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La recyclerie des souvenirs

Entre la nostalgie des souvenirs du passé et ma curiosité pour la fantastique créativité du présent, mon coeur balance. Le trait d’union entre ces deux époques – distantes pour moi de 50 ans – s’appelle le rétro-cycling. Cette tendance consiste à remettre dans le contexte d’usage actuel de beaux vélos ou des vélos « souvenirs » fabriqués autrefois. Redonner la vie à de vieux biclous n’est pas uniquement un réflexe éco-responsable, c’est également une façon de prendre conscience de la valeur du travail des anciens, de la durabilité de l’acier, de l’ingéniosité des solutions simples mais efficaces de l’époque. (photo de couverture Gabriel Refait)

De nombreux ateliers participatifs, comme les « cyclofficines » parisiennes, œuvrent dans ce sens. L’article de Dan de Rosilles, sur l’écosystème Caminade, nous a fait découvrir que cette activité de réusage est également mise en œuvre en marge d’une construction de vélo neufs. Il existe partout en France de telles initiatives qui permettent de remettre sur la route un stock de vélos qui dormait au fond des garages. Dans ma ville à Aix, je vois souvent de jeunes étudiants qui se déplacent sur des vélos de l’époque de leur grand-père et finalement ça fait le job.

Recycler ses souvenirs

En recyclant des vélos on peut également recycler les souvenirs qui vont avec.

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Par le hasard des rencontres je suis devenu possesseur d’un cadre de vélo de piste construit autrefois (début 80) par Bernard Carré, artisan réputé installé à Montreuil, rue de la Fraternité. Ce cadreur, a construit des vélos pour les plus grands champions de l’époque 60-70. On retrouve sa signature sur le vélo de Jan Janssen qui a gagné le Tour 68 ainsi que sur celui de Jacques Anquetil. Ce cadreur est décédé très tôt à 60 ans, mais la production de ses ateliers a été très importante. Le sous-sol de son pavillon de Montreuil, où je suis allé pour commander mon premier cadre sur-mesure fin des années 70, était un véritable atelier de fabrication.

Neo Retro on recycle ses souvenirs Bernard Carré
Tour de France 1964 : J.Groussard, Bahamontès, Anquetil, Anglade sur des vélos B. Carré

Je n’avais pas de véritable projet pour ce cadre piste, sauf qu’il m’avait tapé dans l’oeil lors de la vente d’un lot de vélos. Je l’ai acheté. Il était à ma taille (56×56), équipé d’une belle direction Campa, d’une tige de selle et d’un curieux guidon avec prolongateurs : étrange pour un vélo de piste. Sa peinture très « kich », enrichie de décors réalisés à l’Aérographe, m’avait attirée.

Vélo Bernard Carré -
Tel que je l’ai acheté… Personne n’en voulait.

Mon vélociste local m’a taraudé le boîtier de pédalier, pour installer un axe sur roulements au standard actuel sur lequel j’ai monté un pédalier piste Gipiemme. Équipé ensuite d’un guidon « bullhorn », monté sur des roues piste avec boyaux, j’ai fait quelques sorties dominicales à Paris, en compagnie de mon copain Pierre. Notre chef d’atelier (Pierre), m’avait bricolé la fourche, pour y installer un frein avant pour sécuriser les arrêts.

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Lorsque je me suis installé dans le sud en 2014, le vélo a fait partie du déménagement. Il est resté dans un coin de ma cave un bon moment, jusqu’au jour où, inspiré par les exploits de ceux qui roulaient sur route en longue distance en pignon fixe, j’ai décidé de l’équiper correctement pour rouler sur la route dans ma région. Guidon de course Cinelli et potence assortie, frein arrière en plus du frein avant, roues Gipiemme avec des pneus (3 kg la paire), fourche route chromée en acier Vitus récupérée et braquet 46×18 en single speed. Le montage a été effectué dans les règles de l’art par mon ami Gabriel Refait de Dynamo Cycles Repairs à Aix.

Vélo tendance Néo Rétro
Vélo Bernard Carré Pista tendance Néo Rétro après transformation en version route : single speed, freins AV et AR

J’ai essayé de rouler en pignon fixe, mais je n’ai pas eu de plaisir avec cette pratique. Trop vieux, trop rêveur sur le vélo, pas à l’aise dans les descentes : je me suis contenté d’une roue libre, avec un pignon unique. Très vite j’ai adoré ce minimalisme et l’engagement physique que cette pratique frugale m’imposait. Ce vélo est devenu progressivement le partenaire de mon entraînement physique : travail de puissance en cote et de vélocité sur le plat. Je me frottais même le dimanche matin à des « déraillés » qui étaient étonnés de ma capacité à les suivre et même les lâcher dans les bosses. Mais, c’est surtout en « solitaire » que j’appréciais mes sorties, qui pouvaient dépasser 100 km. Le seul « hic », c’est qu’un « pista » ne possède pas de porte-bidon et mes sorties, dans ma région très ensoleillée, prenaient souvent la forme d’une « chasse aux fontaines » amusante, mais contraignante.

L’idée de me faire construite un single artisanal reprenant les caractéristiques de ce pista B. Carré est venue et ma rencontre avec Sébastien Klein des Cycles Brevet a donné naissance à mon « Diamant noir », une superbe fabrication artisanale de Sébastien. Avec un cadre légèrement plus long, l’esprit de mon vieux « Pista » habite ce nouveau vélo que j’adore. Que faire de mon ancien vélo ? Impossible de m’en séparer et de rompre ce lien sentimental. Je faisais quelques petits tours de temps en temps avec, en mode « souvenirs-souvenirs ». Il me servait aussi sur mon home-trainer lorsque la météo était mauvaise et quand j’ai dû me rééduquer après ma fracture du fémur fin 2021. Et si je le transformais, pour avoir une alternative de vélo et de braquet différents ? Ce serait bien cette fois d’avoir 2 portes-bidon et de faire disparaitre ce câble de frein arrière sur lequel j’accroche mes cuissards. Quelques travaux, nécessitant de refaire la peinture après ces travaux de brasures … et voilà l’histoire.

La transformation

J’avais réalisé partiellement le démontage et Gabriel a finalisé le dépouillement total du cadre, qui est parti à l’Ille-sur-Têt chez Caminade. L’opération de grenaillage à permis de décaper tout le cadre. Les emports ont été soudés et le passage du câble de frein arrière a été aménagé dans le tube horizontal. Grâce à son expertise et l’outillage adéquat, ces différentes opérations ont été une formalité pour l’atelier Caminade. Par contre, la peinture a été complètement loupée. Incompréhension de la demande et exécution bâclée. Le cadre est revenu couvert de paillettes granuleuses en surface et raccords « beurrés » au point que l’estampage de la marque B. Carré était noyé sous une épaisseur de poudre, fixée elle même par une couche de vernis incroyable.

Retour à la case départ pour la partie peinture. Cette fois je me suis adressé à l’atelier local de Dynamo Cycle Repairs, habitué à restaurer les vélos anciens et notamment de belles randonneuses. Cette fois l’option sera une peinture liquide. Le peintre s’est pris la tête pour décaper la couche de vernis et de poudre afin de remettre l’acier à nu. J’ai choisi une couleur blanc nacré qui était celle que j’avais demandée initialement. Et après une longue attente, le cadre est enfin de retour.

Neo Retro on rcycle ses souvenirs
Remontage par Gabriel dans l’atelier de Dynamo Cycle Repairs à Aix-en-Provence – Photo Patrick VDB

Pour le remontage c’est encore à mon expert local, Gabriel, que je fais appel. J’ai décidé de garder un esprit « néo-rétro » à ce vélo en mélangeant les bonnes choses du passé à des équipements « high tech », comme cette selle Fizik 3D adaptative et ma paire de roues carbone avec ses superbes moyeux Mack fabriqués en Pologne et montées par les mains expertes de Franck Le Renard.

Un caprice couteux

Il ne faut pas se mentir, un caprice de passionné ça peut coûter cher. Sans parler des pièces que je possédais, la modification et la remise en peinture de ce vélo m’a coûté 550 €. C’est sûr que je ne retrouverai jamais ma mise de fonds à la revente. Mais la question n’est pas là, il n’y aura pas revente. En fait, je dois beaucoup à ce vélo et j’avoue que cet attachement est complètement irrationnel. Cet objet en acier aurait-il une âme ? C’est à croire ! Il a été une une source d’inspiration, lorsqu’avec mon copain Pierre nous nous sommes lancés en 2013 dans une série d’articles à succès sur la transformation en fixies des vieux vélos. Ces sujets dépassaient régulièrement les 30 000 pages vues à chaque parution et ils ont encore une certaine audience. Nous avons même partagé sur Youtube une vidéo réalisée il y a 10 ans qui a atteint 225 000 vues sur la conversion d’un vieux biclou.

Je ne suis ni collectionneur, ni nostalgique, mais ce vélo simple, qui a suivi en marge de ma passion pour le gravel le développement de Bike Café, méritait ce « revamping ». Il va à nouveau m’accompagner lors de quelques balades minimalistes sur nos belles routes des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse. Avec lui je « recycle » quelques souvenirs et je compte bien m’en créer d’autres.

Neo Retro on recycle ses souvenirs Bernard Carré
La montée du Calvaire à Alleins – photo Alain Magré

J’ai très vite enchaîné cette sortie d’atelier, par une belle sortie de 80 km avec un peu de dénivelé, pour valider le comportement routier de ce pista. Cette remise en route s’est bien passée, il restera je pense à reconsidérer l’option freins. Les petits Campa, qui ont plus de 40 ans, allaient bien pour mes roues anciennes à boyaux, pour ces jantes carbone c’est limite au niveau de l’écartement des mâchoires. Une paire Shimano ou de Tektro actuels, devraient venir améliorer la situation.

Une nouvelle fois, je voudrais recommander aux amateurs de vélos anciens, qui cherchent un atelier sérieux et compétent dans la restauration de vélos : Dynamo Cycle Repairs à Aix-en-Provence créé par Gabriel Refait.

Neo Retro on rcycle ses souvenirs
Tout juste sorti de l’atelier de Dynamo Cycle Repairs – photo Gabriel Refait

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Patrick
Patrick
Aix-en-Provence - Après la création de Running Café, la co-fondation de Track & News Patrick remonte sur le vélo en créant Bike Café. Il adore rouler sur route et sur les chemins du côté de la Sainte-Victoire. Il collabore en freelance à la revue Cyclist France. Affectionne les vieux vélos et la tendance "vintage". Depuis sa découverte du gravel bike en 2015, il s'adonne régulièrement à des sorties "off road" dans sa belle région de Provence.

2 COMMENTAIRES

  1. Bravo Patrick !
    Une belle manière de ne pas laisser dans l’oubli ces héritages.
    Je m’y retrouve avec quelques montages restomod et la remise à la route de cadres pas si dépassés, remixés avec des transmissions plus actuelles.
    Les cadres et pièces ne sont pas neufs, c’est ça qui fait tout l’intérêt !

    • Merci Pierro … Effectivement, ce mélange ne dénature pas l’esprit du vélo. En ce qui concerne ce pista il n’était plus éligible d’un usage piste et finalement il s’avère être un routier parfait avec la fourche route qui lui a offert une « chasse » plus adaptée à sa nouvelle vie. Je suis ce que tu fais sur fb et Insta et je vois que nous avons la même quête 😉

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