L’insoutenable légèreté du cycliste en forme … En cette sortie de confinement la soquette sera sans doute en plomb pour beaucoup. Mais rassurez-vous, avec ces belles journées et l’envie de pédaler, la légèreté reviendra …

Pourquoi aime-t-on tant rouler sur nos vélos ? Quel plaisir ou quel sens il y a-t-il à tourner ses jambes assis sur une selle pendant des heures ? Certains non initiés peuvent se le demander.

Chaque cycliste accoudé au comptoir du Bike Café a ses propres raisons ; et elles diffèrent probablement que l’on soit un cyclosportif, ou plutôt un contemplatif ; un cyclo randonneur ou un voyageur au long cours, un vélo tafeur, un  ou un simple touriste… Mais il y a sûrement un point commun que l’on partage tous et qui peut nous réunir quelque-soit son profil: c’est la recherche plus ou moins consciente de cette sensation à la fois douce et euphorisante : celle de se sentir en forme… Quand les jambes semblent tourner toutes seules, quand on caresse les pédales avec fluidité et efficacité.

On a tous connu ce jour, où dès les premiers coups de pédales, dès les premiers kilomètres, on sent que l’on est dans un bon, voire un très bon jour, sans vraiment pouvoir l’expliquer. On passe avec aisance un long faux plat face au vent, que l’on trouve habituellement interminable ; on tombe deux dents et on se relance sans forcer… On monte les côtes « en fumant la pipe », le cœur léger, à peine essoufflé. C’est grisant, c’est jouissif, quasi addictif…

On en voit certains, euphoriques, siffloter les mains en bas du guidon, le sourire aux lèvres ; d’autres se mettent même à chantonner, nostalgiques de leurs jambes de 20 ans…

La socquette légère…

Avoir la socquette légère ou être en forme reste pourtant un mystère. Évidemment  plus on roule, plus on s’entraîne, plus on met les chances de son côté… Et c’est bien pour cela que finalement on ne s’arrête jamais tout à fait de rouler.

Pourtant parfois la forme échappe à toute logique ! Peu entraîné, mal dormi, tu traînes les pieds et montes sur ton vélo sans grande conviction, et là c’est la surprise. Bien posé sur ta machine, le coup de pédale léger tu avales les kilomètres sans te déhancher ; tu peux mouliner, mettre du braquet, accélérer, allonger, envoyer du bois, tes jambes continuent de tourner avec fluidité.

La soquette légère
Le cycliste en forme roule plus vite que son ombre

Tu sais qu’il faut en profiter car cela ne va peut-être pas durer. Parce que parfois la forme est éphémère…

Le lendemain enthousiaste et un brin accro, tu remontes sur ton vélo pour retrouver les excellentes sensations de la veille ; et là ce n’est plus tout à fait la même histoire ; le coup de pédale est moins aérien, un peu plus raide. Tu as compris : ton pic de forme est déjà passé ! Sans même avoir pu profiter d’un petit plateau d’altitude tu es déjà sur la pente descendante. Bien sûr, ceux qui roulent beaucoup peuvent espérer prolonger leur état de grâce…

Cette sensation de plénitude à la fois physique, hormonale, psychique est ouverte à tous les cyclistes quelque-soit leur niveau ; pas besoin de rouler comme un forçat, ni besoin d’un vélo dernier cri, ultra léger. On peut tout à fait savourer son pic de forme sur un vieux biclou en acier rouillé.

La soquette légère
On peut tout à fait savourer son pic de forme sur un vieux biclou en acier – photo Bike Café

Il faudra aussi se montrer lucide et admettre que la forme est relative. Un jour alors qu’on a les « jambes en feu », on se fait rattraper par un petit groupe bien affuté ; pas un poil sur le mollet. Mais bon tu es dans la forme de ta vie alors tu t’accroches ; tu passes même quelques relais, histoire de participer et aussi (peut-être un peu) de les épater. Tu as maintenant 20 minutes d’avance sur l’horaire de passage le plus rapide et tu te prends à rêver. Mais à la première vraie difficulté, le petit groupe te laisse sur place sans même se retourner, te laissant méditer sur la relativité et te ramenant à ta condition de simple cycliste du dimanche…

La forme est avant tout une impression, une sensation fugace dont il faut profiter sur le moment. Sans en garder sous la pédale !

Parfois elle n’est même pas confirmée par les segments désormais tous chronométrés. Peu importe, ce qui compte c’est le plaisir éprouvé à rouler.

On a tous des anecdotes à partager sur ce sujet (n’hésitez pas d’ailleurs) ; celle qui me vient en tête est racontée par Paul Fournel dans son excellent recueil de chroniques « Besoin de Vélo ». Un matin alors qu’il vient de monter le Ventoux sans même le voir passer il descend jusqu’à Malaucène pour boucler sa sortie ; et finalement sur un coup de tête il décide de faire demi-tour et de se faire une deuxième montée du Ventoux pour rejoindre Bédoin.

Ce genre de petite folie douce, c’est aussi ça l’insoutenable légèreté du cycliste en forme…

 

1 COMMENTAIRE

  1. Arfff c’est marrant je m’y retrouve et pourtant je suis une piètre cycliste !

    Une cycliste qui sans son VAE peine à atteindre les 10 km au mieux de sa forme…

    Avec le VAE je fais quasiment toujours des balades de 40 à 55 km 🙂 en général j’arrête quand je fais de la « marmelade d’oignon » ^^ et pourtant j’ai de chouettes cuissards mais au bout d’un moment j’ai le fondement en deliquescence 😀

    Bref, il arrive que certains jours je suis surprise de ne pas enclencher l’assistance de mon vélo ou alors de la mettre 1 ou 2 cran en dessous de ce que je l’utilise souvent à certains endroits et là je me dis « ah ouai aujourd’hui c’est un jour avec » mais ça ne dure pas tout le long de la balade et parfois je suis obligée de mettre un cran de plus à l’assistance car auparavant j’ai tellement profité de « ma forme du jour » que je me suis cuite avant l’heure 🙂

    C’est toujours agréable de se sentir en forme même si ça ne dure pas, ça fait du bien au moral et puis ça donne la sensation que plus je vais rouler et plus ça arrivera souvent (on a le droit de rêver) 🙂

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