C’est une question toute simple posée par Alexandre J. sur la page facebook du groupe « Gravel France » qui, comme bon nombre d’entre vous, m’a fait réagir  : « C’est quoi l’esprit Gravel ? » … Bonne question ; posée par notre ami au moment précis où certains essaient de faire rentrer dans des « cases », par des critères restrictifs, une pratique vélo qui justement fait sauter les barrières.

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L’esprit Gravel : une piste, un horizon, … – photo ©BC

L’esprit Gravel n’est certainement pas le « Saint-Esprit », qui serait tombé uniquement sur la tête de ceux qui roulent en pneus de 40 ou plus … Ce n’est pas non plus celui qui dessine une auréole au-dessus du casque de ceux qui roulent sur des cadres en acier … Pour moi l’esprit Gravel, c’est simplement le fait de pouvoir exprimer sa liberté sur deux roues. La liberté d’une personne qui ne subit pas de contraintes se rapproche assez bien de ce que je ressens lorsque je pars sur mon Gravel bike.

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Fabrice : l’esprit Gravel c’est un pause à la terrasse d’un café à Collobrières – photo ©Fabrice

Mais comme le dirait notre ami Fabrice « Il paraîtrait que certains avaient déjà l’esprit Gravel à la naissance, sans le savoir, comme d’autres font de la prose sans s’en rendre compte, bien avant d’enfourcher leur tricycle à benne ou leur Motobécane à pneus ballons de 350. À l’occasion ils roulaient même sur des graviers, du sable ou même des gravillons du petit parc à côté sous la surveillance de leur maman. L’esprit Gravel c’est la curiosité, l’envie de voir un peu plus loin que le bout de l’impasse, que d’autres considéreront comme un cul de sac, alors qu’en fait, si l’on longe un peu la haie on tombe par hasard sur un chemin au bout duquel un paysage, jusqu’alors inconnu s’étend, parfois banal, parfois grandiose. Ce n’est donc pas une histoire de calibre de pneus, ni de hauteur de boîtier de pédalier, de longueur des bases arrières. Mais évidemment ça n’empêche pas de rouler en tubeless sur un Gravel bike en Titane affublé de freins à disques hydrauliques tout en s’efforçant de rester sobre et classieux avec une tenue de gentleman Biker en matériau technique issu de la technologie spatiale …

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Nous, les chapelles on s’y arrête -comme ici Notre-Dame des Anges – pour les visiter et se mettre un peu à l’ombre – photo ©PDM

Dans le vélo, vous le savez tous, il existe des « chapelles ». Certaines ont des règles bien établies notamment lorsqu’il s’agit de « compétitions ». Dans ce cas il y a des règlements et les choses sont claires (enfin pas toujours). Il va être difficile de coller des règles à une discipline comme le Gravel bike dont le succès vient justement du fait qu’il n’y en a pas. La seule règle qui peut prévaloir c’est « Prends ton vélo et fais toi plaisir sans avoir à t’imposer un terrain, un parcours, une vitesse, un code vestimentaire, …« . Le type de vélo utilisé est ensuite le moyen qui autorise cette liberté : ville, route, chemins, …

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En Gravel il faut savoir s’arrêter pour profiter de l’instant – photo ©Phil

J’ai été coureur à pied sur la route d’abord dans des pelotons de plus en plus denses, participant à des épreuves sur le bitume dans des lieux pas toujours sympas. Le trail m’est apparu dans les années 90 comme un moyen de m’évader sur des petits chemins en oubliant alors de regarder mon chrono. On parlait alors d’Esprit Trail … On vivait pleinement cette liberté et cette pratique marginale est devenue par les lois du « business » une pratique réglementée, codée, organisée, … Il fallait être habillé comme Kilian Jornet, avoir la montre alti-baro au poignet (comme Segala avait sa Rolex) et faire des courses à point pour décrocher le droit de participer à un tirage au sort pour s’inscrire au mythique UTMB … L’esprit de liberté des débuts s’est progressivement envolé et certains aujourd’hui le redécouvrent en pratiquant ce qui s’appelle le « off » … Je pars quand je veux, avec qui je veux, je m’arrête pour regarder le paysage, … Le « off » a la cote …

Esprit es-tu là …

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Et si on avait les même cornes ? … Sur les sentiers du Cantal on pédale comme des boeufs – photo ©Phil

La question toute simple d’Alexandre nous a donné quelques réponses intéressantes. J’écarte les sarcasmes, les vannes à « deux balles », les commentaires du type mon vélo est le meilleur, … pour ne garder que ce qui répond à la question …

Adrien : « Faire du vélo, partout, par tous les temps, le plus possible. Un « veuteuteu » sera plus lent sur route ; un route ne passera pas partout ; un gravel fait le lien entre ces deux mondes … » 

Alexandre L : « Aller partout suivant l’envie et le moment … »

Dominique : « Ne plus devoir choisir entre asphalte et chemin ! … »

Olivier : « C’est l’Enduro d’il y a 10 ans, le Free ride d’il y a 20 ans, en fait c’est un état d’esprit plus qu’une monture … »

Jan : « Partir par la route, rentrer par la piste ou inversement … »

Francis : « C’est effectivement le vélo liberté une route un chemin une autre route un autre chemin etc … au gré de l’envie ... »

La conclusion revient à Laurent « Finalement c’est ça l’esprit gravel, chacun y met ce qu’il veut, c’est la liberté de rouler partout tout le temps. Je vous kiffe … »

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Le vélo de Dominique : du custom sur la base d’un vélo urbain Speed de Lapierre qui lui a permis de faire 3800 km … Il envisage l’achat d’un Sobre pour faire en 2017 le Chilkoot Confluence – photo ©Dominique

Écartons les « Ayatollahs » qui cherchent à réduire cet esprit de liberté et d’universalité pour faire coller au Gravel Bike leur propre vision. J’adore trouver sur la page facebook de notre groupe la photo d’un vintage rechaussé de pneus larges et qui fait le bonheur de son propriétaire sur les chemins de sa région. J’adore également y découvrir les nouveautés : une fourche Lauf, un cadre 3T Exploro, un Sequoia Specialized, …

Comme dirait Laurent, « je kiffe » les photos de balades que les uns et les autres publient sur notre page facebook. Elles me font voyager et me donnent envie d’aller prendre mon vélo et partir sur les sentiers de vignes aux pieds de la Sainte-Victoire. J’ai adoré suivre les vidéos de Sophie, frêle jeune femme (par ses mensurations) lancée courageusement à vélo sur l’exigeant parcours de la French Divide l’été dernier.

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Le Gravel c’est pas du cinéma … – photo ©Phil

Sans avoir à faire « tourner les tables », on sent que l’esprit est là et que l’on baigne dedans ; même si certains y cherchent bien sûr quelques opportunités commerciales. Cet « esprit Gravel », a même touché les « urbains » qui délaissent de plus en plus le « fixie » pour aller sur les chemins découvrir parcs et forêts. Des VTTistes convertis, retrouvent le plaisir des parties routes, car les petites routes de nos campagnes méritent aussi le détour. Les cyclosportifs, qui ont fait le tour de la question, lèvent le pied et prennent le temps de regarder enfin le paysage. Les cyclo-randonneurs, découvrent le plaisir de voyager léger avec le Bike packing et des vélos « multi-usages »..

Individuel ou collectif

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Une plaque sur le vélo … Esprit Gravel es-tu là ? … – photo ©sportograph

En mettant une plaque sur mon cadre à la première Gravel Roc, j’ai senti le côté anachronique d’une épreuve chronométrée qui correspond mal à ma vision du Gravel. Je me suis vu repartir sur les trails que j’ai fini par arrêter. Je respecte toutefois cette formule qui peut très bien correspondre à l’esprit découverte et sportif du Gravel. À la plaque de vélo je préfère le brassard de Chilkoot qui rime avec l’aventure et la belle histoire qui va avec. J’aime aussi les initiatives pionnières de Caminade qui sont « open » : Gravel66, Gravel Grand Paris, Gravel de Fer, …  Ce que je préfère c’est partir avec quelques amis sur une trace GPS préparée par l’un d’entre nous qui nous fait découvrir son territoire.

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Tour de l’étang de Berre – Gravel « Old School by Sunn Commencal » – photo ©BC

Avec le groupe Arles Gravel « Viens avec nous, si tu aimes passer partout ! » …j’ai découvert le Tour de Camargue, celui de l’Etang de Berre, bientôt de la Crau début février, … et ensuite ce sera à mon tour de leur faire découvrir début mars le tour de la Sainte Victoire. On roule, on s’attend, … on fait des pauses et des photos, on casse la croûte en route : on partage …

Ayons l’esprit large et aussi universel que ce vélo nous le permet … Est-ce que ce n’est pas ça finalement l’esprit Gravel.

Nota : pour les « grincheux » qui voient le démon marketing US partout sachez que :

  • effectivement, le Gravel bike vient des US, à cause du territoire et ses longues pistes en terre … Ils ont commencé avant nous, un peu comme le MTB auquel personne ne croyait en France au début des années 70.
  • que le mot Gravel, n’est pas un anglicisme mais simplement un mot venant du vieux français (cf. wikipédia : De l’ancien français gravel (« petit gravier, sable, petit caillou rond ») de genre masculin ou gravele de genre féminin.
  • que rien ne vous empêche de ressortir du garage ou de la cave votre vieux « biclou », de bricoler votre VTT, … comme l’a fait Dominique (voir photo plus haut) pour vivre pleinement « l’esprit Gravel » … Personne ne vous mettra le révolver sur la tempe pour aller faire l’achat d’un vélo estampillé Gravel sur le catalogue d’un fabricant ou chez un cadreur qui vous fera du sur-mesure.
  • enfin que nous sommes payés par personne pour parler du Gravel bike que nous aimons …

9 COMMENTAIRES

  1. Superbe article ! C’était un plaisir à lire et tu as bien décrit « l’esprit gravel ». C’est aussi comme ça que je le conçoit.
    Bonne continuation et à un jour peut être sur la route (ou les chemins) 😉

  2. très bonne article le gravel c’est va ou le vent te même pour moi
    le groupe Arles Gravel c’est vraiment « l’esprit gravel » cool sympa et bonne humeur ….

  3. Bonjour

    merci pour cet article. j’y retrouve « l’esprit » aventure qui me fais essayer de nouvelles pratiques natures (le trail, golf urbain ^^, rando etc)
    donc la question de débutant : si on veut commencer en gravel ? qué ki faut comme matos de base ? (quitte a investir un peu, ce qui est logique, autant éviter le mauvais choix pénalisant le long terme) compte tenu que je voulais me mettre au vélo « route » pour arpenter mon calvados chéri (le département, pas la boisson… quoique ^^) autant taquiner les chemins de traverses
    longue vie à Bike Café
    yann

    • Pour débuter il existe pas mal de vélos abordables autour des 1000 € … Nous avons testé le GIANT Revolt dans cette gamme de prix mais il y a pas mal de mal d’autres … Chose importante pour un achat, trouver un vélociste à proximité car il faut ensuite penser à l’entretien du vélo si vous n’êtes pas bricoleur.

  4. Excellent article qui definit parfaitement ce qu’est le gravel. Certes instrument de liberté, le gravel est aussi « diablement efficace » pour qui veut allez plus ou moins vite partout. Chapeau bas Patrick. Au plaisir de parcourir terre et bitume lors d’une viree avec les copains du Arles Garvel.

  5. Bon article. Mais j’ai une observation, avec un vtt souple, je pense quon peu rouler plus ou mojns egal que avec un gravel (plus encore si on change les pneus). On peut avoir esprit gravel avec a vtt aussi. Quel rol joue l’estetique on tout ça¿

  6. […] Le vélo gravel ce n’est evidemment pas qu’une définition technique. D’ailleurs, on pas attendu que la france soit chamionne du monde un seconde fois pour utiliser un vélo à la fois sur route et sur chemins (les fameux VTC, etc …). Le gravel, c’est aussi et surtout un état d’esprit. Pour le détailler, je renvois au très bel article du site Bike-café : Esprit gravel … es-tu là ? […]

  7. Excellent et passionnant article qui décrit parfaitement l’esprit  » gravel ». Nul besoin d’aller chez un concessionnaire pour
    débuter. Il suffit d’avoir envie pour essayer.
    Je roule avec mon vélo route « Cube », cadre alu et fourche carbone.Plateau modifié en 46/38 et 11vitesses arr.11 /32 dents.
    Les pneus sont des « Schalwbe Marathon Plus » afin d’éviter les crevaisons ( que je n’ai jamais eues ! ) .Par contre, ce sont
    des 700×25 C car la fourche n’acceptait pas une largeur supérieure.
    Je m’ adapte en roulant doucement sur les pistes forestières du Cap Sicié ou autres et recherche généralement le plaisir de
    passer dun goudron à la terre.
    Bonnes balades. Louis

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