Certains vont sans doute trouver le titre de cet article en total décalage avec le contexte sanitaire actuel. J’avoue que je commence mal, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que l’année que nous venons de vivre (ou de survivre pour certains) a été formidable pour le vélo. Tout le monde ne sera pas d’accord et j’ai bien sûr une pensée pour les organisateurs d’événements qui ont terriblement soufferts, et qui n’en ont pas fini avec cette traversée du désert. Toutes ces rencontres nous manquent énormément, mais ce manque a révélé d’autres formes de pratiques : l’homme possède une incroyable faculté d’adaptation.

Une époque formidable pour le vélo
Des cassures peuvent créer des remises en question et nous faire ouvrir les yeux sur ce que nous vivons … Image extraite du film de Gérard Jugnot « Une époque formidable »

Je suis tombé par hasard sur cette déclaration de Gérard Jugnot, auteur justement du film « Une époque formidable » … Il disait que pour garder le moral, il faut être toujours en mouvement. « Le bonheur c’est comme le vélo, si vous arrêtez de pédaler, vous tombez.» … Nous sommes nombreux à ne pas nous être arrêtés de pédaler, c’est peut-être pour ça que je trouve cette période si particulière formidable pour le vélo qui nous a évité de tomber dans la déprime.  

Une époque formidable pour le vélo
A relire en période de confinement … Je me demande ce qu’il aurait dessiné pendant cette nouvelle époque formidable. Reiser observe son époque, et c’est pas du joli ! On est dans un domaine plus général … essayons de l’interpréter pour le vélo …  C’est la crise, c’est le bordel : Reiser est désabusé, mais heureusement, il a pris le parti de toujours se marrer ! Impôts injustes, climat social, inégalités, crises de foi, pollution, consumérisme… Heureusement qu’il était là pour rire des problèmes de la société et les tourner en dérision afin de nous renvoyer notre responsabilité à la figure… 

Que s’est-il passé ?    

Depuis plusieurs mois, j’entends, je vois et j’observe un sacré remue-ménage autour du vélo. Tout le monde en parle … La bicyclette qui apparaissait autrefois en juillet à la télévision, au moment du Tour de France, retombait aussi sec dans les oubliettes médiatiques, laissant la place aux « marronniers » de la presse généraliste pendant les vacances. Venait ensuite la rentrée des classes, et, l’hiver approchant, le vélo n’attirait plus grand monde et par conséquent n’intéressait plus les médias. Cette horloge du temps médiatique a été complètement déréglée par l’impact de la crise sanitaire, et le vélo en ressort comme une « vedette » devant laquelle toutes les portes s’ouvrent.     

Que s’est-il passé : on se le demande ? … Le vélo en quelques mois est devenu la star incontestée des médias, car tout le monde se met à rouler. On prend le vélo pour aller au boulot, le week-end pour se balader et certains partent même en vacances avec, délaissant leur sacro-sainte bagnole. « Grave« , diraient les d’jeuns qui, entre-nous, sont sans doute ceux qui sont nettement moins concernés par le phénomène en dehors de quelques hordes sauvages roulant uniquement sur la roue arrière. 

Si j’écoute l’analyse des « complotistes », ils expliquent cette subite croissance du marché du vélo par une nouvelle manoeuvre du diabolique marketing, surfant sur cette crise sanitaire. C’est sans doute les chinois et les américains qui veulent nous refiler leurs productions massives. Ceci dit les productions sont plutôt arrivées en « fond de caisse » aujourd’hui, vu la demande internationale.  

Une époque formidable pour le vélo
Renault s’est emparé du vélo et de la nostalgie pour vanter sa Captur Hybrid …

Si j’écoute les publicitaires ou les émetteurs de « bruits médiatiques », ils clament leurs slogans cyclopédiques au rythme des tours de manivelles des pédaliers. Le vélo fait vendre … même des voitures. On aura tout vu.   

Si j’écoute la version médicale, le ton est déjà plus vertueux … Faites du sport c’est bon pour la santé. Le vélo, sport porté et non traumatisant est recommandé par la faculté, … On va développer son cardio, faire baisser son poids, son cholestérol, … et surtout se laver la tête des idées noires que nous inspirent cette crise mondiale.  

Si j’écoute les politiques, je retrouve dans leurs discours des arguments opportunistes qui sentent une tentative de récupération des succès écologistes obtenus lors des dernières élections. Il faut se mettre au vert et du coup les primes, les couloirs pour vélos, … viennent à la va-vite encourager le mouvement. Mouvements parfois désordonnés et dictés par l’adaptation politique à un « air du temps ». On aurait pu penser que la politique était basée sur une anticipation des évolutions sociales, ben non finalement c’est une réaction aux phénomènes de société. 

Si j’écoute les intellectuels, philosophes, anthropologues, sociologues, … ça devient plus intéressant et cela demande un effort pour tout comprendre, mais c’est peut-être trop intellectualisé pour décrire finalement un retour à des valeurs simples. 

Si je m’écoute …

S’écouter, c’est peut-être comme se regarder un peu le nombril ! … Tant pis je me lance, mais n’étant pas complotiste, publicitaire,  totalement journaliste,  médecin, intellectuel, … j’ai peut-être moi aussi mon mot à dire, simplement comme cycliste. Pour moi, ce que nous vivons avec le vélo en ce moment est un mouvement lancé avant cette crise sanitaire, qui l’a dopé. C’était inéluctable, mais tout s’est accéléré. Nous sommes dans une société post-industrielle usante basée sur la communication et la créativité.

Une époque formidable pour le vélo
Sortir en vélo vintage 70’s permet de relativiser tous nos « progrès » et de se dire que le passé était bien, mais que nous vivons une époque formidablement ouverte aux « possibles » … photo Bike Café

Plus individuellement, nous sommes tous tendus vers la recherche du bonheur et de l’équilibre (comme Jugnot). Nous vivons actuellement une phase d’accélération d’un phénomène sociologique déjà présent, qui se nourrissait d’une volonté profonde de revenir à un biorythme plus harmonieux. Cette notion de biorythme reste pour moi une croyance. Elle affirme que depuis la naissance et jusqu’au moment de la mort, chaque être vivant subirait l’influence de trois cycles principaux : physique, émotionnel et intellectuel dont les phases sont dites positives ou négatives. D’autres évoquent l’image de l’alignement de planètes pour illustrer cette simultanéité harmonieuse. Les économistes (je les avais oublié ceux-la) parleront peut-être de conjoncture. Le vélo serait donc en pleine phase biorythmiquement positive.  

Une époque formidable pour le vélo
La synthèse entre le physique, l’émotionnel et l’intellectuel … dans le cercle autorisé – photo Bike Café

Disons que le vélo est peut être un bon moyen faire la synthèse entre le physique, l’émotionnel et l’intellectuel. Pour moi c’est évident lorsque je roule j’entretiens mon physique, je vis des émotions au rythme de mes découvertes et des rencontres, mon cerveau gavé d’endorphine fonctionne mieux, et mon intellect me semble moins limité 😉 À ce formidable triptyque, que tout le monde cycliste pourra comprendre, s’ajoutent des paramètres qui influencent ce ressenti, comme : l’intuition, l’esthétique, le spirituel mais surtout le passionnel qui par moment vient sublimer les éléments positifs de ce biorythme.

J’aime le vélo et je le partage

C’est un peu l’idée de Bike Café, média non conventionnel. L’idée est de rendre poreuses les parois entre les différents univers du vélo. Un jour quelqu’un m’a dit: « Un média doit avoir une ligne éditoriale claire …« , bien que je comprenne ce point de vue, j’ai du mal à adhérer à l’idée. Rien ne pourra nous empêcher d’être curieux, comme nous l’avons été en 2015 en nous enthousiasmant pour le gravel. Personne et aucun média ne s’y intéressait alors que nous y avions tout de suite vu l’intérêt de la polyvalence de ce vélo libertaire. On voit qu’aujourd’hui tout le monde en parle, et nous en sommes ravis … Alors sautez sur votre vélo qu’il soit en carbone, acier, titane ou bambou, … la sortie de cette crise est proche et vous allez imaginer pour vous-même votre monde d’après, qui sera encore je l’espère encore plus formidable que celui d’avant. Ce qui est sûr c’est que le vélo sortira vainqueur de cette crise, et que longtemps encore il nous apportera ce sentiment de liberté, qui nous a soutenu pendant les moments les plus durs.        

Campagne Radio Cyclo Trail

10 COMMENTAIRES

  1. C’est un joli article qui fait du bien par sa bienveillance et son optimisme. C’est ça que j’aime sur ce site et qui le distingue des autres, ces tranches de vie à vélo qui nous rapprochent. Il y a dans le vélo ce truc qui vous ramène à une simplicité fondamentale mais tellement essentielle dans une société qui parfois nous inonde de virtualité. Le vélo est un révélateur quelque soit notre pratique. J’ai mon fils de 7 ans qui faisait un blocage, pas moyen de lui apprendre, j’ai tout essayé depuis des années. Puis d’un coup la semaine dernière sans que je sache comment, il monte sur sa selle, pédale et part tout seul. Cela m’a semblé incroyable, y avait qu’à voir sa bouille hilare. Là je me suis dit « punaise tout est là… ».

    • Merci Jérôme moi aussi mes petites enfants démarrent … Arthur 10 ans ça va et sa soeur Margot 6 ans est partie d’un seul coup. On fait de l’urbain, trottoirs, pistes cyclables, … pour lui apprendre les règles. Un bonheur ils aiment déjà la découverte et sont surpris lorsque j’annonce les kilomètres que nous avons parcourus.

  2. Bravo Patrick. Tu peux aller réclamer à la sécu un peu de sponsoring de Bike Café!!
    C’est bon pour le moral, c’est bon pour la santé, le positivisme!!!
    Et c’est moi, parfois critique, qui l’écris… 😉

    Je reconnais avoir une aversion pour les modes, les effets de groupe, le conformisme et surtout, le snobisme (j’adore les groupes et les discussions entre gens pas d’accord tant que la mauvaise foi reste à la porte).
    Mais je sais aussi combien, en tant que société, les phénomènes de groupes sont inévitables et même probablement nécessaires, pour le meilleur comme pour le pire. L’essentiel est que ces phénomènes poussent dans la bonne direction pour nous tous, collectivement.

    Je reconnais à Bike Café une originalité qui fait qu’on y revient.
    Et si la ligne éditoriale c’était simplement ça: une ouverture et un respect qui fait que même quand on n’adhère pas à tout, on se sent bien et on a envie de revenir?
    Le faire car a) on y trouve quelque chose d’intéressant et hors des sentiers battus et 2) on se retrouve avec des gens, différents aussi, mais avec qui, au fond, on partage beaucoup?

    • Merci Vince … Effectivement Bike Café est inclassable et sans tabou (ou presque) … J’assume ce que j’écris et je le fais sans calcul. Je peux être « fashion victim » car j’adore certains objets parfois inutiles, d’autres chers, … et j’adore tout autant la simplicité. J’aime rouler avec des gens curieux peu importe leur type de vélo. J’ai testé des gravel à 600 € d’autres à 6000 … Mon esprit est plus souple que mon corps heureusement. Regardons devant nous et restons curieux de tout.

  3. Bonjour Patrick,

    ayant depuis peu grâce à vous et votre équipe de Bike Café, découvert la pratique du Gravel et par là même le plaisir de pédaler tout simplement, j’aimerais vous remercier pour tous ces articles aussi riches les uns que les autres, variés, différents, inspirants,…
    C’est pour tout cela que votre site se démarque des autres. Continuez comme ça!!!

  4. Merci pour cet article !

    C’est sûr que la crise bouscule certaines certitudes et amène des gens au vélo, c’est très bien ! Ce média peut amplifier le phénomène, il faut continuer comme cela !

  5. Bonsoir à tous, merci pour cet excellent article et pour Bike Café dans son ensemble. Je suis un « jeune cycliste » qui fête ses 49 ans aujourd’hui et je voulais dire qu’après deux ans de pratique donc plus ou moins une année en mode Covid, je ne sais pas comment j’aurai géré psychologiquement cette situation sans le vélo (route et Gravel). Cela m’a permis de me dépenser, de m’évader et de me projeter. Vive le vélo, longue vie à Bike Café et comme en Gravel n’hésitez pas à sortir de sentiers battus.

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