Après vous avoir proposé le récit de la version « rando », nous vous proposons le récit de Laurent, immergé dans le peloton de la version « compet » de cette Gravel Roc.

« À défaut d’avoir pu participer à la première édition en 2016, je ne pouvais pas cette fois me trouver d’excuses pour ne pas me rendre à l’événement Gravel du Roc d’Azur 2017. Courant l’été, je réserve donc déjà mon dossard pour la Gravel Roc Race … » nous explique Laurent qui poursuit par le récit de sa course …

Deux jours plus tôt, le jeudi après-midi, je participe au sein d’une équipe de mon entreprise à la rando « Roc Altitude ». C’est une chance pour moi car cela va me permettre de reconnaître les zones de départs et d’arrivées et quelques cols identiques à la course Gravel deux jours plus tard.

Jour J ! … J’arrive une heure avant le départ pour m’échauffer un peu, ce qui ne sera pas un luxe vu la température de ce matin-là, d’environ 11°C avec un vent modéré mais bien présent … Avoir voulu m’échauffer le plus longtemps possible a une conséquence directe : je me retrouve en fin de grille lorsque je décide enfin de rejoindre le départ, vingt minutes avant l’heure fatidique. Aucunes envies de me frayer un passage, j’attends donc le départ au fond et au centre de cette grille. L’ambiance est cordiale mais pas de doute, on est bien sur une course, avec, selon le speaker, pas moins de 190 participants. Je vous passe les détails de ses interventions au micro pour mettre l’ambiance, qui auront plus ou moins de succès auprès des participants.
Le départ est donné et déjà la première ligne s’envole alors que je suis encore immobile 20 mètres derrière. J’arrive malgré tout à me faufiler dans un passage afin de pouvoir regagner une meilleure place après un départ que je savais déjà très mauvais. Sur les courbes rapides en herbes, à environ 35 km/h, cela secoue et beaucoup devant moi perdent des bidons. Les miens seront heureusement plus fidèles.

Les premiers kilomètres sont très roulants et il faut emmener de gros braquets pour ne pas décrocher. Enfin, on arrive à la côte du camping, qui traverse celui-ci. Dans cette courte mais raide ascension, je vais pouvoir gagner une quinzaine de places. L’ascension de la Fournel sera discriminante pour bien d’entre nous … Plus à l’aise dans les forts pourcentages que dans le roulant, je gagne à nouveau des places pour me retrouver au sein d’un groupe d’un niveau homogène et qui correspond à mon rythme.

Fournel
photo Sportograph

Après avoir un peu récupéré, je mets un peu plus de pression pour faire exploser ce groupe et y parvient en partie, quand nous abordons un secteur bitumé plat, avec un léger vent de face. Grosse erreur tactique de ma part d’avoir lancé cette attaque avant ce secteur, car je me retrouve 200 mètres devant eux et à environ la même distance d’un groupe que j’ai en ligne de mire. Sur « la plaque », je ne parviens pas malgré mes efforts à revenir sur eux. Pire, le précédent, désormais organisé, revient vite sur moi.

photo Sportograph
photo Sportograph

Je décide de me laisser absorber et prends la roue du dernier. Je souffle enfin à l’abri durant environ 30 secondes. Je m’aperçois que mon entraînement n’est pas si mal, car je récupéré très vite à l’abri de ce groupe de 5 ou 6 coureurs. J’aperçois la fin balisée de cette portion route qui bifurque sur un sentier sur la droite. Je décide de réattaquer avant celui-ci pour ne pas rester coincé derrière ce groupe. Bonne décision, je vire en tête dans ce single technique. La suite est beaucoup plus engagée avec un sol aux cailloux saillants, bien loin du gravier … Beaucoup de crevaisons ont lieu. Dire que j’avais hésité à mettre des pneus en 30 pour espérer « filler » sur de belles pistes roulantes, je ne regrette absolument pas mon choix des Hutchinson Overide en 38, montés en tubeless. Je ne crèverai pas sur ce parcours, ce qui je pense, est déjà une performance en soi au Roc d’Azur.

Le rythme est élevé et mon précédent groupe a bel et bien explosé, certains de ses éléments étant désormais à mes basques… Un mauvais passage de vitesse en relance après une épingle me fait perdre deux places, que j’aurais bien du mal à reprendre. Chacun vend chèrement sa place, mais toujours dans un respect mutuel. Je n’ai vu aucune attitude dangereuse entre les concurrents.

Je m’aperçois que nous sommes déjà au deuxième ravitaillement, où je décide à nouveau de ne pas m’arrêter, mes réserves liquides et solides étant encore à un niveau acceptable. La moitié du parcours est maintenant derrière moi. Un étroit col bitumé et sinueux creuse les écarts, qui semblent désormais figés. Je suis avec un Suisse qui ne veut pas prendre de relais, m’expliquant que ce n’est pas de la paresse mais de la préservation. Je n’insiste pas et j’essaie d’avaler correctement ce col.
Après une descente rapide, sur une piste large mais technique, nous abordons un passage en montée: un single qui nous oblige à mettre pieds à terre.

Descente
photo Sportograph

Je ne regrette d’ailleurs pas d’avoir revissé sur mes chaussures VTT les deux crampons métalliques à l’avant. Finalement, cet étroit single avec des marches ne sera pas du goût du coureur suisse que je distance définitivement.
Désormais seul, je croise des descendeurs d’épreuves VTT et e-bikes pendant que je monte une piste assez cassante. Pas vraiment dangereux mais curieux tout de même …

Une nouvelle ascension sur bitume se présente, avec un pourcentage relativement faible qui permet d’évoluer au-delà des 20 km/h. Mes réserves d’eau sont épuisées, et le troisième ravitaillement ne se profile toujours pas … Je rattrape un e-bike sans dossard et lui demande si il sait où se trouve le prochain ravitaillement. Il l’ignore, mais très sympathique il me propose de me déshydrater en me tendant son bidon.
Il s’ensuit des pistes roulantes mais avec de nombreuses pierres acérées. Je rattrape de nombreux coureurs en VTT, probablement de la troisième étape du Roc Trophy. Le troisième ravitaillement se profile enfin et un arrêt est obligatoire même si mon compteur affiche déjà environ 45 kilomètres. Le personnel, dévoué et efficace, remplit rapidement un de mes bidons, pendant que je descends rapidement 2 verres de boissons isotonique. Je repars promptement en remerciant mes sauveurs.

Une belle piste nous emmène sur un secteur bitumé sinueux et en descente. Très rapide, cela rafraichit bien et m’emmène directement sur le début de la célèbre ascension du col du Bougnon, en même temps que certains concurrents du Roc d’Azur Junior. Le public est bien présent et le fait savoir, ce qui aide bien pour franchir ce passage où les 20% sont atteint. Je passe en force malgré ma transmission « tout à gauche ».
Peu après, je descends rapidement sur Fréjus et emprunte le passage d’une rivière asséchée, avant d’être orienté vers la voie publique pour environ 3 kilomètres sur la départementale. Ambiance « contre la montre » car je me doute que l’arrivée est proche, la distance annoncée étant bel et bien dépassée.

Sentier-des-douaniers
Les juniors ne passent pas vraiment mieux sur les marches … photo Sportograph

Finalement, il faudra puiser encore dans mes réserves sur la plage, au milieu des juniors du XC. Ils ne lâchent rien, moi non plus, voulant peut-être prouver que même sur ce terrain meuble, un Gravel n’est pas ridicule … Le superbe sentier des douaniers ne me contredit pas, et les juniors ne passent pas vraiment mieux sur les marches et les courts passages avec portages. Je ne les quitterai plus.

La-plage
Un coureur Gravel est rattrapé sur la plage à l’occasion d’un passage sur un pont. – photo Sportograph

Les derniers kilomètres avant la base nature, sur une très rapide voie cyclable sont pour moi un avantage face à eux, qui en profitent logiquement en se calant derrière moi. J’emmène ce petit train de coureur jusqu’à la base nature, manquant de peu une grosse chute sur une barrière lors de virages serrés avant le pont en bois et la « pelouse finale ». Un duo de coureurs Gravel est devant moi mais il est trop tard pour moi d’espérer un sprint avec eux.

L'arrivée
photo Sportograph

Je franchi la ligne avec un temps affiché de 3 h 06. Un dialogue avec le duo devant moi m’apprend que nous sommes dans les 50 premiers. Ce classement sera confirmé, je suis en 45ème position.
Je suis d’une part satisfait, étant novice sur le Roc d’Azur, et également de ne pas avoir eu de soucis de crevaisons ou de casses matériel. Et d’une part déçu par mon départ et la première partie de la course qui a suivi, que je n’ai pas bien géré tactiquement.

D’un point de vue technique, je suis très satisfait de mon montage tubeless avec ces Hutchinson Overide en 38. Une section que je juge minimale sur le Roc d’Azur.
Mon GT Grade en Alu et équipé en 105 (50×34 et cassette en 11-32) s’est une fois de plus montré à la hauteur. Un plus petit développement aurait été nécessaire au col du Bougnon. Peut-être qu’un montage en mono est plus efficace ? Je n’en suis pas convaincu non plus car certains passages routiers étaient très rapides, et la « plaque » nécessaire dans ces cas.
Je vais conclure ma modeste course en commentant ce tracé, qui fait déjà beaucoup parler sur les réseaux sociaux. Je vais être honnête : ce n’était pas que du Gravel. En tout cas, pas dans les termes d’une course Gravel aux USA. Mais pour autant, j’ai beaucoup aimé ce concept, ce mix entre belles pistes gravels, singles techniques, portage, sable sur la plage et secteurs routiers variés pour un parcours finalement de 68 km et 1400 m de D+.

Pour espérer briller sur ce parcours il fallait être un coureur très complet. Je vous laisse étudier le palmarès époustouflant des premiers qui confirme l’attrait et le potentiel à venir des prochaines courses Gravel, finalement très rares en France, en comparaison avec l’effervescence légitime des randos.

J’espère avoir pu vous faire vivre cette course de l’intérieur, vu par un coureur au milieu de tant d’autres…

   

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