L’édito de Bike Café
En regardant les champions en découdre dimanche dernier sur les pavés de Paris – Roubaix, cette citation “L’enfer est pavé de bonnes intentions” m’est venue en tête. Sur mon écran, admiratif de ce grand spectacle cycliste, je cherchais ces fameuses bonnes intentions qui auraient pavé cette course d’enfer. Cette épreuve, qui existe depuis 1896, est devenue le conservatoire de ces parallélépipèdes généralement faits de pierre, taillés par l’homme depuis l’ère romaine. La première intention est peut-être qu’on doit aujourd’hui protéger le pavé contre la bitumisation et les larcins des collectionneurs sacrilèges. La seconde intention est patrimoniale car cette épreuve cycliste est une institution. Elle représente l’héritage de l’époque héroïque du cyclisme. Autrefois les coureurs locaux l’appelaient « La Pascale », certains d’entre-eux, étaient issus du milieu de la mine et ils préféraient cet enfer de la surface à celui du ventre de la terre. Ce devoir de mémoire est sans doute l’intention la plus forte de cet enfer qui en est pavé.

Le pavé de ce Paris – Roubaix, jeté dans la mare de ma sortie paisible du lundi matin, a créé le trouble dans mon esprit d’observateur du monde du vélo. Est-ce que cette course ne serait pas devenue le mausolée d’un cyclisme disparu, auprès duquel on viendrait rendre hommage tous les ans au mois d‘avril ? C’est peut-être encore la seule course qui nous offre cette part de suspens qui nous tient en haleine jusqu’à l’arrivée sur le vélodrome de Roubaix. Je me souviens de mon échange avec le dessinateur Christian Lax. Il me disait, « Dans l’inspiration, ce qui me parle le plus, c’est l’époque des pionniers, où le vélo était réellement une aventure peuplée de personnages romanesques. Mal équipés, pour beaucoup livrés à eux-mêmes, ils roulaient sur des routes qui n’en étaient pas, dans des conditions propices à créer de l’épique. » Il précise en me citant le bouquin de Philippe Bordas :”Forcenés”. Lui aussi il s’arrête dans son livre aux années Hinault.


Aujourd’hui le matériel a évolué, les personnages sont peut-être moins romanesques, mais ils roulent toujours sur des parties de routes qui n’en sont pas. Le surnom de « l’Enfer du nord » pour cette course est resté pour fleurir les sujets médiatiques. Dans notre société devenue lisse comme le bitume, ces pavés qu’il faut affronter symbolisent l’effort, le courage, l’abnégation. C’est là également que se situent les bonnes intentions auxquelles beaucoup renoncent ? Cette glorification vécue sur le “haut du pavé” le temps d’une course cycliste contrebalance l’abandon, le découragement, l’arrivisme ambiant ? Ce n’est pas le cas pour Bike Café : chaque jour nous partons “battre le pavé” de l’actualité vélo, comme ces cyclistes qui ne cèdent pas au découragement.



