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Savoir se perdre, pour mieux se (re) trouver

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En vélo se perdre pour se retrouver
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Se perdre a du bon parfois, photo Hugues Grenon

Couvre-feu à 18 h ou 19 h, distance maxi de 10 km ou 30 km, case N°15 à cocher ? Heu…je ne sais plus !…. Moyenne 25 km/h, poids du vélo à moins de 10 kg, 200 pitons, roues de 700 ou 650, 223 Watts, pointe de vitesse à 55 km/h, bases à 430 mm, sortie de 7 h, besoin de 4000 Kcal, Zwift à 19 h 30… Et j’en passe et des meilleures… RDV à l’église à 9 h, faut que je sois rentré à 12 h 00 pour la dinde… Et si on lâchait un peu prise dans cette période particulière ? Des chiffres, des chiffres, toujours des chiffres. Est-ce que tout tourne toujours bien rond ou est-ce qu’on tourne en rond ?

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La pratique du vélo serait-elle à ce point cartésienne ? Oublions Descartes, et son Discours de la méthode publié en 1637, le vélo, ou du moins son ancêtre, la draisienne, n’est né qu’au début du 19ème siècle…

Les premières sorties vélo aux Jardin du Luxembourg

Alors, on prend une boussole pour remplacer le GPS et filer au Nord. Non pas vraiment, car là encore c’est une référence à la science et aux points cardinaux. On regarde plutôt la position du soleil ou de la mousse sur les arbres s’il ne fait pas beau, on tente le doigt mouillé et on y va.

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Il est où le plaisir dans tout ça ? Quelle est son unité de mesure et d’ailleurs en existe t-elle ? Difficile à dire. Parle t-on de nos émotions, de nos intuitions, de nos ressentis ? Est-ce palpable ? Ces deux aspects sont-ils en opposition, distincts ou complémentaires ? Vous avez 2 h pour me retourner vos copies …  On va stopper ici la rubrique philo sur Bike Café Philo pour préférer les « Bike Café » bien réels, dans lesquels on pourra échanger sur le zinc à rayons rompus. Malheureusement; difficile d’y poser nos tasses ou nos chopes en ce moment.

Où est la vérité ? Le vélo revêt tellement de formes différentes, qu’il n’y a aucune vérité absolue, et c’est ça qui fait sa force : la diversité, le partage, l’aventure, la contemplation et les rencontres pour ne citer qu’eux.

Cette année particulière qui vient de s’écouler, nous retourne un peu le cerveau, non ?

Il n’y a as que la Covid qui nous retourne le cerveau, le Jasnières aussi, photo Hugues GRENON

Un an déjà : on aurait préféré que COVID soit le nouveau nom d’un groupe de transmission électrique … Nous sommes-nous perdus ? Ou bien trouvés, ou retrouvés ? Nous constatons surtout que nos pratiques et le monde du vélo en général ont été bouleversés et ont certainement évolués. Et ce n’est sans doute pas fini.

Coup d’œil dans le rétro

Coup d’œil dans le rétro – Photo Hugues Grenon

L’année 2020 et celle qui est en cours, nous amènent à réfléchir aux priorités et à porter un regard sur notre pratique cycliste préférée. Chacun à notre niveau, il n’existe pas de vérité universelle, mais nous y avons réfléchi et peut-être un peu changé notre façon de rouler et revu nos objectifs, par nécessité bien sûr et peut-être aussi guidés par des aspirations nouvelles.

La découverte d’autres horizons, proches ou lointains.

Vers de nouveaux horizons ? photo Hugues Grenon

Cela peut être paradoxal mais cette privation de liberté nous a ouvert d’autres horizons dans un cadre plus restreint. Nous avons eu le temps de réfléchir à notre pratique, échanger avec d’autres cyclistes, découvrir des nouveautés et écouter des podcasts qui nous inspirent, pour se recentrer sur l’essentiel : le plaisir présent ou à venir surtout.

Les compétiteurs ont été privés de leurs joutes sportives. Difficile de se motiver dans ces conditions. Ce sera pour eux l’occasion de découvrir d’autres horizons vélocipédiques. Certains pros en ont profité pour découvrir le bike-packing et le vélo voyage. D’autres en ont profité pour faire des courses sur Zwift. Leur routine a été modifiée. La situation est délicate pour ceux qui sont pros ou ceux qui rêvent d’en faire leur métier.

Tim Wellens et Thomas De Gendt : des cyclistes pros en mode bike packing

Les ultra-riders ont rongé leurs freins et surtout leur pneu arrière sur un home-trainer. Les applications virtuelles connectées se sont développées à grande vitesse et ont permis de garder un certain niveau de forme. Les zwifteurs sont prêts à quitter le virtuel pour le réel.

Zwift c’est beau, mais ce serait mieux en vrai.

Les aventuriers ont découvert ou redécouvert des chemins et des lieux insoupçonnés ou ignorés, pratiquement au pas de leur porte.

Les citadins se sont mis au vélotaf puissance 10 et des pistes cyclables ont été créées. Certes, tout n’a pas été et n’est pas encore parfait, loin de là, mais quelle évolution en à peine une année pour les déplacements urbains.

Il y a encore du boulot ! – photo Bike Café

Essayons de positiver plutôt que nous morfondre.

Le monde du vélo se transforme

Il n’y a pas que les pratiquants qui ont fait leur voyage intérieur. Les professionnels du vélo ont vécu et vivent encore leur lot de chamboulements.

Les marchands de vélo, dans le doute les premières semaines, ont vite remonté la pente et retrouvé le moral pour répondre à l’engouement soudain pour le vélo. Le coup de pouce vélo a permis à certains de passer une période compliquée et de capitaliser un peu pour préparer l’avenir. Ce dispositif a aussi quelque peu désorganisé la profession et tous les magasins n’y ont pas souscrit. En tout cas, coup de pouce ou pas, nos vélocistes préférés ont remis en circulation ou en état de marche des centaines de milliers de vélos oubliés, qui repartent grâce à eux sur nos routes pour le plus grand plaisir de leurs propriétaires et espérons le pour quelques dizaines d’années. 

Une belle rénovation et c’est reparti pour un tour, photo Olivier Mallet, La Pince à Vélo

Ils ont également des difficultés à répondre à la demande actuelle et manque de main d’œuvre qualifiée. La formation est donc un enjeu majeur actuellement afin de former des techniciens, des vendeurs, des gestionnaires pour les épauler ou pour en aider certains à lancer leur propre structure.

Une autre inquiétude est désormais liée à la disponibilité de pièces et de vélos neufs, le marché mondial ayant des difficultés à répondre à la demande. Les constructeurs et accessoiristes sont à flux très tendus et dans une situation inédite à gérer. Cette situation pointe nos points faibles, une grande partie de la production étant délocalisée dans des pays lointains. Un bateau en travers du canal de Suez et on va devoir patienter.

Mais on sent poindre la motivation et la volonté de la relocalisation. Le savoir-faire est encore là en partie. Il demande à ressurgir et à se redévelopper. De nombreuses initiatives vont dans ce sens. À bien y regarder, un vélo peut pratiquement encore être conçu, fabriqué et monté avec des éléments, composants et périphériques français ou européens pour certains. Certes, ce ne sera pas un vélo qui sera vendu dans les  grandes surfaces avec le budget associé, mais les économies d’échelles, si les volumes augmentent, permettront de baisser un peu les coûts et les prix.

Le vélo revenant en force dans les cœurs pour des aspects passions et/ou pratiques, le cycliste est aussi prêt à investir un peu plus dans du matériel plus solide et performant. Certains remplacent leur voiture par un vélo et réalisent au final des économies qui leur permettent de se faire plaisir. Il n’y a qu’à voir le boom aussi des vélos cargos et utilitaires.

Le boom des vélos cargos et utilitaires, photo Vincent Morisset, Roulavélo

Les artisans du cycle et les cafés vélos ont le vent en poupe

Artisan du Cycle en action chez Cyfac, photo Hugues Grenon

En parlant de relocalisation, les artisans du cycle continuent de se développer. De nouveaux jeunes talents, dont nous avons ou allons parler dans Bike Café, s’installent et rivalisent d’ingéniosité et de savoir-faire, que ce soit pour la fabrication de cadres que pour celle de certains périphériques ou accessoires comme des sacoches par exemple (voir article les rookies du bikepacking). C’est plutôt bon signe non ? Cela veut dire que le secteur attire mais aussi et que la demande est là pour ce type de prestations. Vivement le prochain Concours de Machines planifié en juin prochain, qui va nous montrer le fruit de leurs réflexions sur le sujet. On croise les doigts pour son maintien.

Vivement le prochain Concours de Machines, randonneuse de Jean-Sébastien Guilbaud, photo Hugues Grenon

La situation est certainement un peu plus difficile pour les cafés vélos de part la fermeture de leur espace café et l’arrêt des évènements festifs ou à thèmes qu’ils proposent. Certains proposent de la vente à emporter mais les restrictions ont mis quand même un sacré coup à « l’esprit » café vélo, fait de partage et convivialité. Ils ont mis le paquet sur le service, la réparation et la vente en attendant de faire couler le café et la bière à flot. Des ouvertures ont même eu lieu.

Vivement que l’on puisse à nouveau s’attabler et tailler une bavette sur le zinc de ces endroits si conviviaux.

Le zinc (en bois !), un endroit en or qu’on aimerait vite retrouver, photo Marc Planchenault

Rêver nos futures aventures

Ce sentiment de liberté que procure le vélo a aussi perduré, du moins dans notre esprit, en imaginant nos prochains trips. Nous nous sommes pris à rêver de voyages au long cours ou parfois juste de retrouver nos chemins habituels en période de restrictions. Et nous les avons préparés dans notre tête et sur le papier ces trips si désirés.

Savoir suspendre le temps, faire une pause et repartir, photo Hugues Grenon

Les organisateurs, n’ont pas baissé les bras et ils ont continué à nous faire de belles propositions quand cela était possible. Ils ont fait preuve d’une belle agilité en reportant ou en adaptant leurs épreuves. Chapeau bas car cela demande beaucoup de travail et d’échanges avec les autorités et les participants.

Ces évènements sont attendus, portés par l’engouement des pratiquants pour ce type d’aventures. Certains events à venir ont fait le plein très rapidement ce qui démontre notre envie et notre capacité à nous projeter. Espérons qu’ils puissent avoir lieu et dans de bonnes conditions dans les semaines et mois à venir même si les premiers reports ont déjà lieu.

L’essor du gravel et du bikepacking

Nous ne reviendrons pas sur « l’esprit gravel » que chacun définira à sa façon, mais force est de constater que ce type de vélo est en plein essor. Il permet de s’évader, de découvrir, de flâner, de vélotaffer, de s’éloigner des routes pour s’immerger en pleine nature. C’est un véritable couteau suisse et une machine à explorer et à rêver. Il n’est plus l’épiphénomène que certains prédisaient, mais il s’est installé de façon importante et pérenne dans le paysage vélocipédique. Son développement, dopé par la crise sanitaire, n’en est qu’à ses débuts.

Une belle baroude gravel bikepacking, photo Hugues Grenon

Le bikepacking a également suivi ce mouvement et cette courbe. Il peut se pratiquer avec tout type de vélo. Ce fort développement est lié à notre envie d’évasion et un besoin de retour à la nature et à la simplicité. Il nous donne envie de « débrancher ». Justement, en parlant de débrancher, qui part faire une sortie sans compteur, GPS, smartphone ou sans traces en tête ? 

Savoir se perdre et débrancher

Nous ramenons de nos sorties des éléments cartésiens et mesurables, c’est utile et louable, mais ne devenons-nous pas trop esclaves de ces évolutions ou de ces instruments de mesure. Sachons lâcher prise parfois et profitons uniquement du plaisir de rouler, découvrir, papoter, se perdre …

Essayez une fois de partir sans montre, sans GPS, sans compteur, sans objectif. Juste pour rouler, aux portes de chez vous ou plus loin.

Un cintre épuré, point barre, photo Hugues Grenon

Vous aurez un sentiment de liberté, la joie de l’exploration et une plénitude sans commune mesure. Vous découvrirez une multitude de chemins et de lieux nouveaux, parfois oubliés. Prenez ce chemin qui vous tend les roues. Il arrive sur une impasse ou une barrière, mais  il peut y avoir quelque chose derrière de très beau mérite votre curiosité. Pas grave, vous rebroussez chemin et dans l’autre sens vous aurez un autre point de vue qui vous permettra de voir d’autres choses que vous n’aviez pas vu à l’aller.

On a tendance d’ailleurs à faire un peu tout le temps les mêmes parcours dans le même sens. Avez-vous déjà essayé de les faire dans l’autre sens ? Le point de vue est totalement différent et parfois on a l’impression de ne pas connaître les lieux où on se trompe même à une intersection.

Quelle direction prendre ? photo Hugues Grenon

Ces découvertes sont aussi de formidables vecteur de rencontres et partages. Prenons le temps de faire de vraies pauses, de trouver un endroit sympa, bien exposé, au soleil, confortable. Notre cerveau nous dira merci.

Une pause s’impose, saucisson et fromage, photo Hugues Grenon

Le singlespeed permet également de lâcher prise et lever la tête du guidon. Plus aucune contrainte de passages de vitesses. La simplicité même. Juste pédaler. Le fixie aussi mais il demande une concentration et une vigilance importante tout de même. Attention à ne pas trop débrancher…

Alors espérons de tout cœur que nous prendrons bientôt la route libérée, en ayant simplement en tête le moment présent de rouler et en pensant à nos prochains trips et à l’arrêt au prochain café ou bike café !

Ne pas louper le lever du soleil, photo Hugues Grenon

Je vous laisse, j’ai un levé de soleil qui arrive (et lui il sera toujours au rdv, à l’heure et visible à moins de 10 km de chez nous), des photos à faire pour ma boîte à souvenirs et pour partager avec vous, un stop flan à la boulangerie, commerce essentiel, comme beaucoup d’autres d‘ailleurs, un passage de tête au café vélo pour papoter 5 minutes, ce n’est pas interdit ça.

Et surtout je dois être rentré à 12 h 00 pétante pour l’apéro et le barbecue ! S’il y a bien un truc à ne pas oublier et qui nous fait avancer pour être à l’heure c’est bien ça non ? Vivement demain.

Vous l’avez compris, il faut savoir se perdre pour mieux se (re)trouver. Pour l’instant le périmètre sera modeste mais on peut essayer. 

12 COMMENTAIRES

  1. Je souscris complètement à chaque ligne de ce beau papier.
    Robert Doisneau était un immense photographe qui n’avait pas besoin d’aller au bout du monde pour voir de belles choses à photographier. Son oeil d’artiste et de grand humaniste lui faisait voir ce qui était au bout… de sa rue.
    Pour « mieux voir », je pratique également le tour à l’envers : vous l’avez vu comme-ci le revoilà comme-ça. Et on est souvent étonné de l’effet de nouveauté.
    Merci encore une fois à Hugo et à toute l’équipe du Bike-Café pour la qualité des contenus.

  2. Bravo cet article est une ode à la simplicité, au plaisir d’être déconnecté et surtout que la découverte ne se mesure au nombre de km parcourus en voiture ou avion .

  3. Merci Hugo et bravo,
    Belle réflexion sur cet engin qui nous suit à tout âge, nous permet de se déplacer, de voyager, de faire du sport ou simplement s’entretenir, nous guérir de bien des maux, se retrouver entre amis ou passionnés, développer une vraie économie locale, je dirais en résumé : la plus belle invention de l’Homme !

  4. Article intéressant. Je souscris à tout ce qui est écrit et me réjouis de constater que le vélo se développe dans des directions multiples en touchant des nouveaux publics.
    Je constate avec une certaine amertume combien, malgré les apparences de retour à de l’authenticité et de la liberté, la consommation et le marketing sont omniprésents.
    Certes, je me réjouis de revoir des vélos ressortir des caves et rouler dans la rue.
    Mais l’industrie du vélo perd la tête au niveau des prix. J’étais hier chez un vélociste et les vélos à 5-6000€ étaient legion. Une sacoche Ortlieb Back Roller style urbain (pas la paire) était affichée à 99€ alors que ce modèle est d’une simplicité désarmante et ultra simple à fabriquer.
    Je sais bien qu’on trouve sur Alibaba des produits chinois moins chers mais ça me désole de voir cette tendance de fond. Les prix s’envolent sous prétexte d’un vélo devenant phénomène de société par lequel les consommateurs s’affirment socialement et des fabricants qui abusent.
    J’ai lu dans Les Échos que des fonds d’investissement convoitent Canyon. C’est un indice qui ne trompe pas. Les marges sont stratosphériques. Ce sont les consommateurs qui perdent la tête, abreuvés d’images sur Instagram ou ailleurs, qui se font emporter par leur désir d’évasion en s’imaginant que leur conformité avec ces images est le moyen d’atteindre cette liberté, ce détachement avec les pratiques anciennes (même sur Bike Café, je viens de lire la revue du vélo l’Orée qui « dépoussière » le cadre acier ; sous entendu : il faut un vélo nouveau. Et ce n’est pas la première fois).
    Il n’y a qu’à voir la comm et les tarifs de Rapha, marque qui est très présente dans le monde du vélo gravel et appréciée par ici. Elle joue à fond la carte de l’affirmation de qui on est, de sa « tribu » (mot très à la mode chez les marketeux), par les habits qu’on porte sur le vélo (et donc sur les selfies postés sur les réseaux sociaux).

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