Les vélos actuels sont de plus en plus performants, mais également de plus en plus complexes. Les transmissions électroniques font danser des chaînes toujours plus fines sur une multitude de pignons au gré du dénivelé des parcours. À l’opposé, certains cyclistes, adeptes d’une pratique minimaliste, s’évertuent à rouler sur des vélos mono pignon simplissimes. On connaît le pignon fixe, popularisé par les coursiers new-yorkais des années 90, on connaît moins le single speed, le cousin discret de ce fixie. À son propos, on dit souvent qu’il représente dans le vélo le pire des deux mondes, entre le pignon fixe et le « déraillé ». Qu’en est-il vraiment ?

Dans notre monde cycliste, sur-vitaminé par la technologie, on nous fait miroiter toujours plus. Cette promesse n’est pas sans fondement, le vélo a connu au fil du temps de réels progrès pour aider les cyclistes à rouler sur des parcours aux profils très variés. Le dérailleur a permis aux cyclistes de grimper les cols et d’atteindre sur le plat des vitesses impressionnantes. Cette évolution concerne en premier lieu les transmissions et nous avons vu se multiplier le nombre de pignons présents sur la cassette de la roue arrière.
Comme beaucoup de cyclistes inspirés par la mode du fixe, j’ai essayé de m’y mettre sur le tard en 2013. J’avais acheté d’occasion un vélo de piste construit dans les années 80 par l’artisan Bernard Carré. À l’époque, j’étais en région parisienne et très vite j’ai mesuré le danger de cette pratique en milieu urbain, malgré l’ajout d’un frein avant. J’ai assez rapidement monté une roue libre monovitesse pour sécuriser mes sorties parisiennes. Ces balades dans Paris, le week-end avec mon copain Pierre, ont été le point de départ de ma single mania. Dans cet article, j’ai voulu partager des témoignages recueillis auprès d’autres “félés” du genre, dans des pratiques très différentes : vélotaf, voyage en bikepacking, sorties du week-end, longue distance…
Fixie et single speed : évitez la confusion
Le single speed, c’est le “Canada Dry” du fixie…
Dans la famille monovitesse, il ne faut pas confondre le fixie et le single speed. Le single possède une roue libre, ce qui permet de ne plus pédaler et de laisser le vélo filer, sans avoir à tourner les jambes. Sur le fixie (pignon fixe), le pédalier tourne en permanence, entraîné par la chaîne reliée au pignon fixé sur la roue arrière. La pratique du single speed reste donc plus accessible et plus confortable pour la plupart des cyclistes. Celle du pignon fixe nécessite une expertise plus importante, pour piloter le vélo dans le trafic en ville et dans les descentes notamment.
Ceux qui pratiquent le pignon fixe se moquent gentiment du single, prétendant qu’il représente le pire des deux mondes. En effet, sur ce type de vélo, on ne bénéficie pas de l’inertie de la roue arrière, ce qui améliore le rendement dans les montées pour un fixie. Par rapport aux “déraillés”, le single sera désavantagé par le nombre de tours/minute qu’il faudra produire pour tenir une certaine vitesse sur le plat ou en descente.

Aux États-Unis, de nombreux cyclistes en bikepacking longue distance ont fait ce choix de la simplicité. Voir notre article sur Alexandera ici.
Le ratio
Le ratio, aussi appelé rapport de transmission, correspond à la relation entre le nombre de dents du plateau, divisé par le nombre de dents du pignon (arrière). Par exemple, pour 48 dents sur le plateau et 16 dents sur le pignon, le ratio est égal à 3,00. Ce qui signifie que la roue tourne trois fois pour chaque tour de pédalier. Plus le ratio sera élevé, plus il sera dur de pédaler : si je passe à 48×14, le ratio est de 3,43. Les montées seront plus difficiles, toutefois sur le plat on obtiendra plus de vitesse.





Le choix du ratio est donc stratégique en fonction du profil de vos terrains habituels. Pour un usage urbain et polyvalent, il se situera de 2,7 à 2,9. Pour un terrain plat et rapide, ce sera de 3,0 à 3,3. Pour des parcours vallonnés, il faudra choisir de 2,3 à 2,6. Ces chiffres sont indicatifs et peuvent varier selon les capacités sportives de chaque cycliste.
Pourquoi ont-ils choisi le minimalisme ?
Que s’est-il passé dans la tête de ces cyclistes qui ont choisi de rouler sur ces vélos sans dérailleur ? J’ai posé la question à quelques cyclistes qui, comme moi, ont découvert cette pratique singulière. “Ce n’est pas le pire des deux mondes, mais le meilleur…”, me dit Olivier Molines avec lequel j’ai fraternisé sur la Cezanne Cyclo Classic. Les cyclistes que j’ai interrogés dans ce podcast sont tous des pratiquants réguliers, qui ont une longue expérience cycliste. Ils possèdent d’ailleurs plusieurs vélos et quelques vélos “déraillés” : ne soyons pas sectaires.
Le podcast de ces cyclistes atteints de Single mania
Julien Sommier – Paris “J’ai toujours roulé sur mes vélos en pignon fixe brakeless, mais voilà, on vieillit et lorsque j’ai arrêté le fixe, j’ai mis une roue libre et des freins sur mes trois vélos de piste. J’ai un usage très urbain du single speed pour me déplacer. Je sors rarement du Grand Paris et ça me permet de me déplacer, d’être plus agile dans le trafic.”


Damien Goulaou – Rennes : “J’ai 43 ans et je fais du vélo depuis 40 ans. J’ai commencé par le VTT en 1992, j’ai pratiqué le vélotaf lorsque j’étais étudiant et je me suis mis à la route il y a une dizaine d’années. J’ai fait du voyage et du gravel et j’ai toujours fait parallèlement du single speed. J’ai cinq vélos dans mon garage et en single je roule sur mon ancien Sunn Vertik que j’ai complètement désossé pour en faire le vélo le plus léger possible. J’ai mis un plateau de 38 dents, une roue libre de 17 dents avec un tendeur de chaîne et il est devenu un single speed et je m’en sers en vélotaf ou pour mes déplacements en ville“.

Olivier Mansuy – Aix-en-Provence : “Moi c’est vraiment la simplicité du vélo en lui-même qui m’a attiré. Quand j’étais gamin, j’ai fait énormément de BMX. Je faisais 15 km pour aller sur un spot, je roulais toute la journée sur mon vélo mono pignon. En habitant Paris, ensuite j’ai eu un pignon fixe, c’était la mode. J’ai quand même fait mes débuts de voyage à vélo avec. En arrivant dans le sud de la France, je me suis monté un VTT single speed et un route en single également. Dans ma région on n’a pas de longs cols à grimper et avec ces vélos je passe partout.“


Pascal Paineau- région Touraine : “J’ai 56 ans et suis mordu du vélo dans tous les sens : gravel, route, VTT, fixe et single speed… le vélo, c’est une passion pour moi. Lors d’un Born to Ride organisé par Luc Royer, je me suis retrouvé avec Thierry Saint-Léger qui participait à l’épreuve en pignon fixe en 42×17. Je n’y connaissais rien à l’époque : j’étais impressionné. J’ai découvert à partir de ce moment-là, la simplicité de cette pratique dans laquelle on ne peine jamais : quand ça monte, on adapte sa cadence. Je fais des brevets de 200 km dans ma région. J’ai fait également une diagonale Brest-Strasbourg en pignon fixe. Sur ma roue arrière, j’ai en flip-flop un pignon fixe d’un côté et une roue libre de l’autre pour les zones urbaines ou les longues descentes.“

Cédric Denis – Lille : “J’ai 44 ans, je fais du vélo depuis mon plus jeune âge. Je n’ai plus de voiture et le vélo est mon seul moyen de transport. En 2015, alors que je cherchais un vélo pour le gravel, je suis tombé par hasard sur un Bombtrack Arise. Depuis, j’en ai eu 3 : un qu’on m’a volé et le dernier qui est l’évolution du premier. Je fais du vélotaf quotidien entre 8 et 25 km en aller et retour. Parfois je pars sur des 200 km avec sacoches avec ce même vélo.”

Olivier Molines – La Ciotat : “Je roule toujours avec mon Cinelli Tipo Pista que j’aime beaucoup, mais il me massacre sur les parcours longs… Le “pire des deux mondes”…. Ah non, je ne suis pas du tout d’accord ! Pour moi c’est le meilleur des deux mondes : le plaisir de forcer comme un âne dès que ça monte un peu (comme en pignon fixe) et le plaisir de profiter tranquillement du paysage en roue libre quand ça descend (comme à vélo avec vitesses). Le tout avec un système beau, simple et fiable, et qui ne coûte pas des millions. Pourquoi chercher autre chose ?“

Rémi Quinquin – Lille : “J’ai découvert le Single speed à VTT. À l’époque on roulait en 3×9 vitesses. En course, j’ai cassé plusieurs fois mon dérailleur que j’ai fini par trouver obsolète. Pour moi aujourd’hui c’est une aberration d’avoir un dérailleur. J’ai essayé les pignons Alfine et Rolhoff et le single speed inspiré par la tendance qui se faisait jour aux US du full acier et du single. Ça me plaisait de revenir à des choses essentielles et minimalistes. Je suis parti à Font Romeu avec mon single et je suis monté à 2200 m d’altitude en me disant que si je peux faire de la montagne avec, je peux tout faire. J’ai fait la Gravel Tro Breiz en Single speed. J’ai moins de douleurs et moins de difficultés avec ce type de vélo simple sur ces épreuves en bikepacking longue distance.“


Patrick Van Den Bossche – Aix-en-Provence : “À l’origine, en 2013, c’était pour faire “style” et me balader dans Paris. En 2016, arrivé à Aix, j’ai changé de guidon, mis 2 freins et j’ai commencé à faire des parcours route plus importants. Mon vélo pista, sans porte-bidon est devenu ponctuellement le compagnon de mes sorties solitaires, ma musette dans le dos avec un boyau de rechange et quelques outils. Je m’arrêtais aux fontaines pour boire. L’idée de me faire construire un vrai single pour la route avec 2 porte-bidons, des câbles cachés dans le cadre… m’est venue en 2019. C’est Sébastien Klein qui a construit ma machine pour laquelle j’avais choisi des équipements simples. Depuis, après plusieurs milliers de kilomètres, ce vélo m’emmène partout. Un Paris – Aix-en-Provence en étapes avec les copains pour les Bacchantes. Des BRM 200 et de nombreuses escalades dans ma région : montagne de Lure, Espigoulier, Luberon, Alpilles…”


Nos publications sur le Single speed
Voici quelques articles parus sur Bike Café qui pourront vous être utiles si vous voulez vous lancer dans le single speed.

La ligne de chaine
Soignez votre ligne de chaîne : dans cet article on vous explique l’importance de cette ligne de chaîne et comment la vérifier.

Choisir sa chaîne
La chaîne de vélo est un consommable. Lors du montage de votre fixie ou single speed, l’achat d’une chaîne neuve s’impose.
Le pas d’une chaîne de vélo est de 1/2″, mais il existe deux largeurs : 1/8″ (3.18 mm) et 3/32″ (2.3 mm).
La chaîne la plus large de 1/8″ ne fonctionne pas sur une roue libre multi-pignons, car les axes vont frotter sur les pignons adjacents.

Passer en “single” avec une ancienne roue libre Maillard
Passer votre vélo en “single speed” paraît simple a priori : on retire le dérailleur, on raccourcit la chaîne… Mais, aller vers le minimalisme n’est pas si facile que ça, car il faudra veiller à respecter un point fondamental si l’on veut éviter tout problème : la ligne de chaîne et le choix du bon pignon.
Vous pouvez également retrouver tous nos articles sur le Fixie <ICI>


