L’été arrive, et avec les vacances, l’envie de partir à l’aventure en vélo. Or, il faudra transporter avec soi plus d’équipement que pour les sorties habituelles. Vous aurez sans doute remarqué que de plus en plus de vélos vendus dans la catégorie « gravel » bénéficient d’inserts (ou emports) sur leur fourche. Héritage venu du vélo de voyage, effet de mode, gadget inutile, accessoire indispensable, de quoi s’agit-il vraiment, et comment s’en servir ? Bike Café s’est penché sur la question.

Fourches porteuses en bikepacking
Une très belle fourche équipée d’inserts, la Rodeo Labs Spork 2.0 – photo Rodeo Labs

Au commencement était le bikepacking

Cette tendance d’accrocher des sacoches souples un peu partout sur le vélo s’accorde bien avec la pratique du gravel. D’abord parce qu’en gravel on est parfois amené à rouler longtemps, voire plusieurs jours, dans des territoires où toutes les commodités ne sont pas présentes, et il faut transporter le nécessaire avec soi. Aussi parce qu’avec du bikepacking on voyage plus léger qu’avec tout un barda de grosses sacoches, ce qui serait problématique sur des chemins parfois caillouteux, sinueux et raides. Enfin, parce que le vélo est mieux équilibré, plus agile et plus facile à piloter lorsque le poids est réparti entre l’avant, le cadre et l’arrière de la selle.

Fourches porteuses en bikepacking
Sur le vélo de gravel il vaut mieux répartir équitablement le chargement entre l’avant, le cadre et l’arrière – photo Dan de Rosilles

C’est justement pour mieux équilibrer le vélo et piloter plus facilement que le chargement à l’avant se justifie. Tout mettre dans une énorme sacoche de selle ne conviendrait pas, cela donnerait au vélo un ballant désagréable. Réservons donc les emplacements immédiatement accessibles, situés au niveau du cintre, sur et dans le cadre, au matériel dont nous avons besoin pendant qu’on roule (aliments, boisson, électronique, vêtements de vélo…), et répartissons le reste (provisions, matériel de bivouac, vêtements de rechange…) entre la sacoche de selle et la fourche.

Fourches porteuses en bikepacking
Dans ce sac étanche fixé sur la fourche, de la nourriture pour plusieurs jours – photo Dan de Rosilles

Emports, inserts, cages… un peu de technique

Ayant eu ces derniers temps l’occasion d’effectuer des raids de plusieurs jours en pleine nature (« Vers à Soie » dans les Cévennes en mai, puis « Grands Causses » en juin), mes collègues cyclistes et moi-même avons dû transporter pas mal de choses sur nos fourches : pêle-mêle des bidons, une réserve d’eau de plus de deux litres, un sac contenant de la nourriture, un autre des vêtements de rechange, du matériel de bivouac… Tout ceci grâce à ces fameux emports ou inserts, tout à fait semblables à ceux que l’on trouve traditionnellement à l’intérieur du cadre pour installer des porte-bidons. Ils s’agit d’écrous acceptant des boulons de 5 mm ; sur certaines fourches il y en a deux (écartés de 65 mm, comme sur le cadre), ou trois, ce qui est préférable car certaines « cages » (prononcez « kèdgiz », en anglais) disposent de trois trous de fixation.

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Transporter sur sa fourche un fort volume d’eau dans une bombonne isolée permet de re-remplir les bidons d’eau fraîche sur les plateaux surchauffés et pauvres en points d’eau du Causse Noir – photo Dan de Rosilles

Go West

Aux États-Unis, où les distances à parcourir en Mountain bike, Fat bike ou Gravel bike sont immenses, le bikepacking, y compris le transport sur les fourches, s’est imposé comme une évidence. Là-bas, il n’est pas rare de passer plusieurs journées sur les pistes d’un parc national sans rencontrer âme qui vive, ou tout du moins, de point de ravitaillement. Mais si en Amérique du Nord le « packing » est une nécessité et une véritable culture, qui date sans doute de l’époque des pionniers à cheval et du Grand Ouest, en France, même si le peuplement humain est plus dense et les distances plus modestes, on trouve encore des zones relativement sauvages. Dans le Massif Central, en Bretagne, les Alpes, les Pyrénées, transporter sur le vélo de l’équipement de bivouac ou de la nourriture pour plusieurs repas se justifie pleinement.

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Aux états-Unis, où les distances sont immenses, le bikepacking est à la fois une culture et une nécessité – photos Blackburn Design

Chargeons la mule

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Les Blackburn Outpost Cargo Cages que je suis en train d’installer sur ma fourche n’ont que deux trous de fixation, mais on peut facilement en percer un troisième pour supporter des charges plus volumineuses – photo Dan de Rosilles

Que peut-on mettre sur la fourche ? Des porte-bidons, bien sûr, qui pourront accueillir des bidons trop hauts pour tenir sous une sacoche de cadre, mais aussi les fameuses « cages » qui permettent de transporter des forts volumes et des poids importants, jusqu’à des sacs étanches de 10 à 15 litres et des poids pouvant aller jusqu’à 3 kg par côté. Dans tous les cas, il est bien sûr préférable d’équilibrer le poids de chaque côté de la fourche, même si, avec une certaine habitude, on peut négocier avec cette règle élémentaire de chargement du vélo. En ce qui me concerne, j’utilise en ce moment les fameuses cages Outpost Cargo de chez Blackburn, qui se révèlent être d’un excellent rapport poids/solidité/prix. Elles ne sont équipées que de deux trous de fixation, mais pour des charges au delà des 2 kg et sur des fourches pouvant l’accepter, il est facile d’en percer un troisième.

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Les américains aiment transporter de grosses quantités d’eau à l’intérieur même du cadre, comme par exemple avec ces Blackburn Oupost Cages – photos Blackburn Design

Il faut noter que les cages peuvent aussi être installées à l’intérieur du cadre, certains cyclistes tout-terrain américains préférant transporter là de grosses quantités d’eau ; dans tous les cas, ce qu’il faut retenir de la multiplication du nombre d’inserts sur le vélo, c’est qu’ils permettent une grande diversité d’implantations, adaptées aux goûts de chacun, mais aussi aux différents types de géométries de vélo et aux spécificités de la sortie.

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Il m’arrive de rajouter des bracelets en caoutchouc sur les porte-bidons pour un meilleur maintien des bidons – photo Dan de Rosilles

Dans d’autres situations, lorsque j’ai moins de poids et volume à transporter, mais où je sais que l’eau sera précieuse et rare, ou lorsque l’intérieur du cadre est entièrement occupé par une grande sacoche, je fixe sur ma fourche des porte-bidons supplémentaires. Dans ces cas-là, et si on n’a pas besoin de se saisir des bidons pendant qu’on roule, il m’arrive d’ajouter aux porte-bidons des bracelets en caoutchouc (découpés dans des chambres à air de motos) pour éviter toute éjection intempestive des bidons lors de fortes secousses ou lors de franchissements.

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L’ajout de porte-bidons sur la fourche est une bonne option lorsque l’intérieur du cadre est entièrement occupé par une grande sacoche – photo Yaya

Petits aménagements

Transporter des équipements sur sa fourche nécessite certaines précautions. Pour les bidons en tout-terrain, outre les bracelets en caoutchouc, il est préférable d’utiliser des modèles dont la tétine est protégée des poussières et des projections de boue, comme les CamelBak Podium Dirt Series par exemple, qui sont équipés de protections en silicone. Même si, fixés à la fourche, les bidons sont facilement accessibles pendant qu’on roule (je dirais même : plus facile à saisir à cet emplacement que dans le cadre), il est toujours désagréable de commencer à se désaltérer avec une gorgée constituée d’un mélange d’eau et de petits gravillons…

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Les bidons CamelBak Podium proposent des capuchons de protection des tétines, ce qui est fort pratique en gravel et/ou lorsqu’il pleut – photos Dan de Rosilles

Sur des raids qui durent plusieurs jours, les bidons, que d’habitude on ne considère que comme de simples accessoires, peuvent devenir l’objet de toutes les attentions et répondre à toutes sortes de préoccupations des plus vitales et des plus triviales. Effectivement, ils servent à transporter l’eau qui va nous hydrater, mais aussi celle qui va servir à la toilette, à la vaisselle… lorsqu’on roule dans des zones où la présence de points d’eau est rare. Ça peut paraître bizarre, mais lors de repérages sur plusieurs jours dans les causses, j’ai roulé parfois toute une journée sans rencontrer le moindre point d’eau… Il faut donc pouvoir transporter pas mal d’eau sur le vélo, pouvoir en garder une partie à l’abri du soleil, répartir les bidons à des usages différenciés : c’est une routine et une gestion rigoureuse de l’eau à mettre en place, pour que l’aventure reste fluide et agréable.

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Des bidons de qualité, judicieusement répartis et différenciés, voilà l’un des secrets d’une expédition réussie – photo Dan de Rosilles

Un autre élément est en prendre en compte : l’équilibre des charges, aussi bien entre l’avant et l’arrière du vélo (sacoche de selle, sacoches de cadre et fourche, on en a déjà parlé) mais aussi entre le côté droit et le côté gauche en ce qui concerne la fourche. En cas de forte différence latérale, la fourche aura tendance à pivoter si on lâche les deux mains. Ceci dit, ayant été amené à piloter en gravel avec une fourche déséquilibrée (ma bonbonne d’eau étant vide), je ne me suis pas du tout senti en danger, j’ai juste évité de pratiquer le « look mum, no hands ! » dans cette configuration.

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Le chargement, bien réparti, ne doit pas nuire à l’équilibre global du vélo – photo Dan de Rosilles

Comportement du vélo

Mais cet ajout de poids conséquent sur l’avant du vélo a-t-il des inconvénients ? Après plusieurs milliers de kilomètres dans des configurations diverses et après avoir échangé avec d’autres collègues adeptes des fourches porteuses, je peux affirmer qu’il y a du pour… et du contre. Mais plutôt du pour, en fait, le seul inconvénient étant la perte d’aérodynamisme. Lorsqu’on est sur route, que la vitesse augmente (au delà de 25 km/h) et que malheureusement on doit faire face à un vent contraire, la perte de rendement est horrible. Même avec deux bidons de 500 ml, on se sent véritablement handicapé face à des camarades qui n’en sont pas équipés. Dans ces cas-là, il faut ralentir, prendre son mal en patience… mais cet inconvénient est relatif pendant des aventures sur plusieurs jours, où la vitesse de pointe, la moyenne et la performance ne sont pas la priorité. De plus, en tout-terrain, à l’abri des forêts ou sur les pentes avec un vélo chargé, la vitesse est de toute façon assez basse, et le vent moins problématique que sur route et dans les grandes plaines découvertes.

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C’est à forte vitesse, en cas de vent et dans les zones exposées (comme ici en Camargue) que des implantations sur la fourche nuisent grandement à l’aérodynamisme – photo Yaya

Pour ce qui est de la stabilité, de la maniabilité et du pilotage en tout-terrain par contre, je trouve que l’ajout de poids sur l’avant n’est pas du tout problématique. Certes, le vélo est plus lourd, le centre de gravité plus bas et cela nécessite un temps d’adaptation, mais si le paquetage est stable (entendez : bien solidaire aux cages et à la fourche) et le poids bien réparti de chaque côté, on prends même un certain plaisir dans les monotraces et les passages techniques… mais moins vite que d’habitude bien entendu.

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Le cycliste arlésien Jean-François Véran n’est manifestement pas handicapé par son chargement de la fourche dans cette monotrace cévenole -photo Dan de Rosilles

Liberté chérie

Pour lire régulièrement l’étonnement, l’incrédulité, voire la désapprobation dans le regard de cyclistes qui me doublent (ou que je double !) lors de mes sorties en bikepacking, chargé de la fourche à la selle, je sais bien la force des habitudes et le culte du gain de poids qui prévaut chez les cyclistes. Bien sûr, un vélo chargé est plus lent, plus pataud, plus difficile à hisser en haut des montagnes. Mais ce qu’on paye en vélocité, on le gagne en autonomie. L’idée est de trouver le bon compromis (la surcharge de mon vélo n’excède jamais 8 kg) et ne pas verser dans le vélo de voyage, afin de pouvoir continuer quand même à enchaîner les kilomètres journaliers et les mètres de dénivelé positif pour aller dans des endroits où l’on peut enfin être tranquille. On peut bien sûr pratiquer le bikepacking sans charger la fourche, mais dans ce cas-là, on emportera moins de choses et on risquera de déséquilibrer le vélo vers l’arrière. Grâce aux inserts sur la fourche, avec une charge mieux répartie, on pourra alors, avec un minimum d’équipement, jouir d’un maximum de plénitude : cela pourrait résumer en peu de mots toute la philosophie du bikepacking.

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Un minimum d’équipement, un maximum de plénitude : cela pourrait résumer la philosophie du bikepacking – photo Dan de Rosilles

3 COMMENTAIRES

    • Bonsoir Louis,
      Il y a deux Sunn Cycloss de cette génération à Arles. Le mien avait déjà un insert (soudé, d’origine) sur la fourche, l’autre (celui de Jean-François Véran avec les sacs oranges sur les photos) n’en avait pas. Tous les deux ont été modifiés : 4 inserts supplémentaires pour le mien, 6 implantations pour celui de Jeff. Il s’agit de simples rivets, après perçage de la fourche (car on ne peut pas souder sur le chrome) mais on peut aussi fixer des « cages » avec des systèmes non destructifs, comme par exemple avec des sortes de cerflex.

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