. Une nouvelle journée d’attente, d’impatience mais aussi de trouille en regard du Mistral annoncé et bel bien levé. Toute la journée, il n’a cessé de commencer à boxer, crescendo, telle « La boxeuse amoureuse » (16). En tout début de soirée, le Mistral cale et un SMS de mon ami Loïc change la donne. Ce dernier m’exprime – photo de son superbe Peugeot Service Course vert à l’appui – son envie de participer à cette sortie vintage baptisée « Raoul Taburin Ride ». Un peu plus tard on s’appelle et convient de se retrouver le lendemain à 08 h 00 au Café de France, celui immortalisé par un cliché de Willy Ronis, à L’Isle-sur-la-Sorgue. Tard dans la nuit, Loïc a prévu de finaliser « son Taburin » en l’équipant notamment de porte-bidons qui lui font défaut.

Mon radio réveil marque 22:00. Nous ne sommes pas dimanche soir mais jeudi soir et j’entrevoie à travers les volets de ma chambre, les « Lumières dans la nuit » (17). En ce début de veillée d’armes, ce ne sont pas les envolées lyriques d’Édouard Baer mais bel et bien mon esprit qui tourne à plein régime. Itinéraire, liste des équipements à ne pas oublier, quelle sera demain la force du vent, arriverai-je à emmener les développements pour « costauds » du vélo jusqu’à cette Drôme si loin et si proche ? Serai-je suffisamment frais à mon retour pour profiter pleinement de la projection du film ? Comme à chaque veille de grosse sortie, cela surchauffe à l’étage et je peine à trouver le sommeil. Je pense à ce petit cycliste de Sempé, décroché, distancé, seul à l’arrière d’un peloton qui s’apprête à disparaitre à l’avant, aux confins de la feuille de papier. Je me rassure en me disant qu’au moins, à deux, il nous sera plus facile de lutter à l’aller contre un « Mistral gagnant » (18)…

Vendredi 12 avril. C’est le grand jour, celui auquel je pense depuis samedi dernier.

07:15. Me voilà avec mon Gitane sous l’affiche du film Raoul Taburin qui annonce l’avant-première de ce soir à 21 h  00. Il parait qu’on en parle dans le journal local, dans Vaucluse Matin… D’ici à cette projection, je m’offre le luxe d’un aller-retour de quelques 172 kilomètres en tenue d’époque (ou presque) au guidon d’un vélo de 40 ans. 40 ans, l’âge où en 2010, chassé de mon statut de « cadre sup » de la communication par une crise économique prétexte à toutes les restructurations (de primes pour les restants), j’ai commencé à renouer progressivement avec le vélo.

Après un premier « 200 » (19) à l’âge de 11 ans de Châtenay-Malabry (20) à Flée via la Beauce, après des années de « gravel » avant l’heure en Forêt de Verrières dans les années 80, après mes années « Vélo Vert » (21) en tant que stagiaire parmi les pionniers du VTT du tout début des années 90, après des années d’oubli aussi, j’étais certes revenu au vélo courant 2006 en faisant l’acquisition chez Cyclix à Cavaillon d’un Lapierre Scandium et en gravissant, quelques mois plus tard, à 36 ans et deux enfants, mon premier Ventoux, du poil aux jambes. S’en suivent quelques sorties du dimanche, quelques sorties aussi avec des collègues du bureau, mais rien de plus. Dix ans plus tard, à la fin février 2016, au soir d’une énième cérémonie protocolaire en Mairie de ma petite bourgade de province, je comprends qu’est venu le crépuscule de ma vie d’avant. J’ai touché le fond en tant que Pro, et il me faut trouver le rebond en tant qu’amateur. Ce rebond pour plus exactement ce second souffle viendra du vélo et des cathédrales, celles de la première « BTR » officielle, organisée début juin 2016 par Chilkoot de Vézelay à Barcelone…

En ce matin du 12 avril 2019, je n’ai plus de poil aux jambes et pourtant la transmission à douze vitesses de mon Gitane a le cliquetis mélodieux, unique, des vélos de mon enfance et de mon adolescence. Elle déroule « son même thème, sa chanson vide et têtue » (22), celle d’une chaîne qui roule sur les galets d’un dérailleur de la fin des années 70. Bien calé sur ma selle, une main sur le haut du guidon, je manœuvre régulièrement de l’autre main la manette du dérailleur arrière et l’ajuste à l’oreille, tout comme celle du dérailleur avant afin d’éviter tout frottement de chaîne. Filant droit et à bonne allure sur le plat le long de la ligne de chemin de fer en direction de L’Isle, la mélodie de la transmission agit telle une « madeleine de Proust ». Me revoilà, roue dans roue, avec mon grand frère, nos Peugeot demi-course lancés à pleine vitesse en Vallée de Chevreuse, parfois jusqu’à la fringale parce que nous ne pouvions nous empêcher de vouloir déposer un à un nos ainés du haut de l’impertinence et de la fougue de notre jeunesse…

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Au café de France – photo Luc Royer

Au Café de France, à L’Isle-sur-la-Sorgue, c’est dans un concert strident de patins de freins secs que je retrouve Loïc, non pas au guidon du Peugeot annoncé mais à celui d’une superbe randonneuse Motobécane à robe vert clair. Alors que nous prenons la direction de Pernes, franchissant la Sorgue, nous assistons impuissants à l’agonie d’une canne qui vient probablement d’être percutée par une voiture. Son cou semble brisé et son compagnon à col vert suit la scène, paniqué, depuis le trottoir d’en face. Le cœur lourd, je pense à « Amour », (24) cette nouvelle d’une triste partie de chasse de Maupassant. Après la traversée de Carpentras, au sortir du hameau du Serres, nous attaquons « La longue Route » (23) ascendante vers Le Barroux et Malaucène et alors que je n’ai qu’une trentaine de kilomètres dans les jambes, je comprends que la journée sera longue. Je n’ai plus quinze ans, ni même vingt ans et le tout à gauche m’offre au mieux un 42/21… Difficile d’en garder sous la pédale surtout que Loïc est un cycliste bien plus « costaud » que moi.

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Dans la roue de Raoul Taburin – Loïc est un cycliste bien plus « costaud » que moi – photo Luc Royer

J’appuie avec fermeté sur les pédales Kyokuto et peine à garder les chaussures bien calées à l’avant des cale-pieds à lanières de cuir (je ne cesse de penser à ces maudites cales que j’ai attendues toute la semaine en vain en provenance d’Allemagne et que je trouverai certainement ce soir dans ma boîte aux lettres…). La prochaine fois, j’équiperai les semelles de mes chaussures Pantofola d’Oro de ces cales rainurées pour pédales plates afin d’éviter cette perte d’énergie liée à de régulières et désagréables glissades des pieds vers l’arrière, hors des cale-pieds à lanières. Définitivement, nos pédales automatiques modernes ont du bon…

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Dans la roue de Raoul Taburin – Mollans-sur-Ouvèze, vers l’atelier de Raoul Taburin Cycles… – photo Luc Royer

Viennent enfin la bascule et le village de Malaucène. Souvenirs sur place de départs du très estival et convivial Tour du Ventoux de Nuit (25). La poursuite se fait en descente, entre les platanes, avant de prendre à droite la D13 vers Entrechaux et Mollans-sur-Ouvèze, vers l’atelier de Raoul Taburin Cycles…

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Dans la roue de Raoul Taburin – Le tournage dans ce village a été un grand moment – photo Luc Royer

Il est 10 h 15 quand nous faisons notre entrée dans Mollans-sur-Ouvèze. Après le pont de l’Ouvèze, Loïc ravitaille en eau à la fontaine. Nous trouvons facilement le vieux garage ayant servi pour le tournage des scènes de l’atelier du film Raoul Taburin. Quelques photos sur place et l’on se remet en route en direction de Mirabel-les-Baronnies via Faucon et Puyméras.

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Dans la roue de Raoul Taburin – Le père Forton lui cédera son fonds de commerce – photo Luc Royer

Face à nous, nous découvrons la splendeur des terres et collines du vignoble de Vinsobres. André, un ancien collègue du Syndicat des Eaux nous offre le café à Mirabel. La route jusqu’à Venterol n’est plus longue, tout au plus une dizaine de kilomètres. Nous y serons donc, comme prévu, pour le déjeuner. Nyons derrière nous, Loïc s’élève sur « la plaque » (le dérailleur avant étant grippé par la rouille, il fera l’aller-retour sur le plateau de 48 dents) en direction de Venterol, splendide village tout en rondeur de la Drôme provençale.

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Dans la roue de Raoul Taburin – Quelques photos devant une façade à la superbe glycine en fleurs – photo Luc Royer

Nous nous hissons jusqu’à la place et son Café, théâtres de très nombreuses scènes du film. Quelques photos devant une façade à la superbe glycine en fleurs et nous redescendons jusqu’au Café de la Poste pour un frugal déjeuner.

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Dans la roue de Raoul Taburin – Une bière locale « Mange soif » et un repas frugal – photo Luc Royer

Alors que 14 h sonne au clocher de l’église de Venterol, après avoir pris la pose pour quelques « figougnes » au même endroit que différentes scènes du film Raoul Taburin, nous quittons Venterol pour notre trajet retour vers L’Isle et Cavaillon.

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Dans la roue de Raoul Taburin – Vélo vintage

La D619 s’élève tout d’abord en direction de la Chapelle Sainte-Perpétue puis ondule et enfin descend jusqu’à Vinsobres. Nous voilà soudainement en pleine Eroica (13) tant les paysages nous font penser ici à la Toscane et à ses Strade Bianche bordées de vignes et de cyprès. Cette route des vins, entre Drôme et Vaucluse est une splendeur. Les villages de Villedieu puis de Roaix traversés, nous poursuivons notre dégustation à vive allure, bénéficiant d’un puissant vent arrière. Ce sont désormais les villages de Séguret, de Sablet, de Gigondas et de Vacqueyras, célèbres « Côtes-du-Rhône », qui nous offrent la saveur de leurs paysages. Les derniers kilomètres s’annoncent et nous offrent moins de saveurs. C’est plat. Sarrians, Monteux et puis Pernes. Vers 16H15, nous sommes à quai, en terrasse du Grand Café de la Sorgue à L’Isle-sur-la-Sorgue. Loïc s’en retourne en voiture vers Céreste et moi j’en termine avec les dix derniers kilomètres jusqu’à Cavaillon et le cinéma La Cigale.

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Dans la roue de Raoul Taburin – Vélo vintage

Plus tard dans la nuit, au sortir de l’avant-première du film et alors que je marche vers chez moi à côté de mon « Taburin » (exposé avec deux autres dans la salle de La Cigale le temps de la projection), je repense à cette canne ensanglantée et forcément morte ce matin. Elle est morte comme est morte mon enfance, cette période de ma vie à laquelle je levais insouciant les bras au ciel, victorieux de courses imaginaires, champion d’un jour au guidon tour à tour d’un vélo vert à trois vitesses, puis d’un vélo blanc à 10 vitesses et aujourd’hui encore, alors que j’entrais dans Cavaillon au guidon de ce Gitane bleu à 12 vitesses.  Et pourtant, depuis la vision le matin même de cette canne mortellement blessée, j’avais roulé tout le jour avec « ce sentiment affreux que tout était mort » (26).

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Dans la roue de Raoul Taburin – Un livre dédicacé par le réalisateur et un ticket de cinéma rejoindront les souvenirs de cette belle journée – photo Luc Royer

J’avais rêvé de prendre la roue de Raoul Taburin pour percer son secret et je mesurais soudainement, à l’aube de la cinquantaine, alors que « personne, absolument personne ne sait ce qui va échoir à tel ou tel, sinon les guenilles solitaires de la vieillesse qui vient » (26), que je n’avais rien fait d’autre aujourd’hui que de prendre la roue de mes propres secrets et regrets…

Luc Royer

RAOUL TABURIN RIDE
CAVAILLON – VENTEROL – CAVAILLON : 176 KM / D+ 1598 M – le vendredi 12 avril 2019

https://www.strava.com/routes/17971340

RAOUL TABURIN A UN SECRET
Un film de Pierre Godeau (Sortie en salles aujourd’hui : le 17 avril 2019)
Avec Benoit Poelvoorde, Édouard Baer et Suzanne Clément
La bande-annonce officielle HD du film RAOUL TABURIN

Nos vélos en détail :

Gitane Sprint 1978 – Coloris Bleu Gitane

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Gitane Sprint 1978 – Coloris Bleu Gitane
  • Cadre : Gitane en acier Reynolds 531 – Taille 56
  • Pédalier : Sugino (avec manivelles Super Maxy 170 mm) 52-42
  • Roue libre : Maillard 6 vitesses 12-21
  • Pédales : Kyokuto Pro VIC II Made in Japan
  • Cale-pieds : Christophe avec sangles de cuir Christophe
  • Leviers de Freins : Weinmann
  • Freins : Weimann
  • Guidon : Guid
  • Dérailleurs : Huret
  • Roues : Mavic MA 36 rayons
  • Pneus : Michelin Select Sport 700x20C
  • Tige de selle : SR Laprade
  • Selle : Selle Italia SLR Max Flow/

Motobécane – Coloris Vert

Dans la roue de Raoul Taburin - Vélo vintage
Motobécane – Coloris Vert
  • Cadre : Motobécane en acier – Taille 56
  • Pédalier : RFQ plateaux Simplex 48-36
  • Roue libre : 5 vitesses 16-21
  • Freins : MAFAC Racer
  • Potence : Pivo
  • Dérailleur AV : Huret
    Dérailleur AR : Svelto
  • Roues : Jantes SUPER CHAMPION 36 rayons / Moyeux Normandy
  • Pneus : Panaracer Gravel King 700×28
  • Garde-boues : Bluemels Club Special
  • Selle : Lampough Waterproof
  • Dynamo : Soubitez 6V 3W

(1) La Stevenson 2018 – LE PUY > ALÈS – À vélo sur les traces de Robert Louis Stevenson et de son ânesse Modestine (29-30 septembre 2018) – Un événement CHILKOOT
(2) Les choses de la vie – Un film de Claude Sautet avec Michel Piccoli et Romy Schneider (1970)
(3)PARIS-ROUBAIX – « La Reine des Classiques » cyclistes depuis 1896
(4) Le vélo de Ghislain Lambert – Un film de Philippe Harel avec Benoit Poelvoorde, José Garcia et Daniel Ceccaldi (2001)
(5)RAOUL TABURIN – Un livre illustré de Jean-Jacques Sempé (1995) – Nouvelle édition « album » chez Denoël (Mars 2019)
(6)LA BICYCLETTE BLEUE – Un livre roman de Régine Deforges (1981) et une série de trois téléfilms de Thierry Binisti (2000)
(7)COMME UN BOOMERANG – Une chanson de Serge Gainsbourg (1975)
(8)ROAD ART – www.road-art-13.com
(9)TOUR DU VAUCLUSE HISTORIQUE – Un événement CHILKOOT (chaque début Novembre)
(10) SAUMANE – Village et Château du Vaucluse où le Marquis de Sade passa une partie de son enfance
(11) LINO LAZZERINI – un article de Patrick Van Den Bossche publié dans le magazine Cyclist N°13 (Juillet/Août 2018)
(12) SUR LES PENTES DU MONT CHAUVE AVEC VENTOUMAN – Un article de Patrick Van Den Bossche publié dans le magazine Cyclist N°8 (Sept./Oct. 2017)
(13) L’EROICA – une série annuelle d’événements de vélo vintage créée par Giancarlo Brocci www.eroica.it
(14)  BLEU PÉTROLE – Un album d’Alain Bashung (2008)
(15) NICOLAS – Une chanson de William Sheller (1993)
(16)  LA BOXEUSE AMOUREUSE – Une chanson d’Arthur H (2018)
(17) LUMIÈRES DANS LA NUIT – Une émission hebdomadaire d’Édouard Baer sur France Inter (Chaque dimanche soir à 22H)
(18) MISTRAL GAGNANT – Une chanson de Renaud (1986)
(19) 200 – Le Vélo de Route Autrement (comme 200 kilomètres) – Un magazine trimestriel édité par l’Agence Cinquième Colonne
(20) CHÂTENAY-MALABRY – Une chanson de Vincent Delerme (2002)
(21)VÉLO VERT – un magazine mensuel créé en 1989 et édité par Riverside Publications
(22)  HORS-SAISON – extrait d’une chanson de Francis Cabrel (1999)
(23) LA LONGUE ROUTE – un livre de Bernard Moitessier (1971)
(24)  AMOUR – une nouvelle de Guy de Maupassant – LE HORLA (1887)
(25) TOUR DU VENTOUX DE NUIT – Un événement CHILKOOT
(26) SUR LA ROUTE – Un livre de Jack Kerouac (1957)

 

2 COMMENTAIRES

  1. Bel article qui prends le temps de retracer l’aventure Taburin. J’aimerai beaucoup voir ce film qui semble plein de tendresse. Je suis par contre sidéré par l’affiche qui affiche une transmission sur la gauche du vélo, quelle bourde… Je pense que cela reflète bien la présence du vélo dans le quotidien des français, quelques titres lors du Tour de France, mais bien peu peuvent dessiner un vélo spontanément ! Bref, encore merci

  2. Magnifique article, de belles traces restent encore à découvrir à sa lecture, avec de « superbes Taburins » ! J’ai dévoré l’oeuvre de Sempé un soir, difficile de s’endormir tout de suite après … Peut-être un TVH 2019 avec un Bianchi de 1966 en restauration …

LEAVE A REPLY