Dans une interview récente, publiée dans Le Monde, Sylvain Tesson nous invite à goûter au plaisir de la déconnexion aux écrans et au monde à travers le voyage. Il propose l’aventure, pour vivre la vraie vie. Je souhaitais vous parler du dernier livre que j’ai lu de cet écrivain voyageur : « En avant, calme et fou ».

Titre en clin d’œil probablement au Roman de François Nourrisier, chez Grasset à moins que Sylvain ne soit un cavalier émérite et qu’il fasse sienne, à sa manière, la doctrine du Cadre Noir à Saumur « Le cheval en avant, calme et droit ». À moins encore, et c’est plus probable, que Sylvain ne voue une passion non dissimulée pour Napoléon et ses grandes campagnes à travers le continent, à la conquête, coûte que coûte de terres et de peuples pour asseoir son empire. Cette accointance avec les campagnes Bonapartistes est plus que probable lorsque l’on évoque Sylvain Tesson. Dans ce livre, « En avant, calme et fou » on retrouve les termes de grognards, qui sont, rappelons-le, les fidèles soldats de la vieille garde de Napoléon 1er. N’est-il pas parti sur les traces de ces fameux soldats, lors de leur retraite de Russie, lui-même à bord de side-car ? De cette traversée il a tiré un autre livre « Berezina » aux éditions Guerin Chamonix.

En avant calme et fou
En avant calme et fou

Mais pourquoi vous parler d’« En avant, calme et fou » qui est une sorte de melting pot des différentes aventures de Sylvain Tesson le cul posé sur des selles de moto alors qu’ici on essaye plutôt de parler de vélo et son univers. Rappelons que Sylvain a « roulé sur la Terre » à vélo bien avant d’avoir les moyens de remplir son réservoir de pétrole. C’était en 1993, avec son comparse Alexandre Poussin, bien avant les réseaux sociaux et l’ère digitale, bien avant l’Euro, ils sont partis un an, rouler autour du monde sur 25 000 km, sur leur vélo. Quelqu’un qui a su boucler ce tour du monde à vélo, doit certainement avoir des choses intéressantes à nous dire lorsqu’il partage ces aventures à moto. Aussi parce que Sylvain et ses compagnons de route sont à la poursuite de liberté. Cette sensation ou cette quête de liberté nous la connaissons tous sur notre vélo. Que ce soit en usage urbain, en vtt, sur la route ou même en voyage au long cours à vélo.

« Le pilotage appartenait à ces choses que l’on fait dans l’unique espoir de goûter le moment où elles prendront fin. »

Pas besoin d’y penser trop longtemps, ce pilotage de la moto n’est finalement pas si éloigné que cela du vélo. Un équilibre précaire, un guidon, une selle, les cheveux au vent (le casque en moto est optionnel dans bien des pays), la route qui se dévoile au fil des kilomètres, une nécessité de voyager léger. Oui, Sylvain Tesson profite pendant ses haltes de quelques bouteilles de Mouton Cadet. Oui Sylvain Tesson s’autorise d’emmener avec lui dans ses aventures des mécaniciens. Les motos qu’ils enfourchent coûtent probablement moins cher que nos montures, elles sont d’une conception d’un autre âge, quand les vélos de longues distances vus sur les TCR et autres Zéfal Born to ride sont la crème de la crème.

« Une aventure consiste à aller d’un bivouac à un autre de la manière la plus difficile possible ».

Cette définition de l’aventure « Tessonienne » est loin de la performance qu’un personnage comme Mike Horn pourrait proposer. Elle s’accommode plutôt bien avec les programmes proposés par les organisateurs de courses d’ultra distance à vélo. Le bivouac, le temps de l’introspection, le temps de l’écoute, du partage et de la découverte. Les concurrents de la TCR, au moment où j’écris ces lignes, qui sont aux portes de la Slovénie, sont tous pour la plupart dans cette quête. Une quête non pas de performance mais de liberté. Aussi ils ne doivent espérer qu’une chose, atteindre leur prochain bivouac tranquillement, sereinement. Les coureurs de la « Napoléon » organisée par Chilkoot l’hiver dernier, doivent aussi aisément comprendre cette définition et cette recherche de liberté.

En avant calme et fou
En avant calme et fou

« En avant, calme et fou » est donc un beau livre de voyages, de rencontres, d’amitiés, d’aventures. C’est aussi la mise en perspective de projets un peu déments, dans lesquels on s’embarque en laissant la raison sur le bord de la route. Enfin peu importe le moyen de locomotion, pourvu qu’on ait l’ivresse.

En avant, calmes et déterminés.

Informations

Pitch de l’éditeur

« Nous décampâmes. Nous partîmes vers les horizons, avec une fièvre dont nous pensions que l’accumulation de kilomètres serait l’antidote alors qu’elle s’en révéla l’excitant. Mais le mouvement apaisait quand même quelque chose. Il atténuait notre mélancolie de n’avoir rien fait de nos vies, d’être né trop tard et d’avoir tout raté. Nous n’étions pas des lansquenets, nous avions manqué l’embarquement sur les galions pirates, nous ne rejoindrions jamais la forêt de Sherwood. Que restait-il  ? Les mobs, mon pote. Nous avons alors roulé sur la Terre. En Inde, en Russie, en Finlande, au Bhoutan, en Mongolie et en Sibérie, en Chine, en Serbie, au Chili, en Asie centrale et au Népal, à Madagascar et en Asie du sud-est. »

L’aventure comme art de vivre. Embarquez avec Sylvain Tesson et Thomas Goisque pour vingt-cinq ans de chevauchées autour du monde : une rafale d’oxygène et de liberté !

À propos des auteurs

Sylvain Tesson est un écrivain et voyageur français né le 26 avril 1972 à Paris. Auteur passionné de voyages et d’aventures il a parfois utilisé le vélo pour ses aventures comme lors d’une traversée à vélo du désert central d’Islande. Au début des années 90, il fait le tour du monde à bicyclette avec Alexandre Poussin, qu’il connaît depuis la classe de seconde au lycée Passy-Buzenval. Les deux compères, qui ont terminé ensemble leurs études de géographie à Paris, tirent de leur voyage, en 1996, le livre « On a roulé sur la terre », qui leur vaut le prix jeune de l’IGN. Depuis Sylvain Tesson a écrit de nombreux ouvrages.

Thomas Goisque est reporter-photographe indépendant, il parcourt le globe depuis de nombreuses années, proposant ses reportages d’une rare intensité à de nombreux magazines français ou internationaux. Il a noué avec Sylvain Tesson une amitié aventure qui l’a rendu complice de plusieurs de ses aventures.

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