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Comme un lundi : coller à la route

L’édito de Bike Café

Ce matin, sur mon petit vélo, j’entends un bruit curieux venant de mes pneus. Ça ressemble au son d’un ruban de scotch qu’on arrache de son dévidoir : Tchiîîîîtsch 🔊 …

Je colle à la route, il ne manquait plus que ça ! Je repère des zones noirâtres sur le bitume : mais bien sûr, c’est la saison des vendanges ! J’habite dans les Côtes de Provence, le pays du rosé, et les routes sont bien arrosées en ce moment par le jus de raisin. Dans les virages et les montées, les tracteurs chargés versent un peu et laissent couler un jus qui se transforme en colle. On dit ici en provençal : « Ça pègue. » Quelle que soit la saison, vendanges ou pas, vous connaissez tous l’expression, issue du jargon cycliste, « Je suis collé à la route », tout ça pour dire qu’on se traîne et que le vélo colle au bitume. Et bien ce matin, sur la partie de mon circuit matinal qui traverse les vignes, je ne suis pas prêt de vendanger des records en restant ainsi collé au fruit des vendanges.

Coller à la route
On oeut dire aussi : »Aujourd’hui je ne manque pas de jus… », envoyant tout ce qui est étalé sur la route – autophoto P. VDB

Coller à la route m’évoque autre chose que cette chaussée auto-collante. Depuis que j’effectue de longues sorties en single speed, j’ai développé une relation plus intime avec la route. Je m’intéresse à elle, sa granularité, ses reliefs, ses courbes… Le fait de me mettre souvent en danseuse, dès que j’attaque une côte, a peut-être transformé ce lieu en piste de danse. Je l’aborde collé/serré avec la pente dans un tango qui n’a rien d’argentin, rythmé par son pourcentage. Avant cette pratique simple du monovitesse, je ne portais pas le même regard sur cette bande bitumée que ma roue avant avalait sans réfléchir. Avec mon autre vélo équipé de 2 x 12 vitesses, la route est le support d’un effort asservi par des dérailleurs. Ce roulage multi-braquets, n’a pas la même sensualité que le pédalage en pignon unique. D’ailleurs dans les montées je suis souvent collé à la route avec mes vitesses en surnombre que j’ai du mal à choisir. J’ai fait une expérience avec le même ratio dans la même montée de 4 km : en single je passe assez facilement et en déraillé je suis contraint d’ajouter des dents dans la montée. Je ne fais pas l’apologie du single, car j’adore toutes sortes de vélos, cependant, ce « petit vélo » m’a appris à lire la route différemment pour appréhender ses pentes et lisser mon effort. Il m’a fait comprendre qu’on peut passer l’obstacle quand on n’a pas le choix. 

Cette parabole, que vous trouverez peut-être collante, explique que face à la contrainte, on peut aller chercher au fond de nous des capacités insoupçonnables. Le fait de pouvoir franchir les frontières de l’effort est gratifiant. Au retour d’une sortie épique, cumulant un dénivelé important, on se sent sur un nuage, l’esprit plus clair. On touche du doigt la puissance de notre volonté. Ces situations ont ponctué ma petite carrière sportive. On peut rester collé à une route classique et conventionnelle ou se dresser en danseuse pour s’en extraire par un ultime coup de rein. C’est aussi un peu ce qu’on vous propose au Bike Café. On pourrait se contenter de commenter la vie cycliste au rythme des communiqués de presse. Sans négliger l’actualité du monde du vélo, nous avons choisi la voie de l’effort pour vous parler de nos expériences réelles d’usage. Ce traitement journalistique, basé sur des milliers de kilomètres, est gratifiant, j’espère que vous l’appréciez.

Je vous souhaite une belle route, collante ou pas… Si vous souhaitez rester collé à notre roue, abonnez-vous à la newsletter.

Patrick.  

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Patrick
Patrick
Patrick Van Den Bossche a créé les blogs Running Café, Track & News, puis Bike Café. Curieux invétéré, observateur des tendances, il adore mettre en lumière les personnalités et les anonymes du petit monde du vélo. Il a collaboré longuement à la revue Cyclist France et affectionne la simplicité des vélos anciens ou modernes. Depuis sa découverte du gravel en 2015, il s'adonne régulièrement à des sorties sur route et sur chemins autour de la Sainte-Victoire. Il adore la pratique minimaliste du single speed sur route sur son vélo en acier.

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