L’avantage du vélo, face à nos autres modes de déplacements, est qu’il est un véritable instrument d’indépendance et de liberté. Parmi tous les types de vélos que l’on connaît, c’est sans doute le Gravel qui nous donne le plus le goût de l’aventure en nous entraînant à la découverte de nouveaux territoires. Sa polyvalence nous conduit instinctivement sur des chemins auxquels nous n’aurions pas pensé. Nous avons récemment découvert la randonnée Gravel entre Arles et Marseille, imaginée par Dan de Rosilles avec la complicité de Matthieu Lifschitz, qui illustre parfaitement cela. Nous sommes allés à la rencontre de ces pionniers que nous avons rencontré quelque part, au milieu de leur périple, sur un chemin du côté de Roquefavour.

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Le visuel créé par Matthieu (Manivelle.cc)

ARL – MRS … prends ton billet pour l’aventure

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Arles Marseille en Gravel – affichage de la trace sur Openrunner

La notion de voyage est forte dans cette randonnée Gravel entre Arles et Marseille sur 150 km de chemins et de route. Pour les marseillais, elle commence à Saint Charles, dans le TER qui les emmènera à Arles. Sur le quai de la gare arlésienne, un autre groupe de cyclistes les attend. Ils vont partir ensemble, et cette fois tous à vélo, en direction de la ville phocéenne. Le challenge pour les arlésiens sera d’atteindre la gare marseillaise avant le dernier train de la journée pour rentrer chez eux.

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Dan de Rosilles « Avec Arles gravel, on cherche chaque année à créer de nouveaux événements … » – photo BC

Dan de Rosilles est l’instigateur de ce « road movie » version Gravel. On est loin d’Easy Rider et cette mise en scène, imaginée par Dan, est moins pétaradante mais quand même aventureuse et engagée dans des décors parfois étranges. « Avec Arles gravel, on cherche chaque année à créer de nouveaux événements. L’an passé avec Eric Varo-Bonfils nous avions fait le tour de l’étang de Berre qui nous avait fait découvrir une mosaïque de paysages à la fois sauvages et industriels qui m’avaient inspirés. Je souhaitais également faire quelque chose avec Boomerang le club de Matthieu avec qui j’avais fait quelques sorties sur Marseille et un sujet pour le magazine 200 dans la plaine de la Crau« , explique Dan. Très inspiré par ces lieux qui s’imbriquent, Dan imagine une histoire de parcours entre sa ville : Arles et celle de Matthieu : Marseille …

La notion de « retour » en train pour les arlésiens et en vélo pour les marseillais, colle bien avec le nom du club de Matthieu : « Boomerang ». Dans un premier temps Matthieu, très pris par la préparation de la TCR, ne réagit pas sur le projet et finalement tout s’accélère à la dernière rentrée des vacances. « Je savais tracer un parcours jusqu’à Miramas et je savais que Matthieu connaissait bien la partie entre Septèmes et Vitrolles mais, entre ces deux secteurs, il restait des inconnus. On s’est appuyé sur un réseau de correspondants qui nous ont aidé à mettre au point le parcours. L’intérêt pour moi dans ce projet était de s’ouvrir justement à ce réseau, de toucher les marseillais et de proposer à un autre type de public plus engagé un événement plus extrême que les sorties gravel traditionnelles organisées par Arles gravel« , précise Dan soucieux de faire connaître son territoire.

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photo BC

Dans ce genre d’événements cyclistes le bonheur est dans la trace pour ceux qui la préparent. Matthieu teste depuis plus de deux ans de nouveaux vélos de type randonneuse / gravel. Par conséquent il connaît très bien les chemins du Massif de l’Étoile qui dominent Marseille et ses virées l’emmènent souvent jusqu’à Vitrolles. Dan, de son côté, connaît sur le bout de ses roues les parcours possibles dans la Crau et la suite jusqu’à Miramas. Restait aux deux compères à unir leurs traces pour imaginer ce fameux ARL – MRS. « Nous avions deux options pour ce parcours, qui comprenait en son centre l’étang de Berre qu’il fallait bien sûr contourner. Est-ce qu’on passe par le nord ou par le sud ? … Matthieu opte pour le tracé nord, écartant d’emblée le passage bord de mer. À partir de là, on a fait ensemble les repérages par tronçons, mais jamais d’un seul coup … Le premier tronçon que nous avons fait ensemble a été un Miramas – Marseille, c’était en septembre et les pistes étaient encore fermées à cause des risques d’incendies …« , précise Dan.

La poésie de la trace

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photp BC

Tracer un parcours gravel relève de la poésie. Sur un fond de top 25, on commence à ressentir les émotions que l’on vivra, lorsqu’on roulera réellement sur telle ou telle partie. On essaie de trouver un rythme, qui sera entre la rime et la prose ou si vous préférez entre la route et le chemin. Le nom des lieux que l’on découvre, donne le ton lyrique de la trace …  La Dynamite, les Coussouls, Miramas, Roquefavour, la Mérindole, le Jas des vaches, la fontaine de Rognac, le ravin de l’Infernet, Plan de campagne, le vallon de la Barre de fer, le bassin du Vallon Dol, Saint Mitre, Saint Jérôme et Saint Charles … Cette poésie, version originale, est dans un premier temps « construite » (par notre GPS), il faut aller ensuite la « déclamer » lors de repérages sur le terrain. C’est souvent là qu’on se confronte aux impossibilités : la trame de la carte ne dit pas tout. On trouve des passages fermés par des grillages, des interdictions, des franchissements impossibles, des parties inintéressantes, … C’est après avoir vérifié sur place et fait quelques « retouches » sur notre notre trace que la poésie finale pourra être vécue par le groupe le jour J.

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Sur ce parcours, que nous voulions Gravel, il y avait quelques points noirs – photo Dan de Rosilles

147 km d’imagination, à la sauce Gravel, créent forcément des moments particuliers … »Sur ce parcours, que nous voulions Gravel, il y avait quelques points noirs et notamment un tronçon route de 5 km impossible à éviter. La trace était contrainte par la présence d’un camp militaire et d’une piste privée pour des essais automobiles … rien à faire. Finalement, cette partie que l’on appréhendait avec sa piste cyclable, a été un moment de joie et de folie pour les participants qu’ils l’ont effacée à plus de 40 de moyenne. Pareil du côté de Velaux où l’on avait une partie plus VTT … ils sont tous passés sans problème. Ce fut le cas également pour les 800 m de la D9 où l’on a dû rouler sur la bande d’arrêt d’urgence … » explique Dan.

ROQ – SEP … un petit bout avec eux

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Malgré les 95 km déjà effectués, ils avaient tous la banane – photo BC

Ne me sentant pas de niveau pour une telle équipée, mon idée était de vivre partiellement cette aventure dont j’avais suivi de loin la préparation en collaborant modestement à une partie de la reco. C’est en compagnie de Sébastien, l’homme qui collectionne les « cols mythiques en Gravel », que nous avons convergé entre Velaux et Roquefavour pour « monter en marche » dans ce « Gravel trip » lancé à vive allure. Nous avons trouvé le petit groupe un instant arrêté sur la piste pour attendre quelques retardataires. Malgré les 95 km qu’ils avaient déjà effectués, ils avaient tous la banane et une sacrée pêche. Nous sommes repartis avec eux, avec dans l’idée d’atteindre Marseille et de rentrer par le train.

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photo BC

J’ai découvert un peu plus le fameux plateau du Grand Arbois où je courais il y a 3 ans. Les panoramas magnifiques qui offrent une vue incroyable sur l’étang de Berre et la barre du Jaï au-dessus de Rognac.

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photo BC

L’incendie au-dessus de Vitrolles a ravagé cet été le plateau, qui a pris par endroits des airs de désert. C’est triste à dire, mais cette zone brûlée a de la gueule … La noirceur de ses troncs souligne la dureté des roches qui ressortent de terre après la destruction du tapis végétal. Inconscience des hommes, puissance des éléments, … tout cela sera bientôt oublié car la nature reprend vie et on la voit déjà par endroit renaître.

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La fameuse D9 : une frontière à franchir pour atteindre l’Étoile – photo BC

Nous effectuons la remontée de la fameuse D9, installée comme une frontière que l’on devra franchir pour atteindre l’Étoile que l’on aperçoit au loin. L’obstacle passe facile et nous voilà propulsés dans un décor rougeâtre des terres abandonnées là par l’homme et l’industrie du traitement de la bauxite.

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Le décor rougeâtre des terres rouges abandonnées là par l’homme – photo BC

Nous allons alors découvrir l’exotisme des passages entre les zones commerciales et urbanisées et les petits chemins inventés par Matthieu qui nous transportent dans des univers que l’on ne peut imaginer autrement qu’en Gravel. Qui pourrait, en vélo classique, passer par là ? Finalement après avoir découvert l’incroyable vallon de la Barre de Fer on décide avec Sébastien de rentrer.

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Nous sommes au-dessus de Marseille à la hauteur de la Déchetterie, encore un lieu insolite de ce parcours composite. Nous quittons la petite bande qui va dévaler jusqu’à Saint-Charles pour partager une bière bien méritée. Sébastien m’accompagne jusqu’à la gare de Septèmes où je prends au vol un TER qui me ramène à Aix … Voilà j’ai fait le ROQ – SEP modeste tronçon de ARL – MRS mais qui m’a enchanté et me donne envie de prendre un billet complet pour la prochaine.

ROQ – SEP en vidéo

Quelques photos

Suivre Arles – Gravel : l’article de Dan à lire

et Boomerang.cc sur Strava : https://www.strava.com/clubs/boomerang

   

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