L’expression « Rouler dans un fauteuil », qui suppose que l’on pédale facile, presque sans effort, pourrait prendre tout son sens en installant sur votre vélo une selle, ou plutôt un siège Infinity. Cette selle, inventée par Vince Marcel, est en passe de révolutionner le monde du cyclisme longue distance. Les meilleurs ultra cyclistes, finishers de la RAAM (Race Across America), l’ont majoritairement adoptée … Jean-Lin Spriet, ultra cycliste français, en a fait l’expérience récemment sur la Blue Train Historic Race lors d’un ride de 750 km, il nous raconte …

L’expérience de Jean-Lin

Après la Blue Train Historic Race et suite à l’article paru dans Bike Café, plusieurs lecteurs m’ont demandé des renseignements sur mon vélo et notamment sur sa selle étrange. Au sujet du vélo, il y avait beaucoup d’informations dans le premier article, mais j’ai trouvé intéressant de revenir vous parler du « siège » que j’ai installé sur mon vélo  … En effet, cette expression « siège » a été précisément choisie par son inventeur le Dr. Vince Marcel, pour qualifier cette selle. Il tient particulièrement à cette terminologie que je vais respecter dans cet article.

Test Infinity Bike Seat
Le vélo de Jean-Lin équipé du « siège » Infinity Bike Seat

Le docteur Vince Marcel est chiropracteur et nutritionniste de son état. Je vous précise tout de suite que je n’ai aucun lien commercial avec lui et le retour que je vous propose dans cet article est totalement dénué d’intérêt. Je vous le livre simplement pour permettre à certains(es) de trouver, peut-être avec cette solution, plus de confort anatomique et physiologique sur un vélo.

Il a une drôle de forme ton siège ! …

Ce siège se fait très facilement remarquer par sa forme très particulière ! J’ai eu la chance de l’essayer sur le parcours de 750 km de la BTHR avec notamment une partie où pendant 300 km je ne suis pas descendu du vélo. Un ami, Arnaud Manzanini (finisher de la fameuse RAAM et organisateur de la Race Across France) me l’a prêté pour cette épreuve que nous avons faite ensemble. J’ai retiré mon habituelle Spé Romin et j’ai mis à la place ce fameux siège.

Test Infinity Bike Seat
L’Infinity Bike Seat vue de devant – photo Philippe Aillaud

Je fais simple en la réglant à la même position sur le rail et j’applique les conseils de base indiqués sur le site d’Infinity : les rails doivent être parallèles au sol. Et  puis je roule 750 km sur ce siège sans l’avoir préalablement testé. C’est un truc à ne jamais faire sur de telles distances. C’est dit, je l’ai fait ! Conclusion : je n’ai pas eu la moindre douleur, boursouflure, échauffement, point de compression du canal périnéen où je ne sais quoi d’autre. RIEN de chez RIEN, je vous dis. Je précise aussi que je n’ai pas non plus, mis de crème chamois. Je dois l’admettre : j’ai été assez bluffé !

À la recherche de l’explication

Pourquoi ces sièges font-ils de plus en plus d’adeptes ? Pas de compression, pas d’engourdissement, pas de boursouflure, pas de blessure d’aucune sorte ! … Ce type d’incident, fréquent dés que le parcours est un peu long, peut rappelle sans doute quelques mauvais souvenirs à certains d’entre nous …

Personnellement, celui de la Ronde d’Aliénor d’Aquitaine (1200 km) en 2018 où j’ai fini avec une fesse en sang, et de beaux kystes sur l’autre, est encore cuisant. La question du pourquoi il n’y a pas de blessure avec ce siège, revient à rechercher comment ça fonctionne ? Une bonne question pour Fred et Jamy de « C’est pas sorcier » ! Sinon pour avoir la réponse, il suffit d’appeler le docteur Vince Marcel  : c’est que j’ai fait.

Vous pouvez également suivre ses conseils en ligne sur son site, avec à l’appui de nombreuses explications en vidéo : https://infinitybikeseat.com/setup-videos/

Test Infinity Bike Seat
Les points de contact entre le siège et vous sont à des endroits où votre corps va trouver ses propres ressources

Les points de contact entre le siège et vous sont à des endroits où votre corps va trouver ses propres ressources pour amener du rembourrage (padding en anglais). Donc plus besoin de passer quelques heures de selle pour la former à nos postérieurs. Je traduis : plus de points de pression au niveau des ischions et du canal périnéen, qui ont eux besoin de bouger.

Nos bassins ont une orientation naturelle : certains d’entre nous ont un bassin qui part légèrement en arrière, d’autres en avant et d’autres sont neutres. Dans tous les cas ( j’ai le bassin orienté vers l’arrière ), il y a suffisamment de longueur et d’espace pour y poser nos postérieurs royaux ou prolétaires. J’ai refait le test par la suite en réinstallant mon ancienne Spé au même endroit et sur mon home-trainer. J’ai constaté comparativement une différence de puissance (+10%) et de cadence en faveur de l’Infinity, mesuré sur le capteur de mon Wahoo connecté à mon Garmin.

Je ne veux pas en tirer des enseignements généralistes et en faire une leçon universelle, ce n’est pas mon style. Je suis obligé cependant de constater que l’ouverture centrale de l’Infinity permet à mes muscles et ma rotation de hanches de bouger plus librement. Ça se sent tout de suite.

L’histoire de Vince

Voici comment cette histoire a commencé. Vincent Marcel est donc chiropracteur (Doctor : soit au moins 6 années d’études), nutritionniste, tri athlète et maintenant certifié en tant que posturologue « bike fitter aux US ». Il a commencé à réfléchir à un siège qui permet aux cyclistes de ne pas se dire « oh oui c’est normal d’avoir mal aux fesses sur un vélo, il faut le temps que la peau s’y fasse » … Durant une période de convalescence, qui a fait suite à un accident, sa femme l’encourage à prendre son temps d’hospitalisation pour avancer sur ses recherches.

Après une campagne kickstarter, qui a dépassé le montant espéré, il a pu faire fabriquer les premiers prototypes. Une sorte de « success story » à l’américaine. Durant ses recherches, il s’est concentré sur deux points : 1/ le mouvement naturel du triptyque bien connu : hanche-genou-cheville et 2/ les angles qu’il relevait à partir des données de ses clients.

Les angles, les angles, les angles … et encore les angles. Le retour à la base a fait ses preuves : il s’assure qu’à chaque étape, les pieds, les chaussures, les cales, les chevilles, les genoux et les hanches, … tout l’ensemble soit confortable. C’est le mot d’ordre qui revient en permanence dans ses explications. Toutes les vidéos que vous trouverez sur son site sont claires : ce sont des indications pour vous aider à trouver les bons repères. L’idée est de commencer par les cales, la hauteur de selle et le recul. Si en bougeant l’un de ces éléments vous vous rendez compte que dans cette nouvelle position vous vous sentez moins stable que la précédente, revenez dessus ! Et ainsi de suite. C’est une approche que l’on trouve peu chez les posturologues. Vince Marcel favorise vraiment l’expérimentation pour trouver les bons réglages. Il traduit réglage, par recherche de confort.

Les fameux angles

Revenons un instant sur les angles. Les angles sont un point de référence où vous pourriez vous sentir stable et confortable. Ils sont une indication au travers des expériences réalisées. Au fur et à mesure des études posturales qu’il a réalisé, le Dr Vincent s’appuie sur quelques degrés comme point de référence : 6° pour la cheville, 150° pour le genou et 90° pour la hanche. Il a vraiment souhaité que j’insiste sur ce point : ces angles sont une indication et pas une règle générale.

Dans tous les cas, et quelques soient les dimensions et la souplesse de votre corps, ce siège permet à tous de trouver sa position. Ce qui m’a vraiment surpris, c’est la sensation d’être assis dans un fauteuil plutôt qu’à califourchon. L’impression qui domine dans l’utilisation que j’en ai eu, est le sentiment d’être en appui sur des points de pression. La sensation posturale n’a rien à voir avec celle d’une selle classique. C’est pour cela qu’il parle de siège et non de selle.

Test Infinity Bike Seat
La selle Infinity vue arrière – photo Philippe Aillaud

La marque s’appelle Infinity Bike Seat, elle produit 5000 à 6000 sièges par an. Rien en comparaison les autres fabricants de selles. Vincent est un cycliste passionné depuis plus de 30 ans. Sa réflexion de base a été non pas de dire : qu’est ce que je peux faire pour la douleur … mais plutôt : d’où vient la douleur ?

Pour expliquer sa posture, voici un exemple : « je ressens de la douleur au niveau du canal périnéen », je pourrais essayer d’augmenter un peu le rembourrage au lieu parfois de regarder la forme de la selle et de la comparer à sa propre morphologie. En augmentant le rembourrage, je peux potentiellement augmenter mon problème au lieu de trouver une solution durable. C’est précisément là que ses études de chiropracteur aide le Dr Vince Marcel. Il va regarder non seulement le problème en question, mais aussi son  origine : est ce que le corps peut s’allonger suffisamment sur la selle ? Est ce qu’il y a trop de pression sur les poignets ? …

Mon retour

Test Infinity Bike Seat
Test Infinity Bike Seat sur le vélo Pechtregon de Jean-Lin Spriet – photo Philippe Aillaud

Dans mon expérience, je constate qu’il est vrai que ces sièges demandent un minimum d’attention dans les réglages. Premier point : il faut que les rails soient parallèle au sol. Ensuite vient la hauteur, personnellement je n’ai rien eu à changer. D’autres ont descendu leur hauteur de selle de 1 à 3 mm. Jusque là rien de compliqué non plus.

Je n’ai pas trouvé de commentaire concernant le recul de selle. La première fois que vous l’installez, surmontez la première sensation qui n’a rien de comparable à une selle classique et imaginez vous dans un fauteuil. Faites le test sur 60-80 km pour voir ce que ça donne. En tout cas que vous adhériez ou non, rien ne vaut un bon test. Quand certains clients ont du mal à trouver leur réglages, vous pouvez envoyer quelques photos et/ou vidéos directement au Dr. Vincent qui vous aidera dans sa mise en place. Il peut même vous proposer une visio ou un coup de fil (Whatsapp, Facetime, FB) pour vous aider à la mettre en place si nécessaire.

Ce siège m’a apporté un véritable avantage en terme de confort. C’est indéniable. Un autre paramètre me parle aussi beaucoup : c’est l’amplitude physiologique qu’autorise la selle pour permettre à nos bassins, hanches, genoux chevilles de se déplacer avec beaucoup de liberté pour trouver leur place plus facilement sur son vélo. Il me semble que c’est un bon point de départ. Je vois trop de cyclistes sur la route (longue ou courte) mal posés sur leurs vélos.

Test Infinity Bike Seat
Jean-Lin Spriet – Photo Stéphanie Didier

Il y a tout ce qu’il faut pour se sentir bien sur son vélo. Les mesures posturales effectuées par tel ou tel système, ne sont pas suffisantes. Il y a un endroit où n’importe quelle étude posturale ne pourra pas vous dire si vous êtes bien placés : c’est dans votre ressenti. C’est la base de toute étude posturale à mon sens. La bonne nouvelle est qu’en cette période de confinement, pour ceux et celles qui ont un home-trainer vous pouvez y prêter un peu plus attention. Profitez en bien !

Jean-Lin Spriet

8 COMMENTAIRES

  1. Je m’étais déjà intéressé à cette selle mais sans trouver d’avis probant français. Je sais qu’elle est chère mais mon postérieur n’a pas de prix. Mais où la commander ? Merci

  2. Très intéressant, je suis toujours à la recherche de la selle idéale. J’ai fouillé un peu partout sur le net, mais à part sur le site du fabricant aux USA, impossible de l’acheter en Europe.
    A priori, ils livrent en France, prix total avec 15$ de réduction = 311$. Il faudrait quand même pouvoir essayer avant d’acheter, il ne reste donc plus qu’à motiver un distributeur français…

  3. J’utilise Infinity depuis 3 ans : extra ! Des ultra-fondeurs l’utilisent comme un des « vainqueurs » du dernier P.B.P.. L’Osymetric depuis 6 ans et avant un Polchlopec depuis 20 ans . J’ai essayé plusieurs fois un retour au pédalier rond et le premier mot qui me venait c’était : Merde !
    Pour la géométrie de direction façon Kerautret , je suis très sceptique …

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