Cette année, retour sur la route pour moi avec quelques sorties longues et surtout une première participation à l’Ardéchoise 4 jours sur le circuit des gorges de l’Ardèche. Cette randonnée itinérante était une belle occasion pour tester un vélo d’endurance afin de profiter agréablement de ce parcours spectaculaire, mais exigeant. Au départ de Saint-Félicien, le programme, c’est 490 km avec 8550 m de D+ à faire en quatre jours. Avec la préparation, je vais pouvoir comptabiliser 900 kilomètres avec ce CMT GT. (photo de couverture Colin Gosse)
Le titane
La réputation de ce matériau n’est plus à faire dans le monde du vélo. Le titane bénéficie d’une aura extraordinaire qui est basée sur les qualités intrinsèques de ce métal. Il offrirait également une meilleure flexibilité verticale, absorbant mieux les vibrations liées à la route pour contribuer à obtenir un confort optimal. La soudure des tubes en titane nécessite une certaine expertise et une installation particulière. Ces contraintes expliquent qu’il existe peu d’entreprises de France capables de produire des cadres en titane. CMT, qui produit uniquement des vélos en titane, s’appuie sur une expertise de 25 ans.

Le vélo
Le vélo que j’ai reçu pour ce test est le modèle GT 2025 Open de la marque CMT. C’est l’entrée de gamme de cette série GT dans laquelle 3 niveaux d’équipements sont proposés : Open (8,9 kg), Elite (8,2 kg) et Pro (7,7 kg). La présentation mate du titane du cadre est obtenue par un microbillage réalisé à l’atelier. Il a pour but d’uniformiser le rendu de la surface en effaçant le bleuissement du métal au niveau des soudures. Ce traitement permet également de durcir le matériau. Le marquage se fait avec des stickers pour lesquels il existe plusieurs choix de coloris ou par sérigraphie.

Géométrie
La description géométrique de ce vélo d’essai présente une configuration ramassée avec un reach de 374 mm qui est relativement court par rapport à celui de mon vélo habituel de 385 mm. Je retrouve le même angle de direction de 71,5 °. L’empattement de 1004 mm confirme que l’ensemble est plus court que mon WishOne acier. Je ne vais pas pouvoir reproduire mes réglages habituels qui auraient nécessité une tige de selle avec recul en 31,5 de diamètre. Le risque de toe overlap (pointe de pied qui touche le pneu avant) est important en fonction de la pointure et du réglage de la cale des chaussures. C’est juste, mais je souligne que ce vélo est un vélo de test et pas celui qui m’aurait été proposé sur la base de mes mensurations si j’étais un client.

Chez CMT, chaque modèle est décliné en 5 tailles standards qui sont ajustables selon 3 paramètres (stack, reach, angle selle), offrant plus de 1500 combinaisons de géométries possibles. Cette approche permet d’obtenir des cadres sur-mesures en partant de ces cinq tailles de base. Pour ce modèle, en taille M :
- Top tube ajustable de 530 à 550 mm
- Douille de direction ajustable de 155 à 175 mm
- Angle de tube de selle ajustable de 73.5° à 75°.



Spécifications
La version qui est mise à ma disposition est équipée ainsi :
- Fourche Deda EDG Allroad (carbone)
- Transmission mécanique Shimano 105 en 2 x 12 vitesses
- Cassette Shimano : 10-34 dents, 12 vitesses
- Cintre Deda carbone





- Potence Deda Alu Superbox DCR
- Jeu de direction et collier de selle Hope
- Roues Mavic Cosmic SL 45
- Pneus Hutchinson Blackbird All Season tubeless 28 mm
- Freins de disque Hope
- Tige de selle Deda
- Selle SMP VT20
- Prix : 5 390,00 €


Dans le cas d’un montage avec une transmission mécanique, les câbles des dérailleurs sont externes, ce qui n’est pas le cas pour les Shimano Di2 et SRAM AXS. CMT me précise que cela correspond à la demande générale des clients qui préfèrent ce type de routage pour les montages mécaniques.
Sur la route



Première sortie de 40 km pour affiner les réglages. Finalement, je m’adapte au reach plus court que mes vélos habituels. Il me procure une position plus haute. Je découvre la selle SMP qui est confortable. On verra si elle le reste sur des distances plus longues. Le fonctionnement du groupe Shimano 105 est précis et silencieux. J’ai rôdé les plaquettes neuves par une série de freinages. Le disque avant léchait un peu et finalement tout est rentré dans l’ordre.

J’ai enchaîné quelques sorties, dont une sur les routes de la partie sud du Ventoux. C’était la première de la saison sous une telle chaleur. Le D+ et la température ont eu raison de moi. À Sault, j’ai dû faire une longue pause car je sentais l’insolation arriver. Il restait 40 km et je me demandais comment j’allais pouvoir terminer. Finalement, peut-être aidé par ce vélo, la forme est revenue pour terminer ce parcours exigeant, mais qui sera utile pour préparer l’Ardéchoise sur quatre jours.
L’Ardéchoise en titane

Je me faisais une joie de partir quatre jours sur ce vélo titane. La réputation de confort du matériau me laissait présager une randonnée soft. En fait, ce vélo est quand même rigide. Pour moi, l’arrière a bien fait le job. La courbure et la forme des haubans apportent un confort vertical intéressant, malgré une tige de selle qui n’aide pas beaucoup dans ce domaine. L’avant, bizarrement, est très rigide. Je pense que les roues carbone Mavic et la tension des rayons ne convenaient pas à mon profil cycliste. À la suite d’un choc sur une pierre, le pneu tubeless Hutchinson Blackburn est sorti partiellement du crochet interne de la jante. Impossible de refaire claquer avec une petite pompe à main. J’ai mis une chambre que j’ai conservée jusqu’à la fin du test avec une pression faible de 4 bars. L’arrière en tubeless étant gonflé à 3 bars.

Le périple de quatre jours a été accompli ainsi équipé. Le vélo s’est montré un peu “pataud” en montée. J’ai très peu relancé en danseuse car il était mieux dans un rythme régulier, plus conforme à sa vocation de vélo d’endurance. Je n’ai pas réussi à m’adapter au guidon Deda et sa forme aéro n’est pas compatible avec les multiples accessoires à fixer sur un guidon. Ma petite sacoche Restrap de 1,5 litres est passée. La lampe pouvait se poser sur une patte sous le support de compteur intégré par serrage au guidon. J’ai ressenti des fourmillements dans la main gauche : celle qui bougeait moins au niveau du passage des vitesses.
Après 900 km d’essai, sur différentes routes, j’ai pu rendre le vélo sur le salon de l’Ardéchoise.

Le bilan
C’est le 4ᵉ vélo titane que j’essaie et à chaque fois je me dis que ce n’est pas le matériau uniquement qui fait le confort d’un vélo. Je n’ai pas trouvé ce CMT GT plus confortable que mon WishOne Sub en acier avec lequel j’ai fait au printemps un BRM 200 dantesque sur le même type de routes. L’alchimie du confort est subtile car les roues jouent un rôle important, ainsi que la position et les points d’appui du cycliste : selle/tige de selle et guidon/potence. Ce vélo de test était malheureusement trop court pour moi. Je n’ai pas pu appliquer mes réglages habituels en longueur. Comme je l’ai expliqué plus haut, ce vélo sera adapté lors de la commande à vos mesures, ce qui n’a pas été mon cas. L’empattement et le reach court provoquaient un “toe overlap” ce qui en soi n’est pas gênant, mais qui montre que ce cadre n’était pas à ma taille.

J’ai eu quelques petits soucis liés au montage, mais là encore il faut considérer que c’est un vélo de test. J’ai monté une chaîne neuve coupée à la bonne longueur. Celle qui était en place était trop courte.
Au chapitre des points positifs de ce vélo, il y a ce dessin arrière que je trouve réussi. La qualité de la fabrication est irréprochable. Le traitement microbillé du métal donne une teinte mate et sombre au cadre. Cela plaira à certains, moins à d’autres qui aiment le titane brossé. J’aurais apprécié une monte pneumatique plus généreuse, surtout en tubeless en 32 ou 34, pour vraiment jouer le confort avec un gonflage à 2,5 bars. La sortie du pneu suite à ce choc à l’avant n’aurait pas eu les mêmes conséquences. Je pense que j’aurais choisi aussi des roues avec des jantes moins hautes et moins rigides. Il convient de pondérer mon avis, qui est celui d’un cycliste un peu âgé et qui n’a plus le potentiel de watts d’un quadra.
Sinon, je salue pour conclure le savoir-faire de CMT en matière de construction de cadres en titane. Ceux qui savent fabriquer ce type de vélo en France sont rares : il faut le souligner. Le travail du titane nécessite la mise en œuvre de conditions de soudure particulières et une expérience professionnelle basée sur une fabrication régulière.




