Est-ce que je vais pouvoir transformer l’essai de ce plateau ovale que je viens de placer entre mes 2 jambes ? … C’est la question du moment. Dans les années 70-80 je lisais avec un grand intérêt les articles de Claude Genzling dans le magazine Le Cycle. Ce polytechnicien, un peu artiste, était devenu en quelques années un « spécialiste » du vélo reconnu. Il a notamment travaillé avec succès sur la position à vélo de Bernard Hinault en lui faisant reculer sa selle de 1,5 cm. Ce grand monsieur du vélo était également un fervent supporter du plateau ovale inventé par Edmond Polchlopek et commercialisé en 1978. Sa forme ovoïde a été développée intuitivement par ce génial inventeur et aujourd’hui on constate qu’elle est assez proche des formes de certains produits conçus par les ingénieurs actuels qui disposent d’outils de modélisation modernes.

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photo publiée par willylee sur le Forum Vélo Rétro Course

Malgré la démonstration de l’intérêt de ce plateau, dûment validé par Claude Genzling en compétition à l’époque, cette innovation n’a pas convaincu l’industrie du cycle ni les coureurs pros. La tentative d’un plateau ovoïde Biopace imaginé par Shimano a été un échec et une étude a même constaté une  diminution de la puissance produite de l’ordre de 0,2 % par rapport à un plateau traditionnel.

Depuis que Wiggins et Froome ont utilisé avec succès en compétition des plateaux O’symetric, le serpent de mer du plateau ovale refait surface et les fabricants sont nombreux à nous en proposer : l’ukrainien Garbaruk, l’espagnol Rotor, le britannique Absolute Black, les français O’symetric et Ogival, …

Le cycle de pédalage

Pour comprendre l’intérêt d’un plateau ovale il faut décortiquer le cycle de pédalage en partant d’un plateau rond.

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La première phase de 45° à 135° correspond à la phase de poussée. C’est lors de cette phase qu’il y a la plus grande production de puissance mécanique. C’est une phase d’extension du membre inférieur.

La seconde phase comprise entre 135° et 225° correspond au point mort bas ou aussi appelé la phase de transition basse. La force produite est assez faible. C’est la transition entre la phase d’extension et de flexion du membre inférieur.

La troisième phase entre 225° et 315° est la phase de remontée. Le cycliste peut avoir deux attitudes, soit la remontée est active (accompagnement grâce aux cales) soit elle est passive. Une remontée passive demandera plus d’effort au membre qui est en phase de poussée.

La dernière phase entre 315° et 45° est la phase de transition haute (point mort haut). C’est le passage de la flexion à l’extension du membre inférieur.

Un plateau ovale pourquoi ?

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Transformer l’idée en concept et en réalisation … entre les deux « poteaux » d’un cycliste ou entre les poteaux de ce terrain de rugby. photo Bike Café

Il y a ovale et ovale … Pour O’symetric d’ailleurs on ne dira pas ovale mais « double came » car sa forme n’est pas ovoïde.

La forme particulière de ces plateaux a pour but de raccourcir le bras de levier aux points hauts et bas, permettant un passage plus rapide de ces points morts et augmentant le bras de levier dans la phase de puissance de la jambe du cycliste. Le résultat donne un braquet plus grand lorsque les muscles délivrent leur meilleure efficacité et un braquet plus petit lorsque l’énergie produite est plus faible.

Les solutions proposées présentent quelques nuances qu’il faut connaître. Il y a des formes très ovales comme celle du modèle SAS Oval qui pour le coup ressemble à un vrai ballon de rugby … Des projets abandonnés, le plus remarquable étant l’ovoïde « Biopace » de Shimano dont l’ovale était curieusement orienté avec son plus grand rayon, dans l’axe de la manivelle. Il y a le Rotor réglable qui bénéficie d’un marketing travaillé.

Convaincu par le principe restait à essayer ces plateaux mais cette fois dans un contexte Gravel et mono plateau qui va cibler un usage à la fois route et chemins.

Absolute Black

Le montage est simple en direct mount. Dépose du pédalier, démontage du plateau et de ses trois vis torx. La simplicité du mono plateau Sram est appréciable. Le look du plateau est sympa et dénote des étoiles traditionnelles … L’originalité commence par le choix d’une anodisation de couleur qui permet de personnaliser le vélo. L’ovale est discret et largement moins affirmé que SAS Oval ou O’symétric.

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On note au passage un gain de poids de 40 grammes par rapport au montage d’origine.

Voici dans sa version « direct mount » le plateau Absolute Black

Caractéristiques

  • Usinage CNC Aluminium 7075 – Finition par anodisation de type II
  • Tailles et poids : 36T (89 g), 38T (94 g), 40T (104 g), 42T (111 g), 44T (112 g), 46T (123 g), 48T (125 g)
  • Compatible : SRAM Force 22, Force 1, CX1, Rival 22, Rival 1, S900. Modèles GXP et BB30. Convient également aux modèles SRAM XX1, X01, X0, X9, X7, S2210, S1400 GXP et à broche longue BB30 (entretoise de 15 mm sur le côté de la transmission) Compatible Eagle 12spd.
  • Optimisé pour chaque taille séparément. Plage: 10,2 – 12,1% et temps de 110,5 -112,3° après le PMH (point mort haut)

J’ai essayé ce plateau sur route et en gravel notamment lors du tronçon que j’ai parcouru avec ARL – MRS sur lequel on avait de bonnes grimpettes dans le massif de l’Étoile. Au départ j’ai eu l’impression d’avoir un gain de motricité dans les montées ayant un pourcentage moyen. Mais honnêtement il n’y a rien de frappant. Ce plateau n’a pas changé ma façon de pédaler et la perception que j’avais de mon efficacité. Le plateau fonctionne très bien et l’usinage de ses dents narrow / wide  autorise de bons passages de vitesses même sur de fortes pentes.

O’symetric

Avec O’symétric on ne parle plus de plateau ovale sa forme particulière est plus une double came et elle s’éloigne carrément de notre fameux ballon de rugby. Ce qui est remarquable avec ce plateau c’est tout d’abord de voir le palmarès sportif affiché sur le site Internet :

L’argument de ses avantages est largement expliqué dans cette petite vidéo :

Lors de ma première sortie avec ce plateau j’ai tout de suite constaté une chose : je pédalais plus rond … Incroyable sensation particulièrement curieuse au regard de la forme twin cam du plateau.

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Le plateau monté sur mon vélo est un produit de test et il n’est pas vraiment conforme à l’usage que je souhaite en faire. Le test sera donc cadré par deux contraintes :

  • braquet : 38 et roue libre 10 x 42 Sram en mono plateau Force (habituellement monté avec un 42). Le déficit de 4 dents sur le plateau est important d’autant que ce type de plateau permet en principe de monter plus de dents … Pour des monos allant de 2 en 2 on aurait pu tenter un 44 avec cette même roue libre.
  • denture : ce 38 ne possède pas une denture « narrow wide » évitant le saut de chaîne … Cela m’a empêché d’aller traîner sur des pistes trop cabossées d’autant que ma tension de chaîne par la perte de 4 dents n’était pas la meilleure.
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photo Bike Café

Pour en revenir à l’essai, vous allez être déçus car je ne peux pas vraiment vous donner de résultats objectifs de gain de mes performances. Je peux simplement témoigner de mon ressenti. Le fait de tourner « plus rond » est agréable. Le côté saccadé du pédalage surtout lorsque l’on « tire gros » disparaît. J’ai monté des bosses à côté de types qui roulent un peu plus fort que moi et j’ai suivi … Mais là encore rien de probant, c’est aussi en fonction de la forme du moment. Tout cela reste subjectif, mais néanmoins suffisant pour me plaire. Ce plateau va avantager ceux qui aiment pousser du braquet. Cet avantage sera sans doute moins perceptible pour les amateurs de « moulinettes » … quoique en voyant pédaler Froome on peut se poser la question.

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photo Bike Café

Une étude sérieuse, menée sous la direction de Frédéric Grappe, que je mentionne en référence, donne plus de précisions sur les gains mesurés. Le concepteur revendique des chiffres plus élevés, confortés par les retours qui lui parviennent de ses clients : cyclistes pros, cyclo-sportifs ou encore « pédaleurs » du dimanche.

Pour le gravel je pense que ce plateau présente un avantage dans la mesure où dans ce « mixte » route, chemins roulants, sous-bois, … on a tendance à mettre du braquet pour jouer avec la vitesse qu’autorise ce type de vélo.

Après quelques 400 km aujourd’hui parcourus avec O’symétric c’est la solution que je validerais pour moi, mais je n’ai comparé que 2 types de solutions … C’est celle que je trouve également plus logique. Chacun devra se faire une opinion mais, entre l’ovoïde et le twin cam, j’ai fait mon choix. J’attends la version mono-plateau narrow wide en 42 dents qui sera commercialisée début 2018 par O’symétric et je suis impatient de la tester dès qu’elle sera disponible sur les pistes de la Sainte Victoire.

Affaire à suivre donc …

Référence l’étude de Nicolas Rambier sous la direction de  Frédéric Grappe

Remerciements à JP Ferreira (2.11 Cycles) pour le prêt du plateau Absolute Black et à Jean-Louis Talo pour la fourniture d’un plateau de test O’Symétric.

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