L’édito de Bike Café
Ce matin, sur mon petit vélo, je me mets à parler tout seul à propos d’un projet de voyage à vélo auquel je pense depuis un moment. Je vais arrêter de rouler seul, car je constate que je soliloque de plus en plus, perché sur ma selle. Je me surprends à dire, m’adressant à moi-même : « Faut voir… » Heureusement, il n’y a personne pour entendre. D’où me vient cette réaction contraire à ma personnalité de naïf généralement enthousiaste ? Ce réflexe de prudence exprimé par ce « Faut voir… » m’étonne. Sur cette petite route. Je ne suis pourtant pas dans un rond-point dans lequel je tournerais, sans me décider à en sortir. Ça sent le renoncement larvé mon truc. À coup de « Faut voir… » je risque de ne rien voir du tout. Pour moi, atteint d’une maladie de la vue qui détruit mes nerfs optiques, cette injonction devient presque ironique. (En couverture : un vagabondage de Thierry Saint-Léger qui se transforme en chasse aux horizons)
Ma réflexion du matin porte donc sur la négociation avec soi-même et par conséquent les effets dégradants du temps long. Est-ce que comme Thierry – qui en avançant a vu reculer les horizons – je ne suis pas en train de regarder cet objectif que je cherche à rattraper et qui s’éloigne quand j’y pense ? Ce « Faut voir… » m’éloigne de la décision en la remettant à un moment vaguement éloigné, dont je ne connais pas la date. Je repense à Jean-Marc Bellocq qui avait explosé le record des 100 km de Millau (6 h 28 en 1990). Il m’avait dit : « Un record, c’est comme un fruit, il tombe quand il est mûr. » Est-ce que le fruit de mon projet est mûr, ou est-ce que je dois encore attendre ? Est-ce que justement je ne serais pas trop mûr, vu mon âge, pour le réaliser à force de le reporter ? Vous êtes vous aussi, j’imagine, dans cette même réflexion à propos de votre saison de vélo 2027. Ça cogite et déjà les inscriptions aux épreuves d’ultra-distance ont démarré. Il n’est plus question de tergiverser, il faut se décider. C’est une année Paris-Brest-Paris et là, si vous pratiquez comme moi le « Faut voir… », vous risquez d’attendre quatre ans si vous ne vous décidez pas maintenant. Heureusement, au fil des kilomètres de ma balade matinale, je me ressaisis grâce à la thérapie vélo et mon « Faut voir… » se transforme en « C’est tout vu… » … Je vais finaliser ce projet.

Si comme moi il vous est arrivé de vous dire « Faut voir… », allez faire un tour à vélo et votre attentisme disparaitra. Et si vous n’allez pas rouler, venez lire nos articles pour constater qu’on ne se contente pas au Bike Café de « Faut voir… ». Une série de vrais tests de vélos vous attendent dans les semaines qui viennent. Dans les tests et les sujets que nous traitons, nous vous racontons ce que l’on a vu.
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