Vous avez bien lu nous allons vous parler d’un vélo en bois ! Mais où sont-ils encore allés chercher ça au Bike Café ? Du bois pour faire un feu le soir au bivouac : d’accord, mais pour faire un vélo … enfin, soyons raisonnables. En bambou, peut-être ou bien encore en bon acier comme certaines magnifiques productions présentées au Concours de Machines, mais là en bois il faut voir. Il s’agit plus précisément en bois de frêne pour ce vélo Picolo, digne d’une œuvre d’art. Son origine canadienne, pays riche en forêts explique en partie la chose.

Copains des bois

Il existe en fait de par le monde quelques passionnés du bois et de vélo qui conçoivent et fabriquent des vélos en bois de nos forêts. Quelques marques existent en Europe : France, Italie, Pays Basque, Angleterre et aux US également. La production reste évidemment encore très confidentielle, mais ne demande qu’à se faire connaître et se développer.

En fait ce matériau cumule, comme nous allons le voir, beaucoup d’avantages pour notre pratique vélocipédique. Il est vrai que pendant des siècles l’Homme a conçu et fabriqué des roues et des véhicules en bois avant l’avènement des autres matériaux issu de la métallurgie puis de l’industrie du carbone qui l’ont peu à peu remplacé.

Nous avons rencontré Picolo à distance cette marque est canadienne basée à Montréal au Québec, elle s’est lancée assez récemment dans l’aventure.

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Présentation

PICOLO, l'amour du bois et du vélo
L’équipe Picolo : Nicolas, Pierre et Loïc, photo Picolo Vélo™

Comme souvent dans la gestation et le développement d’un tel projet, tout est histoire de rencontres et de passion. Picolo a été créé par trois personnes. Loïc, Nicolas et Pierre. Loïc et Nicolas ont une société d’ébénisterie à Montréal qui conçoit et fabrique du mobilier sur mesure et ils emploient six salariés.

Loïc Dehoux, Breton d’origine, travaille à ses débuts professionnels dans la communication. Il développe en parallèle une passion pour le bois, se reconvertit en se formant à l’ébénisterie, et lance sa société d’agencement à Montréal.

Nicolas Goupil, passionné lui par ce matériau noble depuis son enfance, vient travailler à Montréal après avoir faire son parcours de formation à l’Ecole Boulle à Paris.

Les deux hommes se rencontrent et s’associent pour créer une société d’ébénisterie, AMIK, « castor » en dialecte local.

Et le vélo dans tout ça ? Un peu de patience, les belles histoires prennent un peu de temps à raconter.

Arrive donc Pierre Laplante (un nom prédestiné déjà !). Loïc et Nicolas louent des tables de travail de leur atelier d’ébénisterie et mettent à disposition du matériel et quelques conseils pour des personnes n’ayant pas la possibilité de s’équiper chez elles avec du matériel professionnel et désireuses de découvrir le travail du bois appliqué à un projet à réaliser.

Pierre est un amoureux de la petite reine. Il travaille d’ailleurs dans ce secteur d’activité. Mais il est aussi passionné de bois et d’ébénisterie puisqu’il fabriquera aussi des instruments de musique en bois durant sa passionnante et riche carrière professionnelle. Pierre a 67 ans, a fait bien souvent de ses passions ses activités professionnelles, et a encore soif d’apprendre, de transmettre et d’entreprendre (ça me rappelle quelqu’un au Bike Café tient !).

Roulant un jour sur son vélo carbone, matériau pas tout à fait à sa convenance au niveau confort et pas trop en phase avec ses idées au niveau développement durable, l’idée nait de se fabriquer un vélo en bois. En 2014, il loue une table de travail dans l’atelier de Loïc et Nicolas et commence à concevoir et construire son vélo en bois. La rencontre était née !

Au bout de 6 mois, le vélo n’est pas terminé. Loïc et Nicolas sont enthousiasmés par le projet et le personnage. Les échanges fusent et sont nombreux. Ils décident alors d’aider Pierre à terminer son vélo. Et ils s’associent en 2015 pour développer le vélo dans l’optique de le commercialiser, en plus de leur activité d’ébénisterie.

Le premier vélo Picolo commercialisable est présenté en 2018 au salon du vélo de Montréal soit 3 ans après le lancement du projet. Trois ans à concevoir, prototyper, tester, faire tester le cadre et le vélo. Quel bois choisir ? Quelles techniques d’assemblage ? Quelles propriétés voulues et possibles ? Quel traitement interne et externe pour la durabilité du bois ? Quelles géométries ?

Pour valider les étapes de leur projet et le bienfondé d’un tel vélo, ils s’entourent de spécialistes et d’universitaires pour tester et analyser sur bancs d’essais, la résistance, les vibrations et la rigidité du vélo.

La chaire de l’Université de Sherbrooke en association avec le laboratoire Velus, spécialisé dans l’étude du confort dynamique des vélos de route et dans la mesure des efforts appliqués sur ceux-ci en laboratoire et conditions réelles d’utilisation, teste les vélos. Et les résultats sont étonnants. L’absorption des vibrations du vélo en bois arrive en tête de tous les autres vélos testés (acier, carbone, titane). Un excellent point déjà.

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Tests en laboratoire, photo Picolo Vélo™

Quid de la rigidité alors ? En comparaison avec un vélo carbone et en fonction des zones, le bois est plus rigide que le carbone. A titre d’exemple, la rigidité au niveau du boitier de pédalier est supérieure sur le vélo bois que sur celui en carbone. Evidemment ces données sont à prendre avec du recul puisqu’il faut précisément analyser les critères de comparaison et d’étalonnage.

Et Picolo a aussi logiquement dimensionné en conséquence les zones ayant besoin de rigidité tel que le boitier de pédalier.

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Zoom sur le boitier de pédalier, photo Picolo Vélo™

Mais quoiqu’il en soit les résultats scientifiques sont là et les essais terrains très probants. Les testeurs et premiers utilisateurs mettent en avant tout de suite le confort de roulage étonnant. Et une rigidité et un « retour » de force de très bon niveau.

La fabrication

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Naissance d’un Picolo ! photo Picolo Vélo™

Le bois du frêne a été retenu car il a des caractéristiques intrinsèques parfaites pour construire un cadre de vélo. Il est très solide et rigide grâce à sa densité élevée et filtre également très bien les vibrations. Il possède une capacité de mémoire de forme.

Il est utilisé pour ces propriétés, par exemple pour la fabrication des battes de base-ball, de raquettes à neige, de manches d’outils (pelles ou pioches par exemple). Le bois provient de forêt du Quebec, ce n’est pas ce qu’il manque au Canada !

Le bois brut utilisé est celui de l’extérieur du tronc c’est-à-dire le plus vieux. Les planches brutes séchées sont découpées en lamelles de 6 mm. Elles sont collées et jointées pour constituer des planches de bois épaisses. On peut dire que c’est comme du lamellé/collé.

Pourquoi utiliser un assemblage de lamelles et non une seule pièce de bois ? Chaque lamelle est testée avant d’être assemblée afin de déterminer sa flexibilité , la valider et la positionner au bon endroit selon les caractéristiques recherchées selon les tubes (bases, haubans, triangle avant etc…).

Les tubes de bois sont également cintrés à certains endroits comme les bases et il est plus aisé de cintrer avec ce processus d’assemblage qu’avec une seule pièce de bois.

Enfin, cela assure une uniformité des matériaux utilisés pour garantir une uniformité finale des qualités recherchées pour le vélo Picolo. Le résultat final serait aléatoire si une seule pièce de bois était utilisée pour chaque tube, chaque arbre étant différent et donc chaque vélo serait un peu différent.

Les tubes du triangle principal de forme plutôt rectangulaire sont évidés pour former des demi-tubes. Un tube plein en bois serait inenvisageable pour des questions de poids et inutile structurellement. Les bases et haubans sont pleins eux. Les éléments prennent leur forme définitive grâce à une découpe numérique d’extrême précision réalisée sur machine numérique par un sous-traitant.

Les deux parties « miroirs » de demi-tubes du triangle avant sont ensuite assemblées avec de la colle Epoxy hydrofuge après avoir subi plusieurs traitements internes afin de fixer les pores du bois.

Certaine jonctions ou pièces recevant des périphériques tel que l’axe de pédalier recevant le boitier, la colonne de direction, les jonctions bases/haubans sont en aluminium et sont conçues, développées et usinées sur mesure car il n’existe pas de pièces dédiées à ce type de vélo dans l’industrie du cycle. Du travail d’orfèvre également.

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Jonction bases / haubans, du travail d’orfèvre, photo Picolo Vélo™

Ces pièces sont collées selon le même principe que les cadres carbones ou collées/vissées comme les pattes arrières.

L’assemblage étant extrêmement précis, des phases de ponçage sont réalisées manuellement à chaque étape et lors de la finition finale.

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Ponçage avant finition, photo Picolo Vélo™

Ensuite, le cadre est recouvert de différentes couches de finition (cinq au total) afin de le protéger des éléments extérieurs : pluie, hygrométrie et UV, en plus du traitement « interne » à cœur. Le rendu final est magnifique.

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Une finition exemplaire magnifiant le travail et la beauté du bois, photo Picolo Vélo™

En effet, la première question qui vient naturellement à l’esprit est la variation des caractéristiques ou des qualités du cadre selon les conditions météorologiques.

Les différents traitements réalisés en interne, en externe et à cœur empêchent toute altération ou variation de la qualité et des caractéristiques intrinsèques du cadre. Le cadre a été testé en laboratoire en l’immergeant pendant 36 heure dans l’eau. Aucune altération de ses caractéristiques techniques ou esthétiques n’a été constaté à sa sortie et par la suite. Idem pour le soleil et les UV après des tests réalisés en laboratoire.

Caractéristiques et avis clients

Le vélo de route et le nouveau modèle gravel sont disponibles en quatre tailles qui permettent de couvrir un large spectre de pratiquants(es) et de morphologie.

Nous vous présentons succinctement les caractéristiques de chacun. Nous aurons l’occasion d’y revenir plus en détail dans un prochain article suite à un test du vélo route planifié en début d’année normalement puis un test du vélo gravel un peu plus tard en fonction de l’évolution des évènements Covid et d’une possibilité de test en France. De plus, Loïc est passé à temps plein sur le projet vélo et met en place petit à petit toute la communication et le développement produit. Un site internet enrichi sera très bientôt disponible.

Le vélo de route

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Le modèle route, photo Picolo Vélo™

C’est le premier modèle de Picolo commercialisé depuis 2018. Voici ses caractéristiques actuelles qui évolueront au printemps prochain (freinage à disque , passage des câbles en interne et 500 g en moins sur le cadre)

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Tableau des géométries par taille
  • Poids du cadre : 2,5 kgs
  • Taille roues et pneus max : 700×28
  • Passage des câbles externes
  • 2 porte-bidons

Possibilité de montage à la carte ou cadre seul.

Prix cadre seul : 4500 $ canadiens soit 2900 € (hors taxes et transport)

Prix montage à la carte : à partir de 6500 $ à 12000 $ canadiens soit de 3900 € à 7750 € (hors taxes et transport)

Garantie 10 ans

Picolo en a vendu une quinzaine dans le monde dont 5 en France.

Voici le retour de François, cyclotouriste confirmé, roulant jusqu’alors sur un look 695 carbone et heureux propriétaire depuis quelques mois d’un Picolo.

« J’ai rencontré par hasard Loïc lors d’un voyage à Montréal en début d’année 2020. Le contact a été excellent et j’ai pu visiter l’entreprise et l’atelier de production où transpirent passion et savoir-faire d’excellence. J’ai pu tester le vélo sur les routes défoncées de Montréal et du Mont Sainte Anne. Ce qui m’a d’emblée surpris c’est l’incroyable confort de roulage et la filtration des petits chocs et vibrations. Sans pour autant perdre en rendement et réactivité par rapport à mon Look 695 carbone. J’ai été bluffé et suis repartit avec un vélo dans ma valise ! »

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François et son Picolo route, un coup de foudre immédiat ! photo François Flandre.

Le gravel

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Le gravel Picolo GRx-1, photo Picolo Vélo™

Le gravel est sorti tout récemment, le 5 novembre 2020. Il a bénéficié de nouvelles évolutions qui seront également transcrites sur le route au printemps prochain à savoir : un allègement du cadre qui pèse 2 kgs grâce à un travail global sur la matière et sur les pièces aluminium de jonction ce qui se traduit par un gain de 500 g par rapport au modèle route actuel. Et un passage de la câblerie en interne ce qui met encore plus en valeur le cadre en bois.

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Passage en interne de la câblerie, photo Picolo Vélo™

Le poids du cadre correspond au poids d’un très bon cadre acier ou titane. En l’équipant correctement on pourra passer sous la barre des 10 kg sans souci.

Et avec un équipement haut de gamme, la barre des 8 kgs est atteignable comme tout montage haut de gamme acier ou titane.

Tableau de la géométrie en taille M (géométrie des autres tailles bientôt disponible) :

  Taille M
A-    Longueur du tube de selle 500 mm
B-     Longueur effective du tube horizontal 541 mm
C-     Longueur des bases 430 mm
D-    Hauteur de la douille de direction 140 mm
E-     Angle du tube de selle 73.5°
F-     Angle de la douille de direction 70.5°
G-    Abaissement du boitier de pédalier 70 mm
H-    Déport de la fourche 45 mm
  • Freinage à disque, flatmount
  • Taille des roues : 700 ou 650
  • Pneus max : 38 mm en 700, 43 mm en 650
  • 2 porte-bidons

Prix cadre seul : 3800 $ canadiens soit 2450 € (hors taxes et transport)

Prix montage à la carte : à partir de 6000 $ à 7000 $ canadiens soit de 3900 € à 4510 € (hors taxes et transport)

Garantie : 10 ans

Voici le retour de Michel Cauvin de Montréal, passionné de vélo, compétiteur route, baroudeur confirmé sur des épreuves gravel et entraîneur/dénicheur de talents cyclistes. Il a eu l’occasion d’essayer plusieurs fois le modèle gravel Picolo, en particulier sur le Mont Saint Anne. Conquis, il en a commandé un dans la foulée pour remplacer son gravel carbone BMC qu’il vient cependant d’acquérir.

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Michel, conquis par le Picolo gravel, l’écureuil devant aussi ! photo Joël Quiros

« Quelle belle machine qui fait tourner les têtes. Une fois sur le vélo, on voit que ses qualités ne sont pas qu’esthétiques. Il offre un confort de roulement incroyable tout en demeurant rigide et nerveux. Sa géométrie, proche de celle d’un cylocross, en fait un vélo qui se pilote bien, avec précision et sans flottement ou hésitation. Il accompagne les mouvements pour qui a une technique de pilotage avancée. Il répond instantanément aux sollicitations grâce à son équilibre entre rigidité et nervosité. »

Les évolutions

Loïc est désormais en charge du développement à temps plein de la marque. Le site internet va être complètement revu et enrichi prochainement. Loïc va, entre autres, communiquer sur la marque en France et, dès qu’il pourra venir, (en fonction de l’évolution Covid), nous présenter les modèles. Il cherche à développer un réseau de revendeurs passionnés par ce type d’histoire et de vélo d’exception et atypique. A bon entendeur…

Le modèle route devrait évoluer au printemps avec une petite cure d’amaigrissement et un passage des câbles en interne comme sur le gravel et un freinage disque. Un modèle piste et urbain vont voir le jour en 2021. Et le VTT est prévu quant à lui pour 2022.

Pour conclure

Que dire d’un tel vélo artisanal, comparable à une œuvre d’art ? La rencontre des deux mondes, le bois et le vélo, peut paraître étonnante. Mais à y réfléchir ces deux mondes sont finalement très proches et en symbiose. Un matériau naturel, brut, provenant de nos forêts et qui est transformé par les mains expertes d’hommes passionnés qui subliment cet objet, ce compagnon, ce fabuleux moyen de déplacement, cette machine à rêves, appelez-le comme vous voulez. Cela fait parfaitement sens.  Imaginez-vous traverser une, votre forêt, en gravel sur ce vélo en bois et arpenter les chemins ou single en frôlant les troncs et en faisant craquer les feuilles sous vos roues. Frissons garantis !

Et surtout ce n’est pas qu’un vélo esthétique, beau et racontant une histoire. Il a des caractéristiques très intéressantes que mettent en avant les utilisateurs. Un très haut niveau de confort et une réactivité de très bon niveau. Un vélo qui semble être né pour la longue distance et pour enchaîner les kilomètres. Nul doute que nous aurons à cœur de confirmer cela lors des tests que nous avons hâte de réaliser. !

Mais au fait pourquoi le nom Picolo qui « sonne » bien avec le bois effectivement. Tout simplement Pi(erre), (Ni)co(las)lo(ïc), les fondateurs.

Vous trouverez toutes les informations et contact sur le site http://www.picolovelo.com/

Et une vidéo de présentation (Crédit : Guillaume Coutu – Physiovélo) :

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