L’édito de Bike Café
Ce mot « boomer », remis pathétiquement à la mode par l’un de nos éphémères premiers ministres, est chargé de symboles. Il qualifie la génération du baby-boom apparue à la fin de la Seconde Guerre mondiale, soit les personnes nées jusqu’aux années 60. Ce mot, qui claque comme un coup de canon, sonnerait pour certains le gong de la vieillesse. Il caricature de façon simpliste ceux qui seraient réticents au changement, voire rétrogrades. L’idéologie du progrès de la performance et de l’efficacité productive rejette les personnes âgées dans le camp des inutiles. Les boomers, âgés de plus de 65 ans, qui représentent aujourd’hui près de 22 % de la population française, seraient une charge pour la société. (En couverture : l’équipe de boomers des Bacchantes à vélo 2024 – photo Philippe Aillaud)
Dans ma réflexion matinale, rythmée par de vifs coups de pédale malgré mon âge, j’ai un autre regard sur cette catégorisation générationnelle. Je vois autour de moi cette population relativement active dans le monde associatif, où elle agit comme un poumon à peine essoufflé, offrant de la respiration à la vie de notre société. Cet apport d’oxygène social n’a rien d’un dernier souffle et j’ai l’impression au contraire qu’on compte sur nous. Je suis un boomer bien “mûr”, le casque sur la tête laissant dépasser quelques mèches blanches, les lunettes larges masquant mes rides… je donne le change avec ma silhouette encore affutée. Je me dis que nous sommes encore nombreux à participer à la vie sociale et cet engagement est une véritable cure de jouvence.

Plus généralement, dans les magazines et sur les images photos et vidéos produites par le marketing du vélo, nous avons peu l’occasion de voir des tempes grises. Le muscle saillant, tatouages au vent, dans des positions très aéro, moulé(e)s dans des maillots hyper fit, de jeunes athlètes superbes de la génération Z, plutôt masculins, s’affichent sur des vélos de plus en plus performants. En roulant sur nos routes, me mélangeant parfois à des groupes de cyclistes, je ne retrouve pas dans cette vraie vie les mêmes images. Le cycliste moyen, femme et homme, a le muscle moins ferme, son maillot enveloppe des corpulences différentes de ce que montre l’imagerie publicitaire. Ce matin, je me demande où on a caché, sur l’image marquetée du vélo, cette clientèle qui achète ces beaux vélos que je vois rouler le dimanche.
Tout aussi ridicules que les publicités télévisuelles pour les crèmes anti-rides – où de jeunes modèles vantent une sorte de miracle cutané – ce qu’on nous montre dans la vitrine du vélo n’est pas le reflet de la réalité. Je rappelle à ceux qui conçoivent les campagnes publicitaires dans le monde du vélo les âges moyens des pratiquants : 35-50 ans pour le gravel et l’endurance et 45-55 ans pour le cyclotourisme de loisir. Dans notre société moderne, profondément marquée par des idéaux occidentaux prônés dans les années 1960, on cultive l’image de la beauté et de la jeunesse. Tiens, tiens… ce sont les boomers qui ont vanté ça lorsqu’ils étaient jeunes ! Ces valeurs sont depuis érigées en piliers de la consommation. Finalement, le meilleur produit anti-âge ne serait-il pas le vélo ? Sans tomber dans le fantasme de la vie éternelle, ce matin je me dis que mon petit vélo me permet de conserver une certaine jeunesse.
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