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Le gravel nous rend flous…

La récente lecture d’un très bel article publié sur Bike Radar, m’inspire une réflexion sur le « flou » qu’apporterait le gravel au monde du vélo auparavant net et sans bavure. Il faut reconnaitre que ce vélo a fait bouger les lignes d’un monde bien étanche, entre route et VTT. Aujourd’hui, si l’on écarte l’urbain et l’électrique, il reste un très large domaine réservé aux vélos sportifs et de loisirs. Bienvenue dans le monde du flou… (photo Philippe Aillaud floutée pour le besoin du sujet)

Il y a de quoi nous rendre flous

Les évolutions techniques et sociologiques ont influencé les pratiques et changé les mentalités. Les VTTistes font de plus en plus appel à l’assistance électrique et délaissent les vélos « acoustiques » (contraire d’électrique, pour éviter ce qualificatif agaçant de musculaire) , le cycliste du dimanche ne cherche plus à ressembler à un champion du Tour de France et fait des choix de vélos plus « raisonnables » ; les urbains, en quête d’aventures, sortent de la ville sur des vélos en bikepacking. Les vélos actuels, remis à jour par les marques, sont dotés de freins à disques et sont capables d’accueillir des pneus larges. Ils sont dessinés pour offrir plus de confort et, de fait, élargissent leurs usages… Il y a de quoi nous rendre flous !

Le nouveau Canyon Endurace
Le nouveau Canyon Endurace : il aime quitter la route pour prendre une piste blanche – photo Canyon

Chausser du 32 et plus

Dès que les vélos de route ont eu des freins à disque, il y a eu très peu de différence entre eux et les vélos de gravel

Gerard Vroomen,
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La versatilité est devenue tendance et nous voyons arriver sur le marché des vélos de route qui ressemblent de plus en plus à des vélos de gravel. L’exemple de Canyon, qui a annoncé mi-août sa nouvelle gamme route Endurace CFR et CF SLX, est frappant puisqu’on pourra monter des pneumatiques de 35 mm sur ces nouveaux vélos, qui sont livrés équipés en 32. Gerard Vroomen, co-fondateur de Cervélo, qui est passé chez 3T et qui a ensuite créé Opencycle, témoigne de ce phénomène dans l’article de Bike Radar. « Dès que les vélos de route ont eu des freins à disque, il y a eu très peu de différence entre eux et les vélos de gravel« , explique t-il. Dans un paysage du vélo à large spectre, entre le vélo taillé pour l’aventure extrême et celui qui est dédié aux coursiers du World Tour, la majorité des pratiquants se situe plutôt au milieu. C’est là également, que l’on retrouve les cyclistes qui expriment une attirance pour des surfaces mixtes.

Une belle série de tests réalisés sur les pneus de 32 mm
La liste de nos tests portant sur les pneus de 32 mm

Les manufacturiers de pneumatiques ont également compris que c’est pour cette mixité qu’il faut apporter des solutions. Sur Bike Café, nous avons senti le vent venir et Dan de Rosilles s’est lancé dans une série de « vrais » tests portant sur les pneus d’endurance de 32 mm. Ce format est prometteur et il confirme l’intérêt croissant des cyclistes pour une pratique longue-distance, sur routes à faible circulation, donc souvent dégradées, voire sur certaines pistes blanches. Il est en phase avec la volonté des fabricants de concevoir des vélos plus confortables et plus polyvalents, acceptant donc des pneus plus larges.

Vive la mixité

Les « vrais » cyclistes multi-disciplinaires aux muscles d’acier m’ont souvent dit qu’avec un gravel on ne peut pas faire aussi bien qu’avec un vélo spécialisé du type « racer » de 7 kg. J’entends l’argument et je le comprends, mais combien de cyclistes peuvent utiliser tout le potentiel spécifique de ces vélos ? Finalement peu : le gros du peloton est aujourd’hui plus attiré par le critère « confort », devenu le leitmotiv des argumentaires commerciaux. Autrefois, lorsqu’un client rentrait dans un magasin, il soupesait les vélos exposés. On achetait les vélos « au gramme près », maintenant on acquiert du confort et de la versatilité : les temps ont changé. Il y a 2 ans j’entendais encore des cyclos du dimanche qui craignaient la généralisation des pneus de 28, sur les vélos de route. Depuis, ils ont fait leur « coming-out ».

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Lorsqu’on regarde les nouveaux vélos de route performants, on constate sur la peau de leurs cadres l’apparition de « petits boutons », venant d’une maladie contagieuse, transmise par les gravel. « Est-ce que c’est grave docteur ? » Non, c’est même intéressant, car ces emports, qui se multiplient, servent à accrocher porte-bidons, sacoche de top-tube et autre bikepacking. Aujourd’hui avec ces vélos, on voyage, on allonge les distances et si un chemin sympa se trouve sur notre route, on n’hésite pas à l’emprunter. Voilà encore une façon d’ajouter du « flou » à la vocation des vélos. Les transmissions modernes alimentent ce floutage ambiant, permettent un choix infini de possibilités. Disposer d’un double plateau de 46-30, n’est plus un signe de faiblesse. Les monos plateaux, populaires dans le monde du VTT, viennent faire de l’œil au routiers. C’est flou non !

Le monde devient flou et dans ma bulle j’avance dans ce nouveau paysage… Un seul vélo pour la route et le gravel : WishOne Sub – photo Patrick VDB

Comme cela est évoqué dans l’article qui m’a fait réagir, j’aime aussi l’idée du concept de vélo unique. D’ailleurs je l’ai fait mienne depuis un moment en me séparant de 2 vélos spécifiques : un gravel typé VTT en acier pataud sur la route et un route en titane limité qui acceptait du 28 mm au taquet. J’ai choisi un WishOne Sub, qui pour moi faisait la synthèse de la mixité de mes pratiques entre route et gravel. La concession étant de disposer de 2 paires de roues parfaitement interchangeables, mais chaussées différemment.

Un flou qui nous trouble et nous libère

Test des roues Mavic Allroad Pro Carbon SL +
Avec mes roues Mavic Allroad et ses pneus de 47 les cyclos avaient baptisé mon vélo de « bétaillère ». Certains n’ont vu que que ma roue arrière sur la route.

Le flou est aussi un concept artistique et celui qui se dessine dans le monde du vélo va libérer notre créativité, ouvrir de nouveaux usages et nous donner plus de liberté. Nous pourrons personnaliser nos vélos, sans que cela soit choquant. Fini les pedigrees et vivre le mélanges des races. Je n’entendrai plus, comme cela a été le cas arrivant avec des pneus de 47 dans un peloton de cyclos du dimanche matin : « Tiens, tu es venu avec ta bétaillère ce matin… » Dans les creusets du conservatisme cycliste, les préjugés disparaissent progressivement. Le flou va libérer les cyclistes en rupture avec des dogmes et des organismes structurés, qui ont bâti leur existence sur des frontières bien nettes.

Vive la liberté et soyons flous !

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Patrick
Patrick
Aix-en-Provence - Après la création de Running Café, la co-fondation de Track & News Patrick remonte sur le vélo en créant Bike Café. Il adore rouler sur route et sur les chemins du côté de la Sainte-Victoire. Il collabore en freelance à la revue Cyclist France. Affectionne les vieux vélos et la tendance "vintage". Depuis sa découverte du gravel bike en 2015, il s'adonne régulièrement à des sorties "off road" dans sa belle région de Provence.

11 COMMENTAIRES

    • Oui loin des certitudes, des carcans traditionnels, des frontières sectaires dessinées à des fins commerciales par l’industrie ou par des organismes fédéraux 😉

  1. Comme souvent, on repart pour une boucle : le vélo de route polyvalent, capable de rouler sur des routes défraîchies et du gravier s’appelle(lait) « randonneuse ».
    Ce terme a été ringardisé par le marketing qui a besoin de présenter des « nouveautés » et même, si possible, des « révolutions » pour jouer sur la corde sensible d’une partie du marché qui aime bien se voir en « précurseurs » pour faire place au « gravel » (qui entre-temps s’est élargi pour inclure des vélos qui sont plus proches des VTT full rigide des années 90).
    Depuis la 2nde guerre mondiale (et même avant) jusqu’aux années 80, on séparait les vélos de course, destinés aux compétiteurs sur circuits, des vélos polyvalents appelés « randonneuses ». Les fabricants qui visaient les pratiquants de brevets et de longues distances ont ajouté le qualificatif « légère » pour les distinguer de la masse. Les vélos en « tubes de chauffage » mais au look proche des autres et équipés pour la polyvalence ville/randonnée autour de chez soi se sont vus affublés du terme « demi-course ».
    De ce temps-là, les randonneuses étaient équipées de roues en 650 en pneus de section 32 mm ou supérieure pour apporter le confort nécessaire à ceux qui roulaient de longues heures sur des routes « normales » (les grands cols de montagne étaient tous en « gravel ») et aussi pour le surcroit de robustesse des roues car les rayons, jantes and co étaient beaucoup plus fragiles.
    Pour permettre de passer des pneus comme ça, Mafac and co ont inventé des freins comme le racer.
    Donc on voit bien que les fabricants n’inventent rien, même si (presque) tous les périphériques ont été améliorés, bien évidemment.
    Il y a moins de 10 ans, quand je roulais avec ma Méral 700 chaussée en 32 on me regardait avec dédain (par la plupart des cyclosportifs) ou curiosité voire nostalgie pour ceux qui avaient le souvenir de ces beaux vélos. Désormais, les vélos polyvalents « mi-route, mi gravel » correspondent exactement à cette randonneuse « légère » d’antan, bien entendu équipés de toute la périphérie modernisée.
    Mais le « domaine de vol » comme on dit en aéronautique et les « usages » sont strictement les mêmes.
    On n’invente rien, on ne fait que revenir à ce qui n’aurait jamais du s’arrêter mais qui l’a été à cause des fabricants et de leurs stratégies marketing visant à persuader le cycliste lambda que ce qui est bon pour le coureur du tour de France est nécessairement bon pour lui (le fameux « qui peut le plus peut le moins »). Par contre sans l’ombre d’un doute, on perfectionne et on innove sur le plan des matériaux.

  2. Bonjour,
    Le flou peut même aller encore plus loin et pas forcément où on l’attend.

    Le vélo est un truc léger et solitaire ? je fais des rallyes FFCT avec un cargo (un Bullitt) et…mon chien. Si je suis loin de finir devant (euphémisme) , si les bons me larguent au bout de 100m, je ne suis jamais le dernier rentré. À noter que je n’ai pas de problème relationnel ni avec les organisateurs, ni avec les participants (que ça fait plutôt marrer, et qui voient en général mon attelage curieux d’un oeil vaguement attendri)

    Le « vrai flou » (avis perso certes) c’est d’avoir accolé le qualificatif de « vélo » à des « cycles à pédalage assisté », qui, aussi légitimes et justifiés qu’ils puissent être dans leurs usages, ne sont pas des vélos (ce que le code de la route distingue parfaitement soit dit en passant). Un écouvillon a plein de poils plus ou moins rigides au bout d’un manche, ça n’en fait pas une brosse à dents.
    Pour le reste, tant que ça a deux roues, une chaine, deux pédales et deux cuissots, c’est jamais super flou.

    Luc

    PS : tout à fait d’accord avec le texte de Vince.
    Je serais juste un poil plus corrosif, je pense que la mode du gravel est une tentative réussie de la profession pour relancer un marché du vélo classique qui ronronnait en proposant de.. changer tout (tous les équipements s’entend). Parce que des vélos polyvalents et confortables capables de sortir du bitume, ça a toujours existé.
    C’est d’un point de vue tactique un deuxième très joli coup après avoir réussi à convaincre les non cyclistes qu’il n’y avait pas de salut hors du moteur électrique.

      • Je suis d’accord Luc, ça ne se pousse pas tout seul et je pense que sur Bike Café on contribue, avec nos petits bras et la diversité de nos sujets, à les pousser 😉

    • Merci Luc pour ce retour … Avec Vince, sans peut-être l’assumer vous appréciez quand même ce flou 😉 En fait, vous êtes quand même d’accord que le gravel, même si c’est un produit revisité par la technique et le marketing, apporte une bouffée d’oxygène à un monde replié sur lui-même et parfois sectaire. Ce vélo n’aurait pas eu un tel succès, si il était uniquement poussé par des campagnes promotionnelles. Je reconnais que l’humain devient globalement un mouton, mais de là à investir dans un tel matériel pour ne rien en faire il y a des limites. J’aime bien la comparaison de l’écouvillon et de la brosse à dents …

      • Disons que ne le pratiquant pas j’ai une vision du gravel très théorique et donc pas forcément hyper compétente.
        Je ne vois pas trop ce que permet un vélo “gravel” que ne permettait pas un VTT classique un poil sérieux (genre Canyon Exceed) ou un vélo de distance avec quelques aménagements (j’ai un Endurace CF7 qui avec des pneus adaptés pourrait j’imagine sans trop de difficulté sortir du bitume).

        Il est vrai que le gravel a eu quelques énormes avantages, celui de décomplexer la largeur des pneus (quand j’ai commencé le vélo, il y a des siècles, on roulait avec des pneus de 19 persuadés que ça allait plus vite) , et comme autre avantage celui de normaliser l’ajout de filetages de fixation sur le cadre (mon Endurace qui est un des premiers n’en a aucun).

        Par ailleurs, je trouve l’effort des fabricants plutôt intéressant, par exemple sortir du traditionnel cintre perpendiculaire pour arriver à des formes plus penchées (je ne connais pas les termes techniques) je trouve ça intéressant. De la même façon pour mon Bullitt (qui utilise une transmission Deore) je lorgne vers le GRX qui associe deux trucs qui ne se mélangeaient pas vraiment avant, une transmission de VTT et des commandes de route et ça, ça me plait bien (le cintre de type route me manque, c’est quand même autre chose dans les bosses).

  3. Salut,

    49 ans et routier à la base, je pratique aussi avec bonheur le gravel depuis 2 ans – vélotaff quotidien et chemins de terre à l’occasion, bikepacking en projet. J’ai un gravel cadre acier, fourche et roues carbone, 10kg, pneus en 35′. Il m’arrive de prendre mon gravel en sortie club le dimanche, en particulier quand les conditions météo sont mauvaises, ou simplement pour son confort et/ou le plaisir de rouler différemment. L’usage est tout à fait accepté en peloton route, et se banalise même.

    Mais… faut pas se tromper non plus ni tomber dans le relativisme. Par rapport à mon carbone de course, dans des zones d’effort intense (ce qui va être quand même très fréquent en sortie club me concernant, en particulier dans toutes les bosses), j’estime perdre 2km/h à la louche avec mon gravel. Le principal contributeur étant à mon avis la largeur des pneus, mais le poids et la moindre rigidité jouent aussi sûrement. Si je reste dans mon groupe de niveau en gravel (en gros, sorties de 100km, 1000m D+, à 30km/h), je rentre largement plus fatigué musculairement qu’avec mon route tout carbone.

    Donc un vélo polyvalent pour tout faire… pour certains oui, pour d’autres la perte en performance bien réelle (ne pas la nier svp!) sera rédhibitoire. Le mieux si l’on peut se le permettre, c’est d’avoir les deux montures.

    Bien à vous et bravo pour votre site passionant, qui est devenu une référence pour moi.

    • Merci Olivier pour ce retour …
      Effectivement, je comprends votre point de vue et le poids et la largeur des pneus, surtout si ils possèdent du grip, dégradent certainement la performance. Mon propos sur le « flou » est surtout lié à la tendance actuelle des vélos « All-Road » autrefois typés endurance ou gravel léger, en carbone avec un cadre sous a barre des 1kg et qui chaussés de 35 mm changeraient la donne par rapport à votre comparaison. Récemment nous avons vu Specialized, Giant, BMC, Trek, … d’autres arrivent. En fait, vous le constaterez dans les annonces 2024, ces vélos d’endurance légers (certains sous les 8 kg) viennent titiller plusieurs univers : la course aux panneaux du dimanche matin, l’ultra distance et en même temps ils offriront la possibilité de filer à droite sur une piste voir même de faire du gravel race …
      En vous remerciant pour votre appréciation sur notre site, qui plaira à toute l’équipe de Bike Café.

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