L’édito de Bike Café
Ce matin, en roulant sur mon petit vélo, je pense au Tour de France qui approche. Difficile de passer à côté : nous recevons une avalanche de communiqués de marques n’ayant parfois n’ont rien à voir avec le vélo, qui s’associent à l’événement. La collection de bouquins plus ou moins réussis, consacrés à la Grande Boucle, ressort dans les bacs des libraires. On y trouve les mêmes récits rabâchés par des auteurs médiatiques courtisés par les éditeurs. Le Tour de France fait vendre. C’est sans doute pour ça que la SNCF, notre compagnie ferroviaire publique, devient cette année et pour trois ans « fournisseur officiel » du prestigieux événement cycliste. Concrètement, ce partenariat consiste à mettre à disposition le samedi 25 juillet un TGV Inoui spécial, pour le transfert des coureurs et quelques accompagnateurs entre les Alpes et la région parisienne. Même si je salue l’usage de ce moyen de transport plus vertueux, ce coup de com me fait sourire, quand je pense à la relation quotidienne des cyclistes avec le rail. « Ferroviaire, chemin de fer, vélo, territoire, populaire, ça se marie », a dit Jean Castex, « c’est une évidence ». Mariage ou divorce, chaque cycliste confronté au transport de son vélo dans le train appréciera. (On débarque à Sisteron du train de cette ligne menacée entre Marseille et Gap – photo Philippe Aillaud)

En roulant ce matin, j’essaie d’imaginer l’opération qui sera sans doute parfaitement scénarisée pour plaire aux médias. Je me mets à imaginer les champions assis dans un train, que je verrais bien peint en jaune pour la circonstance. Visuellement, ça va être chouette et bien visible à la veille de la 21ᵉ et dernière étape de ce Tour 2026. Je pense que les caméras éviteront de filmer la cohorte des véhicules vidés de leurs passagers, mais remplis de bagages et de vélos. Tout ce matériel sera sur la route et les vélos échapperont à l’humiliant démontage pour rentrer dans des housses format 90 x 130 x 50 cm obligatoires pour voyager à bord. Est-ce que cette opération séduction est bonne pour le vélo ? Je vous laisse juge. Est-elle le signal d’un nouveau regard de l’entreprise nationale sur le transport des vélos dans ses trains ? C’est pas sûr. Je n’ose même pas imaginer le coût de cette opération médiatique, qui rendra encore plus douloureux le manque d’investissement orienté vers le transport quotidien du vélo dans les trains. Le message me semble contre-intuitif pour les cyclistes qui galèrent régulièrement dans leurs déplacements.

Après cette réflexion matinale ironique sur les dérives du monde de l’image, qui n’a plus peur de rien, j’ai cherché pour sourire dans le jargon cycliste des expressions ferroviaires en relation avec le vélo. Ne dit-on pas en cyclisme qu’on accroche le wagon ou que l’on prend le bon wagon, quand on saute dans les roues d’un groupe qui va bon train ? Et puis finalement, le TGV existe aussi dans le vélo, c’est ainsi que les commentateurs surnomment à juste titre un groupe de sprinteurs lancés à très grande vitesse vers la ligne d’arrivée. On verra donc cette année le train et le vélo associés sur la Grande Boucle. On aimerait le voir plus concrètement dans une vraie politique de mobilité multimodale. On aimerait aussi un peu plus de place pour nos vélos dans les trains des grandes lignes pour nous acheminer vers nos belles destinations de voyage. Merci au chef de gare national, Jean Castex, de penser à nous en maintenant en service les petites lignes menacées et en nous faisant une place dans les trains nationaux pour nos petits vélos.
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Excellent article particulièrement réaliste sur les difficultés rencontrées au quotidien par les navetteurs à vélo et les cyclotouristes à chaque fois qu’ils doivent emprunter le train ! A envoyer au Jean Castex.
Serge, ancien cheminot et toujours cyclotouriste.