Quelle niche ? … J’entends encore certains parler d’une niche commerciale en ce qui concerne le gravel. Faudrait peut-être le dire à Shimano et même à Go Sport et Decathlon, qui en principe ciblent les gros marchés, qu’ils courent à la catastrophe en proposant des produits gravel 😉 La niche en question est devenue en 3 ans un vaste chenil. Nous sommes nombreux a en avoir ouvert les portes en grand. Nos « vélos sauvages » ont bondi sur les sentiers et les petites routes avides d’aventures et de découvertes.

Le gravel sort de sa niche
Shimano GRX arrive on va s’habituer à voir ces nouvelles commandes de freins – photo Shimano

Beaucoup n’ont pas vu le coup arriver … Les principaux constructeurs voulaient vendre du « disque » à tout prix. Ils voyaient poindre « l’Eldorado » du marché de remplacement des freins sur jantes, avec des « clones » de vélos de compétition, sans voir que parallèlement la demande gravel venue par la base, arrivait comme une lame de fond. C’était ignorer l’évolution de notre société, en quête de liberté et de découvertes, qui pèse aujourd’hui sur un marché du vélo.

En voulant changer de vélo pour abandonner ses « freins sur jante » et ses pneus de 23, le cycliste moderne et informé se dit aujourd’hui « Et si je faisais l’acquisition d’un vélo polyvalent : un gravel par exemple ! » … Pas bête … Et alors que certaines marques restent dans la « niche », d’autres ont fait le pari de jouer cette carte et les ventes décollent. Notre essai récent du Graxx d’Origine est le parfait exemple de cette vision d’un vélo unique qui vient remplacer le vélo qu’on l’on baptisait endurance qui est en train de devenir un gravel ou peut-être redevenir une randonneuse moderne. D’autres petites structures en France plus rapides à réagir que les grands groupes l’ont aussi interprété de cette façon : Caminade et ses AllRoad titane manchonnés carbone, les cycles Victoire et leur nouvelle marque Distance, 2.11 cycles et le surprenant MR4, Cyfac et la résurgente marque Méral, les cycles Leon et ses vélos Sauvage, … pour ceux que je connais le mieux. Ces constructeurs, et il y en a beaucoup d’autres, sont capables de vous proposer le vélo unique qu’il vous faut.

Des grosses pointures sur le gravel

C’est la réponse du berger à la bergère, Shimano arrive sur un terrain que Sram avait investi, en proposant un groupe GRX dédié au gravel. Alors là ça va en boucher un coin à ceux qui parlent encore de niche. Je ne vous ferais pas l’article sur le groupe GRX, car tous les sites internet et les blogs ont repris en coeur la chanson, et je ne vais pas y ajouter mon couplet. Les mêmes images s’affichent partout et la campagne commerciale lancée par Shimano est parfaite. Les modèles de vélo 2020 adopteront ce groupe, mono ou double, avec enfin un 48/31 pour disposer des braquets adaptés aux sentiers de chèvres. Voir les infos sur le site de Shimano.

Sub Brakes Shimano BL-RX812
Sub Brakes Shimano BL-RX812

La nouveauté qui m’a le plus séduit dans cette annonce, ce sont les freins avec un axe déplacé et les petits leviers de renvoi « top bar » comme en cyclo-cross qui permettent de varier les positions de mains. Il y a également ce pédalier double en 48/31 qui va autoriser une combinaison de braquets plus conforme à un usage gravel et voyage.

Autres arrivées de grosses pointures sur le segment gravel : Décathlon et Go Sport. La grande distrib s’y met alors peut-on encore parler de niche ? Nous avons testé récemment le Triban 520 et chez Go Sport, pour 699 € vous repartez du magasin avec un vélo Scrapper Spego Gravel.

Gravel SCRAPPER SPEGO Go Sport
Le Gravel Scrapper Spego Go Sport … Ne me demandez pas des détails il n’y a rien d’indiqué sur le site : c’est juste marqué Gravel sur la fourche

Je vous laisse à vos interrogations « gravel or not gravel : that is the question« , lorsque vous regarderez votre (vos) vieux vélo(s) qui s’ennuie (nt) dans le garage, comme Hamlet regardait un crâne en se posant cette question existentielle.

Perso ça fait 4 ans que je ne me la pose plus : la polyvalence est l’avenir du cycliste.

10 COMMENTAIRES

  1. Bonjour Patrick,

    Article intéressant qui pour moi montre que Shimano a la stratégie adaptée à sa position de numéro un sur le marché (prise de risque minimum avec arrivée tardive sur le segment / innovation modérée dans le produit avec le double freinage).

    Ok avec toi le gravel passe de marché de niche à mainstream (le VAE va lui faire de l’ombre à mon avis)

    Ce qui est paradoxal c’est que je vois encore beaucoup de monde ignorer ce qu’est le gravel. Plus particulièrement les cyclistes Mamil : https://en.wikipedia.org/wiki/Mamil

    Pronostic => tant que les pros n’y viendront pas ces derniers resteront en 25 / carbone / lycra. A surveiller les reportages sur les vélos de pros cet été.

  2. Les Mamil sont minoritaires mais certains qui suivent la mode viennent quand même s’encanailler sur les sentiers … Il existe des vélos très chers et de beaux maillots en mérinos pour dépenser quelques sous et montrer sa fortune. Par contre sur les sentiers ce n’est pas comme autour de Longchamp pour la frime.

  3. Ben dis-donc, on prend cher chez vous quand on ne roule pas en gravel 🙁
    Je pensais qu’il fallait être ouvert(s) d’esprit ?
    https://bike-cafe.fr/2019/04/evitez-les-ornieres-du-sectarisme/

    On ne peut plus rouler avec un vélo d’endurance-freins-jantes-pneus-de-28 ? Sans être un Mamil qui veut montrer sa fortune ?
    Je pensais juste faire du vélo… Vite, pas vite, loin, pas trop, toute la journée, seulement 1h30… M’amuser, quoi.
    Est-ce que maintenant je dois jeter mon VTT pas cher, mon (vieil) acier plus vraiment cher, et ce récent vélo d’endurance donc, pour acheter un gravel toujours trop cher ? Sous peine de ne pas avoir compris qu’il faut un vélo polyvalent et ne pas être dans le coup ?

    J’avoue être un peu déçu par la tonalité de votre article, je vous croyais à l’abri du snobisme que je rencontre (souvent) sur la route :-\

  4. Moi qui passe pour le grognon de service, je trouve l’article très bien vu. J’ai tellement été regardé de travers en demandant ce type de vélo quand il n’existait pas. Mais il est certain qu’avec de bons pneus de 28 on peut quand même avoir un vélo polyvalent sans avoir besoin de changer pour un gravel.
    Ce qui me plait dans l’annonce du GRX c’est que Shimano écoute le marché, et sort d’une logique d’innovation « futile ».
    Après, je trouve que l’écart entre 48 et 31 et 46-30 très grand et je n’arrive pas à comprendre pourquoi le triple a été ringardisé. Tout le monde parle de plage de développements (qui est effectivement tout à fait ok avec le double et des cassettes actuelles) mais personne n’aborde la question de la progressivité et du confort du triple pour trouver facilement le bon rapport sasn devoir jongler avec les 2 manettes (quand on passe du gros au petit devant).

    • Entièrement d’accord avec vous, Vince! L’abandon du triple aura permis, en tout, cas, des tas de discussions et de prises de tête sur la cassette idéale pour les sorties sur le plat ou pour la montagne, idem pour les plateaux. Questions qu’on avait oublié avec le triple, performant partout. Sans parler de l’étagement des vitesses, inégalable avec un double. Au final, on observe quoi.. Que le fameux 3eme plateau, d’une trentaine de dents, a quitté le pédalier pour rejoindre la cassette en onzième ou douzième pignon. Quel progrès! Sans doute qu’il y a des avantages mais aussi beaucoup d’inconvénients.. Peut-être qu’un jour, les fabricants vanteront ce qu’ils ont dénigré durant une certaine période.

  5. Un article que j’attendais, et qui montre le potentiel d’innovation qu’offre le gravel. Le gravel ne pouvant pas être dogmatique par définition, cela le rend très intéressant à observer : notamment face aux industriels ! Hâte de tester ce groupe, qui semble assez prometteur.

  6. Personnellement je crois que plusieurs constructeurs oublient un détail dans l’équipement de leurs « gravels ». Trop peu d’entre eux disposent de la possibilité d’installer un porte-bagages . Vous allez me dire qu’à l’heure du bikepacking ce n’est pas nécessaire. Pour moi ce l’est car les cyclistes plus âgés comme moi ( 73 ans ) ne sommes pas trop intéressés d’enrouler nos vêtements dans des sacs lors de voyages à vélo. Je pratique le voyage à vélo depuis 2008 ( 2X Compostelle , Aoste-Rome par la Via Francigena , traversée de la France de la Belgique à St Jean Pied de Port ) et je serais intéressé de quitter mon vieux et lourd VTT Specialized équipé d’un porte-bagages pour un gravel au prix abordable muni d’insert l’autorisant à plus de polyvalence. En vélo de route je roule sur un BMC et si je ne trouve pas le gravel qu’il me faut j’équiperai mon BMC de façon à pouvoir y placer un porte-bagages. Je n’aime pas trop cette formule car c’est dénaturer une magnifique machine à rouler.

    • Merci de ce commentaire Jacques … Le bikepacking a ses adeptes et présente l’avantage de pouvoir s’accrocher sur tous les vélos et notamment ceux qui sont dénués de fixations. Beaucoup l’ont adopté pour cette polyvalence qui fonctionne bien avec l’esprit polyvalent du gravel. Ceci dit de nombreuses marques de vélos offre maintenant des possibilités d’emports avec des fixations sur les fourches et pour des porte-bagages … Nous allons préparer un article à ce sujet qui me semble intéressant aujourd’hui sans opposer les 2 modes de portage qui peuvent co-exister … Vous pouvez relire https://bike-cafe.fr/2018/11/du-nouveau-dans-la-sacoche/ et visiter le site d’Helmut Equipement

  7. A quand le gravel avec cintre plat? Je ne comprends pas pourquoi cette option n’est pas proposée. On parle de polyvalence mais on est toujours avec ce drop bar. Quel est l’intérêt d’un drop bar comparé à un flat, sur des pistes escarpées, dans la circulation de la jungle urbaine ou encore en backpacking ? Alors il y a bien certaines portions de routes avec un vent de face, mais avec des pneus de 37, je ne vois pas trop l’intérêt d’aller chercher la position aéro du bas du guidon. Pour ma part, Je cherche toujours mon gravel idéal..

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