Chaque mois de juin, l’Ardéchoise transforme les routes d’Ardèche en une immense fête du vélo. Créée en 1992 autour de Saint-Félicien, cette manifestation rassemble aujourd’hui plusieurs milliers de cyclistes venus de toute la France et de nombreux pays étrangers. Derrière les chiffres impressionnants et les différents parcours proposés, l’Ardéchoise repose avant tout sur un modèle singulier : l’implication de centaines de bénévoles, de villages mobilisés et d’associations locales qui font vivre l’événement.
L’Ardéchoise ne ressemble pas totalement aux événements cyclistes à la mode qui occupent aujourd’hui les réseaux sociaux. Ici, le vélo reste un prétexte à la rencontre, à la découverte d’un territoire et à une certaine idée du partage. Cette singularité explique sans doute pourquoi cette épreuve continue d’attirer des publics très différents, du compétiteur aguerri au cyclotouriste contemplatif.
Une histoire née au cœur des montagnes ardéchoises
Un ancrage local.
Lorsque l’Ardéchoise voit le jour au début des années 1990, l’objectif consiste à valoriser un territoire rural parfois éloigné des grands circuits touristiques. Très vite, l’événement dépasse le cadre d’une simple randonnée cycliste. Les organisateurs construisent progressivement un rendez-vous où le vélo sert de fil conducteur à la découverte des paysages ardéchois. Les cols, les vallées et les routes de bonne qualité et peu fréquentées deviennent les acteurs principaux d’un événement qui s’inscrit durablement dans le paysage cycliste français.

Au fil des années, l’Ardéchoise développe plusieurs formules capables d’attirer des profils de cyclistes très différents, tout en conservant son ancrage local.
Les Gorges de l’Ardèche : quatre jours pour voyager à vélo
Le nom des cols franchis devient le chapelet poétique de cette randonnée
Parmi les nombreuses formules proposées, les itinérances occupent une place particulière. Nous avons choisi le parcours « Les Gorges de l’Ardèche », une aventure de quatre jours qui permet d’aborder l’événement sous un angle différent. C’est mon ami Alain qui m’a entraîné dans l’aventure. Il est fan de l’Ardéchoise qu’il a faite plusieurs fois et qu’il m’a “vendue” lors de nos sorties du week-end.

Loin de la logique de la performance pure, cette formule privilégie le voyage à vélo. Chaque étape offre des paysages variés où alternent gorges profondes, plateaux sauvages, villages de caractère et routes secondaires particulièrement agréables à parcourir. Avec Alain nous nous sommes fixés comme règle d’honorer chaque ravito, pour saluer les bénévoles, quitte à prendre qielques kilos 😊
Le relief reste bien présent, mais il devient rapidement un élément du décor. Le nom de chaque col franchi devient un grain du chapelet poétique de cette randonnée. Le temps passé sur le vélo laisse davantage de place à l’observation, aux rencontres et à la découverte du territoire.
Nos étapes
Saint Félicien –> Marcols-les-Eaux (112 km – 2037 m de D+) : La particularité de notre randonnée est que nos gros sacs (10 kg maxi), que nous venons de déposer à la consigne, nous attendront aux lieux d’hébergement. En ce qui nous concerne, nous serons dans un premier temps hébergés en gîte, puis en camping et enfin dans un internat de collège. Cela signifie qu’il faut ajouter des liaisons hors parcours pour rejoindre la fin de l’étape.

On s’aligne sur la ligne de départ pour enregistrer le top électronique du départ via le capteur intégré à la plaque de cadre. Nous avons couché la veille dans une ferme chez Vincent et Ludivine. Vincent nous a raconté sa vie de paysan, fier de son travail entre élevage et culture. Entre cette nuitée chez l’habitant et notre dîner au bistrot “Chez les Blondes”, on est direct dans l’ambiance et la convivialité.



Cette première étape est une mise en jambe. Les premières gorges sont celles du Doux, au fond desquelles on aperçoit la voie du chemin de fer touristique qui part de Lamastre. On prend la direction du sud dans les paysages du Vivarais. L’ambiance des ravitos nous encourage à participer à la fête : on marque un arrêt à chacun d’entre eux. Les bénévoles redoublent d’imagination. Le maire est souvent présent pour nous accueillir. Fruits, fromage, gâteaux maisons… Combien de kilos va-t-on prendre à ce petit jeu ?
Repères
- Les cols : Après les gorges du Doux on attaque le premier col. Il porte un nom symbolique : le col de la Justice (679 m), sera t-elle favorable à notre voyage ?
- Les rencontres :Christophe du club cyclo d’Aix-en-Provence sur le ravito de Vernoux. Le soir au gîte, Sylvie et son mari Gilles, originaires du Doubs et Claire, cycliste nordiste solitaire ayant déjà un Paris-Brest-Paris à son palmarès. Nous partageons notre gîte du soir. Tous les trois sont de vrais cyclistes qui nous racontent leurs pratiques passionnées du vélo.
- L’hébergement : La Maison de Tante Jeanne à Marcols-les-Eaux. Super endroit : bonne table, apéro le soir sur la terrasse, dîner préparé maison. Petit déjeuner 3 étoiles.

Marcols-les-Eaux –> Sant-Alban-Auriolles (152 km – 2030 m de D+)

On dit au revoir à Arielle, notre sympathique hôtesse, et on attaque directement une montée ombragée dans un décor de campagne vallonnée qui s’ouvre à notre gauche. Il fait frais. On traverse des hameaux encore endormis. Direction le sud. Le col de la Fayolle que l’on attaque vers le 30ᵉ kilomètre va nous réveiller. On descend ensuite vers Privas où on ne trouve pas le ravito. Pareil à la sortie de la ville, le ravito traditionnel n’existe plus. On attaque la difficile montée du col du Benas. On profitera en haut d’une vue spectaculaire sur Privas. Le ravito en haut n’est plus là non plus. On se couvre à nouveau pour attaquer la descente, il y a du vent : prudence, prudence avec les jantes de 45 et les disques qui prennent le vent latéral. Ce sera la plus grosse étape en termes de kilomètres de notre périple.





Après un accueil romain à Alba-la-Romaine – normal – la prochaine vue spectaculaire sera celle de Vallon-Pont-d’Arc et sa flottille de kayaks. Il faudra faire un long bout hors parcours ensuite pour rejoindre le camping où nous sommes hébergés. Ce camping 5 étoiles s’étend sur plusieurs hectares. Nous retrouvons Sylvie et Gilles qui sont hébergés au même endroit. On partagera le dîner avec eux et 140 cyclistes de l’Ardéchoise qui, comme nous, font étape ici.
Repères
- Les cols : les cols de la Fayolle et de Benas ne sont pas longs ;
- Les rencontres : on retiendra surtout l’accueil chaleureux des villages. Les thèmes sont toujours très travaillés par les communes qui s’investissent à fond.
- L’hébergement : Camping 5 étoiles du Ranc Davaine. Énorme avec sa capacité d’accueil de 3000 personnes. Notre chalet tout neuf est bien équipé, on sera à l’aise pour cette deuxième nuitée. Repas partagé avec 140 cyclistes qui sont hébergés là comme nous.
Saint-Alban-Auriolles –> Saint-Cirgues en Montagne (118 km – 2430 m de D+)
C’est la grosse étape de ces 4 jours en terme de D+. Je la redoute, avec notamment la longue ascension du col de Meyrand (1370 m). Ce 3ᵉ jour va être dur pour moi. La montée n’en finit pas. Alain, qui connait bien les lieux, me conseille des pauses aux points d’eau sur le bord de la route. On s’arrête à l’ombre pour mieux repartir. À Loubaresse (1220 m), on fait trempette dans l’eau froide de la fontaine, ça nous fera un bien fou. Le col de Meyrand franchi, il y derrière le col du Pendu, qui n’est pas mal non plus. Les pourcentages moyens sont plus élevés que les deux premiers jours. Mon vélo un peu lourd est doté d’un ratio de 1 (34-34) : je gère…




Récompense ensuite : la descente vers Mazan l’Abbaye où l’on verra les ruines de l’ancienne abbaye en contrebas de la route. On file vers Saint-Cirgues-en-Montagne et je rêve à une bonne bière après avoir pris une douche dans notre chambre de pensionnaire du collège local. Une petite marche du collège jusqu’au restaurant de l’hôtel Renaissance où on retrouve Sylvie et Gilles qui, eux, sont logés sur place à l’hôtel. Gilles a eu l’aide d’un médecin cycliste qui participe à la randonnée. Il a refait ses pansements, mais depuis sa chute Gilles est courbatu et il peine sur le vélo. Reste le dernier jour, courage ! On rentre se coucher dans nos petits lits d’étudiants : je vais bien dormir.
Repères
- Les cols : Le gros morceau sera cette montée de 22 km avec pour objectif le col de Meyrand (1370 m) et ensuite le bien nommé col du pendu (1428 m).
- Les rencontres : On retrouve Sylvie et Gilles, qui est couvert de pansements suite à une chute. Le sympathique couple qui tient l’hôtel-restaurant le Renaissance où nous allons dîner : Corinne et Frédéric.
- L’hébergement : Collège de la Montagne Ardèchoise. On va dormir dans une chambre des pensionnaires du collège.
Saint-Cirgues en Montagne –> Saint-Félicien (115 km – 1 900 m D+)
C’est la dernière étape. On décide de couper la première partie qui mène au lac d’Issarlès en pensant à notre horaire ensuite pour rentrer dans les Bouches-du-Rhône. Frédéric, le patron de l’hôtel Renaissance qui est cycliste, nous indique une petite route qui va nous faire gagner quelques kilomètres et qui effacera un col. On est en région de montagne et d’élevage. Les troupeaux nous regardent passer, ils se disent sans doute en habitués : “Tiens, voilà l’Ardéchoise …“


Cette étape est la plus belle pour moi, la partie vers le mont Gerbier de Jonc est superbe. Voir la Loire couler comme un ruisseau de montagne ne laisse pas imaginer le fleuve qu’elle va devenir. Après être arrivé au sommet à 1415 mètres, la belle descente vers Saint-Martial sera appréciée à l’ombre des grands arbres qui la bordent. La suite sera dure et très casse-pattes. Tous les parcours de l’Ardéchoise convergent sur ce tronçon, y compris la cyclo-sportive avec des cyclistes qui s’imaginent être sur le Tour de France. La moto, qui ouvre la voie à grands coups de sifflet aux compétiteurs, arrive en trombe, suivie de “furieux” qui descendent à fond la caisse. Heureusement, à une fourche la cyclo part à gauche et nous à droite. C’est la fête du vélo et des vélos, on en voit de toutes sortes, mais c’est surtout le royaume du carbone et des beaux vélos. Je repère dans cette masse deux vélos Victoire en acier un peu perdus dans cet univers cycliste dominé par le composite.

C’est dans une des montées finales que deux anciens collègues de boulot et de sport me rattrapent. Cela faisait 18 ans qu’on ne s’était pas vus. Ils ont fait le circuit 3 jours, costauds également. Encore une longue descente sous une forte chaleur avant d’arriver à Saint-Félicien. On récupère nos sacs au milieu de centaines d’autres. Chapeau à l’organisation pour cet acheminement précis et ponctuel sur chaque lieu d’hébergement. Je dépose mon vélo d’emprunt sur le stand de CMT où je retrouve Jean-Pierre Ramoul et Caroline Pique. Direction le bistrot “Chez les Blondes” qui est le QG de mon copain Alain, habitué de l’Ardéchoise, pour deux pintes de bière et une salade avant de repartir à Aix-en-Provence avec beaucoup de souvenirs et quelques douleurs.

Un grand merci à Alain qui a fait tout ce périple en portant un œil bienveillant et protecteur sur moi. Lui, il a fait ce parcours en pignon fixe (42×19) les spécialistes apprécieront la performance…
Repères
- Les cols : Je retiens bien sûr le spectaculaire passage au mont Gerbier de Jonc et les derniers petits cols de fin de parcours qui me feront sentir le cumul en D+ de cet exigeant périple.
- • Les rencontres : deux anciens copains de boulot et de sport en entreprise que je n’avais pas vus depuis 18 ans. Deux vélos Victoire perdus au royaume du carbone. Et, plein de cyclistes avec lesquels j’ai échangé quelques mots.
Cette formule quatre jours rappelle finalement que le cyclisme ne se résume pas toujours à une moyenne horaire ou à un classement.
Quand les villages deviennent les héros de l’Ardéchoise

L’une des particularités de l’Ardéchoise réside dans l’implication des communes traversées. Tout au long des parcours, les villages se parent de décorations parfois étonnantes. Les habitants préparent des animations, des ravitaillements et des accueils qui donnent à l’événement une dimension festive rarement observée ailleurs.
Cette mobilisation collective constitue probablement l’une des clés de son succès. Les cyclistes traversent des territoires qui ne se contentent pas de les regarder passer. Ils participent à la fête. Dans une époque où de nombreux événements sportifs se professionnalisent fortement, cette dimension associative conserve un caractère singulier.
L’Ardéchoise : un mélange de toutes les tribus cyclistes
L’Ardéchoise offre également une photographie assez fidèle du cyclisme français. On y croise le champion local qui connaît chaque virage, le cyclotouriste expérimenté qui enchaîne les grands brevets depuis des décennies, mais aussi des pratiquants occasionnels venus relever un défi personnel.

Les vélos eux-mêmes racontent cette diversité. Certains participants roulent sur des machines très modernes tandis que d’autres utilisent des vélos plus anciens entretenus avec soin. On y voit également des vélos plus anecdotiques : vélos pliants, vélos couchés, VTT… Je n’ai vu qu’un seul pignon fixe : celui d’Alain qui m’accompagnait. Ce brassage constitue assurément l’une des richesses de l’événement. À l’heure où les pratiques cyclistes tendent parfois à se segmenter entre route, gravel, bikepacking, ultra-distance ou vélotaf, l’Ardéchoise réunit encore des pratiquants qui ne fréquentent pas nécessairement les mêmes univers le reste de l’année.
Un événement parfois jugé démodé mais toujours vivant
Les nouvelles générations de cyclistes cherchent souvent d’autres formats. Le gravel, l’aventure en autonomie, les voyages bikepacking ou les courses d’ultra-distance occupent désormais une place importante dans l’imaginaire collectif. Face à ces nouvelles tendances, certains considèrent parfois l’Ardéchoise comme un événement appartenant à une autre époque. Pourtant, cette lecture paraît réductrice.

L’événement continue de proposer une expérience que peu de rassemblements offrent aujourd’hui : celle d’un cyclisme populaire, accessible et profondément ancré dans un territoire. Loin des contenus calibrés pour les réseaux sociaux, l’Ardéchoise met en avant une autre réalité du vélo. Une réalité moins spectaculaire mais peut-être plus représentative de la diversité des pratiquants français.

Observer l’Ardéchoise de l’intérieur revient finalement à porter un regard sur une partie du paysage cycliste français. On y retrouve des retraités passionnés, des clubs historiques, des familles, des sportifs réguliers, des cyclistes occasionnels et des voyageurs attirés par la découverte des paysages. Cette diversité contraste parfois avec l’image véhiculée par certaines tendances plus médiatisées.
L’Ardéchoise rappelle que le vélo reste avant tout un moyen de découvrir un territoire, de rencontrer d’autres personnes et de partager un effort commun.
La vidéo
Un souvenir sans prétention issu de ma GoPro que je sortais de ma poche quand je pouvais.
Mon avis
L’Ardéchoise continue de réunir chaque année plusieurs milliers de participants grâce à une recette qui évolue peu, mais qui conserve sa pertinence : des paysages remarquables, des routes adaptées au vélo, un engagement bénévole exceptionnel et une forte dimension humaine. Dans notre univers cycliste souvent attiré par la nouveauté, la technologie ou les formats émergents, cet événement rappelle qu’il existe encore une place importante pour un cyclisme populaire, festif et profondément collectif. Avec Alain, mon compagnon de route, nous avons rencontré de nombreux cyclistes différents venus ici vivre ce partage. Nous avons échangé avec tous ces bénévoles en nous arrêtant systématiquement à chaque ravito.
Au-delà des kilomètres parcourus, l’Ardéchoise raconte peut-être quelque chose d’essentiel : le vélo reste avant tout une aventure humaine.
Mon vélo
À l’occasion de cette participation à ces 4 jours cumulant 500 km et 8800 m de D+, j’ai souhaité tester un vélo conçu pour l’endurance sur route. Je vous présente ce CMT GT titane lors d’un test complet réalisé sur 900 km et beaucoup de D+.
“Je salue le savoir-faire de CMT en matière de construction de cadres en titane. Ceux qui savent fabriquer ce type de vélo en France sont rares : il faut le souligner. Le travail du titane nécessite la mise en œuvre de conditions de soudure particulières et une expérience professionnelle basée sur une fabrication régulière.”
Caractéristiques
– Fourche Deda EDG Allroad (carbone)
– Transmission mécanique Shimano 105 en 2 x 12 vitesses
– Cassette Shimano : 10-34 dents
– Cintre Deda carbone et potence Deda Alu Superbox DCR
– Jeu de direction et collier de selle Hope
– Roues Mavic Cosmic SL 45
– Pneus Hutchinson Blackbird All Season tubeless 28 mm
– Freins avec disque Hope
– Tige de selle Deda et Selle SMP VT20
- Prix du modèle testé : 5 390,00 €
- Lien constructeur





