L’édito de Bike Café
Lorsque j’ai entendu pour la première fois le mot « chaucidou » je me suis dit : c’est quoi ça ? J’ai initialement pensé à une spécialité culinaire locale, avant de découvrir qu’il s’agissait d’une voie de circulation réservée aux cyclistes et aux piétons. Je n’étais pas loin, puisqu’il s’agit d’une recette pour sécuriser les déplacements. Comme Monsieur Jourdain, il m’arrivait parfois de rouler sans le savoir sur un chaucidou (c’est un nom masculin : j’ai vérifié). En effet, c’est un dispositif qui permet la cohabitation entre les cyclistes et les véhicules automobiles. Si vous cherchez à savoir d’où vient ce nom, vous découvrirez qu’il a été inspiré par la contraction de « chaussée pour les circulations douces » (plus techniquement appelée CVCB pour « chaussée à voie centrale banalisée »). Ma sensibilité à la cause féminine me fait réagir à ce détournement de genre : comment, par un tour de passe-passe, peut-on donner un nom masculin à une chaussée ? Dommage, car derrière ce nom, un peu ridicule, se cache un dispositif pertinent, peu coûteux et facile à mettre en oeuvre. C’est à mon sens la meilleure solution pour que le vélo soit reconnu comme un véhicule ayant le droit d’exister et de se déplacer dans un flux partagé.

Ce lundi matin, je fais le pari que même pas 10% d’entre vous connaissiez ce mot. J’espère, par cet édito, réparer cette lacune. Après tout, informer est dans la vocation de Bike Café. Désormais, je vais rouler en pleine conscience sur mes chaucidous, en regrettant que, dans ma région, le concept ne représente pas la douceur évoquée par ce nom. Ils sont à droite de la chaussée, dans la zone où l’on trouve les plaques d’égouts qui s’enfoncent dans le bitume. C’est aussi dans ma région des Bouches-du-Rhône que l’on trouve des chaucidous faits d’un enrobé couteux et différent de celui des véhicules automobiles et qui n’est pas vraiment doux à rouler pour les cyclistes.

Le concept de ces chaucidous nous vient des pays nordiques où il a été mis en place il y a plus de 30 ans. Après des expérimentations en France, il s’est installé en 2020, période où le vélo s’est vraiment développé chez nous. Ces bandes peintes ne suffisent pas à calmer les conflits de voisinage auto / vélo, mais elles éduquent progressivement les automobilistes et les cyclistes à concevoir une vie partagée. À l’instar de ce nom caricatural et du côté “bricolage” de l’application de cette bonne idée, on peut se poser des questions sur la réelle volonté des instances décisionnaires pour développer la recette de ce “chaucidou” pacifique. Et si, finalement, tout ce verbiage chaucidou, CVCB, pistes cyclables, accotements cyclables… ne cachait pas un manque de volonté commune pour faire changer les mentalités ?
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