J’ai frôlé un anathème gravelistique en me lançant dans ce test du Cannondale Synapse Neo SE. Que n’avais-je pas fait ? Essayer un vélo électrique de nos jours et on vous envoie au bûcher. Les premières images de cet essai ont provoqué des courts circuits sur les réseaux (dit sociaux). En effet, le courant n’est pas passé avec certains de mes camarades cyclistes à qui l’électrique colle des boutons (pas des interrupteurs). Avant d’enfourcher ce vélo, j’ai fait un certain nombre de va-et-vient entre deux positions : soit je reste dans l’ombre en refusant de jouer les cyclistes branchés, soit le courant passe et je m’offre le culot (vissant) d’un test qui va me permettre d’y voir plus clair.

Cannondale Synapse Neo SE review
Cannondale Synapse Neo SE … l’anathème gravelistique pourrait m’attirer la foudre qui viendrait percer mes tubeless – photo Stéphane Pochat

L’électrique est partout et on ne ferait plus grand chose sans cette fée qui fait vivre nos foyers et marcher l’économie. Peut-on aller contre le modernisme et revenir à l’âge des cavernes ? … Peut-on nier les progrès qui nous sont proposés ? Le choix final nous appartient et nous sommes à priori des gens sensés et responsables vis-à-vis des problématiques environnementales. J’ai deux exemples qui plaident en faveur de l’assistance électrique. Le premier est le cas de mon ami Jean-Denis, très bon cycliste, collaborateur du magazine Le Cycle et qui malheureusement a été atteint par un cancer qui progressivement l’a détruit. Jusqu’au dernier moment, malgré les épuisantes séances de chimio-thérapie, il a pu vivre sa passion grâce à un VAE Giant. Le second est le témoignage d’un ami cycliste qui vivait égoïstement ses ballades dans les Alpes. De retour il racontait à sa femme ses aventures. Maintenant il partage avec elle ses montées de col et ensemble en haut ils peuvent admirer les paysages. Il y a sans doute beaucoup d’autres bonnes raisons pour, à contrario, promouvoir l’effort musculaire. Nombreux cyclistes, et j’en fait partie, aiment cet engagement physique qui va avec notre sport.

Les présentations …

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Cannondale Synapse Neo SE – Le gros bidule, que l’on remarque immédiatement au niveau du pédalier, est un moteur électrique Bosch Active plus – photo Bike Café

On est en présence d’un Synapse construit sur la base d’un bon cadre alu et d’une fourche carbone : on peut dire que Cannondale sait concevoir de belles géométries. Avec le Slate et sa lefty, la marque US a été, et reste une marque qui a su créer de l’innovation dans le petit monde du gravel. Le modèle que j’essaie est un Neo SE. Le gros bidule, que l’on remarque immédiatement au niveau du pédalier, est un moteur électrique Bosch Active plus qui produit un couple allant jusqu’à 50 Nm. Ce moteur, qui est l’âme de ce vélo, est remarquablement silencieux et souple : c’est ce que j’ai remarqué en premier dès mes premiers tours de roues. Pourquoi cette motorisation plutôt que le modèle Bosch performance ? … Tout simplement car ce moteur est plus petit, plus léger et moins bruyant. Un gravel ce n’est pas un VTT, sa polyvalence le rend plus proche d’un vélo de route et ne nécessite pas la même puissance …

Cannondale Synapse Neo SE
Cannondale Synapse Neo SE – Le choix de roues de 650 montées avec des pneus de WTB Byway de 47 est judicieux pour offrir du confort à cette machine un peu lourde – photo Bike Café

Les équipements sont du type gravel avec une transmission animée par un mono plateau de 44 dents qui s’accouple à une cassette de 11 vitesses étagées de 11 à 42. Avec l’assistance on passe partout avec de tels braquets. En mode OFF ce sera plus dur sur les pentes trop raides mais ça passe très bien sur des parcours plus roulants. Les freins Sram Apex hydrauliques s’avèrent efficaces pour arrêter ce vélo qui accuse plus de 17 kg sans les accessoires (bidons, outils, …). Je n’ai pas de remarque sur les reste des équipements. Le choix de roues de 650 montées avec des pneus de WTB Byway de 47 est judicieux pour offrir du confort à cette machine un peu lourde. Mon seul reproche sera le choix du cintre trop typé « road ». Je me suis habitué en gravel à des guidons ayant un flare important.

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Cannondale Synapse Neo SE L’écran Purion nous affiche les 5 modes d’assistance – photo Bike Café

L’écran Purion nous affiche les 5 modes d’assistance disponibles que vous pourrez choisir en fonction des circonstances et de notre condition physique : Eco, Tour, Sport, Turbo et Off :

  • Off : Aucune assistance, Purion affiche toutes les informations importantes.
  • Eco : Assistance active, mais légère, permettant une efficacité et une autonomie maximale.
  • Tour : Assistance régulière pour les longs trajets, avec un focus important sur une autonomie élevée.
  • Sport : Assistance immédiate et puissante pour une conduite sportive en ville et à la campagne.
  • Turbo : Un soutien puissant direct et maximal jusqu’à une cadence maximale pour une conduite sportive

 

Prise en main

On est sur un VRAI vélo et pas une mobylette. Ce modèle respecte la législation qui oblige une « coupure de courant » dès que le compteur indiquera que vous êtes à 25 km/h. Quand je dis vrai vélo cela implique que pour le faire avancer il faut appuyer sur les pédales. En manœuvrant le vélo, pour le sortir de mon garage, je suis un peu inquiet par le poids de l’engin … plus de 17 kg. Comment ça va se passer au-delà des 25 à l’heure et si jamais je tombe en panne sèche de watts : ça va être galère ? …

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Cannondale Synapse Neo SE – Agréable en ville dans la circulation – photo Stéphane Pochat

J’enfourche la bête, qui m’accueille confortablement sur ses pneus de 47. Je mets sur le mode ECO pour sortir de ma rue en pente. Je sens l’aide apportée par le moteur, mais il faut que j’appuie quand même. On prend le chemin de la route Cézanne qui mène au Tholonet. Comme sur un vélo normal il faut jouer avec les braquets pour passer les petites montées toujours en ECO. Arrivé au Tholonet la montée vers le lac Zola se présente avec ses passages à 16 – 17 %. Je passe en mode  Sport et ça grimpe facile. Habituellement ici je mets mon 38 x 42 sur mon Caminade. Là en 44 x 42 je reste assis et je suis surpris de mon aisance … c’est bluffant. Pas d’à-coup tout se passe en souplesse, j’essaie les différents modes. Ça se déroule comme du « fondu-enchaîné » en vidéo, aussi bien au niveau du changement de braquet que de celui du mode d’assistance. Je n’ai jamais utilisé le mode Turbo lors de l’essai sauf comme ça pour voir. La plupart du temps sur les pistes je reste en mode ECO ou en TOUR … mais tout dépendra de la condition physique du cycliste et du profil du terrain.

Le poids se fait oublier et il devient presque un ami sur les lignes droites caillouteuses où l’on dépasse le 25 km/h … 26, 27, 28 … je ne sens même pas dans les jambes que le moteur s’est mis sur « OFF », comme la réglementation l’impose. Il n’y a pas eu de coupure nette et brutale. L’inertie du vélo accompagne la cadence de mes coups de pédale et, progressivement, je perçois à la pédale que je ne suis plus aidé. Soit, je n’ai plus l’assistance du moteur, mais mes jambes qui se sont économisées dans les parties dures sont heureuses de pouvoir envoyer à leur tour des watts pour faire avancer le vélo.

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Cannondale Synapse Neo SE – Sur route photo je suis dans mes chronos habituels – Stéphane Pochat

Sur route, assez facilement, je suis dans mes chronos habituels obtenus sur mon vélo qui rend 8 kg à ce Neo SE.

La vidéo

Parlons de l’usage gravel

Cannondale Synapse Neo SE review
Cannondale Synapse Neo SE review

À part le portage et les acrobaties de type cyclo-cross, ce vélo est hyper agréable en mode gravel. Le mono plateau, les roues de 650 avec la monte en 47 le rendent apte à parcourir toutes nos pistes du sud particulièrement rugueuses. On peut, étant donné son autonomie, se projeter dans des projets de voyages type Bikepacking. Il est donné pour 200 kilomètres en mode ECO. Même si il convient de pondérer ces chiffres en fonction du profil du parcours, ça laisse une belle autonomie. Sur certaines pistes roulantes je n’hésite pas à repasser sur OFF : le vélo roule très bien et finalement je me sens capable de le ramener vers une prise de courant en cas de défaillance de la batterie. Ce sera la seule limite à l’itinérance : vous ne pourrez pas faire du voyage bivouac nature loin d’une source électrique à l’étape et il faudra trimbaler le chargeur dans vos sacoches : attention de ne pas l’oublier. Il faut 4 heures pour faire le plein de jus tout neuf avec le chargeur 4 ampères.

Ma conclusion

J’ai fait du vélo, pas de la moto …

Loin des débats stériles, voir ayatollesques, sur la pertinence du VAE, je partais personnellement sans aucune idée préconçue sur le sujet. Ma seule expérience était une traversée de parking sur un VTT : c’est-à-dire rien du tout. Cet essai m’a emballé, et même si perso je vais attendre encore un peu, je ne dis pas qu’un jour je n’y passerai pas à l’électrique. J’ai découvert sur ce vélo le plaisir de rouler mais sans les galères dans les raidards. C’est du sport, le coeur monte les muscles se contractent, mais sans avoir à se mettre dans le dur. Ma grande découverte lors de cet essai c’est d’avoir eu le sentiment en roulant sur ce Synapse SE Neo d’avoir fait du vélo et pas de la moto.

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Cannondale Synapse Neo SE – Il est aussi à l’aise sur route que sur les pistes – photo Stéphane Pochat

Si j’avais un vélo électrique à choisir, j’opterais très certainement pour un modèle e-gravel comme ce Neo SE. Il m’a montré qu’il était aussi à l’aise sur la route que sur les pistes, alors pourquoi se priver de cette polyvalence ? Pour moi c’est évident, j’ai envie de passer partout … ou presque avec mon vélo et de me projeter dans des projets de petits voyages.

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Cannondale Synapse Neo SE – Sa ligne pataude reste acceptable et cette couleur grise le rend discret – photo Stéphane Pochat

Pour revenir à ce Cannondale, je le trouve assez réussi, sa ligne pataude reste acceptable et cette couleur grise le rend discret. Son pilotage est sain : il garde bien la ligne. Dans son combat frontal avec les pierres sur les chemins, il est aidé par son poids et la taille de ses pneus. En descente il faudra tenir compte de son poids qui implique une certaine inertie  dans les virages, on s’y habitue très vite. Mais avec ce type de vélo on ne sera pas à l’attaque ou alors il y a erreur de casting. Pour 3699 € on a un équipement correct et surtout on dispose de ce très bon moteur Bosch Active plus de 250W, qui me fera regarder ma perceuse verte d’un autre oeil. Sa puissante batterie de 500Wh, autorise une autonomie qui permet à ce vélo de cibler les vrais cyclistes qui ne se contentent pas de faire des ronds en ville. Je regrette juste le choix du cintre Cannondale C3, pas assez gravel pour offrir, par une ouverture plus large du bas du cintre, une tenue plus vigoureuse dans les descentes. Le silence de son moteur et la souplesse des transitions en musculaire dès que l’on atteint les 25 km/h sont remarquables. J’ajoute également un très bon freinage, malgré le poids,  pour lequel il conviendra de doser. En effet, le WTB est un pneu mixte lisse en son milieu et je me suis fait quelques dérapages roue arrière en appuyant trop fort dans certaines circonstances limites.

Je dois rendre rapidement le vélo qui doit tourner en démo clientèle, mais finalement ce n’est pas plus mal car je pouvais facilement m’y habituer avec le risque de ne plus pouvoir m’en passer;-)

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Cannondale Synapse Neo SE – Peut-être qu’un jour le Père Noël m’en amènera un dans sa hotte – photo Bike Café

Caractéristiques

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Cannondale Synapse Neo SE caractéristiques

CADRE : ALL-NEW Synapse NEO, SmartForm C1 Alloy, SAVE, Ai, flat mount brake, 142×12 thru-axle
FOURCHE : ALL-NEW Synapse NEO Disc, BallisTec Carbon, 1-1/8″ to 1.5″ tapered steerer, 55mm offset, flat mount, 12×100 thru axle
JANTES : WTB STi29 TCS 2.0, 28h, tubeless ready
MOYEUX : Formula RX-512 12×100 front, DC-142 rear
RAYONS : DT Swiss Champion
PNEUS : WTB Byway TCS, 650b x 47 mm, tubeless ready
PÉDALIER : Bosch Gen3 w/ custom Ai offset spider, 44t
CHAÎNE : SRAM PC-1110, 11-speed
CASSETTE : SRAM PG-1130, 11-42, 11-speed
DÉRAILLEUR ARRIÈRE : SRAM Apex 1, Long cage
MANETTES DE VITESSE : SRAM Apex 1 HRD, 11-speed
CINTRE : Cannondale C3, 6061 Alloy, Compact
POIGNÉES : Cannondale Grip Bar Tape w/Gel, 3.5mm
POTENCE : Cannondale C3, 3D Forged 6061 Alloy, 1-1/8″, 31.8, 7°
JEU DE DIRECTION : Integrated, 1-1/8 to 1.5″, sealed angular contact bearings
FREINS : SRAM Apex 1 HRD, 160/160mm Centerline rotors
LEVIERS DE FREIN : SRAM Apex 1 HRD
SELLE : Fabric Scoop Radius Elite, cro-mo rails
TIGE DE SELLE : Cannondale C3, 6061 Alloy, 25.4X350mm
TAILLES : S, M, L, XL
DISPLAY : Bosch Purion
BATTERY : Bosch PowerTube 500Wh
CHARGER : Bosch 4A
DRIVE UNIT : Bosch Active Line Plus 250W

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Aix-en-Provence - Après la création de Running Café, la co-fondation de Track & News Patrick remonte sur le vélo en créant Bike Café. Il adore rouler sur route et sur les chemins du côté de la Sainte-Victoire. Il collabore en freelance à la revue Cyclist France. Affectionne les vieux vélos et la tendance "vintage". Depuis sa découverte du gravel bike en 2015, il s'adonne régulièrement à des sorties "off road" dans sa belle région de Provence.

9 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    Bravo pour ce test, très intéressant pour moi après deux opérations de la guibole (fémur et cheville, donc 8 mois quasiment sans pédaler!) et presque 70 tours au compteur. Ne reste plus qu’à comparer ce Cannondale avec l’Orbea gain et faire le point sur ces deux solutions radicalement (?) différentes: moteur au pédalier vs moteur nettement moins puissant dans le moyeu arrière pour l’Orbea. J’ai eu l’occasion de faire quelques centaines de mètres sur bitume avec l’Orbea. Bluffant! Mais qu’en sera-t-il sur chemin sautillant? J’attends ce comparatif avec impatience!
    Cordialement
    Marco

  2. Article très intéressant et qui me rends enthousiaste concernant mon avenir cycliste.
    Ces dernières années, le matériel évolue vraiment très vite …

    PS. J’ai déjà passé un cap, mon tout dernier Gravel est équipé en DI2 😉

  3. Oui Roch … je me suis fait la même réflexion mon avenir (si on peut parler ainsi de ce qui va se passer après mes 70 piges) est assuré … Je vais viser 100 berges sur les pistes.

  4. Bonjour,
    moi j’ai quelque souci cardiaque ( mon ami Dan c’est de quoi je parle)
    j’était aussi retissent mais dans ma région plutôt froide …et mon coeur faiblard
    je me suis transformer un Giant e-road première version en gravel pour l’hiver et les coups de moins bien
    oui au début on ce dit c’est pas du vrais velo …. mais il faut constater que les deux sont complémentaire,
    pour moi, et je ne regrette pas d’être passer du cote obscur les jours ou mon specialized diverge me parait hors de portée

    Herve

  5. Je me permets d’ajouter qu’en montée gravel, on regarde où placer la roue, on pédale et le vélo « survole » les difficultés.Lorsque la descente devient technique, donc à vitesse faible à modérée, le poids se fait sentir sur l’avant qui peut être alors à surveiller (je module car le M était un peu court pour mon 1.8m).

  6. Pour ma part cet article bien argumenté a quelque peu modifié ma perception du VAE et donne des perspectives de longévité sur les pistes Gravel.
    Je ne verrai plus du même œil le velo tafeur en costard qui parfois le matin me laisse littéralement sur place dans un raidar

    • Pareil pour moi … vélotafeurs ou VTTistes électrifiés qui me doublent ne créent ni amertume ni colère de mon côté. Je suis sûr qu’ils admirent l’effort que je dois produire pour faire avancer musculairement mon vélo. Une rencontre avec l’un deux sur la montée du col du Comte au Ventoux m’a confirmé que ces cyclistes enviaient nos capacités ;^))

  7. Le côté obscur je l ai franchi après plusieurs opérations au genou. Quel bonheur de pédaler comme un musculaire en bon état et avec l avantage de le faire tout temps car le vae ne craint pas le vent.

  8. Après une blessure au genou lors d’un marathon, mon médecin m’a recommandé de reprendre le sport par de la natation et du vélo.
    N’étant pas un cycliste affirmé et habitant dans les Alpes, je pense que les VAE sont une bonne alternative…
    J’y vois un autre intérêt : parfois les routes montagneuse sont au même endroit TRÈS tortueuses et TRÈS pentues…le genre d’endroit où il n’y a aucune visibilité et où s’exerce les pilotes de rallye du dimanche. Il me semble intéressant d’y rester le moins longtemps possible pour ne pas s’y faire déglinguer par la première Subaru qui passe. L’intérêt d’un VAE est donc de se dégager de ce genre d’endroit rapidement…
    Tout le monde n’a pas la prétention de se confronter au Tour de France…enfin c’est mon avis de non puriste.
    Merci pour cet essai!

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