Comme le titre de cet article le suggère, nous allons parler d’un vélo dédié à notre pratique favorite, le gravel, mais dans un registre non seulement haut de gamme, mais également artisanal. Rappelez-vous : si vous avez été attentifs, je précisais dans mon test du Scrapper Spego Gravel à 699 € que je testais parallèlement un gravel haut de gamme, environ 10 fois plus couteux. Nous y sommes, c’est le moment de vous dévoiler mon test au guidon du SARTO Gravel TA.

Photo - Laurent Biger
Photo – Laurent Biger

Je vous invite donc, via cette introduction, à quitter cette page si vous ne souhaitez pas lire l’essai d’un vélo bien trop onéreux pour beaucoup d’entre nous. Pour les autres, je vais tâcher de vous retranscrire le plus fidèlement possible mes sensations au guidon de cet étalon italien, que j’ai eu le privilège de chevaucher durant environ 500 km, quasi exclusivement sur des pistes et routes au Mont Ventoux, au départ de Malaucène.

Test du SARTO Gravel TA
Malaucène – Test du SARTO Gravel TA – photo Gaétan Sorbier

La « Haute couture » est synonyme de sur-mesure, et c’est donc fort logiquement que l’on retrouve ce principe au sein de l’entreprise familiale SARTO. Une entreprise traditionnelle, mais non passéiste, puisque bien qu’experte en matière de nobles métaux, elle a engagé assez tôt un virage vers le carbone, toujours sur-mesure et construit intégralement dans ses ateliers situés à Mellaredo di Pianiga.

Si vous souhaitez en savoir plus sur les processus de fabrication employés, je vous invite à visiter d’une part l’excellent reportage de Salvatore Lombardo visible sur l’Acheteur Cycliste : http://www.lacheteurcycliste.com/sarto-clefs-paradis/ et d’autre part à vous rendre sur le site de la marque : https://www.sartobikes.com/en/art_of_frames  de façon à percevoir l’univers de SARTO dans son autodéfinition de « Frames Tailor », littéralement « Tailleur de cadres ».

Test du SARTO Gravel TA
SARTO se définit comme un « Frames Tailor », littéralement « Tailleur de cadres » – photo SARTO

En relation avec Manuel, celui-ci m’expédie un modèle d’essai au plus proche de mes mensurations. Livré presque entièrement démonté, c’est pour moi une belle occasion de faire connaissance au fil du montage. Je suis en admiration devant l’aspect du cadre. Le tressage des fibres de carbone est sublimé de la plus belle des façons. La finition est exemplaire, et le rendu esthétique sans comparaison avec d’autres cadres en carbone de grandes marques que j’ai pu rouler ces dernières années. D’après le fabriquant, la stratification des tubes est désormais réalisée à l’aide de KRAIBON®, un nouveau matériau inséré à l’intérieur du tube pour offrir une meilleure protection face aux chocs et une meilleure filtration des vibrations. Nous y reviendrons ultérieurement …

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Fait main – Test du SARTO Gravel TA – photo Laurent Biger

Lors du montage, je reconnais la fourche 3T Lureus II Team, même si SARTO ne le mentionne pas. Une fourche que l’on retrouve sur quelques gravel et cyclo-cross haut de gammes. Très appréciable d’ailleurs de constater que sur cette fourche, l’axe traversant trouve son filetage dans un écrou dédié, et non pas via un insert dans la fourche. Un gage de longévité.

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La fourche : l’axe traversant trouve son filetage dans un écrou dédié – Test du SARTO Gravel TA – photo Laurent Biger

Tous les périphériques, ainsi que les roues, sont issus du fabriquant 3T. Un choix cohérent pour les périphériques, très bien finis également, jusqu’à ce double collier de selle fait d’un seul bloc par la marque italienne Thecno. Une référence que j’ai retrouvé sur internet, et dont j’ai mis le lien en fin de page, pour vos éventuels projets de montages perso… Un soin du détail que l’on retrouve partout où les yeux se posent.

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Double collier de selle, fait d’un seul bloc par la marque italienne Thecno – Test du SARTO Gravel TA – photo Laurent Biger

Les haubans et le tupe supérieur évidé rendent l’ensemble visuellement élégant, même si ce n’est évidemment pas l’unique but recherché, comme nous le verrons par la suite. Un design exclusif, en parfaite harmonie avec la philosophie de ce vélo d’exception.

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Les haubans et le « Top Tube »: un design exclusif, en parfaite harmonie avec la philosophie de ce vélo – Test du SARTO Gravel TA – photo Laurent Biger

Le routage des gaines et bien évidemment en interne, et comme vous pouvez le constater, c’est à la célèbre marque Chris King que l’on doit le très beau jeu de direction.

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Jeu de direction Chris King – Test du SARTO Gravel TA – photo Laurent Biger

Ce n’est pas le seul équipement américain qui habille notre sujet italien, puisque c’est le groupe SRAM Force qui équipe cet exemplaire de test. Rappelons que chez SARTO tout est configurable, jusqu’à la peinture, où SARTO excelle en convoquant les artistes nécessaires pour la réalisation de certaines demandes très spécifique. Ce groupe Force, mécanique ici, est presque à mon gout « trop viril » pour se marier visuellement avec le SARTO. Personnellement, je l’aurai plutôt habillé d’un groupe RED, plus élégant, et associé à un autre pédalier que SRAM. Mais ce ne sont là que doux rêves, la facture de ce vélo d’essai ainsi équipé dépassant déjà les 6000 €.
Agréable de trouver des disques de la marque TRP, sûrement les plus esthétiques que l’on puisse trouver sur le marché, en rappelant discrètement le noir du cadre.

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Agréable de trouver des disques de la marque TRP,- Test du SARTO Gravel TA – photo Laurent Biger

Du côté des trains roulants, nous trouvons des roues 3T Discus Plus C25 Pro. Ce sont des jantes en 650b, en aluminium, imposantes par leurs largeurs externes de 30 mm et de 24 mm internes. D’un design très sobre, noires mat, elles ne dénotent pas avec le montage. Mon exemplaire n’était pas monté en tubeless, et ce sont des WTB Horizon en 650b x 47 qui ont été choisi comme pneumatiques. Un choix cohérent avec la philosophie de ce gravel, j’en reparlerai plus tard. Sachez que bien sûr, une monte en 700, jusqu’à 42 mm, est également possible.

Hormis quelques sorties dans le Var, mon terrain de test principal de ce SARTO Gravel TA sera le Mont Ventoux, où je séjourne régulièrement pour sortir en Gravel, et également en VTT. Un « hot spot » du cyclisme mondialement connu, malheureusement pris d’assaut par des dizaines de milliers de cyclistes routiers chaque année (environ 140 000 ascensions annuelle de cyclistes, par les trois accès routiers). Une raison de plus d’exploiter les alternatives existantes pour gravir le « Géant de Provence » de façon moins industrielle.

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Mon terrain de test principal de ce SARTO Gravel TA sera le Mont Ventoux – Test du SARTO Gravel TA – photo Laurent Biger

Livré en montage à chambres à air, je gonfle à une valeur moyenne d’environ 2,5 bars les gros WTB en 650b x 47, afin de faire une première sortie de réglages de position, le soir de mon arrivée sur Malaucène. Une pression que j’adapterai tout au long de mon séjour. Les premiers kilomètres sont primordiaux pour ressentir les grandes lignes du caractère d’un nouveau vélo, car nous ne sommes pas encore habitués à lui. C’est donc un moment privilégié, où il ne faut pas se fier aux apparences, mais où néanmoins les premières impressions sont généralement les bonnes. La nuit tombe vite mais j’ai pu régler hauteur et chariot de selle, avec un ajustement de la potence.

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Brumes, la nuit tombe vite mais j’ai pu régler hauteur et chariot de selle – Test du SARTO Gravel TA – photo Laurent Biger

Sur ces premiers kilomètres, faits sur de petites routes dégradées, agricoles et étroites, je suis assez surpris de la fermeté de l’ensemble. J’avoue que je m’attendais à une filtration verticale plus poussée, surtout chaussé de roues en 650b. Le train avant est ultra incisif, la fourche d’une rigidité implacable. Peut-être même un peu trop, tant elle ne se déforme pas lors de petits chocs frontaux… Les relances me paraissent déjà particulièrement efficace, le cadre offrant un dynamisme impressionnant. Le groupe Force, ici en mono plateau de 42 et en cassette de 11-42 remplit bien son rôle. Je suis en terrain connu, c’est le groupe avec lequel j’ai probablement fait le plus de km cette année. Un groupe relativement précis, pour peu que la chaine soit en excellente condition, ce qui est heureusement le cas cette fois.

Les sorties sur le Ventoux vont s’enchaîner les jours qui suivront, la météo ayant été clémente. Hormis quelques sorties plus techniques sur des traces au nord du Ventoux, je ferai deux ascensions complètes, en empruntant des itinéraires mixtes pistes & routes, aussi bien par le versant sud que nord. Des sorties d’une durée variant entre 1 h 00 et 5 h 00.

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Col du Comte : quelques sorties plus techniques sur des traces au nord du Ventoux, – Test du SARTO Gravel TA – photo Laurent Biger

Rapide, le SARTO Gravel TA l’est sans aucun doute. Chaque mouvement est efficacement retransmis en puissance mécanique, avec à la clé des sensations d’accélérations particulièrement réjouissantes. En ce sens on peut même le qualifier de ludique, tant on se prend au jeu, surtout sur route jusqu’à se mettre « dans la rouge ». Même ainsi chaussé, ce gravel italien est une arme redoutable. Si ses 8,5 kg n’ont bien sûr rien d’exceptionnel face aux vélos de course en carbone, cela m’a permis de jouer de belles passe d’armes avec des routiers. Cette rencontre fortuite, voire cette découverte pour eux, avec un vélo chaussé généreusement de 47 mm et d’un mono plateau, a dû être psychologiquement particulière à (di)gérer pour certains d’entre eux…

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En route vers le sommet – Test du SARTO Gravel TA – photo Laurent Biger

Les portions sur les pistes m’ont malheureusement permis de confirmer ma première impression : c’est ferme. Le triangle arrière ne filtre pas assez verticalement, la motricité s’en trouve mise à mal dans certaines conditions particulières.

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Motricité : les portions sur les pistes – Test du SARTO Gravel TA – photo Gaétan Sorbier

Sur pistes bien plus roulantes, où le vieux bitume se mêlent fréquemment aux portions de pistes, le Gravel TA s’en sort bien mieux. Cependant, sa rigidité verticale oblige à être particulièrement vigilant, tant le triangle arrière ne tolère que très peu les fautes de trajectoires. Toujours rapide dans ces « Gravels Sectors », pour reprendre l’appellation lors des Strade Bianche, il n’en demeure pas moins toujours exigeant. Les WTB Horizon, bien que très résistants aux pierres, ne vous sauverons pas sur les pistes, leurs savoir faire est ailleurs.

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Sur pistes bien plus roulantes le Gravel TA s’en sort bien mieux – Test du SARTO Gravel TA – photo Laurent Biger

Le train avant est décidément très précis, même si également très rigide, il met en confiance dans les prises d’angles, aussi bien sur routes que sur pistes roulantes. J’aurais néanmoins apprécié un cintre avec un flare plus typé “gravel”, pour être encore plus en confiance dans les descentes sur pistes, ce cintre 3 T étant très routier dans son dessin. Même si relativement exigeant, les kilomètres s’enchainent vite au guidon de ce SARTO, que je ne me lasse pas de regarder sous tous les angles..

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j’aurais néanmoins apprécié un cintre avec un flare – Test du SARTO Gravel TA – photo Laurent Biger

J’ai profité de quelques raccourcis que je connais relativement bien en VTT pour tenter quelques passages avec ce SARTO, qui s’est montré agile dans les changements de directions, notamment grâce à la grande précision de l’ensemble fourche et pivot de direction, déjà évoqué plus haut. La position, relativement sportive et portée sur l’avant, freinera néanmoins mes ardeurs…

Test du SARTO Gravel TA
Passage technique : ce SARTO s’est montré agile dans les changements de directions – Test du SARTO Gravel TA – photo Gaétan Sorbier

Il m’a finalement fallu plusieurs longues sorties pour arriver à discerner la personnalité, complexe, de ce Gravel TA. Une personnalité attachante, exclusive, mais aussi exigeante. Son domaine d’emploi de prédilection est finalement défini par le terme, certes un peu trop à la mode, de “AllRoad”. J’entends par là, que ce n’est pas un vélo taillé pour des affronter des pistes divers et variées, mais bien un vélo dédié avant tout à affronter tous types de routes, à l’image de ses pneus WTB HORIZON. Mauvaises routes et belles pistes roulantes sont les terrains de jeu de ce beau gravel italien. Un vélo que je conseillerai donc en premier lieu à des routiers fortunés, voulant s’ouvrir sur d’autres horizons, d’autres alternatives à leurs itinéraires bien souvent formatés par le réseau routier. Ce GRAVEL TA sera probablement aussi performant que leurs vélos de course, tout en leurs ouvrant bien plus de possibilité d’entrainements, et surtout d’évasions.

Lien du fabriquant: https://www.sartobikes.com/en/products/gravel_ta_176.html

Prix indicatif du kit cadre GRAVEL TA sur mesure: environ 3800 € (Hors Taxe)

Collier de selle: https://www.thecnoline.it/store/prodotto.php?id_prodotto=4522

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Évasion : un vélo dédié avant tout à affronter tous types de routes, à l’image de ses pneus WTB Horizon – Test du SARTO Gravel TA – photo Gaétan Sorbier

 

4 COMMENTAIRES

  1. Bonjour Laurent, avantage du double collier , meilleure répartition du couple de serrage ou autre avantage technique? Idem sur le tube supérieur évidé, esthétique et symétrie avec les haubans ou alors plus de rigidité ou souplesse du cadre? Tu dis que ça ne filtre pas assez sur l arrière, c est une faiblesse roue/ pneu ou alors l ensemble base / hauban trop rigide? Merci de ce reportage , il fait rêver d une machine haut de gamme ……qui demande un peu d investissement en euros. Mais c est bien d avoir des entrées de gamme et du très haut de gamme. Ça stimule le marché.

    • Bonjour Pierre,
      En effet ce collier peut être avantageux avec des tiges de selles et cadre carbone, en répartissant mieux les forces, limitant les risques de casses (surtout si le couple de serrage n’est pas respecté).
      Malgré les formes évidées laissant suggérer du confort, c’est bien l’ensemble du cadre qui reste très ferme. Et qui aurait été encore plus ferme avec des roues de 700…
      Bonnes fêtes Pierre !

  2. Merci du retour , au finish un bon velo de piste calcaire avec gros roulage …..ou de route mais pas un couteau suisse capable de se faufiler en tout terrain, escarpé et engagé avec un peu de dénivelé. Néanmoins j admire le savoir faire de Sarto que tu me fais découvrir. Une belle réalisation qui fait rêver. Bonne continuation à l équipe Bike Café et de bonnes fêtes en famille.

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