Cette idée folle d’aller rouler à vélo au Ladakh vient de Loïc. Il revenait d’un voyage familial en juillet 2014 là-bas et rêvait d’y revenir un jour pour traverser cette majestueuse région à vélo. Le projet initial était de rallier Manali à Srinagar via Leh. En octobre 2014, Loïc envoie des mails présentant le projet à quelques amis susceptibles de l’accompagner dans l’aventure. Pour ma part la réponse n’a pas traîné, je crois que j’ai répondu oui dans la journée. C’était magnifique et fou : aller dans une région inconnue, passer des cols à plus de 5000 m et rencontrer de nouvelles  cultures.

Après avoir étudié la faisabilité « financière » du projet et pris conscience que j’étais capable physiquement d’avaler 1000 km et des milliers de mètres de dénivelé ! Et il ne me restait plus qu’à présenter le projet autour de moi et convaincre ma petite famille.

Les protagonistes

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Olivier, Thomas et Loïc le trio de cette aventure –  ©Olivier LUCAS-LECLIN

Thomas : j’ai 40 ans et je suis coordinateur périscolaire en Basse Normandie. Je n’habite pas loin de la Suisse (Normande) et cela a son importance pour les heures d’entraînements à vélo en guise de préparation. J’aime voyager ( j’ai peu d’expérience de routard ) et surtout être au contact de la nature. J’ai notamment randonné en Corse et fait une vingtaine de jours sur la HRP (Haute Route Pyrénéenne) avec Loïc. Étant polyvalent, je n’avais pas trop de missions avant le départ, mais je suis vite devenu le documentaliste (cartes, documents, blog, …) et pendant le voyage j’étais le « sélectionneur officiel » des gâteaux secs.

Loïc : est enseignant, habite à la Réunion depuis son tour du Monde effectué avec sa famille. Il a pas mal d’expérience dans ce type de voyage.  Par sa qualité de cycliste et de vendeur chez « Décath’ », il sera le réparateur / bricoleur officiel de nos montures sur l’aventure.

Olivier : habite également à la Réunion, nous nous sommes rencontrés à Delhi, le premier jour de notre road trip. Enseignant en histoire géographie, je crois plus en géographie qu’en histoire :-). Passionné d’images, de vidéos et autres technologies de pointe, il deviendra le photo-reporter de l’équipe. Il est aussi captivé par la navigation en pirogue, la spéléologie et les volcans. Il est servi sur l’ile de la Réunion !…

Le matériel

Pour les vélos, on a choisi de retaper, d’adapter des vélos que nous avions déjà ou bien que l’on a acheté d’occasion sur le net. Je me suis fait assister par une association solidaire qui aide au bricolage des vélos car ce n’est pas facile de remettre tout seul son vélo à neuf ( potence, guidon, pédalier, réglages des dérailleurs …). Si on devait faire une synthèse de nos vélos : ils sont  rustiques et solides ( le mien a 17 ans ). On a remis à neuf les pièces d’usure et cela ne nous a pas coûté plus de 200 €, somme à laquelle il faut ajouter quelques heures pour le montage…

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Si on devait faire une synthèse de nos vélos : ils sont rustiques et solides – moyenne d’âge : 15 ans … ©Olivier LUCAS-LECLIN

D’un point de vue plus technique, Loïc et Olivier avaient recueilli pas mal d’infos auprès de l’équipe de « Solidream »  lors du festival du film d’aventure sur l’île Bourbon.

Le choix des pneus est capital : on a choisi d’équiper nos montures avec les « Swalbe Marathon plus tour ». Ce choix s’est avéré payant, car on le disait en rigolant « On a gonflé les chambres à air à Srinagar et on les a dégonflées pour prendre l’avion !… » . Pas une seule crevaison pendant les 27 jours d’aventure. On avait aussi emmené avec nous une trousse de premier secours pour le matériel (clés, rayons, chambres à air, «serre tout» type plomberie, pompe, rustines, patins de freins, quelques boulons et de la visserie, ,…)

Nous n’avons pas eu à nous en servir beaucoup :  aucune grosse panne. Il faut dire que notre réparateur Loïc, faisait du préventif. On devait contrôler les visseries (porte-bagages) régulièrement et surtout on devait nettoyer et nourrir les pédaliers avec soin. Je crois que cela a été une des clés de notre «non problématique» en ce qui concerne l’aspect matériel.

Tous les vélos peuvent voyager et en particulier les vieux ! …

Le récit de l’aventure

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A l’aéroport de Delhi, en attente du vol vers Srinagar, capitale du Cachemire. Les vélos sont démontés dans des cartons ou du film à bulles. ©Olivier LUCAS-LECLIN

Le cachemire, une semaine pour s’acclimater …

Après réflexion, on a changé notre plan de route assez rapidement. On a décidé de faire la route de Srinagar à Manali et non dans l’autre sens, comme l’ont décrit de nombreux récits. Cela pour une bonne raison : l’acclimatation à l’altitude. Srinagar n’est qu’à 1500 m et passé le premier col la première semaine se déroule à une altitude moyenne de 2500 m. Cela s’avérera être un choix judicieux, car nous avons très peu souffert du MAM (mal des montagnes).

Cette première semaine a commencé par l’arrivée à Srinagar, capitale du cachemire indien. Quel dépaysement pour moi et surtout après les 30 h de voyage depuis la Normandie. Nous étions les seuls européens dans l’avion qui relie Delhi à Srinagar. Nous avons été gentiment pris d’assaut à l’arrivée par les rabatteurs de taxis.

La traversée de Srinagar fut une plongée dans une nouvelle culture, un nouveau peuple. Première surprise de la journée, on avait réservé un motel au milieu du lac Dal. On a donc pris une barque pour notre premier jour de voyage en vélo.

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Les vélos sont prêts. On quitte notre hôtel à Srinagar sur le lac Dal, l’aventure commence… ©Olivier LUCAS-LECLIN

Nos vélos sont déjà des catalyseurs de rencontres. Lors du montage de nos montures, les touristes indiens s’arrêtent, discutent, prennent des photos. C’est là que commence les  « We go to Manali … ». Cela deviendra rapidement le titre du périple.

Le jour 1 de pédalage était un jour test pour nous et nos vélos. Nous avions choisi de faire une grosse journée pour voir un peu. Le soir nous sommes à Sonnarmag après avoir roulé de 9 h à 19 h 30 avec un bilan kilométrique de 90 km et plus de 1800 m de dénivelé.

Nous sommes heureux et bien fatigués après cette première journée. Nous avons traversé de nombreux villages sous une pluie fine et on a eu beaucoup de sourires et de signes d’amitié sur cette première étape. J’ai déjà en tête la journée de demain, avec le passage du premier col , le « Zoji la » à 3500 m d’altitude. C’est sans doute pour cela que je ne dors pas trop bien ( stress de l’altitude…).

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Dès le 2ème jour, montée du col du Zoji La à 3500 m, et les fameux camions Tata indiens, nos fidèles compagnons de route. ©Olivier LUCAS-LECLIN

Nous attaquons avec un peu d’appréhension, la montée du col, au programme 20 km de montée et 50 km de descente jusqu’à Drass. J’ai monté la première partie un peu anxieux. J’ai un peu mal à la tête et je suis souvent en train de regarder l’objectif de la journée. On arrive vers 13 h en haut de notre premier 3500 m. Il a été difficile et j’ai mis pied à terre dans les parties les plus pentues et caillouteuses. Nous traversons un glacier.

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Notre premier col, le Zoji La à 3500 m d’altitude. ©Olivier LUCAS-LECLIN

Nous faisons un lunch express composé d’eau, de bananes et de crackers. La descente sera en fait plus difficile que la montée. La route ou plutôt le chemin n’est pas trop carrossable et l’objectif d’une descente de 60 km s’éloigne au fur et à mesure de la journée.

Nous avons notre première et seule casse de séjour : les porte-bagages tout d’abord celui d’Olivier et puis le mien se décrochent sous les chocs de cette «route». Nous arrivons à Drass vers 19 h. Nous sommes accueillis comme des chefs par un hôtelier qui nous fait un prix «d’amis» : 4,5 € la nuit pour tous les trois. Il est aux petits oignons avec nous, transport bagages, repas, …

Nous décollons le lendemain plus tranquilles pas de col en perspective et une petite étape de 60 km jusqu’à Kargil. Nous voyageons le long du fleuve Drass. Bon ce n’est pas si tranquille que ça car nous sommes quand même dans les contreforts de l’Himalaya. Cette étape est marquée par la chaleur, il fait 45°C. Nous pique-niquons et prenons une douche sous une cascade pour nous rafraîchir. L’arrivée à la fin de cette étape se fait vers 17 h. C’est le pays des fruits secs : il y a des étalages de bananes, légumes, abricots, pommes, noix, noisettes, … Nous sommes en plein Ramadan et les restaurants sont vides jusqu’à 19 h 30.

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Le vélo d’Olivier sous haute surveillance – ©Olivier LUCAS-LECLIN

On part le lendemain avec notre habituel ravito pour la journée (bananes, 3 litres d’eau par personne et gâteaux secs). Nous roulons une quarantaine de km, après une sortie de village qui ressemblait plus à un col. Nous arrivons à Shergol vers 13 h. Nous voyons notre premier temple «bouddhiste ». Un orage s’annonce, on réfléchit : « bivouac or not bivouac ». Nous décidons de faire une petite étape et trouvons un «gîte» vide (nous sommes les seuls) c’est vraiment sympa. L’hôtelier a à peine 20 ans et nous sert un repas succulent. On profite aussi de la fin de journée pour aller visiter Shergol «à vide» ( sans les sacoches).

L’entrée au  Ladakh …

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L’entrée au Ladakh – ©Olivier LUCAS-LECLIN

Vendredi 17 juillet, jour 7 du voyage. Nous entrons au Ladakh par le col de Namika La. Nous faisons un arrêt express à Mulbek pour les traditionnelles provisions (bananes, chapatis, concombres et oignons….) et nous attaquons notre col à 3800 m sous la chaleur. La descente dans la vallée est plutôt une série de montagnes russes, avec une succession de petites montées avec en plus le vent de face !…

Arrivée à Honesku, pas d’hébergement, on cherche un bivouac avant d’attaquer le col à 4000 m demain. Il pleut, rien de bien accueillant. On décide de prendre possession d’une « guest house » abandonnée. Nous ne sommes pas seuls, un couple de basques est déjà installé. Soirée feu de bois (pas de réchaud) et dégustation de noddles !!

Le petit dej est en mode routard, cuisine de noddles au feu de bois, j’ai un peu de mal avec les nouilles chinoises froides à jeun. J’attaque le Fotu La, col à 4100 m avec les pâtes qui me restent sur l’estomac. Il se grimpe «tranquillou» quand même. On apprécie les paysages : c’est splendide. Des couleurs, des formes, des reliefs comme jamais vu.

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Notre premier col à 4000 m (4109), le Fotula, le premier d’une longue série par la suite… ©Olivier LUCAS-LECLIN

Chaque jour de nouveaux paysages nous font oublier ceux de la veille …

On arrive à Lamayru vers 12 h. On fait notre première lessive et passons l’après-midi dans le temple avec les moines. Comment dire ? C’était surprenant pour moi, c’était simplement du jamais vu. Pour une première on a de la chance car nous tombons en pleine «cérémonie». Nous passons deux heures à observer et à contempler le temple, les fresques, les moulins à prières et à écouter les chants des moines.

Première alerte météo, on nous dit que les cols d’entrée et sortie du Ladakh sont fermés  (pluie, éboulements…..). On décide alors de prendre un peu d’avance sur le projet pour avoir un jour ou deux en delta au cas où.

Le dimanche 19 juillet, cela sera notre plus grosse étape, on a décidé de rejoindre Leh en une journée. On fera 120 km  et 1800 m de dénivelé ( je précise  sans col).

Nous partons vers 7 h du matin. La découverte des canyons après Lamayru (The Moon valley) est superbe, nous en prenons plein les yeux. Nous longeons toujours l’Indus. En début d’après-midi nous faisons une halte à la confluence avec le mythique fleuve Zanskar. Nous enchaînons ensuite les montées (jusqu’à 12 km et ce n’est pas un col !!) et descentes et bien sûr nous finissons par 20 derniers kilomètres le  vent de face.

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Point carte entre Lamayuru et Leh. Nous avons rejoint la vallée de l’Indus, fleuve qui nous accompagnera pendant de nombreux kilomètres dans son parcours himalayen. Notre plus grosse étape, 120 km. ©Olivier LUCAS-LECLIN

Nous arrivons vers 19 h 45 à Leh, fatigués mais heureux de notre journée marathon. Nous nous vengeons au resto avec un menu pantagruélique : «soupe miso», chop suey et jus de pomme. Toujours pas de bière pour fêter tout ça !!

Nous passons une journée à Leh (3700 m) pour nous acclimater et nous reposer un peu de notre première semaine. On fait le plein des sacoches et des bonhommes (on mange, on mange et on mange). Nous en profitons aussi pour obtenir le permis pour traverser la zone du lac Tso Moriri. Petite surprise il n’y a pas internet. Il nous faut pourtant donner des nouvelles à la famille, car nous partons pour douze jours sans possibilité de communiquer. Cela se fera par téléphone, quel plaisir d’entendre des voix aimées.

Nous partons pour Tso Moriri lake avec encore environ 150 km le long de l’Indus. Nous passons le premier jour à la visite de monastères. De Leh à Upshi on s’arrête à Shey, Tiksey et Stakna  ce dernier sera sans doute un des plus beaux. Les fresques y sont magnifiques.

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Le monastère de Stakna (XVII ème siècle), perché sur sa colline dans la vallée de l’Indus – ©Olivier LUCAS-LECLIN

Upshi c’est le bout du monde, carrefour pour routiers entre la route pour Manali et la route vers le magnifique Tso Moriri. On y apprend que les cols vers Manali sont fermés. Pas de souci pour l’instant on prend l’autre direction.

Nous continuons de longer le tumultueux fleuve Indus et nous bivouaquons après une étape de montagnes russes d’environ 70 km.

Pour une deuxième nuit en bivouac c’est pas mal du tout. À peine le temps de s’installer que déjà nous sommes alertés par de gros nuages bien noirs ! Cela ne va pas durer une heure, le vent se lève et on entend les premiers grondements (ils font peur au Tibet). Nous sommes en pleine interrogation, surtout que l’on vient de se mettre à table…

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Bivouac (3955 m) dans la haute vallée de l’Indus. Un bel orage se prépare en amont, qui occupe nos esprits et va quelque peu agiter notre soirée… On prend nos précautions, on s’éloigne du fleuve. C’est une riche idée… – ©Olivier LUCAS-LECLIN

Nous décidons, comme nous sommes quand même proches de l’Indus, de déménager la tente. À peine le temps de le faire, l’orage éclate bien au-dessus de nous : on a réussi à mettre l’essentiel à couvert dans les sacoches sous de gros rochers. Le vent forci, la tente ne tient pas le choc. Il fait maintenant bien nuit, on met nos vêtements de pluie, on bloque avec des pierres la tente et on se couche dedans pour attendre .

La scènette est épique : 3 gars allongés sous la tente démontée !…

Il pleut pas mal et un bruit d’éboulement nous fait sortir en catastrophe de notre abri ! … Bon plus de peur que de mal, cela raisonne pas mal dans les vallées… Cet épisode dure une grosse heure avant que le vent se calme et que nous puissions remonter notre château de toile.

Nous sommes réveillés vers 6 h du mat et nous décollons après 2 h de pliage et de rangement du matériel.  Vers 10 h, à Chumatang, nous prenons un petit déj de noddles dans une petite gargote. À midi nous sommes au pont de Mahé (pas celui de Christophe), mais celui de la bifurcation vers la frontière chinoise et les lacs de Tso Moriri et Tso Kar).

Nous montons un petit col et arrivons en milieu d’après-midi à Tsumdo. Le village est vide, pas de «supérette»  (les dhabbas) et apparemment pas de chambres ! Nous rencontrons une villageoise qui nous indique une école de réfugiés tibétains. Nous allons passer une nuit – ce qui sera pour moi un souvenir émouvant – dans une chambre réservée aux gens de passage dans l’école. Nous passons la «soirée découvertes inter-culturelles» avec les enfants à faire des tours de vélos, des clins d’œil et en essayant de leur apprendre à chanter « Une souris verte »…

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Le petit déjeuner avant la journée d’école, pour ses enfants dont les parents sont des éleveurs nomades. Ils ne les voient pas pendant plusieurs mois en été. ©Olivier LUCAS-LECLIN

Nous sommes à 4300 m et tout va bien…

  

Une semaine passée à l’altitude du « Mont-Blanc »

Loïc, nous réveille ce matin par « Alors les gars prêts à gravir le Mont-Blanc à Vélo ? ». Et oui, aujourd’hui nous passons un col à 4810 m avant le Tso Moriri et le village de Korzok. Cela sera pour nous le début d’une petite semaine à plus de 4500 m !…

Nous sommes maintenant dans une partie vraiment sauvage, les paysages sont magnifiques. Après avoir franchi notre «Mont-Blanc» nous pédalons dans le désert. Par chance la route est neuve et nous progressons facilement. On ne peut pas en dire autant des 20 derniers km sur la piste, malgré qu’elle soit en descente, elle est vraiment de qualité médiocre et on a encore le vent de face.

Le lac Tso Moriri est superbe, bleu au milieu des montagnes enneigées.  Nous voyons aussi les premières oies sauvages et un petit troupeau de yacks. Nous passons la nuit à Korzok, c’est la fête car il y a la visite d’un Lama. Il y a beaucoup de monde, des indiens venus pour la fête et de nombreux touristes (il s’agit de l’arrivée de nombreux Treks à pied).

Nous repartons le lendemain en chemin inverse pour retrouver la route qui nous mène à Manali.

Nous sommes de retour à «notre» école en fin d’après-midi. Les enfants et les adultes sont contents de nous retrouver. L’échange est plus facile, nous passons encore une magnifique soirée en leur compagnie.

Le lendemain, il est vraiment dur de partir, nous les quittons avec beaucoup d’émotion. Nous passons une journée magnifique vers le Tso Kar : carrières de soufre, geysers, oies, grues…

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Traversée d’un paysage aride et géothermique en direction du lac Tso Kar. Nous serons entourés par le souffre, les geysers et les sources brûlantes. ©Olivier LUCAS-LECLIN

Le col à 5000 m et son chemin étaient un peu plus difficiles. Nous arrivons au terme de cette étape vers 16 h exténués avec en tête plein de souvenirs des paysages traversés. Le lendemain, aprés 20 km, nous serons sur la route de Manali.

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Passage du col Polokongka La à presque 5000 m – ©Olivier LUCAS-LECLIN

J’ai hâte de reprendre la route vers notre objectif final : je sens qu’il approche.

Cette étape est un peu dure pour moi, j’ai mal à la tête depuis le matin et j’ai du mal à pédaler sur les 70 km de plat façon «morne plaine». Il pleut, il y a du vent. On met pour la première fois le pantalon de pluie.

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La descente sur le hameau de Pang – ©Olivier LUCAS-LECLIN

Nous nous arrêtons à Pang vers 16 h. Ce lieu est situé au fond d’un canyon dantesque, c’est magnifique si l’on fait abstraction des abris en tôle.

Jour 18, on s’attaque à 2 cols aujourd’hui ( 5095 m et 4900 m).

On part vers 7 h 30, pour 21 km de côtes dans un magnifique canyon. Nous sommes accueillis en haut de notre point culminant par un groupe, comme sur le tour de France… Nous pique-niquons et nous descendons environ 10 km avant d’attaquer notre deuxième col le Nakee la. Puis nous descendons les 15 km de Gata Loops et ses 21 virages serrés.

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En direction de Sarchu, au pied des Gata Loops – ©Olivier LUCAS-LECLIN

Il y a un bouchon, un éboulement bloque les voitures, les bus et les camions. Nous sommes en VTT et nous en profitons pour prendre les chemins de traverse et éviter les glissements de terrains. Nous finissons la journée par 25 km jusqu’à Sarchu sous la pluie et le vent. On arrive dans un village en tôle vers 20 h. Nous sommes bien mouillés et il fait froid. On trouve un petit hébergement sous tente et je crois que j’y bois le meilleur thé de ma vie.

Le lendemain on attaque encore un col (pour changer) le Baracha La, on fera 90 km 7 h 30 de vélo et 1800 m de dénivelé positif. Je retiens surtout les 33 km de montée continue pour ce Baracha la. Nous sommes entourés de névés pour l’ascension de ce col et c’est vraiment beau. La descente est dure pendant 40 km, on y rencontre nos premiers ruisseaux à traverser. Nous avons les pieds mouillés. Nous sommes à Jispa dans la soirée : il fait presque nuit.

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L’Himalaya sait récompenser les efforts ! Après 33 km de montée magnifique, on bascule de l’autre côté pour 50 km de descente ! – ©Olivier LUCAS-LECLIN

Il n’y plus qu’un col à passer. On fait les comptes et on s’aperçoit que nous avons vraiment beaucoup d’avance sur le programme. Nous décidons de faire une excursion de trois jours dans la vallée du Spiti avant de sortir du Ladakh.

Nous sommes le 30 juillet, cela devrait être une journée de transition facile avant l’entrée dans le Spiti. Elle est difficile physiquement. Je suis fatigué et cette étape nous a réservé quelques difficultés bien cachées (un petit col de 12 km), les conditions : vent de face une grande partie, route bloquée et une tempête de sable qui nous recouvre de la tête aux pieds. C’était tellement difficile que nous n’avons pas pris beaucoup de photos, nous luttons un peu.

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Nous sommes en avance sur notre programme. Nous décidons de rallonger le périple avant d’atteindre Manali en tentant de remonter la vallée du Spiti. La piste caillouteuse et monotone (pour une fois !!) nous met à rude épreuve… Le bivouac s’impose. ©Olivier LUCAS-LECLIN

Nous nous remplumons le soir dans un hôtel. Nous nous vengeons sur la nourriture et la bière. Avec la fatigue et l’abstinence, elle nous tourne vite la tête. Nous sommes tout «guillerets» à 20 h.

Nous attaquons maintenant la vallée du Spiti. Malgré que l’on a largement le temps, je suis un peu déçu, c’est comme si je voyais mon objectif s’éloigner alors que j’approche du but. Le Spiti n’a pas tardé à se faire connaître. Pas de route mais des chemins, des cailloux et de nombreux gués à traverser. Nous battons notre record de lenteur et nous faisons les 17 premiers km dans la vallée en 4 h !…

On se pose dans un Dabbhas pour se reposer et faire le point. Un camping nous est annoncé à 10 km , nous décidons de pousser encore et de dormir sous la tente le long du Spiti. Vous l’aurez deviné, il ne s’agit pas d’un camping mais d’un bivouac avec une tente pour se restaurer. Nous passons une nuit le long du fleuve entourés de mules et de chevaux.

Samedi 1er août, il pleut ce matin. Après 2 h un peu galère sur le Spiti nous décidons de revenir en arrière et de trouver un jeep «taxi» pour nous ramener à l’embranchement vers Manali.

L’arrivée à Manali

Plus que 15 km de col et nous en aurons fini avec les montées. Il est midi nous venons d’être déposés par notre taxi à Spiti. Je me crois arrivé mais finalement ce dernier col : le Rohtang pass sera le plus dur pour moi à gravir. Je ne l’aborde pas de la meilleure des façons, à chaque lacet je crois que le sommet est là. La route est difficile : sable, boue et pluie qui s’intensifie au milieu du col. Je suis trempé et même obligé de faire une pause casse-croûte (gâteaux et chips) car je n’ai plus de force. Je mets les vêtements de pluie  (pantalon et veste) pour affronter la fin de ce col sous la pluie et dans le brouillard. Il fait un petit 5°C et nous ne voyons pas à 2 m.

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Difficile montée de notre dernier col, Le Rotang La. Peut-être la plus éprouvante du voyage. Les derniers km se feront avec la pluie, le vent, le froid, la boue, le brouillard. ©Olivier LUCAS-LECLIN

Loïc est devant, j’attends Olivier pour faire la descente dans cette purée de pois. On ne voit rien, on devine néanmoins un paysage majestueux, glaciers et autres névés. Je suis obligé de m’arrêter. Je n’ai pas eu le courage de changer mes patins de freins depuis quelques jours et je le paye … Je n’ai plus de freins et malgré un réglage de la dernière chance j’attaque ma roue et je finis les 30 km de descente en freinant avec les pieds ! … Pas vraiment sérieux tout ça !…

Il pleut toute l’après-midi, nous sommes trempés jusqu’aux os. On fait une petite halte au premier village. Pas de chambre, on décide de repartir. La descente de 20 km est vraiment magnifique, même en freinant avec les chaussures ! … Nous avons l’impression de traverser des paysages japonais avec de majestueux pins suspendus.

On arrive à Khoti vers 19 h. C’est un véritable chalet suisse qui nous sert d’hôtel ce soir. Des boiseries partout et une douche bien chaude. On se régale encore de curry et de riz autour d’une bonne bière.

C’est le dernier matin, une formalité de 20 km en descente avant le but ultime Manali. Nous prenons notre temps. Nous rangeons, nettoyons les vélos qui ont bien soufferts hier dans le col. Nous profitons pleinement de cette matinée. On arrive à Manali vers 12 h heureux :  nous avons réussi.

On trouve une « guest house » dans le vieux Manali. Nous avons toujours 5 jours d’avance sur le programme. Cela sera pour nous l’occasion de nous remplumer dans les restaurants (matin, midi, goûter et soir). On en profite aussi pour rechercher des cartons pour emballer nos vélos. Nous partirons pour de petites balades le mardi et le mercredi (40 km ) pour récupérer nos cartons à Kullu. Jeudi 6 août on quitte Manali pour 15 h de bus vers Delhi.

Les chiffres marquants

  • 0 : le nombre de crevaison et de chute.
  • 2 : le nombre de réparations des porte-bagages.
  • 4 : fois le nombre de mails envoyés aux familles.
  • 10 : le nombre de cols franchis.
  • 15 : ans l’âge moyen de nos vélos.
  • 27 : le nombre de jours de voyage.
  • 29 : kg le poids max de nos vélos et bagages pour prendre l’avion.
  • 90 env : le nombre de thés bus.
  • 180 : le nombre de litres d’eau bue (environ 3 l par jour et par personne).
  • 300 : le nombre de « We go to Manali » dit  aux diverses personnes rencontrées.
  • 1 200 : km la distance parcourue entre Srinagar et Manali.
  • 15 000 : m le dénivelé positif grimpé pendant le périple.
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1200 km plus tard, l’arrivée à Manali, heureux !!!

Merci à Thomas pour ce récit et bravo à Olivier pour ces très belles photos … et enfin félicitations à tous les 3 pour nous avoir fait rêver au travers du récit de cette aventure. Nous espérons que vous faites toujours rouler vos vieilles bécanes et que depuis vous n’avez toujours pas crevé …

La galerie de photos sur Flickr

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Cachemire / Ladakh / Himachal Pradesh à VTT

2 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    nous sommes intéressés ma femme et moi pour faire votre parcours. Pourriez vous nous préciser
    circulation pas trop gênante, apparemment il y a beaucoup de convois de camions?
    relation avec la population dans la partie musulmane du cachemire?
    vélo dans bus ok depuis manali à Dehli?
    quels vêtements et qualité du duvet?
    préférable d’amener un réchaud à essence?
    emballage des vélos au retour?
    merci et j’espère à bientôt

    Michel

  2. Bonjour,
    J’envisage de faire votre traversée cet été entre fin juin et début aout. J’ai une certaine expérience des voyages en vélo et en solitaire ‘(traversée du Gobi, du soudan, des Philippines, Indonésie, Madagascar, Chine, japon, Ouzbekistan, Bangladesh et autres….) et je voulais savoir si une tente était indispensable. Jusqu’à présent cela ne m’avait jamais été nécessaire et bien m’en a pris car un soucis de moins poids et volume à ne pas gérer. Je n’ai pas de fourche télescopique sur mon cycle: est ce que çà peut passer? la sacoche de guidon tient elle la distance? Vous avez fait votre périple en 2015: l’état de la route a du s’améliorer…
    Merci pour vos réponses

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