Photo : Vers le sommet du Mont Ventoux

Ce n’est pas OSS 117 sous la plume de Jean Bruce qui le dit, mais Bertin qui le prouve avec ce C117 : l’alu n’est pas mort. On ne pouvait pas résister à titrer ainsi cet article concernant le test de ce vélo de gravel disposant d’un cadre en alu. Ces dernières années l’aluminium a eu plutôt mauvaise réputation dans la sphère française du gravel. Le plus souvent en répétant, par imitation, que ce matériau est trop rigide, ne se déforme pas, etc. Je me souviens pourtant de l’argumentaire précis d’un cadreur italien prestigieux (qui fait aujourd’hui des cadres carbones sur-mesure) qui constatait avec regret, que l’aluminium avait été enterré bien trop vite dans le domaine du cycle haut de gamme. Quand Mickael Bertin m’a proposé de tester ce C117, c’est donc avec un plaisir particulier que j’ai accepté d’évaluer ce vélo en aluminium qui, de plus, est de conception française.

L’alu n’est pas mort … les belles marques non plus

Je suis né en 1981, et je viens du milieu VTT XC des années 90. Aussi je vais être honnête : pour moi le nom BERTIN n’évoquait pas grand-chose. J’avais en tête de vague souvenir de vélos de route. C’est probablement un avantage : sans nostalgie, mon jugement sur ce vélo n’en sera que plus objectif.

Curieux (et ayant probablement un peu honte), je me suis quand même renseigné de plus prés sur cette marque française pour rattraper mon retard en matière d’histoire du vélo. En quelques mots, cette marque a été fondée par Andrée Bertin en 1946. Il était lui-même coureur cycliste. Bien plus tard, Bertin deviendra Shimano France, ce qui concordera également avec la fin progressive des cycles Bertin. Et c’est finalement en 2016 que Mickael Bertin relance, en famille, la production des cycles du même nom. Une entreprise familiale, aujourd’hui implantée en Bretagne, plus précisément à Quimper.

Dans la généalogie des modèles Bertin, y compris actuels, on retrouve toujours la lettre C suivi d’un chiffre. C’était déjà le cas durant la période historique précitée. Le C117 était dans les années 70 un modèle « Super Randonneur » en roues de 700, que vous pouvez visualiser sur cet excellent site anglophone.

Test du gravel Bertin C117
Bertin-C 117 Super Randonneur des années 70

Dans la continuité

C’est donc avec une certaine continuité que le C117 incarne aujourd’hui le gravel au sein de la gamme Bertin. Ce cadre aluminium est fabriqué en Italie par un artisan qui utilise des tubes de chez Dedacciai. Sa géométrie est conventionnelle, avec des bases plutôt longues de 435 mm, et un angle de direction avoisinant les 70°. Des valeurs propices à la stabilité et au confort, qui seront confirmés lors de mon essai.

Test du gravel Bertin C117
Géométrie
Test du gravel Bertin C117
Les cotes

Le rendu de cette couleur est du plus bel effet, même si cela reste bien sûr un jugement personnel. Bertin propose d’ailleurs un programme pour pouvoir personnaliser le vélo aux couleurs de son choix. J’ai pu noter pendant l’essai, que cette peinture n’était pas très sensible aux impacts de pierres, ce qui est un bon point pour notre pratique.

Le cadre et la fourche sont aux standards actuels, avec les désormais classiques axes traversants de 12 mm de diamètre et les fixations d’étriers Flatmount. À noter, comme la plupart du temps sur les cadres en aluminium, des inserts permettant la pose éventuelle de garde-boues. Les soudures sont relativement discrètes, donnant à l’ensemble une finition enviable.

Test du gravel Bertin C117
Le cadre du C117

Mon exemplaire de test était dans une configuration « moyen de gamme », avec un montage cohérent. C’est le groupe Shimano GRX-600 qui anime le tout, associé à un dérailleur arriére Shimano Ultegra RX.

Les roues Mavic Allroad Elite sont de la partie et hébergent des pneus Vittoria Terreno Mix en 700 x 38. Des roues et pneus que je connais déjà très bien, ce qui m’aidera à me concentrer sur le comportement de l’ensemble cadre et fourche. Côtés périphériques, c’est plus haut de gamme, avec des périphériques FSA plutôt légers. Sans pédales, la balance annonce 8,9 kg pour ce montage en taille 52. Avec des roues qui ne sont pas particulièrement légères, c’est donc plutôt une bonne surprise.

Test du gravel Bertin C117
Un montage très cohérent

Les présentations étant faites, abordant sans attendre les aptitudes dynamiques de ce Gravel de conception française.

Le Ventoux comme terrain de test

Mon essai a été de courte durée. Enfin, j’entends par là qu’il a été bien plus court que la majorité de mes tests de vélos qui dépassent pour la plupart les 1000 km. J’ai pu tester ce Bertin durant une seule journée, mais pas des moindres, puisque c’était durant la VentouX – More Gravel que j’ai organisé début juillet, et dont vous avez été déjà nombreux à lire le déroulé dans notre article.

Test du gravel Bertin C117
Le Géant de Provence

C’est donc le « Géant de Provence » qui a servi de support à ce test, avec un parcours de 73 km et 2000 m d’élévation (et de descentes …). Un parcours que je connais bien et qui m’a servi de nombreuses fois pour différents tests. C’est un avantage pour en extraire des données objectives, même si les sensations et les performances varient bien évidemment en fonction des aléas physiques et environnementaux. Ce tracé est finalement un bon condensé, assez exigeant, avec des pistes plus ou moins roulantes selon les secteurs, et des portions de routes en montées, comme en descentes.

Test du gravel Bertin C117
Vers le col du Comte

La piste du col du Comte n’est pas toujours des plus roulante, ce qui m’a permis d’apprécier la filtration verticale de ce cadre, qui est tout à fait correcte. Les bases, plutôt longues, de 435 mm n’y sont pas étrangères. Ce qui sera également un avantage pour conserver la motricité sur cette piste.

La démultiplication du groupe GRX-600 permet d’enrouler sans grande peine les pourcentages du Ventoux. Aucune remarque particulière à ajouter sur la panoplie GRX du groupe japonais qui a, depuis sa sortie, largement convaincu – dans le milieu Gravel, Cyclo-Cross, et vélo d’aventures – grâce à ses qualités indéniables d’ergonomie, de précision, y compris dans le freinage, où il excelle.

Test du gravel Bertin C117
Le groupe GRX est parfait pour le Ventoux

Mais revenons à ce cadre C117. Au fil des km se dévoile un vélo particulièrement bien équilibré, sur lequel il est facile de trouver ses marques. Son comportement est prévisible, et permet de vite en trouver le mode d’emploi. Sur les belles pistes roulantes qui se dévoilent face à nous, le Bertin permet de prendre une belle allure, tout en se sentant en sécurité.

Test du gravel Bertin C117
Sur une belle piste du Ventoux

Le cadre et la fourche sont censés pouvoir accueillir des pneus allant jusqu’à 650b x 50mm ou 700c x 45mm. Ici doté en 700 x 38 mm (finalement plus proche de 40 mm), la fourche est à tout à fait à son aise :

Test du gravel Bertin C117
Dégagement confortable au niveau de la fourche

Avec des bases aussi longues, j’appréhendais les deux passages sur routes, à fort pourcentages de ce parcours mixte. Mes préjugés ont été rapidement battus en brèche. Je découvre un cadre étonnement réactif et vif. C’est d’autant plus étonnant que les ensembles tournants présents ne sont pas fait pour aider.

Si ces roues ont déjà largement prouvé leur robustesse, ce n’est pas un modèle de performances pures, tout comme ces pneus Vittoria Terreno Mix, avec lesquelles j’avais testé le Basso Palta, qui sont d’une excellente robustesse et accroche en tout terrain, mais terriblement énergivores sur le bitume. Malgré ces équipements résolument « Off-road », le C117 se relance aisément et la position offerte est tout à fait adaptée pour grimper. Hormis le bruit dégagé par les pneumatiques, la sensation est extrêmement proche d’un (bon) vélo de route. La rigidité latérale du cadre, et notamment de la zone sensible du boîtier de pédalier, est excellente. Suffisamment rigide, sans être élitiste, ce cadre permet de très belles relances dont on peut conserver assez facilement le bénéfice. En descente, l’excellent compromis entre filtration verticale et rigidité latérale permet de trouver un guidage rassurant et efficace, tant sur routes que sur pistes.

Test du gravel Bertin C117
Vers le sommet du Ventoux

Pour conclure

Pour conclure, difficile de trouver un défaut à ce Bertin. Peut-être aurait-il pu bénéficier de davantage de points d’emports, que ce soit sur le cadre (pour un troisième porte-bidon par exemple) ou sur la fourche, car il pourrait tout à fait être de la partie sur une longue virée, grâce à son confort appréciable.

Le prix du kit cadre n’est certes pas des plus attractifs, mais cela reste cohérent avec une production européenne. Ce C117 est la parfaite illustration que l’aluminium est un matériau qui peut encore être à la pointe des productions actuelles. D’ailleurs, il n’a jamais quitté certains domaines d’application exigeants, notamment en aéronautique, où on le trouve toujours en bonne place. En se montrant excellent sur routes, et à l’aise sur les pistes, ce Bertin est un sérieux prétendant pour ceux qui recherche un vélo unique pour la route et le gravel.

Caractéristiques du kit Cadre C117 :

  • Cadre en aluminium fabriqué artisanalement en Italie avec des tubes Dedacciai à triple épaisseurs
  • Fourche en carbone
  • Diamètre de tige de selle : 31,6mm
  • boîtier de pédalier : BSA
  • Jeu de direction : Deda 1’ 1/8 – 1′ 1/5
  • Prix du kit cadre : 1 499,00 €
    Lien fabriquant du kit cadre : https://www.cycles-bertin.com/c117-1.html

Vélo complet configurable avec couleurs au choix à partir de 2649€

Test du gravel Bertin C117
Le gravel Bertin C117 est configurable

1 COMMENTAIRE

  1. Ah mais c’est pas loin de chez moi Kemper ! (environ 70km) 🙂

    Personnellement je ne suis absolument pas sportive, je suis plutôt « cyclo-touriste » mais dans le sens « voyage-tourisme ». Et donc l’aluminium ben je trouve ça raide, du moins sur mon vélo (un Trek FX2). Mais j’ai pas de point de comparaison car le dernier vélo « acier » sur lequel j’ai roulé c’était dans la première moitié des années 80 et j’étais ado et je pesais 40 kgs à l’époque…

    Donc faudra que je roule sur un « acier » pour faire une comparaison.

    A moins qu’on ne m’en prête un, ce sera l’année prochaine si le prochain hiver j’ai eu le temps de retaper le vieux Roold acier (qui date de la fin des 70’s). 🙂
    A propos, Roold était une marque Quimpéroise disparue à la moitié des années 80.

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