Giro, la célèbre marque de Santa Cruz (Californie), ne propose pas à proprement parler une gamme de vêtements spécifiques pour le gravel, mais plusieurs de ses produits, polyvalents et solides, peuvent convenir à cet usage. Nous nous sommes appliqués à choisir certains de ces articles pour constituer un ensemble cohérent, performant et versatile, pour aller affronter, pendant un raid de trois jours, trois cent kilomètres et 6000 mètres de dénivelé positif, les paysages rudes et somptueux des Grands Causses. Un test grandeur nature pour pousser Giro à ses limites…

Test des équipements Giro
Aux confins du Gard, de la Lozère et de l’Aveyron, les Grands Causses sont des espaces incroyables à parcourir en gravel – illustration Dan de Rosilles

Les Grands Causses, l’utile et l’agréable

C’est sur une idée de Françoise et Jean-Marie Lannes, cyclistes de gravel Aveyronnais, infatigables défricheurs de territoires, que l’envie m’est venue de partir, seul, pour un raid de trois jours, avec deux nuits à la belle étoile. Puisque la canicule allait sévir à Arles, pourquoi ne pas prendre un peu de hauteur ? Situés entre 800 et 1100 mètres d’altitude aux confins du Gard, de la Lozère et de l’Aveyron, les Grands Causses (entendez : Causse du Larzac, Causse Noir, Causse Méjean et Causse de Sauveterre), sont des plateaux peu habités et vallonnés, au climat rude, et séparés brutalement les uns des autres par les abruptes gorges du Tarn, de la Jonte et de la Dourbie.

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Les Grands Causses sont des plateaux semi-déserts et vallonnés, qui regorgent de pistes de gravel – photo Dan de Rosilles

Cette escapade est aussi pour moi une parfaite occasion de réaliser des tests pour Bike Café : pourquoi, après tout, ne pas joindre l’utile à l’agréable ? J’ai choisi d’installer sur mon vieux Sunn Cycloss un bikepacking généreux, avec les Blackburn Outpost Cages et des bidons Podium de chez Camelbak, matériel que j’ai commencé à tester il y a déjà plusieurs semaines ; mais cela fera l’objet d’un autre article

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De la tête aux pieds, je suis allé piocher dans la gamme Giro de quoi m’équiper pour ce raid de trois jours – photo Dan de Rosilles

En complément, je suis allé piocher dans la gamme Giro des produits qui m’ont séduits d’emblée. J’avoue que je suis assez fan de l’esthétique de cette marque, et leurs casques, le cœur de métier de la marque, sont très réputés. Mais ils font aussi du textile, que je connais moins, et de très belles chaussures sur lesquelles je lorgne depuis longtemps. J’ai donc choisi pour mon test les articles suivants, de la tête aux pieds : le casque Artex MIPS, les mitaines Jag Mitts, le jersey Chrono Expert, le short Truant, les chaussettes Comp Racer et les chaussures Privateer Lace.

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Les paumes des mitaines sont à la fois confortables et fines – photo Dan de Rosilles

Parlons chiffons

Je ne m’étendrai pas sur les mitaines et les chaussettes, qui m’ont parfaitement convenu mais qui ne méritent pas de développement particulier; je dirai juste qu’il s’agit de produits de bonne qualité, biens pensés ; les chaussettes tiennent bien au pied et les paumes des mitaines sont à la fois confortables et fines, ce qui permet de bien protéger les mains pour de longues heures de gravel tout en gardant un bon ressenti du cintre (je déteste les pads en gel).

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Le jersey et le short, après trois jours d’usage intensif, méritent qu’on s’y attarde quelque peu – photo Dan de Rosilles

Je parlerai plus longuement du jersey et du short, car focalisé sur ses casques et ses chaussures, j’avoue que je n’avait pas particulièrement repéré Giro pour ses textiles. Mais après trois jours d’usage intensif, le jersey et le short ont mérité qu’on s’y attarde. Le jersey Chrono Expert d’abord : j’ai adoré la coupe près du corps mais sans contraintes, la qualité des finitions, le rendu extérieur très classieux du textile, riche et moiré, la technicité du tissu, peu salissant et peu odorant malgré trois jours de pédalage, de côtes et de chaleur.

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De très belles finitions sur le jersey, comme ces arrêts de coutures à l’intérieur – photo Dan de Rosilles

Par contre, j’ai très vite remarqué de petites éraflures et des micro-bouloches en surface sur le tissu, dues sans doute aux frottements contre le bikepacking et les branches dans les singletracks. Cela me fait dire que ce jersey Chrono Expert, relativement fragile, est à réservé à un usage purement « route » et qu’il vaut mieux utiliser en gravel des tissus moins élégants peut-être, mais plus rustiques.

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Malheureusement, le jersey, peu rustique, ne semble pas très bien résister à un usage intensif en gravel/bikepacking – photo Dan de Rosilles

De plus, la fermeture éclair inversée, « à l’italienne », m’a carrément énervé. À chaque usage, j’ai eu l’impression que le lobe gauche de mon cerveau avait pris la place du droit, ce qui peut poser problème lorsqu’on lâche les deux mains pendant qu’on pédale pour ouvrir ou fermer son jersey. Pourquoi à l’italienne ? C’est pas en Californie, Santa Cruz ?

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Le zipp inversé, « à l’italienne », du jersey : carrément énervant ! – photo Dan de Rosilles

Le short Truant, par contre, m’a ravi à 100%. Je trouve toujours intéressant de porter un short (ou un bermuda) en gravel et/ou en bikepacking, et cela pour de multiples raisons : On protège son cuissard (souvent onéreux) de frottements intempestifs contre les sacoches, le cadre, en cas de chute ou de portage; on se fait moins remarquer hors du vélo, pendant les approches quand on prend le train, ou au bar et dans les commerces lorsqu’on se ravitaille. Enfin, on peut le porter comme simple « culotte » lorsqu’on quitte son cuissard, au bivouac ou même pour piquer une tête dans un torrent ou dans un lac.

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Le short Truant est bien conçu, solide, pratique, parfaitement adapté au vélo longue distance et au gravel – photo Dan de Rosilles

Élégant, bien coupé, plutôt long (c’est un bermuda en fait), le short Truant est bien conçu, solide, pratique et parfaitement adapté au vélo longue distance et au gravel. Il est taillé « près des jambes » et lorsqu’on roule vite il ne se gonfle pas comme un parachute, mais il reste confortable et ne gêne jamais grâce à son élasticité. Ce tissu, crêpé et mat, et qui – autre qualité – sèche très vite, m’a vraiment plu, un subtil compromis entre élégance et confort.

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Le tissus « stretch » et crêpé du short Truant m’a vraiment séduit – photo Dan de Rosilles

Les poches (un autre avantage à porter un short par dessus son cuissard) du Truant sont bien pensées et judicieusement réparties, avec deux poches repose-main, une zippée sur la cuisse droite qui peut accepter facilement un smartphone et une petite poche verticale à gauche, qui permet de stocker des barres de céréales, des clés ou petits accessoires pendant qu’on roule.

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Sur la cuisse gauche, une p’tite poche judicieusement située – photo Dan de Rosille

Enfin, à la taille, outre des passants pour contenter ceux qui aiment les ceintures, deux scratches latéraux permettent de faire tenir le short au dessus des hanches de ceux qui n’aiment pas les ceintures (dont je suis). On a donc à faire à un vêtement polyvalent dans ces usages, solide, élégant et pratique. Heureuse surprise que ce short Truant, je le préconise et l’adopte pour mes sorties ultérieures !

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Des scratches latéraux permettent de régler le tour de taille d’un simple et rapide geste – photo Dan de Rosilles

Qui veut aller loin ménage ses chaussures

Venons-en maintenant aux choses vraiment sérieuses : le plus important, c’est les extrémités. En gravel, loin de ses bases, en « terra incognita », on ne sait pas sur quoi on va rouler. Quelquefois, il faut pousser le vélo surchargé sur des pentes abruptes, sur des sols caillouteux, il faut aussi pouvoir rentrer dans des commerces pour se ravitailler sans glisser sur le carrelage… Bref, les chaussures ont toute leur importance, elles doivent être solides, polyvalentes, transmettre l’énergie musculaire au pédalage mais permettre également de marcher avec sans ressembler à un pingouin aux pattes plâtrées.

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Sur le papier, les Privateer Lace inspirent confiance et respect – documentation Giro

Inutile de dire que sur les causses, ces plateaux caillouteux et pentus, les chaussures seront mises à rude épreuve. Ces nouvelles Privateer Lace, chaussures initialement conçues pour du XC, très belles, vont-elle tenir la route ? Jusqu’alors, je dois dire que les chaussures Giro n’avaient pas à mes yeux très bonne réputation. J’avais en mémoire certains modèles Empire ou Republic que plusieurs amis avaient achetés et qui, aussi bien en pignon fixe qu’en gravel, s’étaient séparés de leurs semelles comme des fusées lunaires de leurs étages peu après le décollage. Les Privateer Lace allaient-elles concéder le même défaut ?

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Les Privateer Lace existent en noir, rouge ou olive – photo @Spotzle

Avant de partir, j’ai préparé les chaussures à l’épreuve qui les attendait. J’ai toutes sortes de rituels et de petits préparatifs avant de partir sur une longue sortie avec des chaussures neuves. J’installe par exemple des platines sous mes cales, ce qui assure une bonne précision au clipsage et protège les semelles dans la durée.

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Sous mes cales, des platines en inox assurent une bonne précision de clipsage et protègent les semelles – photo Dan de Rosilles

Les Privateer Lace offrent la possibilité d’implanter des crampons, généralement utilisés dans la boue en cyclocross, mais qui permettent aussi de mieux gravir des pentes lorsqu’on pousse un vélo chargé. Il existe une foultitude de modèle de crampons; qu’ils soient de foot ou de rugby, pour terrains gras ou secs, plus ou moins longs, en acier, en caoutchouc… ils assurent d’agripper de nos pieds toutes les surfaces que l’on peut rencontrer en gravel.

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Les crampons, de toutes tailles et matériaux, s’adaptent à toutes les situations de gravel – photo Dan de Rosilles

Ces préparatifs peuvent paraître insignifiants, mais ils ont leur importance. J’adore ces moments introspectifs pendant lesquels je songe au tracé, à tout ce que je dois emporter, à ce qui m’attend… De bons préparatifs sont aussi le moyen d’éviter les galères et les imprévus une fois qu’on est sur le terrain ; dans les causses, je vais parfois me retrouver à plusieurs heures de vélo de la moindre habitation humaine…

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En prévision de sols instables et de pentes trop raides, J’installe des crampons sous les chaussures – photo Dan de Rosilles

 En tout cas, les Privateer Lace auront été des compagnes fidèles et indéfectibles pendant ce raid. La rigidité des semelles est un compromis parfait entre transmission de la puissance au pédalage et relative souplesse pour la marche. Ni la semelle ni le dessus n’ont trop souffert de l’agressivité des cailloux des causses. Comme leur nom l’indique, les Privateer sont des chaussures à lacets et c’est parfait : pour moi ce n’est pas une surprise, car c’est depuis longtemps mon système favori, tant techniquement qu’esthétiquement, aussi bien sur route que sur les pistes.

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Les Privateer sont des chaussures à lacet et c’est parfait – photo Dan de Rosilles

La fermeture à lacets est un système fiable, quand on sait faire les nœuds adéquats et si on pense à coincer les boucles de la chaussure droite (côté transmission) sous l’élastique prévu à cet effet pour éviter qu’elles aillent se prendre dans la chaîne. Certains argueront en faveur du scratch, d’autres du BOA. Moi, je suis un inconditionnel des lacets. En longue distance, c’est à mon avis le système qui épouse le pied le plus subtilement et donc le plus confortable. Et esthétiquement, il n’y a pas mieux. Certes, à part des troupeaux de brebis de race Lacaune (celles qui donnent leur lait pour le Roquefort), je n’ai pas rencontré grand monde pendant ces trois jours pour admirer mes chaussures, mais ça fait du bien au moral d’avoir de belles chaussures quand les mètres de dénivelé positif s’enchaînent toute la journée…

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Les brebis Lacaune n’ont pas grand chose à faire de mon look et de la marque de mes équipements – photo Dan de Rosilles

Si je devais trouver un tout petit défaut à ces chaussures quasi parfaites, c’est du côté de la balance qu’il faudrait aller : à plus de 700 grammes la paires, elles rendent 50 à 80 grammes à des chaussures de gamme équivalente chez les concurrents. Mais la solidité a un poids ; je n’ai pas senti de gêne particulière à porter ces chaussures trois jours durant sur de forts dénivelés, et elles se sont révélées quasi indestructibles. Je garderai très longtemps ces chaussures, aucun doute là-dessus.

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Si je quitte jersey, casque et chaussures à la pause déjeuner, cela n’indique pas qu’ils sont inconfortables – photo Dan de Rosilles

Et la tête ?

Pour terminer cette revue d’effectif, je me dois de parler de la très belle rencontre que j’ai faite avec le casque Artex MIPS. Ceux qui, comme moi, sont très intelligents et donc ont le front large et une grosse tête (58,5 cm de circonférence), savent à quel point il est compliqué de trouver un casque qui convienne sans verser dans la taille L et ressembler à un champignon. Les possibilités de réglage, la forme et la compacité du Artex m’ont permis de choisir un taille M qui, même porté avec une casquette en dessous, me sied sans la moindre compression. Je dois dire que je suis tombé amoureux de ce casque. Il est sobrement dessiné, reprenant les lignes pures des casques à boudin, un peu comme son aîné le Synthé (mais qui lui a une autre forme intérieure puisqu’il ne me va qu’en taille L).

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En pleine chaleur et en montée, un casque doit savoir se faire complètement oublier – photo Dan de Rosilles

À ce stade, avant de dire plus avant tout le bien que je pense de ce casque, je me dois d’apporter une petite précision. La particularité de l’Artex, pour le coup spécifiquement conçu pour un usage hybride, mi-route mi-tout-terrain, c’est qu’il est vendu avec une visière clipsable, ce qui est sur le papier (et pour certains utilisateurs sans doute) une bonne idée, mais pour moi absolument inutile : D’abord, parce que, même en gravel, je roule beaucoup les mains en bas de cintre ou sur mes prolongateurs et que dans ces cas-là une visière obstrue le champ de vision, ensuite et aussi parce qu’une visière, utile quelquefois lorsqu’on a un soleil rasant dans les yeux, doit pouvoir se baisser et se relever instantanément, d’un simple mouvement de doigt. Or, si celle de l’Artex est aisément (et sans outils) clipsable et déclipsable, ce n’est pas possible en pleine action avec le casque sur la tête.

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Artex (à g.) et Syntax (à d.), rigoureusement le même casque, ici en noir mat, vendu avec visière ou non – documentation Giro

Personnellement, je préfère plutôt porter une casquette en coton sous mon casque, ce qui permet d’éponger la sueur et de bénéficier d’une visière articulée. Mais si vous adoptez une position plutôt verticale sur le vélo et que vous êtes issus de la culture VTT, vous aimerez la visière de l’Artex. Sinon, achetez donc le Syntax : légèrement moins cher car vendu sans l’option visière, vous y retrouverez rigoureusement les mêmes caractéristiques que l’Artex. Artex et Syntax, c’est casque blanc, blanc casque, comme on dit dans le vélo. Ceci dit, sachez que j’ai définitivement adopté ce casque comme mon casque principal, et qu’aujourd’hui j’en possède deux, un noir et un blanc, pour pouvoir coordonner mes tenues. J’ai enfin trouvé casque à ma tête (comme on dit aussi dans le vélo).

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Le bivouac, un moment de plénitude où l’on repense à la journée écoulée mais aussi où l’on tire un premier bilan des essais réalisés – photo Dan de Rosilles

Bilan « équipement du cycliste »

Pour résumer cet essai « Giro de pied en cap », je dois bien avouer qu’il n’y a rien à jeter parmi les articles Giro que j’ai utilisés pendant ces trois jours en situation réelle. Les produits sélectionnés sont d’excellent rapport qualité-prix. Et à part le jersey, très beau mais trop fragile pour un usage gravel, le reste du matériel s’est révélé être parfaitement à la hauteur de mes attentes et ne m’a pas trahi tout au long de ce raid plutôt… éprouvant. Je souhaite souligner de surcroit l’impeccable ligne directrice de Giro d’un point de vue esthétique, la marque a depuis toujours pris le parti d’un design sobre, de couleurs élégantes, de lignes pures. Et elle s’y tient. On reconnait un produit Giro du premier coup d’œil. Et même si perdu dans l’immensité du causse, ce n’est pas le plus important, moi je dis que ça compte quand même.

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Le casque Artex (ou Syntax) et les chaussures Privateer Lace, deux produits phare Giro qui ne laisseront personne indifférents – photo Dan de Rosilles

4 COMMENTAIRES

  1. Bonjour Dan,
    au niveau des chaussures ce modèle faut-il prendre sa pointure ou une au-dessus ? je possède personnellement des empire que je n’utilise quasiment plus car trop petites (je n’ai malheureusement pas pu les essayer et ai choisi ma pointure ) .

    • Bonjour, A priori Giro chausse « petit », comme Shimano. À la ville je suis plutôt 41, en Giro ou Shimano c’est 42. J’espère que cette indication pourras te servir… À bientôt sur le vélo j’espère !

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