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AccueilSUR LE ZINCBRÈVES DE COMPTOIRPour en finir avec le vélo musculaire

Pour en finir avec le vélo musculaire

J’entends et je lis de plus en plus souvent l’expression « vélo musculaire », utilisée pour différencier le « vélo traditionnel » des « VAE ».

À chaque fois, cette expression me grattouille, même si je ne sais pas exactement pourquoi… Serait-elle en train de s’installer solidement dans notre vocabulaire cycliste ?

J’ai donc souhaité partager ma réflexion sur ce sujet avec un ami de trente ans, Rémi Coignet, cycliste et fin traceur de parcours gravel en région parisienne. C’est un spécialiste des chemins de traverse dans et autour de Paris : Lorsqu’avec Patrick nous avons rédigé notre petit guide « Week-end aventure à vélo », c’est à Rémi que nous avons demandé de tracer et décrire une aventure gravel Parisienne. De nouveau, je l’ai sollicité au sujet de cette histoire de « vélo musculaire » pour m’aider à y voir plus clair !

Vélo musculaire… Qu’est-ce-que ça veut dire ? – photo Phondras : Nude Cycling Females At Burning Man Festival, 2009

14/12/2022 – 13h45 – Dan à Rémi :

Cher Rémi,

Je n’aime pas du tout du tout l’expression « vélo musculaire » (par opposition à VAE), car je la trouve dérangeante, trompeuse et néfaste.

Dérangeante, parce que musculaire veut dire « Qui se rapporte, qui appartient aux muscles ». Je ne suis pas assez bon linguiste pour proposer une alternative, mais je ressens intuitivement que ce n’est pas le bon terme.

Trompeuse, car en creux, cette expression impliquerait que le VAE ne serait pas musculaire (ce qui est faux bien entendu !).

Néfaste, car elle sous-entend que le vélo ne serait « que » musculaire, contraint à sa seule fonction utilitaire de déplacement et/ou de la source d’énergie nécessaire à cette fonction. Ce qui est extrêmement réducteur, tu en conviendras n’est-ce-pas ?

Certes, le vélo est musculaire… mais pas seulement ! photos compte Instagram @dan_de_rosilles

Le vélo, tel que nous l’aimons et le pratiquons, est bien plus que cela ! C’est un outil pour rêver, partir à l’aventure, affronter les éléments, explorer des territoires, c’est un prétexte pour passer des heures sur la carte, rencontrer toutes sortes de gens, discuter pendant des heures, s’essayer à la mécanique, dépenser beaucoup d’argent… tout cela n’a rien à voir avec les muscles !

Personnellement, sans avoir eu le temps d’y réfléchir plus longtemps et sans source extérieure sur laquelle m’appuyer, je continue imperturbablement à utiliser le mot « vélo », puisqu’il est légitime par son ancienneté et son Histoire, comparé à celles du VAE, ce nouveau-né tapageur certes, mais qui manque encore sérieusement d’étoffe.

Le vélo, c'est plus que le vélo, c'est toute une culture - photos compte Instagram @dan_de_rosilles
Le vélo, ce n’est pas que du vélo, c’est toute une culture – photos compte Instagram @dan_de_rosilles

Bien sûr, on me répondra qu’il se vend de plus en plus de VAE, mais le vélo représente, en matière de richesse culturelle et de poids symbolique, celui des deux qui domine (encore) nettement.

Pour finir de poser le problème, je précise que si j’utilise l’acronyme « VAE » pour l’autre machine, ça ne me satisfait pas non plus !

Car, comme chacun sait, aussi intéressant, ludique et pratique soit-il, le VAE est tout, sauf un vélo : Pour ne donner qu’un exemple en faveur de cette affirmation, je dirais que l’assistance, qui le caractérise absolument, l’éloigne définitivement de la nature même de ce qu’est, d’après moi, un vélo !

L’assistance, ça n’existe pas vraiment à vélo – photos compte Instagram @dan_de_rosilles

14/12/2022 – 15h43 – Rémi à Dan :

Hello Dan,

Je suis d’accord avec toi, « vélo musculaire » est absolument dérangeant. Déjà, c’est un pléonasme [vélo est l’abréviation de vélocipède, composé des éléments véloci (rapide) et pède (pieds), ndr]. C’est comme si on disait l’aviron musculaire ! (ou le bateau musculaire par opposition au bateau à moteur).

Ensuite c’est dérangeant aussi, car ce qualificatif a surgi pour différencier LE vélo du VAE. Donc c’est un peu « pousse-toi de là que je m’y mette ! » Ça rejette LE vélo dans un archaïsme comme si le VAE était un progrès ; la nouveauté n’est pas forcément un progrès !

Donc, vélo musculaire est une manière de disqualifier comme ringard et/ou réservé aux sportifs LE vélo. On nous refait le coup du vélomoteur qui, en France du moins, a, avant même la généralisation de la bagnole, tué la pratique quotidienne et tout-public du vélo.

En France, dans les années 60-70, le développement du vélomoteur a précipité la chute du vélo – photo Alastair : Hackney burnt out bikes, 2011 riots

Je n’ai pas d’alternative satisfaisante à « musculaire ». On pourrait proposer VAH : vélo à assistance humaine ! Mais je suis d’accord avec toi, le mieux est de continuer à dire vélo tout court.

En effet, le VAE est aussi musculaire même si, on est d’accord, c’est tout sauf un vélo. Pour 2 raisons principales selon moi : le fait de gommer les difficultés et le fait d’être une machine impossible à réparer soi-même (ou même à recharger au milieu de nulle part ou en cas de black-out). Et ça rejoint ce que tu dis : avec le VAE, tu es assisté et donc dépendant.

À VAE tu es assisté, donc dépendant – photo Dmwdev : Electric Bicycle in Shanghai China, 2011

14/12/2022 – 18h17 – Dan à Rémi :

C’est sûr, VAE aussi est impropre, c’est aussi une question très intéressante. En tout cas, il y a un point commun entre vélo et VAE : ce sont tous les deux des « deux roues », des bicycles. Du coup, on pourrait requalifier le VAE en « BEAM » (Bicycle Électrique à Assistance Musculaire), même si ça ne plairait pas à tout le monde ? [« beam » veut dire « poutre » en anglais, ndr]

14/12/2022 – 23h24 – Rémi à Dan :

Cette appellation de VAE, en fait, c’est comme l’invention du mot « VTT », c’est un coup de marketing français. D’un côté un euphémisme, de l’autre une hyperbole : si les VTT étaient vraiment tout-terrain, on en verrait (même) sur le Tour de France ! Les anglo-saxons décrivent les choses clairement pour leur part : e-bike et mountain bike…

Vélo ou VAE, c’est tous des bicycles, non ? – photo jbdodane : The Cyclist Chameleon, Angola, 2014

15/12/2022 – 8h55 – Dan à Rémi :

C’est vrai, je n’y avais pas pensé ! Parfois j’aime la subtilité de notre langue, comme par exemple la distinction entre « vélo » et bicyclette ». Mais « Bike », « e-bike », « road bike », « mountain bike » (et donc « e-mountain bike » j’imagine), ça a le mérite d’être clair !

L’anglais est une langue pragmatique. Dans la version française, on pense tout de suite que le vendeur est en train de te la faire à l’envers… en tout cas, c’est la désagréable impression que ça me donne.

15/12/2022 – 8h55 – Rémi à Dan :

Exactement ! Et tout le monde, utilisateurs, journalistes, grand public, adopte le langage du vendeur. En plus, VAE c’est imprécis puisque, comme tu le notes, il y a des « VTT » électriques, mais aussi des gravels, des vélos de route et surtout des vélos urbains. Donc pour notre part, autant rester simples et clairs : autant dire « vélo » et « vélo électrique ».

15/12/2022 – 9h02 – Dan à Rémi :

Vendu !

ORNI (Objet Roulant Non Identifié) – photo Jon Fisher : Bicycle Heaven Museum, Pittsburgh, 2018

Rémi Coignet est un auteur et éditeur free-lance. Il vit et travaille à Paris. Il a créé le blog Des Livres et des photos et est l’auteur de Conversations 1, 2 et 3, recueils d’entretiens avec plus d’une soixantaine de personnalités de la photographie, auteurs, mais aussi éditeurs et graphistes. Rémi Coignet a également contribué à de nombreux autres ouvrages, est commissaire d’expositions, membre de jury pour de grands festivals de photographie et anime régulièrement des workshops et des conférences.

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Dan De Rosilles
Dan De Rosilleshttps://www.strava.com/athletes/5149425
Dan vit à Arles et sur son vélo. Il concocte des itinéraires de route et de gravel aux petits oignons pour lui, ses amis et les membres des clubs Strava qu'il administre : Arles Gravel, Mi-Fixe-Mi-Gravel, Cyclistes Arlésiens Longue Distance (CALD) et Arelate Denta Rota Fixa. Il aime le pignon fixe, la longue distance, le bikepacking, la pêche à la mouche et la bière artisanale. Il produit des textes et des photos publiés sur Bike Café et plus ponctuellement dans la presse papier.

11 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,

    Le mot « vélo » est une abbreviation de « vélocipède », qui désigne une machine à deux roues propulsée par l’effort musculaire de son utilisateur. Le mot « bicyclette » désigne également une machine à deux roues propulsée par l’effort musculaire de son utilisateur, mais il est souvent utilisé de manière plus générale pour décrire tout type de vélo, qu’il soit destiné à un usage de loisir ou de compétition.

    En général, on utilise le mot « vélo » pour parler de tout type de vélo, tandis que le mot « bicyclette » est plus souvent utilisé dans un contexte formel ou littéraire. Cependant, il n’y a pas de différence réelle entre les deux termes, et ils sont souvent utilisés de manière interchangeable.

    Pour ma part, étant un littéraire , je préfère le terme de bicyclette !

  2. Hello le bike café,

    Ça fait un moment que cette expression me tracasse aussi. J’en parlais justement avec François Paoletti dans mon podcast en 2020.

    Pour ma part, j’ai tranché. J’évite les acronymes qui ont le don de m’agacer également. Je parle de « Vélo à assistance » et, lorsqu’il est important de préciser, de « Vélo sans assistance ». Le « électrique » n’est finalement pas si important dans ce contexte. D’ailleurs, il m’arrive pour taquiner d’appeler les cyclistes en vélo à assistance : « les assistés », mais ce n’est pas bien, car je ne pense absolument aucun mal de cette assistance qui permet à un grand nombre de personnes de se faire plaisir à vélo.

    Merci pour cet article. J’espère qu’il fera évoluer les pensées.

  3. Dire que le VAE n’est pas un vélo est faux, car quand la batterie est « à sec » rien n’empêche d’utiliser le VAE comme un vélo « normal », bien entendu il est plus lourd mais de ce point de vue ça reste un vélo. Et puis c’est une assistance, si on appuie pas sur les pédales ça n’avance pas même avec la batterie chargée à bloc.

    Autrement plutôt que musculaire j’ai tendance à dire « vélo mécanique » par opposition à « vélo à assistance électrique ». Même si ce terme ne me satisfait pas non plus, je le trouve moins inadapté.

  4. Pourquoi le vélo n’est pas également mécanique comme le vélo à moteur ( thermique voué à disparaître ou électrique ) ?
    M’aurait-on menti ?
    Je passe donc ses longues heures à monter démonter mes vieilleries pour rien ???

  5. Pourquoi chercher midi à 14h00 ? Appelons un chat un chat, et un vélo un vélo. Après, on peut préciser, vélo de ville, vélo de course, de cyclotourisme (trop vague, il y a maintenant de nombreuses manières de pratiquer le cyclotourisme), vélo de voyage, Gravel, etc. Je cherche encore le bon terme pour vélo Gravel (vélo de chemins ? un peu réducteur sans doute). Quant aux « vélos électriques », j’aime l’idée de nommer les VAE « vélos assistés », c’est assez correct. J’avais à l’époque proposé sur le blog d’Isabelle Lesens , qui est très sensible aussi à ces précisions lexicales, « cyclomoteur à assistance musculaire » ce qui techniquement est plus juste me semble-t-il, que « vélo électrique », mais pas très pratique à utiliser il faut en convenir. Enfin le plus important c’est de pédaler : la liberté, nous le savons, est dotée de deux roues, d’un guidon… et de pédales ! Un VAE a tout cela, finalement ce sont quand même des vélos, non ? Un peu « dilués », un peu moins puissamment vecteurs de liberté me semble-t-il car le cycliste qui en fait usage est, comme il est judicieusement précisé dans cet article, un peu plus dépendant, un peu plus « prisonnier » d’une mécanique complexe, moins merveilleusement claire, simple et intelligible (autrement dit, belle) que celle d’un vélo, et il est dépendant, même si cette dépendance est partielle, d’un apport d’énergie extérieur à lui-même. Mais il reste un cycliste, quand même.

  6. Cet article est intéressant et fondé.
    Au début était le vélo (ou la bicyclette) puis est arrivée la version électriquement motorisée qui contrairement aux vélomoteurs des années 60 garde une connotation sportive. Mais de quel type de vélo électrique parle t’on et surtout de quelle manière les utilise t’on ?
    Personnellement j’utilise un « e-mountain bike » en montagne et ma pratique est de faire le maximum de dénivelé positif avec le minimum d’assistance en évitant les routes au maximum, ce qui est loin d’être une pratique courante d’après ce que je vois sur le terrain, la majorité des e-vététistes que je croise étant plutôt dans l’utilisation intensive des niveaux supérieurs d’assistance.
    Tout ça pour dire qu’en dehors du terme générique adopté pour la famille des vélos à assistance électrique il faudrait ensuite une foule d’appellation secondaires pour définir le type de vélo et même l’utilisation qu’on en fait : cargo utilitaire pour les livraisons, vélo taf, et toutes les autres utilisations plus ou moins sportives …
    Pour moi pour différencier les 2 familles j’en resterai à vélo et vélo électrique.

  7. On peut l’appeler VTT Analogue, qui s’oppose au VTT numérique/électrique , comme on différencie le signal audio analogique et le signal numérique. Les anglophones ont préféré cette distinction plus juste, autant s’en servir pour mettre fin à la séparation actuelle entre VTTae et VTT

  8. Article intéressant , j ai plusieurs vélos .Une randonneuse , vélo de course , VTT et Ebike .
    Les deux catégorie sont pratiqué par des cyclistes .
    Le mot musculaire est entrains de s installer dans notre langage ce n est pas très élégant , jolie .
    Quand je suis sur mon Ebike et que je croise un cycliste je me dit pas il est sur musculaire il est sur sont vélo .
    Par contre quand je croise un cycliste sur un Ebike la je me dis il est sur un Ebike .
    Il y a une appellation spécifique pour les vélos a assistance électrique EBike , VAE ce qui parait pas anormal . Mes pour les vélos que tout le monde connait depuis déjà très longtemps il n y a aucune raison qu’ il y est une nouvelle appellation .

  9. J’ai lu quelque part qu’à l’apparition des dérailleurs, beaucoup de cyclistes émérites trouvaient que « c’était de la triche ».
    Je pense que nous avons tendance à voir des problèmes avec les nouveaux termes lorsqu’ils touchent à notre amour propre, à l’estime de soi.
    On fait du vélo pour le plaisir qu’on y trouve mais aussi parce que cela construit notre image sociale, celle qu’on souhaite donner de soi. Indiscutablement, la performance physique et l’aspect compétitif (qui n’a pas besoin de compétition pour se développer) fait partie de cette image, construite à la sueur de notre front et sur la durée (c’est ce qui fait le succès de sites comme Strava et des réseaux sociaux plus généralement).
    Si ça n’était pas le cas, la question de la gêne occasionnée par le terme « vélo musculaire » ne se poserait pas. Elle ne pose d’ailleurs aucun problème aux utilisateurs de VAE.

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