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Le vélo barralumin un poids plume très moderne pour son âge

Trouvé par hasard par un de nos amis, ce vélo Barralumin nous a fait découvrir son fabricant : Nicolas Barra, un artisan qui a marqué l’histoire du cycle français. C’est en 1934, que ce génial artisan se fait remarquer lors du premier « concours de machines » créé par le Groupe montagnard français. Ce concours avait pour objectif d’encourager la diminution du poids des vélos au profit de la performance. Nicolas Barra a été le vainqueur de l’édition inaugurale et, l’année suivante, il s’est encore distingué en étant premier ex-aequo avec André Reyhand. Jusqu’à la seconde guerre mondiale et encore après cet artiste du chalumeau n’a pas cessé de créer des vélos et tandems révolutionnaires en alu. Autre concours … mais celui-là de circonstance, en début d’été 2016, les Cycles Victoire et le magazine 200 faisaient renaître le concours de machines à Ambert en Auvergne où l’on a évoqué le souvenir de M. Barra.

Au Bike Café nous connaissions déjà cet étonnant vélo « poids plume » en alu le Caminargent de Caminade. Il semble tout droit sorti de la préhistoire du cycle avec ses raccords boulonnés. Nous avions vu ce vélo en 2014 lors de l’exposition d’une partie de la collection de Robert Grandseigne, retraçant l’histoire du vélo avec des engins illustrants les différentes époques. La même année, nous avions également vu ce même type de cadre Caminade sur l’expo de la collection de Marco Lebreton à Anjou Vintage.

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Le Caminargent de Caminade (1926) de la collection de Marco Lebreton – Anjou Vintage 2014 – photo ©BC

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Il s’agissait d’un montage sans soudure … mais là, sur ce vélo Barallumin les tubes en aluminium sont soudés, ce qui, pour l’époque, était un exploit technique.

Nicolas Barra un as du chalumeau


Si vous avez été cette année au « Concours de machines » vous avez dû entendre parler de Nicolas Barra qui fut un génial constructeur de cycles et de tandems avant et après la Seconde Guerre Mondiale. Ses machines acquirent rapidement une grande réputation dans le milieu grâce en particulier à ces concours où la recherche du poids minimal (avec garde-boue et porte-bagages) était un point crucial. Les deux autres points étant la place obtenue sur un circuit souvent difficile et le parfait état de la machine à l’arrivée.

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Pour aller au-delà des performances que l’on pouvait obtenir avec des cadres en acier d’épaisseur 4/10ème, Nicolas Barra décida en 1936 d’engager une machine à cadre en alliage léger dans le « Grand-prix Duralumin » qui se déroulait dans la région stéphanoise.
Avant lui, les cadres en alliage léger existaient déjà, mais le montage des tubes s’effectuait par des manchons octogonaux comme sur le Caminade mentionné plus haut. Pour le concours de 1936, il engagea une machine en alliage léger brasé à basse température, mais elle fut battue au final par une machine à cadre acier. Le brasage tendre permettait de contourner les difficultés du brasage fort (très délicat à mettre en oeuvre) et du soudage.
Suite à ce relatif succès, en collaboration avec les « Tréfileries du Havre », il apprit à maîtriser le soudage au chalumeau oxydrique des cadres en alliage d’aluminium à 6.5 % de magnésium (Alumag). Il eut alors de nombreuses demandes de cyclos, mais aussi de champions cyclistes comme René Vietto. Dans son atelier il réalisait toutes les étapes nécessaires au soudage au chalumeau des alliages d’aluminium, en particulier les traitements chimiques de décapage avant et après soudage. Il déposa alors la marque Barralumin qui connut un grand succès dans notre monde des randonneurs.

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Publicité parue dans un ancien numéro de la revue le Cycliste avril 1936

Nicolas Barra construisit ainsi plus de 5000 cadres en alliage d’aluminium-magnésium (Série 5000) dont des tandems et même des triplettes. Il va sans dire que le maître devait avoir une grande aptitude gestuelle pour manier le chalumeau sur de telles épaisseurs !
Malheureusement, l’avènement du cyclomoteur, puis de l’automobile dans les années 1950 le conduisit à fermer boutique.

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« Si je devais tirer une philosophie de mon expérience, que j’ai sans doute été le seul à poursuivre aussi intensément, je dirais que la fabrication des cadres en alliage léger, soudés à l’autogène, nécessite des soins minutieux que ne demande pas l’acier. J’ai suivi, en cela, les directives de gens qualifiés et spécialisés, tant aux « Tréfileries du Havre » qu’à « l’Aluminium Français », qui ont fait subir à mes cadres des épreuves particulièrement dures. De cette façon j’ai pu aisément surmonter les problèmes qui se sont posés à moi dès le début. » déclarait Nicolas Barra dans la revue « Le Cycliste » de septembre-octobre 1969.

Nicolas Barra, ne pouvait pas être plus prophétique quand on connait maintenant le succès des cadres de tandem Cannondale et des cadres taïwanais (avec des soudures qui horrifieraient Monsieur Barra) ou plus modestement les belles réalisations de Pilorget. Ceci grâce aux procédés de soudage à l’arc TIG et MIG mis au point plus tard.

Notre vélo

Le cadre a été fabriqué dans l’atelier de Nicolas Barra, situé à Saint-Ouen au 58 rue des Rosiers, non loin de l’actuel Marché aux puces. Il porte un numéro de cadre 4599.

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photo ©PDM

Les artisans qui tenaient le haut du pavé à cette époque avaient une particularité : ils fabriquaient en plus du cadre leurs propres équipements. Cela leur permettait d’apporter une signature à leur vélo qui les rendait différents des machines standards. René Herse a été sans doute le plus prolifique dans ce domaine. Ce vélo Barralumin est la parfaite illustration de cet exercice avec notamment les ancêtres des freins de type cantilever.

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photo ©PDM

Le cadre N° 4599 a ceci de particulier qu’il n’est pas seulement en tubes d’aluminium mais que ces tubes sont soit avec des extrémités cylindriques soit ovales avec une fourche à feuilles propre à cet artisan tout comme les porte-bagages avant et arrière.

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Les tubes sont soit avec des extrémités cylindriques soit ovales – Illustration ©PDM

Ce numérotage nous permet d’estimer sa date de naissance dans les années 51/52 période faste des randonneuses de ce modèle pour Barra. Personne ne s’était lancé aussi loin dans l’exercice avec une telle maîtrise. L’alu était le signe de la modernité pour l’époque, les accessoires sont également fabriqués dans cette matière.

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photo ©PDM

Les gardes-boue Mavic Inal sont retouchés pour coller au cadre et à la dynamo.

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Les élégantes manivelles toujours en alu ont été piochées dans le catalogue Maxiplume. L’axe de pédalier à clavettes au chrome nickel est creux.

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Les plateaux Spécialités TA sont fixés suivant un montage de l’époque, cinq vis cheminées en proximité de l’axe.

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photo ©PDM

Le dérailleur baguette (type suicide) est un Lechat modifié coulissant dans un tube traversant le tube de cadre.

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photo ©PDM

Le dérailleur arrière est un Cyclo 5 vitesses monté sur une patte de fixation « maison ».

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Le levier de commande à excentrique en alu vient de Spécialités TA.

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Les freins avant et arrière sont propres au constructeur. Il a créé dès 1936 des « cantilever » astucieux équipés de tringles doubles et de patins obliques ajustables montés sur des tasseaux soudés au cadre. Ce type de frein ne sera disponible sur les vélos de série que dans les années 80.

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photo ©PDM

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photo ©PDM

Le cintre randonneuse est serré sur une potence très courte à la demande du client probablement et fixé directement sur le tube de fourche pour un montage type « ahead set » ne constituant pas un ensemble monobloc comme c’était courant.

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photo ©PDM

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photo ©PDM

Côté éclairage d’origine ; le feu avant est un Radios 12 alu, l’arrière un JOS avec son catadioptre intégré.

Les fils électriques relient la dynamo aux éclairages par l’intérieur du cadre.

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Les roues sont montées sur des moyeux Maxi-car et serrées par des papillons alu Bell

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photo ©PDM

Cerise sur le vélo : la selle est une Idéale duralumin  « métal de la Cégédur ». Il n’y a pas de tige de selle c’est le cadre qui définit la hauteur. Le vélo est construit aux mesures de son propriétaire.

Ce vélo équipé de son éclairage, gardes-boue, porte-bagages, … pèse un peu plus de 10kg ce qui est remarquable … certains fixie actuels en pèsent autant sinon plus.

Remerciements

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photo ©PDM

Merci au propriétaire, collectionneur et connaisseur de vélos anciens, qui nous a fait découvrir sa trouvaille. Tout fonctionne et le montage a été validé. La prochaine étape sera un démontage complet pour le nettoyage de toutes les pièces, la pose de nouveaux décalques, car ceux d’origine étaient en piteux état.

Merci à Laurent Jubin, cyclotouriste et ingénieur-soudeur, qui édite le blog « Tandem noir » dans lequel nous avons puisé les informations sur Nicolas Barra  … Voir son site pour en savoir plus.

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Pierre
Rueil-Malmaison (Ile-de-France) : Pierre est aussi à l'aise avec un bec à souder qu'avec ses chaussures de trail lorsqu'il déboule d'une pente dans les Alpes. Il collabore depuis le début à Track & News et maintenant à Bike Café avec son vieux compère Patrick. Spécialiste entre-autres des vieux vélos et de leur restauration il anime la partie "Atelier" du site.

2 COMMENTAIRES

  1. Ne refaites surtout pas les décalques, ils sont très bien comme ça…. Mieux vaut un décalque patiné et un peu effacé qu’une repro qui ne sera jamais authentique…

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