Depuis notre dernier article sur le sujet en octobre 2017, la tendance s’est confirmée et beaucoup de grandes épreuves cyclistes professionnelles saupoudrent désormais leurs parcours de quelques segments non asphaltés ou « Gravel » pour pimenter la course. Ainsi, lors du dernier Tour de France, l’arrivée à la Planche aux Belles Filles se finissait sur un dernier kilomètre non-goudronné.

Les pros et le gravel
Un maillot jaune qui prend la poussière : on n’est pas en 1929 mais bien en 2019 – photo DR issue du site de Julian Alaphilippe.

La prochaine édition continuera sur cette lancée en réempruntant, comme en 2018, la traversée non asphaltée du plateau des Glières, si chère à la cyclo Gravel la Résistance.

Les pros et le gravel
Le plateau des Glières, haut lieu de la résistance française – photo DR La Résistance

En septembre dernier les organisateurs de la Vuelta avaient eux aussi déniché leur petite portion « Gravel » de l’Alto de Engolaster, sur les hauteurs d’Andorre.

Et que dire alors de la course Paris Tours, réputée pour être réservée aux sprinteurs, qui a complètement changé de physionomie depuis 2018 avec l’introduction des chemins de vignes dans le vignoble du Vouvray…

Les pros et le gravel
On n’est pas sur le tour du Vaucluse historique mais bien sur le dernier Paris Tours , une classique qui jusqu’en 2018 était réservée aux sprinteurs (et quelque peu soporifique il faut bien le dire) – photo DR issue de Chronique du vélo.

Ce changement ne fait pas forcément l’unanimité ; et pas mal de coureurs ne sont pas encore convaincus.

Pourtant ces portions loin des routes nationales sont souvent spectaculaires et imprévisibles alors il est fort probable que cette tendance va s’accentuer dans les prochaines années. C’est un peu un retour aux sources et aux courses épiques d’antan « en mode sépia », puisque jusqu’à la deuxième guerre mondiale le cyclisme était naturellement « Gravel », de nombreuses routes (surtout en montage) n’étaient alors tout simplement pas goudronnées.

Petit à petit quelques stars du peloton se laissent tenter par l’aventure. En 2018 on avait déjà repéré une vidéo de Nibali qui montrait tous ses talents de descendeur sur des chemins de Toscane. Plus récemment, on a aperçu sur Strava le grimpeur français Romain Bardet préparer sa saison autour de chez lui en Auvergne au guidon d’un Gravel Ridley

En fait dès 2017 l’ancien champion du monde Peter Sagan tournait une vidéo promotionnelle, assez incroyable, pour le modèle Gravel Diverge de Specialized. La Gran Fondo ou cyclosportive de Peter Sagan qui s’est déroulé en 2018 à Trucckee, dans le nord-est de la Californie, laissait une belle part au Gravel, comme en témoignent les photos ci-dessous :

Les pros et le gravel
Californian Dream – photo DR site de Peter Sagan
La roue arrière : elle n’est pas réservée qu’aux jeunes en mobylette… - photo DR site de Peter Sagan
La roue arrière : elle n’est pas réservée qu’aux jeunes en mobylette… – photo DR site de Peter Sagan

C’est d’ailleurs aux États-Unis que cette tendance est la plus marquée, avec la création de plus en plus d’épreuves et courses un peu partout dans le pays, autour bien sûr de l’évènement phare de la Dirty Kanza, qui est devenu un véritable phénomène. Pensez donc qu’il n’y avait que 34 participants à la première édition de 2006 et plus de 3500 l’an dernier… Depuis quelques années, des pros (majoritairement américains) s’y alignent pour la remporter.

Justement deux pros américains, Peter Stetira (28ème du dernier Tour d’Espagne), Ian Boswell (un ancien équipier de Chris Froome, donnant ses raisons dans la vidéo ci-dessus), qui jusqu’alors roulaient en Europe dans des équipes du Pro Tour ont finalement décidé de quitter la route pour se consacrer uniquement au Gravel en 2020. Ils courront tous les deux pour une nouvelle équipe sponsorisée par Wahoo Frontiers, dont on a déjà parlé des produits sur Bike Café.

À leur programme toutes les grandes épreuves du calendrier US, au milieu d’amateurs venant là pour le plaisir et le dépassement de soi, dans une ambiance sans doute beaucoup plus détendue et débridée que celles des courses UCI. Un peu comme si Thibault Pinot prenait le départ de la prochaine classique Gravel Arles – Marseille, toute proportion gardée bien sûr !

Puis cet hiver l’équipe US E-F Eduction First avait organisé un stage de préparation avec du Gravel, histoire varier les plaisirs.

Et il n’y a pas que les coureurs américains qui s’y mettent puisque le néerlandais Laurens Ten Dam (9ème du TDF 2014) était engagé le WE dernier sur la Low Gap Grasshopper en Californie et il participe depuis 2 ans au LTD Gravel Raid, évènement original qui allie vélo, musique et bière et qui se déroule à Hellenthal, dans l’ouest de l’Allemagne près de la frontière belge.

Les pros et le gravel
Les Ardennes (côté Allemand) un superbe terrain de jeu pour le Gravel

Finalement c’est la président de l’Union Cycliste Internationale (David Lappartient) qui a enfoncé le clou dernièrement en annonçant officiellement réfléchir à la création d’un championnat du monde pour Gravel.

Cette nouvelle a déjà suscité beaucoup discussions et quelques pionniers graveleux ne l’ont pas vu d’un très bon œil.

Alors êtes-vous pour ou contre l’arrivée des pros dans le Gravel ?

À notre droite on a les «pour » qui y voient une bonne opportunité d’admirer s’affronter des athlètes sur des parcours novateurs, offrant une vitrine médiatique qui aura pour effet de catalyser le développement de cette pratique et des ventes de vélo qui iront avec.

Tandis qu’à notre gauche les « contre » qui argumentent que les courses UCI sont par nature complètement opposées à l’esprit d’origine et à ce que représente le Gravel : la liberté de pédaler hors de sentiers battus, sans chrono, ni sponsor, ni dossard…

Le débat est ouvert mais on peut tout de même parier qu’inévitablement, sous l’impulsion des grandes marques de vélo, des épreuves pro verront prochainement le jour, y compris en Europe.

Alors messieurs d’ASO sachez que Non … Non … Non, la Dirt’Issanka n’est pas à vendre…

Les pros et le gravel
Bientôt un maillot arc en ciel Gravel ?

5 COMMENTAIRES

  1. Pour la planche des belles filles ils ne pouvaient pas l’asphalter sinon ils l’auraient fait…
    C’est en secteur natura 2000 donc interdit..;

  2. C’est inévitablement le destin du Gravel. On l’a connu avec le trail qui, a ses débuts, était une pratique confidentielle. Regardez aujourd’hui à quoi ressemble cet univers ! Beaucoup d’amis ont stoppé cette discipline et courent pour eux en montagne, ou alors se sont engagés dans des pratiques type alpirunning afin de renouer avec l.essence de ce sport. Le Gravel, c’est bien, le vélo c’est encore mieux ! Il suffit d’avoir un peu d’imagination et l’esprit d’aventure, le fait de faire du Gravel ou du mtb n’a que peu d’importance

  3. Planches des belles filles : merci Pierre pour l’info – je ne savais pas.

    Vous avez raison ce qui compte c’est bien de prendre du plaisir quelque soit sa pratique (route, gravel, vtt…), ou son niveau, en solo, petit groupe ou peloton, en rando, en voyage ou en compétition… Alors finalement tant mieux si le Gravel devient plus populaire…
    Quand j’étais au collège / lycée, avec une bande de copains on était hyper fiers d’écouter des groupes de musique que personne d’autre ne connaissait. On se sentait comme des pionniers. Puis on s’en désintéressait si ces mêmes groupes passaient à la radio (devenaient « main stream ») alors que la musique restait la même… On voulait rester des « happy few »…

    • Eh oui, votre franchise fait plaisir à lire. Tout le monde n’a pas cette lucidité.
      Perso, je n’ai jamais fait que du gravel sans le savoir. J’étais content de voir que cette pratique revienne car ça devenait difficile de trouver du matos adapté. Mais j’avoue être un peu gonflé par tous les nouveaux venus qui présentent ça comme une nouveauté car ils tiennent absolument à se présenter comme des pionniers (parce qu’eux-mêmes ne connaissaient pas), à ringardiser tout ce qui existait avant alors qu’il y a de la place pour faire les ponts sans avoir besoin de créer des ruptures, qui ont besoin d’Instagram pour se dire qu’ils existent vraiment, etc. Qu’on en reste au plaisir de rouler en dehors des routes dangereuses, goudronnées ou pas et de découvrir notre fabuleux pays. Si les pros veulent faire leur show pour vendre des vélos, ça ne me fait ni chaud ni froid. Ceux qui sont gênés sont ceux qui mettent beaucoup plus dans une pratique sportive ou de loisirs que ce qu’ils devraient. Ils se sentent menacés mais par quoi?

  4. Pro ou pas, le gravel demeure une discipline du velo comme la piste, la route, le cyclo cross, le BMX, le VTT, et autres aspects qui m échappent. Le marché gravel intéresse les constructeurs et équipementiers et donc les intérêts vont vers une professionnalisation de la discipline ce qui répond à l organisation via l UCI de challenges et courses. Bon une fois que l on a dit ça, au quotidien je continue de pédaler , de faire du gravel pour mon plaisir, l organisation UCI et du monde pro du velo ne change pas le plaisir que je peux avoir à rouler depuis maintenant 55 ans. A Chacun d imaginer ses sorties pour garder le plaisir de pédaler et la santé. Au final ceci ne change pas ma pratique et dans le meilleur des cas c est profitable via la concurrence des produits.

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