Je pensais naïvement que nous faisions tous du vélo dans la joie et le bonheur partagé. Je me disais que, rouler le nez au vent en appuyant sur les pédales, nous éloignait de notre quotidien parfois agressif. Je m’aperçois que cette thérapie du bonheur n’a pas atteint tous les cyclistes, et que le sectarisme cycliste gagne du terrain. Certaines réactions, après la parution de nos articles, nous le démontre régulièrement. Heureusement, cette fâcheuse « râlerie » est une expression minoritaire, et en grande majorité, le vélo donne le sourire et peu importe comment on pédale et avec quoi on pédale.

Vélo et sectarisme
Le vélo déclenche parfois des dérapages verbaux

Je me suis livré à un petit profilage des râleurs patentés sur la base de réactions, qui ont suivi nos articles. J’apprends qu’il y a l’élite : ceux qui savent ! Ils sont capables de verser une larme de bonheur devant une soudure, surtout si elle est made in France. Il y a ceux qui font des sorties de 200 minimum et qui regardent de haut les adeptes de l’Ultra Courte Distance. Il y a les exorcistes du vélo qui voient le diable du marketing partout. C’est obsessionnel, ils pensent que nous sommes tous des moutons tondus par la mondialisation. Plus récemment j’ai découvert ceux qui vomissent sur les vélos électriques, qui viennent heurter une sorte de pureté cycliste basée sur la valeur de l’effort. Et puis il y a les autres, les « racers » aux jambes huilées, chevauchant carbone et ne tolérant pas dans leurs roues un vélo en acier de plus de 10 kg, … Il y a ceux qui clament que le gravel c’est une niche (pour quels chiens : on ne sait pas ! …) et que c’est une mode passagère … Pour tous ceux-là, on ne peut que regretter qu’ils ne possèdent pas cette tolérance qui permet de voir les choses avec le regard de l’autre.

Bike Café
André Huret met au point un mécanisme servant à faire passer la chaîne d’une bicyclette d’un pignon sur un autre : le dérailleur. C’est avec ce dispositif que des champions tels que Lucien Weiss, Maurice Archambaud et Georges Speicher vont remporter de belles victoires. Cependant, malgré ces résultats positifs sur le plan sportif, le dérailleur ne s’impose pas sur le plan commercial. (Photo Pierre)

Dans les temps plus anciens, bon nombre d’innovations ont déclenché immédiatement des anathèmes vélocipédiques. L’histoire du dérailleur est sans doute le meilleur exemple. On disait déjà à l’époque, comme on le dit aujourd’hui pour l’électrique,  que ce n’était pas du vélo. Quand les polémiques s’essoufflent, les imprécateurs ressortent les vieux « dossiers » : les relents de dopage, les vieilles anecdotes sarcastiques, les sujets clivants comme les freins à disques, le gravel, les pneus, … il faut qu’ils remettent de l’huile sur le feu de la discorde sinon ce n’est pas drôle.

Mais non : nous ne sommes pas vendus …

Autrefois tous ces débats ne dépassaient pas le cercle des discussions des pelotons du dimanche matin, mais voilà maintenant il existe les réseaux « asociaux ». Facebook vous connaissez ? … C’est là que se déroule régulièrement, et à toute heure, une foire d’empoigne où tout le monde donne des leçons à tout le monde. On y trouve des « trolls », joyeux lurons, habitants sournois de cette forêt numérique. Ils guettent les publications au coin du bois avec leur humour parfois limite pour en pourrir les échanges. Il y a également ceux qui n’ont rien compris, mais qui l’ouvrent quand même, … Généralement ils ne lisent pas les textes qui dépassent la taille d’un message facebook. Il y a les donneurs de leçons façon « gourous », ceux qui ont reçu la flamme divine et qui re-cadrent (normal dans le vélo) les pauvres ignares que nous sommes. Enfin il y a ceux qui nous accusent d’être vendus aux marques. Ils n’ont juste pas remarqué que sur notre site il n’y avait aucune pub contrairement à plein d’autres bourrés de Google AdSense et autres bannières.

Mon propos n’est pas de remettre en cause les débats contradictoires. Mais comme on le sait lorsque l’on fait du vélo il vaut mieux éviter les ornières alors attention à ne pas tomber dans celles des préjugés.

Vélo et sectarisme
Profitons de ces moments de partage

Alors dites-moi chers amis cyclistes … qu’est-ce que ça peut faire que l’on roule sur un carbone, pesant moins lourd que la monture de mes lunettes, ou que l’on roule sur un VAE ou une enclume. Peu importe que l’on ait les moyens de s’offrir un vélo artisanal sur mesure, alors qu’on est d’une morphologie bêtement standard, que l’on soit suffisamment fortuné pour acquérir un vélo de « dentiste » dont le prix d’achat est inversement proportionnel à nos performances cyclistes. Et franchement il n’y a rien de grave, si pour des questions budgétaires, on avale les kilomètres dans la joie sur un prêt à rouler « made in ailleurs » ? …

Regardez plutôt la « banane » de tous ceux qui font du vélo, c’est à mon sens le plus important. Sans être des bisounours béas ou crédules, c’est ce que nous défendons sur Bike Café, site indépendant, non rémunéré et non rémunérateur. Nous continuerons à suivre la route sur laquelle notre curiosité nous entraîne : allant d’un vélo Décathlon à un magnifique vélo artisanal Victoire. Le vélo est une aventure, alors roulons ensemble pour vivre dans la joie et la bonne humeur notre passion commune.

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Aix-en-Provence - Après la création de Running Café, la co-fondation de Track & News Patrick remonte sur le vélo en créant Bike Café. Il adore rouler sur route et sur les chemins du côté de la Sainte-Victoire. Il collabore en freelance à la revue Cyclist France. Affectionne les vieux vélos et la tendance "vintage". Depuis sa découverte du gravel bike en 2015, il s'adonne régulièrement à des sorties "off road" dans sa belle région de Provence.

24 COMMENTAIRES

  1. Ca c’est bien dit Pat ! 😉
    Pour info, un ami vient de reprendre une toute petite boutique de réparation et vente de vélo à Cavaillon. Et nous prenons toutes marques et tout style. Je dis nous car j’apprends le métier dès que j’ai du temps libre.
    Abc Outdoor.

    A bon entendeur et vive la roue libre.

  2. Ah, que ce billet est tonique et réjouissant alors que je m’étais levé du mauvais pied ce matin 🙂
    Comme toute activité humaine dans laquelle on met beaucoup de soi-même, la pratique du vélo peut engendrer une difficulté à tolérer ceux qui le pratiquent, ceux qui le pensent différemment. Ça peut être exprimé de façon humoristique mais hélas comme vous le dites on constate parfois des attitudes et des propos violents aussi ridicules que malfaisants.
    Cela dit, je trouve qu’il existe en général, dans la vraie vie (les réseaux sociaux sont un espace que j’évite généralement), une attitude fraternelle et bienveillante entre cyclistes de tout poil.

  3. Salut Patrick, c est pas grave console toi en constatant qu ils te lisent et qu au travers de l espace de critique que tu crées tu permets à tous les cyclistes de s exprimer et à chacun de se faire son opinion et quand tu fais le ratio des râleurs sur les visiteurs uniques tu retrouve le sourire , non ?

    Longue vie à bike café

    • Oui … c’est un billet d’humeur et ma conclusion est très positive. Elle exprime juste un regret pour tous ceux qui n’aborde pas le vélo comme un prétexte de rassemblement, de tolérance et de joie. Comme le dit Serge Barnel le presque anagramme de VELO c’est LOVE …

  4. Pas facile de faire du sectariste, j’ai un vtt carbone pneus fins, un gravel alu sur-demultiplié, une randonneuse ancienne en acier en 650b, un vtt en 29+ et un au mon dieu un vae. Tout ça pour faire des longues sorties de 30 km maxi. Le tout en ventru et jambes poilues mais avec un large sourire.

  5. Il y a quelques années, un simple slogan Sunn mis en jolie forme par Zoobab, disait : « Va rouler »
    Tout simplement, quelque soit le vélo.
    Je dirais même plus, j’aime bien rouler à moto.
    Vive les feux roues !

  6. Moi je n’ai qu’un truc à vous reprocher, c’est que vous êtes dans le Midi. Et ça quand on stagne, comme les eaux des flaques, dans la grisaille francilienne, des fois, ça énerve. Surtout quand on a vécu 10 ans en Corse… Nonobstant ce défaut pas tout à fait rédhibitoire, je vous lis depuis 2 à 3 ans, et parfois le rayon de soleil qui manque à ma fenêtre, surgit de vos pages. Pas d’acidité, pas d’aigreur fétide, pas de haine recuite… Keep on riding!

    • Je t’envoie un rayon de soleil … j’ai une course à faire en ville je vais prendre mon vieux Bernard Carré mono vitesse pour y aller sous le soleil revenu … Hier soir il pleuvait à Aix …

  7. Une oxymore dit « tout ce qui est excessif est insignifiant » , c’est encore plus vrai sur les réseaux sociaux.

    La tolérance oui, mais il ne faut pas tomber à l’opposé dans le politiquement correct aseptisé .

  8. le vélo de tout style avant tout c’est du plaisir.
    le reste c’est du bavardage de cours de récrée.
    et merci pour ce site plein de surprise agréable .

  9. Parfait Patrick, nous sommes certainement très nombreux des silencieux et « non connectes » a penser comme toi et a prôner la tolérance. Merci a toi pour ton site et de ta plume aiguisée et toujours juste a mon humble avis.

  10. Que c’est beau et bien écrit. Je partage à 100%!
    Je suis tombé par hasard sur votre site en cherchant des renseignements sur le Gravel et depuis je ne rate aucune publication. Merci pour ce que vous faites vous êtes juste parfaits.

    • Je dirais même que le français est râleur ce qui est parfois sympa mais le phénomène facebook rend le dialogue diffamatoire, sans respect de l’autre et tout cela manque de bienveillance. C’est bien dommage pour ce qui concerne le vélo?

  11. non les gens n’aiment pas que l’on fasse une autre route qu’eux! j’ai remplace mon pinarello par un gravel,25km etang de berre tout les matins,tant pis pour les integristes et vive le velo

  12. J’ai un vélo de route fitness et aussi un VTT /AE , je roule dans une des plus belles régions pour le vélo : à la limite du 05/04 de part et d’autres de la Durance . Très nombreux y sont les cyclistes de tous âges les weekend ,et ,plus âgés en semaine, très nombreuses y sont les pratiques : des avaleurs de dénivelés bitumineux des cols du tour de France aux promeneurs bucoliques en forêts , chacun.e.s y trouve son plaisir . Une constante quel que soit son vélo , quand on se croise on se salue d’un grand sourire et quand quelqu’un est au bord de la route on s’arrête pour demander si ça va et donner une rustine. La fraternité du vélo existe ici mais ça se gâte un peu l’été durant les vacances , le cyclosectarisme serait il un phénomène citadin ?

    • Pas que … Mais il est vrai que la majorité des cyclistes sont comme tu les décris plutôt sympas. Récemment j’étais arrêté sur le bas côté pour faire quelques photos. Tous les cyclistes qui passaient s’inquiétaient de savoir si j’avais un problème. Par contre c’est généralement sur facebook que ça se gâte. Les gens, cachés par l’anonymat de leurs « pseudos », crachent des insultes ou jugent en diffament en permanence. Le blog Bike Café est réalisé par des bénévoles, sans pub et nous autofinançons notre fonctionnement. C’est déplorable de subir des attaques venant de cyclistes qui mettent en cause notre indépendance. Heureusement 99,99% des cyclistes qui nous lisent sont sympas et bienveillants ce qui nous encourage à continuer.

  13. Je fais du vélo depuis prés de 50 ans, perso j’ai 4 vélos, 1 seul a une valeur en Euros, les 3 autres sont des vélos vintage dont la seule valeur est la valeur d’usage, ils sont en acier, pas très légers, vieux : 2 ont encore des manettes sur le tube oblique du cadre MAIS ils me donnent beaucoup de plaisir, le plaisir de pédaler, de visiter, de passer du bon temps, seul ou avec d’autres cyclistes. Chacun de mes vélos a sa particularité et son cas d’usage.
    Je ne comprends pas les cyclistes qui manquent d’ouverture d’esprit, ils oublient la finalité: se faire plaisir en pédalant !
    J’apprécie vos articles, toujours intéressants, c’est un beau travail, utile, continuez !
    Merci.

  14. Bravo pour cet édito! On peut dire que vous envoyez dans la moulure sans envoyer la braquasse pour enrhumer un adversaire ! Et j’avoue que vous chatouillez les pédales en matière de prose. Merci.

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