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Chiru Alpin : est-ce encore un Gravel ?

Après 1061 km parcourus à son guidon, je vous partage ici mon expérience au guidon de l’étonnant Chiru Alpin. Née de la passion de Pierre-Arnaud, qui évolue dans le monde du vélo depuis plus de 20 ans, la marque CHIRU produit des vélos depuis 2009. Utilisant le titane, les cadres CHIRU sont conçus pour la performance. Nos lecteurs connaissent bien la marque Chiru, qui propose des vélos conçus par Pierre-Arnaud Le Magnan, fondateur de la marque. Depuis 2017, l’équipe Bike Café a plusieurs fois testé ces vélos, comme le Kunlun première version, le Chilkoot, le Vagus, le Kegeti, ou encore le Kunlun V2. Mais pour percevoir tout l’univers Chiru, je vous conseille ce podcast qui permet de cerner l’univers de Pierre-Arnaud Le Magnan, personnage tout aussi passionné que passionnant :

Présentation du Chiru Alpin

Pierre-Arnaud Le Magnan présente le Chiru Alpin à Patrick de Bike Café

La genèse du Chiru Alpin

Le cadre de l’Alpin a été mis au point à l’issue du record de Yannick Lutz qui à bouclé en 2019 son tour du Mont-Blanc en 12 heures et 27 minutes. Yannick a réussi cet exploit en alternant vélo de course et VTT. Les parties bitumées ont été parcourues sur un Chiru KUNLUN tandis qu’un Chiru SONIC a été employé pour les parties tout-terrain. Fort de cette expérience, Pierre-Arnaud Le Magnan, impliqué dans le soutien logistique de cette performance, s’est mis en tête d’imaginer le vélo unique pour ce type de parcours. Ainsi est né le Chiru Alpin.

Chiru Alpin
Le Chiru Alpin (photo Laurent BIGER)

Conception et finition du Chiru Alpin

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Pour commencer, je dois avouer que je suis curieux d’enfourcher ce Chiru Alpin. Il faut dire que son design ne laisse pas indifférent. Me concernant, j’aime cette ligne torturée, qui est finalement très équilibrée. Sur le Chiru Alpin, rien n’est droit et rien n’est rond. Du moins, jamais longtemps tant les tubes sont travaillés. Ils se tordent, s’affaissent, s’aplatissent, se transforment dans un but ultime : la performance.

Cadre du Chiru Alpin


Ainsi, je retrouve des soudures de belle facture, qui unissent des tubes en grande partie ovalisés. Par ailleurs, la finition est remarquable. Là-dessus, la sérigraphie réalisée au laser est à la fois discrète mais bien visible.

Les inserts sont au nombre de 12, aux espacements standardisés pour les portes bidons. Peu commun, le cadre est percé d’orifices savamment positionnés pour laisser le passage à des câbles d’éclairages. Le routage des gaines est semi intégré pour une maintenance facilitée. Également, le cadre est compatible double plateaux (max. 48/31 dents), et évidemment mono-plateau (max. 44 dents). La clearance du cadre est optimisée pour des pneus de maximum 700c x 55c ou 650b x 2.2″.

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Là-dessus, j’observe le format T47 pour la boite de pédalier. Une solution technique de filetage à M47x1.0 mm imaginée par Chris King qui réunit le meilleur des deux mondes : un boitier de pédalier fileté qui peut accueillir les plus gros axes de pédalier. En somme, une sorte de super BSA, dans un but ultime de fiabilité, de rigidité, et de silence…

Enfin, le cadre du Chiru Alpin adopte une patte de dérailleur UDH (standard breveté SRAM), ce qui facilitera un éventuel remplacement, tout en garantissant une rigidité optimale, devenue essentielle pour les transmissions modernes. En conséquence, l’axe traversant de 142×12 mm est lui aussi standardisé afin de pouvoir s’introduire dans cette patte de dérailleur UDH : filetage M12x1.0 d’une longueur de 12,7 mm.

Les roues CEC

Le savoir-faire de Pierre-Arnaud Le Magnand ne se limite pas à la conception des cadres. Peu après avoir fondé Chiru, il a souhaité concevoir ses propres périphériques et roues, sous l’entité CEC. D’ailleurs, Patrick nous avait fait découvrir l’an passé les nouvelles fourches titane route et gravel chez CEC. Aussi, je retrouve logiquement des roues CEC sur ce Chiru Alpin. Et pas n’importe lesquelles, puisque c’est une paire de W24SSLD qui équipe ce Chiru Alpin. Elles sont équipées de rayons Berd Dyneema qui permettent un poids impressionnant de 997 g la paire ! D’une hauteur de 25 mm et d’une largeur interne de 24,5 mm, elles sont à leur aise pour accueillir de généreux pneumatiques Maxxis Rambler en 700×50 mm.

Roues CEC W24SSLD (photo Laurent BIGER)

Les périphériques CEC

En ce qui concerne les périphériques, ils sont eux aussi du catalogue CEC. Ainsi, je retrouve un cintre CEC #440 d’une largeur de 44 cm, en carbone, fixé sur une potence CEC en titane d’une longueur de 80 mm. Par ailleurs, la tige de selle CEC est en titane 3Al/2.5V, d’une longueur de 380 mm, d’un diamètre de 27,2 mm, pour un déport de 13 mm. Son berceau est en titane, tout comme la visserie. Là-dessus, c’est une selle Gebiomized Sleak qui prend place.

Potence CEC en titane (photo Laurent BIGER)

La transmission et le freinage

Quant à la transmission, elle se compose d’un pédalier mono plateau Shimano GRX 810 équipé d’un plateau de 42 dents. Là-dessus, on trouve à l’arrière une cassette Shimano Deore CS-M8000 XT en 11-46 et un dérailleur de la gamme GRX-800. A l’opposé, côté cintre, je retrouve des leviers Shimano également de la gamme GRX-800, tout comme les étriers de freins qui viennent pincer des disques Magura. Je ne reviendrai pas plus sur ce groupe, désormais ultra éprouvé. Je retiendrai seulement qu’un plateau de 40 dents aurait été préférable au 42 dents au regard du programme du Chiru Alpin.

Le test terrain du Chiru Alpin

J’ai pu rouler ce Chiru Alpin durant 1061 km. Trois semaines sur le massif des Maures (Var,) puis une semaine sur les contreforts du mont Ventoux et des Dentelles de Montmirail (Vaucluse), pour enfin revenir dans le Var. Un secteur où j’ai emprunté la trace de la Grande Traversée du Vaucluse en VTT, mais aussi d’autres sentiers aussi exigeant physiquement que techniquement. Cette vidéo illustre un type de parcours possible avec un Chiru Alpin :

Géométrie du kit cadre 

En premier lieu, je vous propose de jeter un œil sur la géométrie du Chiru Alpin car celle-ci va jouer un rôle fondamental dans le comportement que j’évoquerai en suivant.

Géométrie du Chiru Alpin


Premièrement, le reach est élevé pour un vélo de Gravel. Permettant un allongement de la partie avant du cadre, cette conception est courante sur les VTT modernes. De plus, l’angle du tube de direction est très ouvert avec pas plus de 68° ! Par ailleurs, le court tube de selle (compatible avec les tiges de selle télescopiques) est censé donner plus de flexibilité. En somme, tout concourt à une recherche de stabilité, de capacité de franchissement, tout en recherchant un flex vertical propice au confort. Puis, la douille de direction, imposante et haute, surplombe une fourche FOX 32 TC (une fourche rigide, en titane et de 430 mm est également proposée par le fabricant). Enfin, notons les bases asymétriques et d’une conception innovante : ovalisées dans le plan horizontal et de seulement 430 mm.

Comportement sur le terrain

Le Chiru Alpin dans le Var (photo Denis CAUVIN)

Sur la route…

Tout d’abord, je vais aborder le côté routier de ce Chiru Alpin. Ce vélo n’est pas optimisé pour avaler à grande vitesse les parties bitumées. Cependant, je note qu’il ne se traine pas pour autant car bien aidé par un train roulant particulièrement léger et véloce. Par ailleurs, la position n’est pas si pénalisante pour rouler à une moyenne honorable. Bien sûr, la généreuse monte pneumatique est bruyante sur l’enrobée et sa surface frontale (Cx) se fait sentir à mesure que la vitesse augmente. Pour autant, les liaisons routières entre deux pistes ne sont pas si désagréables, car le Chiru Alpin est bien plus efficace qu’un VTT sur l’enrobé, grâce à un cintre favorisant une position plus aérodynamique.

L’ Off-Road, le vrai terrain du Chiru Alpin

Le Chiru Alpin porte bien son nom. L’angle de direction ouvert à 68° apporte une incroyable facilité de pilotage dans les pentes les plus engagées. Là-dessus, le Chiru Alpin n’aura que très peu de concurrence, si ce n’est peut-être le Rondo MYLC que j’avais testé sur le même terrain. Mais là s’arrête la comparaison, car le Chiru Alpin est bien plus généreux sur la clearance offerte pour les pneumatiques.

Chiru Alpin
Chiru Alpin : apte au franchissement (photo Denis Cauvin)


Evidemment, cette aptitude est renforcée par la présence de la fourche FOX 32 TC, ici dans sa version Factory. Son débattement de 50 mm permet non seulement de préserver son pilote mais aussi d’assurer l’adhérence sur les sentiers les plus escarpés. Très rigoureuse et légère, cette fourche se fait oublier tant son fonctionnement s’accorde bien avec l’ADN du Chiru Alpin. Du moins, une fois bien réglée !

Stabilité et agilité

D’autres part, n’allez pas croire qu’avec cet angle de direction de 68° le Chiru Alpin braque comme un camion. Bien au contraire ! Les bases courtes, le pédalier bas et l’offset cohérent de la fourche permettent au Chiru Alpin de rester agile dans les single tracks. Cependant, sur terrain plat et fuyant, ce train avant peut avoir une tendance naturelle au sous-virage (élargissement de la trajectoire) qu’il faut savoir anticiper. Question confort, c’est une réussite. Le triangle arrière travaille bien, et surtout là où on l’attend. Le flex vertical est réel et permet du confort, mais aussi de l’adhérence, nécessaire à la motricité.

Chiru Alpin
Le cadre filtre bien dans le plan vertical (photo Denis Cauvin)

La rigueur de la zone du boitier de pédalier est impossible à mettre en défaut. Aussi, le rendement est au rendez-vous, amplifié par la vélocité des très légères roues CEC. D’ailleurs, la dimension des pneus en 700×50 mm me semble le parfait compromis pour équiper ce Chiru Alpin.

Chiru Alpin
Chiru Alpin : un rendement indéniable (photo Denis Cauvin)


Le poste de pilotage n’est pas en reste, avec un ensemble potence et cintre qui répondent présent. Malgré tout, j’aurais souhaité un cintre différent pour exploiter encore mieux les capacités de franchissement du Chiru Alpin. Notamment un drop et un outsweep plus faible, mais avec un flare plus prononcé. A l’opposé, j’ai apprécié le flex de la tige de selle en titane, tout comme par le confort de cette selle Gebiomized Sleak.

Evidemment, dans les sentiers les plus engagés j’ai regretté l’absence de tige de selle télescopique. De toute évidence, cet équipement qui a révolutionné en son temps l’univers du VTT a toute sa place sur le Chiru Alpin. Non seulement pour exploiter le potentiel de ce vélo, mais finalement aussi pour la sécurité de son pilote dans les pentes les plus raides…

Chiru Alpin Fox
Le Chiru Alpin brille d’une grande stabilité (photo Denis Cauvin)

Pour conclure 

La définition que donne Pierre-Arnaud Le Magnan de son Chiru Alpin n’est pas usurpée : « Un cadre titane spécial pentes raides et terrains techniques en montagne ». Cependant, elle est trop réductrice. Non seulement le Chiru Alpin est effectivement à son aise quand il y a du relief, mais il démontre des qualités insoupçonnées. Bon grimpeur et excellent descendeur, le Chiru Alpin est terriblement ludique à piloter. Aujourd’hui, le marché du Gravel est mature : il s’est segmenté, comme le VTT l’a fait en son temps. Aussi, la catégorie Gravel s’étend du Allroad aux machines les plus engagées, à l’extrémité du spectre et parfois nommées Monstercross. Le Chiru Alpin se situe dans cette dernière catégorie, destinée à ceux qui ont l’ADN off-road collé à la peau, préférant perdre du rendement routier pour pouvoir s’amuser sur les sentiers. Un jeu qui pourra durer longtemps et loin grâce à un confort de premier ordre.

SPECIFICATIONS : 

Cadre : Titane Grade 9 3Al/2.5V

Hauteur de fourche : 430 mm

Douille de direction : 56/44 mm (1″ 1/8-1,5″, L : 290 mm)

Jeu de direction : semi-intégrée ZS56/44

Tige de selle : CEC en Titane 3Al/2.5V longueur de 380 mm, diamètre 27,2 mm, déport 13 mm, berceau et visserie en titane

Collier de selle : CEC #S32 en Titane, diamètre 31.9 mm

Axe traversant arrière : 142 x 12 mm

Monte pneumatique max : 700c x 55c ou 650b x 2.2 »

Format boite de pédalier : T47 x 85,5 mm

Poids du cadre seul :  1,75 Kg (non vérifié) 

Poids du vélo testé (taille M) : 9 kg (vérifié) 

Fourche : FOX 32 FACTORY TC

Transmission : Shimano GRX 800 1 x 11v 

Cassette : Shimano XT 11-46 dents

Pédalier : Shimano GRX 800 , plateau de 42 dents 

Freins : Shimano GRX800 

Potence : CEC en titane, 80 mm

Cintre : CEC #440 largeur de 44 cm, en carbone

Selle : GEBIOMIZED Sleak 145 Cut-Out

Roues : CEC W24SSLD

Hauteur : 25 mm

Largeur entre crochets :  24,5 mm

Moyeux : CEC

Pneus : Maxxis Rambler 700x50C (622 – 50) 

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Laurent Biger
Laurent Bigerhttps://www.strava.com/athletes/20845281
Laurent a rejoint Bike Café en 2017. Ex compétiteur VTT XCO et XCM et fondateur de More Gravel, il est adepte du vélotaf et un passionné des sujets techniques. Les matériaux, la géométrie et les pneumatiques sont ses domaines de prédilections. Pour mener à bien ses tests, Laurent n’hésite pas à s'aligner sur des manches Gravel UCI, en cyclo-cross ou même de VTT au guidon d'un Gravel. Même si le Mont Ventoux reste son attache natale, Laurent bouge beaucoup dans l'hexagone, permettant ainsi de tester vélos et équipements dans les conditions les plus variées.

3 COMMENTAIRES

  1. Vélo et compte rendu intéressants.
    Mais quand on lit ça : « Aujourd’hui, le marché du Gravel est mature : il s’est segmenté, comme le VTT l’a fait en son temps. Aussi, la catégorie Gravel s’étend du Allroad aux machines les plus engagées, à l’extrémité du spectre et parfois nommées Monstercross., on comprend bien que pour vendre un vélo de nos jours il faut le mettre dasn la catégorie « Gravel ».
    Cette appellation ne veut absolument plus rien dire. Elle n’est plus QUE du marketing et je pense que ça n’aidera pas les acheteurs potentiels. A force de tirer sur la corde, elle cassera.
    Ce vélo n’a rien d’un gravel et tout d’un VTT. Un VTT avec un cintre courbé mais un VTT quand même.

    De plus, je suis contre le discours consistant à mettre dans la tête des gens qu’il leur faut un matériel adapté pour chaque type de terrain et de sortie :
    « Fort de cette expérience, Pierre-Arnaud Le Magnan ../.. s’est mis en tête d’imaginer le vélo unique pour ce type de parcours. Ainsi est né le Chiru Alpin ».
    C’est de l’archi-consumérisme.

    Attention, je ne suis pas contre l’innovation et contre ce vélo en particulier. Il peut convenir à ceux qui ont ce type de pratique. Je m’oppose juste au discours sous-jacent qu’on a besoin d’un vélo spécialisé pour chaque situation différente. C’est faux. Un vélo est quasiment toujours polyvalent. Les choix sont des compromis qu’il faut accepter. On n’a pas besoin d’avoir toujours le matos parfait pour ce qu’on fait.

  2. L’esprit gravel originel est en train de disparaître. Les prix s’envolent d’ailleurs, des vélos hyper spécialisés pour tout et n’importe quoi mais au fond en rien adaptés au vélociste de tous les jours qui veut juste un vélo sympas à tout faire et qui se moque de gagner 300 grammes sur un cadre, encore moins d’une fourche suspendue digne des vtt de cross country d’il y a 30 ans. D’une démarche éco, on en arrive à l’inverse une fois de plus. Pour en revenir au vélo, il est quand même assez moche, avec une géométrie curieuse un peu batarde, on ne sait pas trop à quoi il se destine finalement, moins bon qu’un pur vtt de cross training et moins roulant qu’un gravel plus traditionnel.

  3. Oui c’est un vtt, j’ai eu un vtt titane semi rigide fourche de 80mm, sans tige de selle télescopique …, bon il y a 15 ans maintenant
    je lui et mis des roues de « gravel » de 650 et je roule toujours avec, je n’ai pas de gravel pour le moment.

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