AccueilDécouvertesTendancesLe gravel race parie sur une combinaison gagnante

Le gravel race parie sur une combinaison gagnante

C’est un communiqué récent de la belle marque d’équipements textiles Santini, annonçant la commercialisation d’une combinaison conçue pour le gravel race, qui m’a inspiré cet article. Aujourd’hui, le gravel s’ouvre à une logique plus compétitive. La combinaison cycliste dédiée au gravel race que je vois naître chez les équipementiers est un symbole fort de cette évolution. Pourquoi, dans un monde où le chrono semble avoir peu d’importance, ce symbole du dixième de seconde s’est subitement installé sur la grille de départ ?

Les gains marginaux font partie de l’arsenal du cyclisme de haut niveau

Depuis peu on constate que le textile devient un outil de la performance. Les maillots sont devenus aéro ainsi que les chaussettes. L’UCI a même encadré cette tendance qui faisait grimper de plus en plus haut la chaussette sur le mollet. La combinaison cycliste, apparue dans les années 80-90, est arrivée chez les pros. Aux origines de la combinaison, il y a la quête d’aérodynamisme, symbolisée par la victoire de Greg LeMond au Tour de France 89 pour 8 secondes devant Laurent Fignon, grâce à un guidon de triathlète.

Réduire la traînée apporte des secondes gagnantes. Depuis cette époque, la recherche de gains marginaux fait partie de l’arsenal du cyclisme de haut niveau pour construire des victoires. La question peut se poser en gravel race. En est-on déjà là, ou s’agit-il plutôt d’une tendance destinée à affirmer une différence entre le gravel rando et le gravel chrono ?

Quand l’aérodynamisme du chrono s’invite dans le gravel race…

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Dans le sillage du triathlon

Utiliser le look pour s’identifier clairement…

La combinaison a été un marqueur fort de l’équipement vestimentaire du triathlon. La jeune discipline du triathlon ne s’embarrassait pas des carcans du passé : elle a inventé son sport et son équipement. Le look était très important, mais également la technique. On voyait des roues lenticulaires, des prolongateurs, des positions étranges sur le vélo. Très rapidement, on identifiait sur nos routes, et c’est encore vrai maintenant, un triathlète à l’entraînement. La combinaison trifonction, qui évitait les opérations pénalisantes de changement de vêtements lors des transitions, s’est imposée comme un gain non marginal.

The Grip - Café du Cycliste
La team The Grip habillé par le Café du cycliste – photo Café du cycliste

Est-ce que le gravel race entend utiliser le look pour se créer une identité différenciante, dans une pratique longtemps perçue (y compris par les instances fédérales) comme de la randonnée ? Je vois là une certaine similitude : discipline jeune et besoin d’identification.

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L’influence du cyclisme pro

La combinaison en gravel race
Photo Castelli

On ne peut pas nier l’influence du cyclisme pro dans l’adoption de la combinaison en gravel. Chaque nouvelle discipline sportive apporte son lot d’innovations. Pour le gravel race, on le voit nettement sur le matériel : les pneus, le poids des vélos typés race, les pédales… Il y a une véritable passerelle entre la route et le gravel race. Les coureurs du World Tour y viennent et pas seulement pour le plaisir de rouler une épreuve de “village”, comme certains esprits critiques avaient qualifié ces épreuves au début.

La combinaison en gravel race
Rob Britton, professionnel sur route entre 2010 et 2021, est vainqueur de l’Unbound 2025 avec sa combinaison Castelli – photo DR

En rejoignant le circuit gravel race, ils ont apporté leurs coutumes. Ils roulent sur leur vélo de route comme l’avait fait Mathieu van der Poel lors de la finale UCI en Italie. Ils roulent sur la terre en chaussures blanches et chaussettes assorties. La recherche de gains marginaux fait partie de ce que le cyclisme pro apporte au gravel race et les vêtements font partie du lot. Voilà une autre explication à l’apparition de cette combinaison.

Gravel vs. aérodynamisme : une contradiction ?

La combinaison en gravel race
Dorian Godon, coureur Elite du Team Decathlon AG2R La Mondiale, vainqueur en 2025 de la manche UCI Wish One Grands Causses – photo Virginie Govignon

Dans le vélo on n’est pas à une contradiction près. Pneus larges, manivelles courtes, guidons étroits… Ces choix animent les débats des sorties vélo du dimanche matin. Ce qui était bien avant, ne l’est plus maintenant. Le gravel repose sur des critères comme la liberté, l’aventure et la polyvalence. La combinaison évoque la performance, l’optimisation et la compétition. La question est : est-il nécessaire d’être “aéro” sur des pistes ? Ma réponse sera nuancée, même si cette notion est réservée aux sections de terrain roulantes qui ne manquent pas sur ces épreuves. J’entrevois même quelques problèmes de praticité qui limiteraient l’usage de la combinaison en gravel : gestion des pauses “pipi” (sujet réel) et adaptation à la météo (chaleur, intempéries). Dans notre équipe, Laurent, qui en utilise parfois une, me dit : “Sincèrement j’y trouve un confort d’usage vraiment intéressant, notamment lorsque l’on ouvre complètement le zip. Même ouvert, la partie haute ne vient pas faire parachute… C’est aussi mieux pour évacuer la transpiration, car il n’y a pas de superposition entre la zone lombaire du cuissard et la zone des poches du maillot.”

Un marqueur de la mutation du gravel

La combinaison symbolise la professionnalisation, la recherche de performance, l’influence des sponsors, mais elle me semble également signifier une possible fracture entre le gravel “race” et le gravel “aventure”. Je vois naître depuis un moment ces deux visions du gravel. Nous en avons largement parlé depuis un moment sur Bike Café, toujours en avance sur ces sujets. L’ouverture est à mon sens intéressante et n’est pas en opposition avec les autres pratiques du gravel. Nous sommes une même famille avec ceux qui roulent cool et ceux qui sont plus turbulents. Est-ce que ce simple vêtement ne serait pas le signal faible de cette coexistence ? Mon point de vue d’observateur des tendances vélo me fait dire que cette combinaison n’est pas anodine : elle marque une étape dans l’évolution du gravel.

En résumé

  • Années 80 : apparition liée à l’aérodynamisme
  • Années 90 : développement via le triathlon
  • Années 2000 : adoption en chrono et piste
  • Années 2010 : optimisation technologique
  • Années 2020 : arrivée dans le gravel race
Patrick
Patrick
Patrick Van Den Bossche a créé les blogs Running Café, Track & News, puis Bike Café. Curieux invétéré, observateur des tendances, il adore mettre en lumière les personnalités et les anonymes du petit monde du vélo. Il a collaboré longuement à la revue Cyclist France et affectionne la simplicité des vélos anciens ou modernes. Depuis sa découverte du gravel en 2015, il s'adonne régulièrement à des sorties sur route et sur chemins autour de la Sainte-Victoire. Il adore la pratique minimaliste du single speed sur route sur son vélo en acier.

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