Lorsque j’ai commencé à faire du vélo un peu sérieusement, je m’enorgueillissait de pouvoir rouler sur n’importe quelle selle. Puis, j’ai rallongé la distance et la fréquence de mes sorties, et les soucis ont commencé… d’abord douleurs, irritations, et même blessures ou infections lorsque j’ai dépassé les limites de ce que mon postérieur pouvait supporter. Lassé de ces vicissitudes et surtout handicapé pour atteindre mes objectifs de vélo en restant dans le plaisir de rouler, j’ai pris le temps de me renseigner, d’essayer des selles, d’échanger avec d’autres cyclistes et des professionnels du cycle.

Voici donc une tentative de synthèse qui, même si elle n’a pas la prétention d’être exhaustive et infaillible, pourra peut-être vous permettre d’identifier plus facilement et plus rapidement l’élue de vos fesses.

Choisir sa selle de vélo
Lorsque j’ai rallongé la distance et la fréquence de mes sorties, les soucis ont commencé – photo Dan de Rosilles

Les « variables » d’une selle de vélo

Il existe une immense diversité de selles, de toutes formes, de toutes tailles. On recense des tas de fabricants, de modèles, de matériaux utilisés, de caractéristiques techniques, de concepts. Pour simplifier notre propos et être efficace dans la recherche de la selle idéale au milieu de cette jungle, nous ne nous attacherons pas ici aux matériaux (ils sont surtout primordiaux pour le poids de la selle) mais à trois variables de base, qui permettront de déterminer rapidement des catégories et de procéder par élimination.

Choisir sa selle de vélo
Deux selles aux profils très différents : la plate Specialized Power Pro et l’ergonomique SMP Vulkor – photos DR

Ces variables sont : Le profil, la forme, la largeur. J’appellerais profil la « silhouette » de la selle lorsqu’on la regarde de côté, à l’horizontale. Ce que je nomme ici « forme » est identifiable en regardant la selle de derrière. Enfin, la largeur se mesure sur la partie la plus large de la selle. On pourrait bien sûr considérer d’autres critères qui ont leur importance : la longueur de la selle, la forme de son bec et celle de l’assise tout à l’arrière, sa flexibilité, le type de rembourrage, si elle possède un canal central ou pas … Mais je pense qu’il vaut mieux prendre en compte ces données uniquement lorsqu’on aura établi un « portrait type » de la selle qui nous convient à partir des trois variables de bases. Ces données supplémentaires permettront alors d’affiner le choix parmi la première sélection.

Choisir sa selle de vélo
Deux selles de forme ronde : La Brooks Cambium et la Fizik Volta

Il y a aussi tout ce dont nous ne parlerons pas, dans un souci de simplicité et d’efficacité : ce sont les couleurs (c’est un choix esthétique, votre cul n’en a que faire), les matériaux de rembourrage et de recouvrement (sachez seulement qu’une selle trop molle, souvent bas de gamme car prévue pour une pratique épisodique, s’use plus vite – elle s’effondre – et procure plus de frottement ; donc évitez les selles « canapé »). Nous ne parlerons pas non plus des selles spécialisées (triathlon, contre-la-montre…) et des selles pour vélo de ville.

Choisir sa selle de vélo
Les modèles femme sont plus larges, moins longs et comportent presque toujours un canal évidé au centre – photo Dan de Rosilles

Pour ce qui est des selles spécifiquement conçues pour les femmes, il y a malheureusement beaucoup moins de choix que pour les hommes. Les modèles « femme » sont généralement plus larges, moins longs et comportent presque toujours un canal évidé au centre. Mais les variables que nous allons prendre en compte pour choisir une selle sont les même qu’il s’agisse de modèles masculins ou féminins et beaucoup de femmes utilisent et apprécient des modèles masculins. De même, la « méthode » que j’illustrerai ici avec des modèles de selle de vélo de route est tout aussi valable pour les selles VTT, même si dans cette pratique le problème est moins crucial car les sorties sont souvent plus courtes et la station sur la selle moins prolongée que sur la route. Mais la méthode pour choisir une selle reste la même.

Choisir sa selle de vélo
Route, gravel VTT, les positions et les selles sont différentes mais la méthode pour choisir reste la même – photo Dan de Rosilles

La spécificité du (de la) cycliste

De même qu’il y a beaucoup de modèles de selle différents, il y a une grande diversité de corps et de positions sur le vélo. Ceci explique sans doute cela… Pour entreprendre sereinement la recherche de « votre » selle idéale, pas question donc de vous fier au ressenti d’une tierce personne, aussi expérimenté soit-elle. le coup de foudre se fera (ou pas) dans la plus stricte intimité. Là encore, je propose de limiter les données à prendre en compte. On considèrera l’écartement des ischions, la forme et l’orientation du bassin, notre position sur le vélo et notre comportement pendant le pédalage. Pas besoin de prendre des mesures ou de consulter des spécialistes. il s’agit juste de bien avoir conscience, pendant notre quête, que les variables de la selle sont en lien étroit avec la spécificité de notre corps et notre façon de pédaler : De l’écartement de nos ischions dépend la largeur de la selle, de sa forme (plus ou moins plate ou ronde) celle de notre bassin ; La bascule des hanches, notre position plus ou moins allongée et le fait de nous déplacer beaucoup, un peu ou pas du tout sur la selle pendant le pédalage seront absolument à prendre en compte pour identifier le profil de selle qui nous conviendra.

Choisir sa selle de vélo
la souplesse et la bascule du bassin sont des éléments à prendre absolument en compte pour choisir sa selle – illustrations DR

Aussi, lorsque vous essaierez une nouvelle selle, penser à adopter la position que vous occupez habituellement sur le vélo et pensez à vous déplacer dessus si c’est ce que vous faites pendant vos sorties. Pour vous aider à y voir plus clair, les fabricants classent souvent leurs modèles dans trois catégories, pour des cyclistes plus ou moins souples ou des positions plus ou moins allongées. C’est le « spine concept » chez Fizik ou le « profile » chez Fabric. Chez Specialized, les selles sont simplement classées par pratique (fitness, mountain, road), mais cela a un lien avec la position du cycliste et la bascule de son bassin bien sûr.

Choisir sa selle de vélo
Il s’agit d’essayer la plus grande diversité de selles possible – photo Dan de Rosilles

La méthode pour choisir sa selle

L’idée est d’essayer, équipé de votre cuissard habituel si possible, la plus grande diversité de selles que vous pourrez trouver. Allez de préférence vers les profils qui correspondent le mieux à votre style de pédalage. Vous ne bougez jamais sur la selle, vous restez le cul dessus même dans les longs cols ? Visez les profils les plus accentués, les plus ergonomiques. Vous êtes souvent en danseuse, vous vous avancez sur le bec de selle lorsque vous mettez tout à droite sur le plat ? Orientez-vous vers des profils plutôt plats. Ensuite, il faut déterminer quelle forme vous convient le mieux. Testez les selles que vous possédez déjà pour commencer, ensuite celles des copains (en essayant de reproduire la position que vous avez sur votre propre vélo), chez les vélocistes, où l’on peut essayer les selles qui sont sur les vélos d’exposition ou sur sur des stands prévus à cet effet. Certains détaillants pourront même vous prêter des selles de test à installer sur votre vélo.

Choisir sa selle de vélo
Pascal d’Ultime Bike nous présente deux modèles de chez Fabric, la Flat et la Shallow Line. les différence de profil, peu marquées à l’œil, sont flagrantes en terme de ressenti sur le vélo – photo Dan de Rosilles.

Profitez de grands rassemblements de cyclistes, des foires expositions… pour essayer un maximum de selles. en fait, il ne s’agit pas à chaque fois de parcourir des kilomètres mais, en s’installant dans la position la plus fidèle à votre position de pédalage, de ressentir les points de contact et de vous constituer ainsi un « catalogue de ressenti ». Que rechercher ? Tout simplement la (les) selle(s) où les points de contacts deviendront des surfaces de contact ; plus ces zones seront étendues, plus les appuis seront répartis. Oubliez les modèles qui vous compriment le périnée et ceux qui vous appuient sur les ischions. Dédaignez ceux qui vous frottent l’intérieur des cuisses lorsque vous pédalez. Mais une selle qui vous appuie simultanément un peu partout, qui épouse la forme de votre entrejambe lorsque vous êtes dans la position de vélo qui vous est la plus fréquente risque d’être une selle à sélectionner. Notez la marque, le modèle, la largeur (car attention certains modèles existent en plusieurs largeurs voire plusieurs longueurs). Très rapidement, par recoupement, vous saurez identifier d’un simple regard le « standard » de selle qui vous correspond le mieux.

Choisir sa selle de vélo
Une selle qui épouse parfaitement la forme de votre entrejambe sera sans doute la bonne – photo Dan de Rosilles

Il vous suffira ensuite de mettre en comparaison les variables « secondaires » (esthétique, poids de la selle, matériaux, prix…) pour affirmer votre choix définitif parmi les quelques modèles que vous aurez retenu après essai. Non, la selle idéale c’est comme le Graal, ça n’existe pas. Même la plus adaptée à votre morphologie, à vos goûts esthétiques et à votre façon de pédaler pourra un jour vous faire mal au cul si vous enchaînez de très longues sorties, répétées sur plusieurs jours… mais ça sera quand même la selle qui se fera oublier la plupart du temps, afin que vous puissiez consacrer votre énergie à pédaler et non pas à gérer la souffrance, et laisser votre esprit vagabonder librement, prendre du plaisir durant votre pratique cycliste.

Choisir sa selle de vélo
Le vélo, c’est bien assez dur sans souffrir de surcroît à cause d’une selle mal adaptée – photo Dan de Rosilles

Quelques conseil complémentaires :

1) Quand vous aurez trouvé votre « selle idéale », quand vous en serez sûr, achetez plusieurs exemplaires identiques si vous avez plusieurs vélos. Cela évitera de solliciter votre postérieur sur des zones de contact dont il n’a pas l’habitude lorsque vous changerez de vélo. Attention, ce conseil s’entend bien entendu dans le cas de vélos de même type, sur lesquels vous avez la même position. Dans le cas de pratiques différentes (route et VTT par exemple), il y a fort à parier que la selle idéale sur un des vélos ne sera pas la même sur l’autre.

2) Lorsque vous l’installerez sur votre vélo, votre selle doit être en « position neutre », c’est à dire centrée sur le charriot de selle et parfaitement de niveau. Même si ultérieurement vous l’avancez ou la reculez légèrement par rapport à votre tige de selle ou si vous lui donnez un très léger angle sur l’avant (attention j’ai bien dit très léger), ces « micro réglages » doivent être faits un par un et progressivement, toujours après une sortie suffisamment longue pour vous persuader qu’ils sont nécessaires.

Choisir sa selle de vélo
Pour commencer, la selle doit être installée en position neutre. Ici, elle est pratiquement de niveau, mais elle est avancée au maximum sur le charriot de selle – photo Dan de Rosilles

3) En montant une nouvelle selle sur votre vélo, graissez les rails car beaucoup de bruits, grincements, craquements qu’on pense venir par exemple de son boîtier de pédalier viennent en réalité souvent de là. Cela protègera aussi cette zone difficile d’accès lors de l’entretien du vélo et exposée aux projection d’eau et de sable. (Merci à Pascal Collomb d’Ultime Bike pour ce conseil de vieux briscard que j’applique désormais à la lettre à chaque montage).

4) Si vous faites des sorties de plus de 60 km / 3 heures, investissez dans un bon cuissard (deux si vous sortez souvent, il en faut un disponible pendant que l’autre est au lavage !). Évitez les peaux de type « 3D / gel », préférez les « peaux italiennes ». Vous les reconnaitrez à leurs couleurs vives et leurs surfaces d’aspect gaufré ou alvéolé. Une bonne peau n’est pas forcément épaisse ; un cuissard pour les sorties répétées / longue distance (de type « endurance » ou « gran fondo ») a pour qualité de sécher dans la nuit après lavage, pour être réutilisé dès le lendemain si vous roulez plusieurs jours d’affilée.

Choisir sa selle de vélo
Dès que la fréquence et la durée des sorties augmente, il faut s’équiper de cuissards de qualité et utiliser de la crème de chamois – photo Dan de Rosilles

5) si vous faites des sorties de plus de 120 km / 5 heures, utilisez de la « crème de chamois ». Point d’extrait d’ongulés dans cette crème, mais des composants gras qui lubrifient et aseptisent les zones de friction. Cela améliorera votre confort pendant les sorties longues, réduira les problèmes liés à la répétition des frottements (échauffements, blessures, infections) et allongera sensiblement la durée de vie du cuissard.

2 COMMENTAIRES

  1. Merci Dan pour ce super article !
    J’y apporterais cependant une nuance. Tu dis que lorsque l’on a trouvé sa selle, il faut en acheter plusieurs identiques pour équiper ses autres vélos si besoin. Je me suis rendu compte, tout comme en course à pieds où l’on a longtemps préconisé d’utiliser les memes chaussures, que le changement à du bon. Changer son assise Autorise une variation des appuis et des points de pression, et permet en tout cas lors des phases de préparation intensives de moins souffrir.
    Bien sur, cela ne règle pas le problème des longues distances sur plusieurs jours avec la même machine, mais cela permet de ne pas se blesser à l’entrainement.

  2. C’est vrai Jean-Yves tu as raison. En ce qui me concerne, j’ai trois fois la même selle (Fabric Scoop Elite Flat) sur mes deux pignons fixes et mon vélo de route, mais j’ai d’autres modèles sur mon gravel et sur mon single speed (bien que les positions de pilotage soient les mêmes). L’usage alternatif de tous ces vélos me permet sans aucun doute de profiter du bénéfice de cette variation des points de pression que tu décris. On peut également vérifier le bénéfice du changement en matière d’entrainement et de pratique sportive : sur le vélo il faut savoir varier les types d’entraînements et de sorties, il faut penser aussi quelquefois à descendre du vélo pour marcher, courir, nager…

LEAVE A REPLY