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Le nouveau Hutchinson Touareg en action

En avril dernier, la marque française dévoilait ses nouvelles ambitions avec le Hutchinson Touareg Race.
Comme je vous le présentais lors de l’annonce officielle issue du communiqué de presse (article ici), la promesse est forte. Le fabricant français annonce un gain de rendement de 35 % par rapport à la version historique.

Le Touareg Race se dit 35 % plus performant que l’ancienne version – photo Hutchinson

Sur le papier, le message est clair. Il s’agit d’associer la polyvalence reconnue de ce modèle à l’efficacité redoutable d’un pneu taillé pour la compétition. Il était temps de dépasser les promesses marketing pour confronter la théorie à la réalité du terrain. J’ai donc décidé de mettre à l’épreuve la version la plus volumineuse, à savoir le 50 millimètres.

Au programme de ce test sans concession : mon trajet quotidien vélotaf de 43 kilomètres sur route, suivi du redoutable Gravelman Annecy et ses 340 kilomètres de chemins alpins.
À la lumière de ce grand écart, une question s’impose : ce pneu peut-il toujours être le bon compromis entre le trajet quotidien et la grande aventure ?

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Unboxing

Le packaging est pour le moins minimaliste et sans emballage superflu. Néanmoins, Hutchinson annonce un poids de 630 grammes et les deux pneus sont mesurés à 650 et 656 grammes, soit 3,6 % de plus.

Le paradoxe de l’asphalte

Monter des pneus de 50 millimètres de section pour rouler sur l’asphalte peut sembler totalement contre-intuitif quand on cherche la vitesse. Sur le papier, on s’attend à traîner une masse d’air et de gomme pénalisante. Pourtant, la surprise est immédiate dès les premiers coups de pédale. Sur mon trajet quotidien de 43 kilomètres, le pneu efface tous les a priori avec une fluidité de roulement assez bluffante.

Ce résultat peut surprendre, mais il repose sur des bases physiques très concrètes. Les tests sur banc, comme les essais sur le terrain, le confirment. À profil égal, un pneu de plus grande section offre une résistance au roulement plus faible qu’un pneu étroit.

1er tour de roue avec mon Canyon Grizl équipé des Hutchinson Touareg Race 50 mm – photo Yann Brasseur

La raison tient à la mécanique de la déformation. À pression identique et sous une charge donnée, un pneu large et un pneu fin partagent exactement la même surface de contact au sol. En revanche, la géométrie de cette empreinte diffère totalement. Sur un pneu fin, l’empreinte est longue et étroite. Cela oblige la structure à subir une importante déformation sur sa circonférence. Sur un pneu de 50 millimètres, cette empreinte devient courte et large, nécessitant beaucoup moins de déformation longitudinale pour supporter la même masse.

À chaque tour de roue, le pneu se déforme puis se redresse. Ce processus dissipe de l’énergie sous forme de chaleur, c’est ce que l’on nomme la perte par hystérésis. En limitant la profondeur de cette déformation, la grande section gaspille moins d’énergie et roule plus vite à pression identique.
C’est ici qu’intervient le savoir-faire de Hutchinson avec le Touareg Race. Pour optimiser cette mécanique, la marque s’appuie sur la carcasse SwiftEasy. Cette construction spécifique permet d’articuler les différentes couches internes du pneu avec un maillage haute densité de 127 TPI, sans ajouter la moindre rigidité parasite sur les flancs et la bande de roulement.

Coeur du réacteur, la nouvelle gomme Mach Tread 3.0 – photo Hutchinson

Associée au nouveau composé Mach Tread 3.0, la carcasse SwiftEasy offre une souplesse exceptionnelle. Le pneu épouse les micro-aspérités du bitume sans rebondir. Le roulement devient feutré, totalement silencieux. La relance reste étonnamment dynamique pour une section si généreuse. C’est un atout précieux pour économiser ses forces sur les portions de liaison avant d’attaquer les sentiers.

Le juge de paix : Gravelman Annecy

L’ultra-distance en milieu montagnard constitue un test impitoyable pour le matériel. Sur le tracé extrêmement exigeant du Gravelman Annecy, cumulant 340 kilomètres de chemins alpins, le choix du pneumatique devient hautement stratégique. C’est précisément sur ce terrain hostile que la version 50 millimètres du Hutchinson Touareg Race dévoile tous ses atouts.

« balles neuves », 2 minutes avant le départ des 340 km – photo Louis Mollard

Le premier avantage d’une telle section réside dans son volume d’air supérieur. En gravel, le vélo est généralement dépourvu de suspension. Le pneu reste donc notre seul véritable amortisseur face aux reliefs du terrain. Rouler avec le Hutchinson Touareg Race en 50 millimètres agit presque comme si l’on augmentait le débattement d’une fourche. Le vélo se pose sur le sol, gomme les aspérités et absorbe les successions de cailloux.

1000 m de dénivelé vers le Col du Chérel – photo Yann Brasseur

Au final, on ressent nettement moins les vibrations. Cette capacité de filtration du Touareg Race retarde considérablement l’apparition de la fatigue physique. Le confort n’est pas une simple notion d’agrément pour mieux profiter du paysage. C’est un véritable facteur de performance en ultra-distance, car il permet de rouler plus vite et plus longtemps en économisant son corps.

Rien de mieux qu’un pneu mixte pour un mixte de gravel ! – photo Yann Brasseur

Dynamisme et grip

À dessin égal, un pneu de plus forte section possède une plus grande capacité à se déformer pour englober les obstacles et s’agripper à eux. À l’arrière, cela se traduit par une motricité décuplée. La puissance de pédalage passe parfaitement au sol, même sur des pentes rocailleuses ou fuyantes. Les distances de freinage s’en trouvent également très réduites, offrant un contrôle sécurisant quand le dénivelé s’inverse.

Le grip des pneus a été mis à rude épreuve – photo Yann Brasseur

À l’avant, la zone de contact élargie procure un maintien latéral impressionnant. Sur des chemins lisses et durs, la différence est subtile. Mais, dès que la piste se couvre de poussière ou de gravillons traîtres en plein virage, la confiance apportée par le volume du Touareg Race est immédiate. Ses hauts crampons latéraux caractéristiques s’ancrent fermement, évitant au vélo de décrocher brutalement.

En mode « champagne gravel », le Touareg relance sans peine – photo Yann Brasseur

Rouler détendu

C’est sans doute le bénéfice le plus marquant ressenti tout au long de ce test. Avec des pneus de petite section, on a souvent l’impression de percuter les obstacles, ce qui oblige à se méfier de chaque trou ou racine.

La monte Touareg m’a permis de gagner en serénité tout au long de l’aventure – photo Yann Brasseur

Grâce au ballon généreux du Hutchinson Touareg Race, on peut y aller de manière beaucoup plus franche. Le risque d’être arrêté net par une pierre et de voler par-dessus le guidon disparaît presque totalement. Ce sentiment de sécurité grimpe en flèche. Piloter détendu et en confiance permet de s’économiser nerveusement, de profiter de l’aventure et de rester performant quand la fatigue altère la lucidité du cycliste.

« détendu, confiance, lucidité »… au milieu de la nuit – photo Yann Brasseur

Enfin, ce grand volume d’air offre un ultime filet de sécurité. Il limite drastiquement le risque de venir taper la jante sur un choc violent. Une protection naturelle contre les crevaisons par pincement, qui nous amène directement à aborder la question cruciale de la robustesse face aux éléments.

La fiabilité face à l’ultra

S’élancer pour plus de 300 kilomètres en milieu montagnard suscite toujours quelques appréhensions. La crainte de voir son aventure stoppée par une crevaison par pincement reste bien présente. Sans la protection GridSkin, la déclinaison Race pure du Touareg était particulièrement attendue au tournant sur ces pistes alpines.

La fiabilité au sens propre à 3 h du matin à l’approche du Grand Colombier – photo Yann Brasseur

Pour optimiser ma fiabilité, j’ai logiquement privilégié un montage tubeless. Chaque roue a reçu 110 millilitres de liquide préventif Muc-Off VTT. Ce dosage généreux devient indispensable afin de colmater instantanément la moindre perforation sur des tracés rocailleux.

La déformation au service de la filtration

En sélectionnant l’édition Race classique, on profite d’un maillage interne de 127 TPI poussé à son paroxysme. L’absence de couche additionnelle préserve l’incroyable finesse du toucher de terrain. Sur les pierres fuyantes du Gravelman Annecy, cette capacité d’élasticité se transforme en une protection inattendue.

Des obstacles, du relief, les Touareg n’ont pas été épargnés ! photo Yann Brasseur

Au lieu d’opposer une résistance brutale face aux obstacles, la structure englobe le relief. Malgré d’innombrables franchissements cassants, je n’ai constaté aucune entaille. L’assemblage SwiftEasy démontre qu’une gomme taillée pour la performance sait se montrer vaillante contre les éléments.

Pression idéale ?

Afin d’exploiter ce confort sans risquer d’abîmer les jantes lors d’impacts sévères, le volume d’air doit être minutieusement jaugé. Le ballon généreux de 50 millimètres offre une latitude de réglage capable de transfigurer la machine.

Chacun a sa pression idéale en fonction du poids, du terrain, de la stratégie – photo Yann Brasseur

Le matin du départ, j’ai opté pour 1,8 bar à l’avant et 1,9 bar à l’arrière. J’ai délibérément ajouté 0,1 bar à mes habitudes afin de m’adapter aux exigences de ce défi. Cette légère hausse ciblait deux objectifs majeurs. Premièrement, garantir un rendement optimal sur l’asphalte, qui constituait 45 % de l’itinéraire. Deuxièmement, soutenir la masse additionnelle engendrée par la bagagerie. Tout ça en tenant compte de mon poids ainsi que de celui du vélo, bidons remplis. Cette stratégie a été payante et je n’ai constaté aucune perte de pression tout au long des 29 heures de l’épreuve.

Le verdict du test : le grand écart validé

Au terme de ces essais intensifs entre trajet routier quotidien et ultra-distance alpine, le Hutchinson Touareg Race en 50 millimètres apporte une réponse claire. Oui, ce pneu réussit brillamment à faire le pont entre les trajets de la semaine et la grande aventure.

Sur l’asphalte, sa fluidité de roulement efface immédiatement les préjugés liés aux gros volumes. On ne ressent jamais la lourdeur d’un large ballon. La carcasse SwiftEasy associée à la gomme Mach Tread 3.0 conserve une excellente dynamique de relance et économise l’énergie du cycliste.

Sur les sentiers exigeants du Gravelman Annecy (ci-contre), la section de 50 millimètres se transforme en un précieux alliage de confort et de sécurité. Elle offre un amortissement naturel remarquable, une motricité franche à l’arrière (tant que ce n’est pas détrempé) et un guidage précis en virage. La résistance de cette version Race prouve qu’une structure souple sait parfaitement encaisser les chocs répétés.

Ce pneu s’adresse directement aux pratiquants qui refusent le compromis. C’est une monte idéale pour rouler vite sur le bitume au quotidien et s’évader le week-end sur des parcours cassants, le tout sans jamais avoir à changer de matériel. Hutchinson, avec le lancement du Touareg Race, appuie une nouvelle fois sur les montes différenciées en proposant dans sa gamme le Caracal semi-slick et le Tundra cramponné. J’ai eu l’habitude avec les anciennes versions de mettre un Tundra à l’avant avec un Touareg derrière l’hiver. J’essaierais bien le Caracal à l’arrière et un Touareg devant cet automne… Mais toujours en 50 mm !

Prix conseillé du Hutchinson Touareg Race (modèle testé) : 52 €
Site fabricant : Hutchinson Touareg Race

Et vous, quelle largeur de pneu privilégiez-vous pour vos épreuves d’ultra-distance ou votre vélotaf ? Préférez-vous la nervosité des sections plus étroites ou l’amortissement d’un gros volume ? N’hésitez pas à partager vos retours et vos astuces de pression dans les commentaires.

Yann Brasseur
Yann Brasseur
Yann, véritable « ch'ti », a toujours ressenti le besoin de s’évader au guidon de son vélo. Catapulté en 2006 en région PACA, il découvre les épreuves d’endurance à vélo en 2022 avec l’achat d’un premier gravel. Depuis, il n’a de cesse de vouloir améliorer son set-up pour que celui-ci soit le plus léger, efficace et confortable possible. Peu à peu, il allonge les distances pour aborder sereinement des aventures bikepacking de 500km. Son « credo » : éviter l’asphalte ! Toujours à l’affût des nouveautés, il se passionne pour les pneumatiques, les sacoches, les tenues techniques, l’alimentation et sa trousse à outils. Adepte du vélotaf, ses 200 km par semaine entre Cannes et Monaco développent son endurance et permettent de peaufiner ses réglages.

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