Billet « Sur le Zinc » de Jean-Lin Spriet 

Beaucoup de commentaires ont accompagné l’annonce de la sortie du dernier vélo de Specialized : l’Aethos un vélo qui entend casser les codes. Nous sommes nombreux à avoir été surpris par le poids du vélo. Pourtant sur le site de Specialized, et au travers de certaines réactions, ce qui est mis en avant n’est pas forcément son poids, mais plutôt le plaisir de conduite. Tant mieux, c’est une bonne nouvelle !

Aethos Specialized
Aethos Specialized

565 grammes !

Ma première réaction a été wouah 565 grammes ! … Ma seconde a été « En fait, c’est ce que je cherche dans chacun de mes vélos : le plaisir de rouler », alors pourquoi irais-je dépenser autant d’argent ? …

Aethos Specialized casse les codes
Le Pechtregon artisanal de Jean-Lin … son vélo plaisir qui a lui aussi largement « cassé les codes »

J’ai la chance de rouler sur des vélos d’artisans et aussi du carbone très bien conçu. Les deux me procurent un vrai plaisir quand je roule avec ces vélos pour des raisons différentes. Chez Specialized aurait-on trouvé et résolu une équation magique ? Leur techno est impressionnante, au même titre que celle de Giant et leur dernier TCR. C’est de la haute voltige techno j’en suis convaincu.

Vélos Rolo la sensation et le type de conduite sont identiques quelque soit la taille.
Photo Rolo

Il y a quelques temps une marque du nom de Rolo a développé des géométries telles que d’une taille à l’autre la sensation et le type de conduite étaient identiques. Les vélos pèsent le même poids que le Spé et le concept de « ride engineered first » est semblable.

Aethos Specialized casse les codes
Publicité iPod

Ce qui me semble  intéressant, dans le message que nous adresse Specialized, c’est l’accent qui est mis sur la sensation que procure le vélo au pilote quand il (ou elle) roule avec. La communication autour du vélo ouvre un nouveau chapitre. Souvenez vous des premières pub de l’iPod d’Apple. À aucun moment la pub nous parlait des fonctionnalités du produit, et encore moins de comment fonctionnait sa synchro avec iTunes. En revanche elle nous parlait d’une seule chose : le bénéfice consommateur. « Je vais pouvoir écouter et danser sur de la musique partout et ça se sera trop cool … » ! Je caricature mais Apple a vendu 275 000 000 d’iPod entre 2001 et 2010 (tous modèles confondus). Bien sûr il y a la puissance de la marque, l’époque et tout le reste … Je retiens uniquement la manière de communiquer qui a changé la perception que l’on pouvait avoir d’un produit technologique.

Sincèrement je m’en fous royalement de savoir que mon vélo fait 7, 8 ou 9 kg. En revanche ressentir l’air filé sur ma peau, me sentir libre, piquer un sprint ou essayer de battre mon dernier PR, quand ça me chante, ou juste me balader, m’excite bien plus ! Encore une fois c’est une manière de communiquer : parler du bénéfice, pour le consommateur, plus que de la guéguerre entre les marques pour savoir quel vélo sera le plus léger ou procurera plus de plaisir.

Aethos Specialized casse les codes
On peut aussi ressentir un certain plaisir à rouler sur des vélos « cultes » comme ce Alex Singer

C’est précisément à cet endroit qu’il y a quelque chose à faire. Est-ce qu’un concurrent de Specialized sortira un vélo juste pour dire « Le plaisir à son paroxysme avec ce vélo » (sous entendu plus que celui de mon concurrent) ? Partir dans des délires « nirvanesques » ; non, je n’y crois pas. En revanche laisser plus de place pour parler d’autres plaisirs : de liberté, de réalisation personnelle, d’une destination à atteindre ou je ne sais quel autre plaisir voilà sans doute la vraie piste à suivre pour mettre nos vélos au centre de ces enjeux  …

Et pour vous quel est votre plaisir sur votre monture préférée ?

Certains se sont exprimés sur facebook …

Ils ont dit …

Jean-marc Begagnon

« Plus jeune je rêvais d’un vélo en titane, j’avais vu un artisan proche de chez moi qui en soudait un pour J. Longo. Je trouvais le matériau super de chez super mais mon portefeuille ne me permettait pas cet achat. Maintenant à la retraite, je me suis fait plaisir sur un titane Levacon, quel plaisir de rouler avec ce vélo et je suis admiratif des finitions, les soudures polies sont superbes. Voilà mon rêve est devenu réalité …»

Aethos Specialized casse les codes
Un vélo cadre en titane Levacon : une référence

Pascal Paineau

« Mon plaisir est le sentiment de liberté sur un vélo. Celui sur lequel tu es en parfait osmose avec ton vrai compagnon de route, même si il pèse 12 kg … »

Laurent Boursette

« Le plaisir tu le trouves au moment où tu es affuté, en pleine forme, avec un soleil levant à l’horizon sur une petite route isolée de montagne. Va chercher du plaisir avec ton vélo de 6 kg si tu roules sous la pluie avec 10 kg de trop après 3 mois de coupure hivernale et des camions qui te frôlent à tout instant … »

Sébastien Saint-Jalm

« Je prends un plaisir de dingue avec mon lourdissime titane de 8,3kg. Comme si le plaisir de rouler avec un vélo était en lien avec un poids réduit… Le titane c’est autre chose, et le poids on s’en moque, surtout une fois collé toutes les sacoches dessus … »

Pascal Bride

« Le plaisir est propre à chacun en fait … autant pour certains ce sera d’avoir une machine originale ou disons surprenante comme l’Aéthos et pour d’autres un vélo sur mesure réalisé par un artisan cadreur… Après plus de 20 ans d’expérience, je suis sûr d’un truc, c’est que la notion de plaisir max peut tout à fait, et doit être je crois au final la relation optimum que l’on va chercher avec un vélo ou un cadreur, ou même un Aethos ou je ne sais quelle autre machine… Je ne sais pas si Specialized a conçu cet Aethos pour cela, mais je suis sûr les cyclistes qui franchiront ce pas avec cette machine le feront parce qu’ils pensent justement trouver cette relation différente … »

 

Stéphane Leconte

« 29, fat ou route peu m’importe … Ce que j aime c’est rouler et me sentir libre. Je diversifie mes montures au grès de mes envies, pas de routine et toujours le plaisir d’être libre et me sentir vivant. J’aime les beaux vélos et j’aime aussi me faire plaisir chacun fait ce qui lui plaît, on n’a qu’une vie et autant en profiter à notre guise. »

Besson Patrick

« Ton analyse me parle vraiment Jean-Lin Spriet, je suis un inconditionnel d’Apple et de leurs objects connectés. Steve Jobs a été un précurseur et un visionnaire sur le plan de l’expérience consommateur. Je suis prêt à payer cher pour avoir un IPhone, MacBook…qui ne sont pas que des téléphones ou des ordinateurs portables, mais bien des objets générateurs de plaisir … Cela n’a rien à voir avec une quelconque mode, c’est l’attirance qu’ils provoquent sur moi qui me pousse à l’achat ! C’est souvent probablement totalement déraisonnable, mais que serait la vie si nous ne faisions que ce qui est raisonnable ? »

Elisabeth Lavaill

« Le plaisir à vélo, c’est le bon vélo, au bon moment. Et comme je suis égocentrique, j’aime l’idée que ce soit un vélo fait pour moi, dont chaque détail est le fruit d’une réflexion relative à ma pratique propre. Bref, un vélo d’artisan sur mesure, ou, à minima un cadre de série sur lequel j’ai brodé mes envies… »

Vincent Rebours

Merci à Vincent qui nous rappelle les écrits de Jean Bobet évoquant le plaisir « La volupté à vélo, c’est délicat, c’est intime et c’est éphémère. Ça vous arrive, ça vous prend, ça vous entraine et ça vous quitte. C’est à vous tout seul. C’est une combinaison de vitesse et de facilité, de force et de grâce. C’est un pur bonheur. Ce qui en fait le charme, c’est l’inattendu, ce qui en fait le prix c’est la rareté. C’est plus qu’une sensation, c’est un sentiment parce que l’émotion y tient sa place autant que l’action.
Je fais corps à corps avec le vélo ou bien le vélo est le prolongement de mon corps mais le vélo et moi ne faisons qu’un. J’enroule comme je respire, comme je transpire, tout en douceur. Je progresse, j’avance et je suis en progrès par rapport aux autres fois » Jean Bobet.

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Merci à tous pour vos commentaires déjà présents et ceux à venir. Je suis convaincu (et tant mieux) que certains adoreront ce vélo ou un autre. Je ne souhaite que partager quelques réflexions personnelles à travers ces lignes.

Jean-Lin Spriet

 

3 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    je n’ai aucun point de repère pour savoir si mon vélo est un peu bien, bien, moyennement bien ou super bien.
    J’ai eu pendant 10 ans 1 VTC D4 avec qui j’ai fait du cyclo-tourisme avec mes enfants et plein de km seul. Génial. C’est avec lui que j’ai fait le Ventoux.
    Puis 1 Lapierre Shaper. Puis 1 Canyon Inflite suite au vol du Lapierre et au début du Gravel. J’ai pris du plaisir avec tous. J ai souffert avec chacun. Mais parce que je le voulais.
    Aujourd’hui je me suis fait plaisir avec un projet complètement perso pour lequel j’ai été accompagné pas à pas par David Robert (Cycle LEON). Déjà la notion de projet, d’échanges m’a plu. Mais mon LaRage est-il mieux que les précédents ? Plus « efficace » ? Je ne sais pas. Mais c’est le mien, à moi et il n’y en aura jamais 2 comme lui. Rien que pour cela il roule plus vite. Et aussi parce qu’il est TRES beau (à mes yeux).Mais aussi parcequ’il me permet de faire tout ce dont j’ai envie: du gravel, de la longue distance, des BRM, du vélotaf, du plaisir à chaque kilomètre. Pour être honnête je ne lui ai pas encore trouvé de défaut (pour ma pratique). Mais comme le souligne l’auteur, chacun des 6/8 000 km annuels sont un plaisir, qu’il pleuve, qu’il fasse soleil, froid……….et ça c’est vraiment le pied. A bientôt sur les routes

  2. J’ai récupéré un vieux Motobecane C5 datant de 1978, cadre un peu oxydé, beaucoup de choses à revoir… Mon père avait ce vélo, mais pas touche surtout à l’époque ! De nombreuses d’heures passées dessus pour le restaurer le soir après le boulot un plaisir immense de polir chaque boulon et de voir peu à peu renaître un beau vélo… Et enfin arrive le grand jour, je monte dessus pour vérifier que tout va bien… Une ligne superbe, j’adore ces tubes fins qui font paraître mon carbone presque monstrueux à côté. Mais alors quel pied lors du premier tour de roue, certes ce n’est pas explosif, la transmission demande du doigté, le freinage réclame de l’anticipation, mais cette espèce de confort, cette position de conduite qui fend l’air, ah rien d’incomparable, ce n’est ni mieux, ni moins bien, c’est juste un plaisir différent, celui de faire du vélo à l’état pur… et qu’importe le prix du moment qu’on trouve son destrier.

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