Ce format de roue, qui était cher autrefois aux cyclotouristes, a toujours ses aficionados dans le monde de la « randonneuse ». Il existe même une confrérie du 650 qui est toujours très active pour défendre l’usage de ce diamètre très menacé par la généralisation du 700 C. Nous constatons depuis quelques temps son arrivée en force dans le monde du Gravel ; pourquoi ? … Est-ce un retour arrière ou bien le constat qu’il apporte un réel avantage pour la pratique du vélo « all road » ?

Pouce ! … une pause s’impose

Les formats et dimensions de roues, de pneus et de chambres restent mystérieux pour bon nombre de cyclistes. On parle en pouce dans le VTT, en centimètres sur la route, … et maintenant en norme ETRTO (European Tyre and Rim Technical Organisation), … C’est souvent difficile de s’y retrouver dans cet imbroglio de chiffres exprimés en mesures anglo-saxonnes ou européennes.

Si il n’y avait que des chiffres ! …

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700 à gauche – 650 à droite sur 2 vélos de 2.11 cycles équipés de pneus Compass montés en tubeless – photo 2.11

Comme l’explique Jean-Philippe Feirreira (2.11 cycles), qui importe notamment les pneus Compass : « À l’origine une lettre indiquait la largeur du pneu prévu pour être installé sur la jante afin d’obtenir le diamètre extérieur en mm placé avant (650 ou 700 mm). Si il n’y avait pas de lettre il s’agissait d’un pneu fin puis A, B et C sont venus qualifier les pneus de plus en plus larges (B 30 mm et C 40 mm). Exemple 700C = 700-(2×40) = 620… qui correspond à notre fameuse jante de 622 mm de diamètre extérieur. 650B = 650-(2×30) = 590 … 589 mm en réalité. Le système Etrto est plus simple et fiable ! »

Pour jeter encore plus le trouble dans ces différents formats le VTT utilise une mesure ne pouces : 26 pouces, puis 27,5 et 29 … Tout cela se combinant aux formats + sans compter les roues de « Fat » …

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L’ami Fabrice, lors d’un de ses gags photographiques, illustre des formats extrêmes … nous ne les traiterons pas dans cet article – photos Phil et Fabrice

Alors effectivement mettons un « pouce » et faisons une pause pour savoir quel format pourrait convenir en usage Gravel Bike … Comme une conversation, qui pourrait s’engager au bar du Bike Café, donnons la parole à quelques spécialistes qui connaissent bien le sujet.

Le bonheur serait dans le switch …

« Le Gravel Bike est universel mais il convient de nuancer la chose. Si la base : cadre, direction et transmission restent les mêmes on pourra adapter son vélo au théâtre des opérations. En mono plateau on pourra changer la denture, si le profil le nécessite, et on pourra switcher le format des roues en fonction des terrains en utilisant 2 paires de roues différentes. C’est ce que je fais régulièrement … » Explique Simon Kirscher qui dispose de deux configs :

  • 650×48 (Compass) utilisés autant en tubeless qu’avec chambres, sur roues Stan Arch Ex / moyeux Hope.
  • 700×33 (IRC Sand pointes de diamants) tubeless, sur roues Stan A340.

Simon nous explique « Le 650×48 est la monte la plus polyvalente, preuve récente avec le DirtyBoar (avorté après 110 km pour cause de plaquettes de freins en cartons) où malgré la PIRE météo imaginable et la monte en chambre, 0 crevaison, 0 manque de grip (même en pente raide passée en force), confort absolu. Faut vraiment vouloir rouler vite dans la boue pour lui trouver une limite. Et sur route, c’est juste le bonheur absolu rapport à un pneu de CX niveau confort/accroche/confiance. Pour le 700×33, utilisé sur la Gravel Malteni, c’est très efficace aussi mais clairement plus secouant … notamment sur les pavés de Paris Roubaix. Sinon, je ressens un feeling forcément plus « incisif » mais aussi moins rassurant, ça peut décrocher, rebondir, glisser sur une pierre… Mais j’ai la sensation « d’aller plus vite », même si le IRC est clairement moins roulant sur route.« 

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Simon sait faire parler sa virtuosité sur du 650 …

Simon reconnaît qu’il a la sensation de devoir « donner plus » en 650 qu’avec le 700. Cela venant sans doute de la différence de confort (très) importante entre les deux montages. Il compte essayer une monte 650×48 en pignon fixe et ratio type 42×16. « Peut être que l’enroulement du fixe combiné au confort des pneus est la solution magique (parce que j’aimerai bien re-graveler en fixe). Je soupçonne au fond de moi qu’après des années en fixe, le passage à la roue libre est une source de « perte ». En tous cas, sur un vélo polyvalent à vitesses, ce serait 650×48, sans hésitation. En tubeless, et extra-light. » conclut Simon.

À 70 km/h en descente

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Sur le salon du Roc d’Azur, Laurent des cycles Sobre nous explique sa propre expérience sur son Versatile  « Je suis en Compass standard monté en tubeless. Je fais de la route en priorité avec, c’est top car quel que soit l’état du revêtement on a un super rendu. Je suis étonné des capacités de roulage, que ce soit en montée, plat ou descente. Je n’imaginais pas un tel comportement. Le vélo est hyper stable tout en étant précis. A 70 km/h dans les descentes j’ai un sentiment de sécurité que je n’avais pas en 700×35. Je vais plus vite avec cette config alors que mon vélo est plus lourd qu’avant de presque 1 kg.  J’ai essayé du 700×40 par le passé. À mes yeux le 650×42 est mieux à tous les niveaux. Bref j’adore ! …« 

Un bon cadre sans de bonnes roues ça ne marche pas …

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Le tout dernier modèle de la série Gravel de Caminade est en titane. Il peut être équipé au choix en 700 ou comme sur cette photo en 650b … ici avec des WTB de 47 – photo Caminade

Chez Caminade on essaie des montes différentes pour conseiller les clients. Les 3 membres de l’équipe organisent entre-eux des comparatifs façon « Top Gear » de pneus vélo gravel sur les sentiers de l’Enduro de Corbère.

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photo Caminade

Le dernier test s’est déroulé sur les montes suivantes :

  • WTB ByWay 650×47 / Mavic XA Elite / AllRoad Titane
  • Mavic Yksion 700×40 / Mavic Allroad Elite / Gravel acier
  • Hutchinson Overide 700×38 / Asterion Gravel carbone / Gravel acier
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Brice Epailly sur le Roc d’Azur … il roulait sur un Caminade Allroad titane en 650 avec des WTB de 47 – photo Bike Café

Brice Epailly, rencontré sur le Roc d’Azur nous explique : »Pour moi qui roule beaucoup dans les cailloux et sur de forts pourcentage ce format de 650 est très intéressant et il apporte une certaine sécurité. On a expérimenté les différents formats et chacun a son utilité. Ça dépend du pourcentage entre le goudron et la terre, de la région dans laquelle on habite, de la nature du terrain. Les tests que nous avons faits nous permettent de conseiller nos clients, cela fait partie du projet et un bon cadre sans de bonnes roues ça ne marche pas … »

Chez Victoire … une question de taille

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La réputation des cycles Victoire dans le domaine du beau vélo n’est plus à faire. Victoire fabrique des vélos sur-mesure : chaque réalisation issue de leur atelier est unique, réalisée selon la morphologie, la pratique et les préférences de leurs clients. Matthieu Perusset nous explique la vision de Victoire concernant le diamètre des roues : « Dans notre métier, c’est la taille du cycliste qui va déterminer avant tout le choix entre des roues de 650 ou de 700, notamment sur les pratiques où nous sommes amenés à monter des pneus au-delà de 32 mm de large. Cela nous permet d’obtenir un vélo avec des proportions et des angles équilibrés, sans overlap (phénomène de la roue avant qui touche le pied lorsqu’on tourne), qui soit adapté à la pratique de notre client. Pour les personnes de moins de 1,70 m nous privilégierons le 650 et pour les personnes au-delà de 1,80 m ce sera du 700. Entre 1.70 m et 1.80 m, nous pouvons opter pour l’une ou l’autre des possibilités selon la pratique du client. »

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Le modèle Aventure – photo cycles Victoire

« Nous pouvons également créer des vélos évolutifs qui acceptent les deux standards. C’est le cas des prototypes réalisés en début d’année qui ont donné naissance au modèle Aventure qui cible un usage tous chemins. À diamètre de roue équivalent – un 650×48 équivaut environ à un 700×28 – un même vélo peut offrir deux comportements différents : le 650 combiné aux gros pneus donnera un vélo plus agile et confortable dans les chemins, même cassants, tandis que le 700 offrira plus d’inertie sur les parties roulantes » poursuit Matthieu.

À part mesurer 1 m 60 …

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Alex n’hésite pas à rouler sur tous les formats de roues … photo collection perso d’Alex

Alex Voisine est un rouleur multi-formats du Grand-bi au VTT en passant par le pignon fixe vintage et le Gravel. Il est également co-organisateur de la Gravel Malteni Bootleggers … Il nous apporte un peu de contradiction dans cette discussion : « Pour être honnête, je n’ai jamais roulé en 650 en Gravel mais uniquement en VTT … Je comprends bien l’intérêt de passer en 650 afin d’augmenter le volume des pneus donc d’améliorer le confort, la traction, etc … Cependant, quand j’observe ce qu’il se passe sur le marché du VTT, on se rend compte que finalement le 29″ va l’emporter et à la grande surprise de tout le monde faire disparaitre le format 27,5″ (650b). Alors que toute l’industrie criait au miracle avec le 27,5″ on s’aperçoit que les qualités techniques et donc dynamiques des roues en 29″ deviennent incontournables. Même les pilotes enduro et DH s’y mettent. Donc quand je vois l’usage hyper roulant du gravel, réduire la taille des roues me parait surprenant surtout quand on voit les progrès de certaines marques de pneumatiques en terme de confort et de motricité … En plus personnellement je trouve les grandes roues bien plus esthétiques ! À part mesurer 1 m 60, je vois de moins en moins l’intérêt du 650b ! »

Un diamètre extérieur identique …

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Jean-Yves Couput qui a connu les débuts du VTT dans les années 90 a retrouvé le bonheur des sentiers avec le Gravel. Possesseur d’un vélo Open il peut monter différentes roues.  « Le premier avantage pour moi, qui ai la chance de pouvoir choisir entre des roues de 650 ou 700 pour « chausser » mon Open UP, c’est de pouvoir utiliser des pneus de plus gros volume avec les roues en 650, et par conséquent d’avoir accès à une plus grande variété de terrains. » Jean-Yves ne pense pas que le changement de diamètre soit préjudiciable au comportement, car finalement le diamètre extérieur entre une roue en 700 x 25/28 et une roue en 650 x 42 est à peu de choses près comparable. En revanche la répartition des masses tournantes peut quant à elle changer. Il poursuit en précisant « Si par exemple tu utilises un pneu « lourd » en 650, ta roue aura plus de poids en périphérie et donc l’effet gyroscopique sera plus marqué, donnant le sentiment d’une direction plus lourde. En revanche, comme j’utilise des pneus très légers, je n’ai pas ce sentiment et je gagne même en maniabilité vs 700. À tous ceux qui sont à la recherche de plus de vivacité et de maniabilité, je recommande un combo 650 x 35+ avec un pneu de qualité, dont le poids sera inférieur à 400/450 grs. À l’arrière, c’est moins important, mais pour moi qui aime rouler assis et qui utilise plutôt des braquets importants, j’aime beaucoup le surcroît de traction qu’offre un gros pneu sur une 650 vs un pneumatique plus fin sur une 700 (surface de contact au sol ++). »

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Ce n’est pas le diamètre de la jante qui compte, mais bien le diamètre extérieur, pneu compris … – Gravel Roc photo Sportograph

Et lorsque que l’on parle des roues de grands diamètres, qui avalent les obstacles, il répond … « Sur le sujet du franchissement, qui a longtemps été un argument de vente en VTT pour justifier le 29” vs le 26”, je pense que c’est un faux débat. Ce n’est pas le diamètre de la jante qui compte, mais bien le diamètre extérieur (pneu compris), hors, si avec des 650 on utilise, comme c’est souvent le cas, des enveloppes plus grosses, le diamètre extérieur et par conséquent l’angle d’attaque des obstacles (cailloux, racines, ornières, …) sera identique. En ligne droite et sur le plat ou en descente, je n’ai pas remarqué de différence de qualité de roulement, car là, c’est plus une question de masse que de diamètre. À bonne vitesse, le poids de la roue à la périphérie offrira un plus grâce au facteur inertie, et à contrario, s’il y a de nombreuses relances qui nécessitent de repartir à faible vitesse, là, une roue légère en périphérie fera mieux le job. Pour terminer, attention quand même de ne pas passer du 700 au 650 sans modifier les tailles de pneus, car si l’on obtiendra un petit avantage aérodynamique, on risque de se retrouver au sol sans y prendre garde, car le boîtier de pédalier sera plus bas et donc la pédale trouvera plus facilement le sol en courbe ou heurtera plus d’obstacles …« .

L’avis d’un testeur aguerri

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photo Kona

Pour Amaël Donnet, auteur des tests vélos les plus complets dans le domaine qui nous intéresse, l’alternative est intéressante. Voici un extrait de son post récent sur vélo de route dans le contexte de l’essai du Kona Rove NRB : »Le 650 a pour lui l’avantage d’offrir un rendement des plus honnêtes, une bonne nervosité, grâce à inertie faible, et un confort incroyable. Ce type de pneu filtre mieux toutes les irrégularités que n’importe quel cadre. Vis-à-vis de roues en 700, équipées en pneus de 35 à 42 mm, la différence est plus que notable. À contrario, les grandes roues, tout comme en VTT, s’affranchissent mieux des obstacles et elles conservent mieux la vitesse acquise. Mais dans le cadre d’un montage «monster cross», pneus de 700 en section de 50 mm, on gagne dans tous les points … Sauf au niveau du pédalage ! Avouons aussi également que ce genre de vélo se rapproche plus d’un VTT que d’un gravel. Alors tant que vous ne roulez pas sur des terrains très engagés, l’option 650b est une alternative à ne pas négliger. » Lire son article complet de l’essai du Kona Tove NB.

 

1 COMMENTAIRE

  1. Merci pour ce très utile article. Je suis en pleine réflexion et recherche d’une deuxième paires de roues pour mon Specialized Diverge et pour le Ruby de ma compagne.

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