AccueilDécouvertesL'écho des marquesSelle Italia Flite, l'évolution d'un mythe  

Selle Italia Flite, l’évolution d’un mythe  

Rares sont les composants de vélo qui atteignent le statut d’icône. La Selle Italia Flite fait partie de ces exceptions en ayant défini ce que devrait être une selle performante moderne. Aujourd’hui, des cyclistes comme Mathieu van der Poel incarnent cet héritage, prouvant que la Flite reste aussi pertinente au plus haut niveau qu’il y a des décennies. À titre plus personnel, je roule parfois sur une Flite avec rails en titane des années 1990, montée sur mon vieux pista vintage. Ce morceau d’histoire du cyclisme qui crée un lien tangible entre passé et présent traverse les époques. En faisant l’acquisition de la nouvelle Boost Pro Team Kit Carbonio Superflow, j’ai essayé de comprendre l’iconisation de cette selle.

Selle Italia Flite
Ma nouvelle Boost Pro Team Kit Carbonio Superflow. L’héritage moderne d’un mythe – photo Patrick VDB

Les années 90 : naissance d’une révolution

Dans les années 90, le vélo va connaitre une révolution technologique majeure. C’est une décennie “charnière” durant laquelle l’acier cédera devant l’alu et le carbone sortira de l’expérimentation pour glisser vers l’industrialisation. Le Colnago C40 remporte Paris-Roubaix en 1995. La conception assistée par ordinateur et la réplication de la production des cadres vont changer la donne. Le VTT explose avec déjà une longueur d’avance du point de vue technologique. Le vélo entre dans la grande distribution avec B’Twin. Les marques françaises Look et Time conçoivent des bijoux en carbone. Dans ce contexte, les équipements se mettent au diapason. La selle Flite arrive et prend la suite de la Turbo chez les cyclistes professionnels qui vont l’adopter, séduits par son poids et sa ligne profilée.

Selle Italia Flite
Selle Italia a réédité sa selle iconique Flite – photo Selle Italia

Lancée en 1990, la Flite fut la toute première selle avec des rails apparents, qui a servi de modèle à – presque – toutes les selles modernes. Le style minimaliste a fait l’économie de flancs enveloppant les rails. Il s’agissait, à l’époque, de réduire significativement le poids d’ensemble. Cette avancée à l’époque a conféré, avec le temps, à cette selle un statut d’icône. Le design de la marque a réussi à garder cet esprit dans une réinterprétation résolument moderne. De profil, on retrouve le “nez” de la Flite historique. Sur la balance, rien à voir : 75 grammes de moins pour cette selle creuse montée sur rails en carbone.

Flite Selle Italia

Vous pouvez retrouver ici les modèles “replica” proposés par Selle Italia pour revivre les années 90.

Flite Selle Italia
La selle Flite 90’s monture titane sur mon ancien vélo de piste reconverti en single speed routier – photo Patrick VDB

L’héritage comme ADN de la marque

Une selle est en théorie purement fonctionnelle. Selle Italia en a fait un objet iconique.

Selle Italia fait partie de ces marques historiques du cyclisme italien qui ont réussi à traverser les décennies sans perdre leur identité. Son histoire raconte à la fois l’évolution du vélo de compétition et celle du rapport du cycliste à son point de contact le plus intime : la selle. L’entreprise naît en 1897 à Corsico près de Milan, dans une Italie où la bicyclette devient progressivement un outil de mobilité populaire. À l’origine, la marque fabrique des selles en cuir, dans une logique artisanale typique de l’époque.

Selle Italia Flite
Les 2 selles culte de la marque sont disponibles en replica – photo Selle Italia

Le grand virage arrive en 1979, lorsque la famille Bigolin rachète l’entreprise. La marque modernise totalement sa production et s’oriente vers la compétition. C’est véritablement à cette période que Selle Italia devient une référence mondiale. En 1980, le modèle Turbo s’impose dans les pelotons. En 1990, la Flite confirme cette orientation. Elle est plus légère, son design épuré et minimaliste va durablement inspirer toute l’industrie.

Dans les années 2000, la marque comprend que la performance seule ne suffit plus. Elle investit dans les études biomécaniques, les découpes anatomiques et les technologies de réduction de pression : c’est la naissance de la gamme SLR et de la technologie Super Flow. Comme Campagnolo ou Colnago, Selle Italia profite également de l’image liée à la culture cycliste italienne.

2020 : l’épreuve du gravel et des classiques modernes

Selle Italia Flite
Photo source Photonews et article à retrouver sur Matos Vélo

Le choix de Matthieu van der Poel pour représenter cette selle fait mouche.

La Flite Boost s’est fait plus largement connaitre en 2020 lorsque Selle Italia a lancé une selle dédiée à la victoire de Mathieu van der Poel sur le Tour des Flandres. Un modèle Flite Boost commémorant cette victoire est produit en série limitée à 104 exemplaires, évoquant le nombre d’éditions de la « Ronde van Vlaanderen ».

Selle Italia Flite

Parallèlement, l’essor du gravel démontre l’intérêt de ces selles plus courtes et creusées sur le hors-route. Elles démontrent une certaine polyvalence qui permet d’être à l’aise sur les terrains cassants ou les routes défoncées comme celles du Paris-Roubaix. Le choix de Matthieu van der Poel pour représenter la selle Flite fait mouche et l’icône venue des années 90 retrouve sa place d’honneur dans les pelotons.

La Flite Boost Pro Team Kit Carbonio Superflow : 30 ans de progrès

Pour moi, c’est totalement nouveau. Depuis mon bike fitting sur Idmatchen en 2019 chez Tribe, je roule en gravel et route sur une Selle Italia SLR Boost Kit Carbonio Superflow. J’ai malheureusement cassé cette selle lors d’une chute et l’idée de la remplacer par une Flite m’a été inspirée par l’ancienne que je possède et l’histoire qui va avec.

Tout d’abord, si on met les selles côte à côte, on remarque qu’elles ont le même nez. Un marqueur de royauté : souvenez-vous du nez des Bourbon qui révélait leur lignée. Si on passe ensuite sur la balance, on constate 75 grammes d’écart : ce n’est pas négligeable. Ce gain vient d’une longueur moindre, d’un évidement central et de l’usage du carbone qui favorise ce modèle 2026.

Description

Selle Italia Flite
Les lavandes et au fond on aperçoit le Ventoux – photo Patrick VDB

Malgré cette ressemblance nasale, la selle Flite a beaucoup évolué. Le canal Superflow conçu pour diminuer la pression périnéale creuse la selle. Les rails carbone ovales et légèrement plus longs ont remplacé le titane. La compacité de la forme Boost répond aux progrès de positionnement des cyclistes qui se déplacent moins sur leurs selles. Avec son poids optimisé et sa rigidité, on peut affirmer que la Flite 2026 est une autre selle.

Usage

Je me suis précipité sur le montage. La Flite Boost Pro Team Kit Carbonio Superflow est venue remplacer ma selle Fizik 3D très abimée. Une première sortie de 85 km me rassure à plusieurs niveaux. Malgré que la selle soit plus courte, l’appui bec de selle sur certains passages en montée est efficace. Le confort du Super Flow est appréciable. La rigidité offre un meilleur appui pour mieux transmettre la puissance. Petit détail lié à l’usage de mon single, qui nécessite d’être souvent en danseuse : le retour à la position assise est fluide et sans accrochage de cuissard, comme sur d’autres selles. Le nez arrondi de la Flite joue bien son rôle.

Un BRM 200 pour juger

Pour valider le confort et l’efficacité je me suis lancé sur un 200 km sur mon single speed en 44×19. Avec 2000 m de D+ cette distance sera juge de cette selle qui va remplacer ma selle 3D. À l’arrivée tout va bien, un vrai bonheur. Je constate surtout l’efficacité dans le maintien de la cadence lors des portions de pédalage intenses, bien calé sur l’assise.

La Flite entre mémoire et modernité

Aujourd’hui, on recherche confort et efficacité sans compromis.

Le parallèle implicite s’est posé pour moi entre ma Flite 90s et ma nouvelle selle : que s’est-il passé en 35 ans ? Autre temps, autre époque, et sans me plonger dans la nostalgie, je constate que nos pratiques et nos vélos ont bien évolué. Aujourd’hui, on roule sur route et en gravel avec des vélos qui se ressemblent. Les selles ont raccourci, elles se sont creusées, elles sont plus légères et la position des cyclistes sur le vélo a également évolué. Les attentes se situent au niveau du confort, surtout sur les longues distances, et de l’efficacité de l’appui. Le bike fitting est plus précis et permet de “poser” un cycliste sur sa selle de façon optimum. Aujourd’hui, on recherche confort et efficacité sans compromis.

Selle Italia Flite
photo Patrick VDB

Entre mes deux selles Flite, on constate que la longueur a changé : 28 cm pour la Flite 90’s et 25 cm pour la Flite actuelle. Nous avons gagné 75 grammes, ce qui semble peu, mais en pourcentage c’est beaucoup. Le carbone s’est imposé également dans la construction des selles modernes haut de gamme. Les selles “creusées” sont désormais majoritaires pour soulager la pression périnéale.

Pourquoi certaines pièces deviennent-elles intemporelles ?

La Flite est un exemple rare de longévité dans le vélo. On peut la comparer dans ce domaine aux selles en cuir comme la Brooks ou la selle française Idéale qui a réussi à revivre. Contrairement à ces selles, qui sont restées conformes à leur époque, la longévité de la Flite repose sur le design réinterprété qui fait référence au passé, mais qui est complètement modernisé. Je compare ce phénomène dans le vélo à ce que l’on constate dans l’automobile avec l’Austin Mini, la Fiat 500, la R5 Renault, la Volkswagen New Beetle… L’innovation est bien présente, elle renforce cette identité forte légitimée par le temps. Ma nouvelle selle Flite sait tout faire, elle peut, comme actuellement sur mon single speed, m’offrir un appui efficace lorsque je dois délivrer une pleine puissance. Elle ne doit pas entraver les fréquences de pédalage devenues importantes dans le cyclisme moderne. Je me demande si cette Flite est encore une selle route et si elle n’est pas devenue une selle universelle.


Patrick
Patrick
Patrick Van Den Bossche a créé les blogs Running Café, Track & News, puis Bike Café. Curieux invétéré, observateur des tendances, il adore mettre en lumière les personnalités et les anonymes du petit monde du vélo. Il a collaboré longuement à la revue Cyclist France et affectionne la simplicité des vélos anciens ou modernes. Depuis sa découverte du gravel en 2015, il s'adonne régulièrement à des sorties sur route et sur chemins autour de la Sainte-Victoire. Il adore la pratique minimaliste du single speed sur route sur son vélo en acier.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Renseignez votre commentaire
Renseignez votre nom

Articles similaires

Du même auteur

Ils soutiennent Bike Café