L’édito de Bike Café
Ce matin sur mon petit vélo je roulais la tête ailleurs comme d’habitude. Face à moi, un autre cycliste arrive sur cette petite route de la campagne aixoise. Casqué, lunetté, je ne l’ai pas reconnu, quand j’entends un « Oh, Patriiiick ! ». C’était Alex, un copain qui roulait aussi ce matin en quête de fraîcheur. Je fais demi-tour et on fait route ensemble en papotant tranquille, pour finir à la terrasse d’un café pour nous raconter la vie, le vélo et le reste… Cette scène banale de ma vie à vélo que je vous raconte ce lundi me ramène au nom caféiné de Bike Café qui est devenu notre marque. Il n’est pas issu d’une séance divinatoire de cafédomancie qui nous aurait prédit l’avenir de notre média créé il y a plus de 10 ans. Le futur du gravel à l’époque n’était pas partagé par tout le monde. Aujourd’hui, les devins qui lisent dans le marc d’un café moulu par d’autres se réveillent pour clamer un succès qu’ils n’avaient pas vu venir. Belle affaire : 75 000 vélos de gravel vendus en 2025, et une croissance de 18 % (*) et les chantres du succès louent ces chiffres qui ne représentent que 4% en volume des ventes de vélos neufs. Une goutte d’eau dans la mer. (photo de couverture la cantine vélo de Dijon)
Cet été, plutôt que d’écouter ces louanges façon tribune du café du commerce, j’ai préféré réaliser une série d’interviews de plusieurs cafés vélo. En effet je trouve qu’on parle beaucoup de la vente de vélos neufs : tant mieux pour le succès du gravel, on ne va pas bouder le plaisir. Cependant, on évoque beaucoup moins ce qui fait vivre et se développer le monde du vélo : l’usage. C’est l’éternelle distance qui existe entre la frénésie du renouvellement des produits, qui est censée faire vendre, et les aspects sociologiques qui influencent le marché du vélo. Fantasmes du progrès face à la réalité de son acceptation. Nouveautés accompagnées de hausses tarifaires et réalité économique… En poussant la porte des cafés vélo de l’été, j’ai découvert un monde plus réel. Ces commerces locaux – critiqués par les troubadours du business – essaiment, contrairement là encore aux prédictions venant d’un marc de café torréfié industriellement. Dans les mêmes statistiques de l’Observatoire qui sanctifient le gravel, l’analyse souligne 10% de progression dans la réparation et une vente d’accessoires en légère progression. C’est là que nos commerces vélo de proximité ont un rôle à jouer dans la dimension sociale du vélo.

J’ai bien aimé discuter avec tous ces acteurs de l’économie locale qui deviennent des points de ralliement de cyclistes et même de non-cyclistes. On dit que le café symbolise l’intellect, la vitalité, le lien social et la liberté de penser. Ces cafés vélo démontrent que ces symboles ont un fondement. Reste aux marques à comprendre ce type de commerce. Certains, comme à Rennes, font le choix de ne pas vendre du neuf, d’autres, comme à Chambéry, présentent deux marques qui ont joué le jeu en acceptant de mettre chez eux leurs vélos en vitrine. Les modèles commerciaux évoluent. En ce moment ils causent des dégâts à ceux qui ont surstocké. Parfois il faut se poser pour prendre un café et réfléchir à demain sans forcément lire l’avenir dans le marc de café des autres. J’espère de tout cœur que Lapierre et les autres trouveront la solution pour équilibrer le développement en fonction du besoin.
(*) Voir les chiffres de l’Observatoire du cycle.
Ma découverte podcastée des cafés vélo de l’été




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(j aime beaucoup ces editos du lundi matin)
Je reste aussi toujours surpris par la structure de ce Marché.
La partie concernant les velo « sportifs » (route/gravel/MTB) -très minoritaire- semble un peu « Lost in Translation ». Marketting acharné sur la performance, dvp technologique difficile a suivre, difficulté a structurer le réseau de vente, absurdité d avoir externalisé 99,9% de la fabrication en Chine/Taiwan, explosion délirante des marges sur le moyen et haut de gamme, etc…
C est effectivement un point que les constructeurs semblent oublier : rester au contact des usagers !
Je viens d’en faire l’expérience en Autriche en vacance. C’est le disfonctionnement total, il n’y a jamais eu autant de vélo sur les routes, principalement des e-bike et beaucoup de bike-packing et dans le même, jamais eu aussi peu de bike-shop !
Je voulais faire le Grosßglockner en velo de route, 1 seul magasin dans un rayon de 20-30km qui avait 2 vélos en réserve (vieux Scott en alu, rim-brake, de 10 ans….qui font très bien le job). Plus personne ne loue des vélos de route. La location de e-bike fonctionne bien mais demande beaucoup de maintenance qui coute chère au magasin, la revente n’est pas très bonne (technologie vite périmée). La vente de velo route et gravel est compliqué, le vendeur se plaignait des géométries qui ne correspondent pas du tout à la réalité des usagers et des changements techno (11 puis 12 puis 13v, ou les largeurs des pneus qui changent tous les 2ans, etc)…si tu ne vends pas le modèle dans les 2ans, c’est foutu.
Je vis Berlin, pareil, les bike-shop sont en pleine galère, notamment face a l’explosion de l’immobilier, comment payer en ville des grandes surfaces nécessaires pour avoir du stock vu la diversité des modèles et des composants ???
90% des magasins refusent la maintenance des velo-sportifs, c’est trop long (merci le tout-intégration), trop spécifique, trop chère.
Effectivement, merci à ces café-velo qui remette de l’humain dans ce gloubi-boulga qu est devenu l’industrie du velo.
Merci Gibus pour cette contribution au débat sur ce « petit marché » un peu nombriliste qui occulte l’usage. J’ai voulu souligner dans cet édito que 10% de progression sur la réparation est un signal plus fort que 18% sur 4% du marché. Le modèle commercial des cafés vélo est peut-être la voie d’une présence plus pérenne grâce à la multiplication des services proposés. Berlin est pourtant une ville cyclable remarquable, mais ce critère coût du loyer intervient partout dans les grandes villes.